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La question de la terre en Afrique du Sud

MugabeUne bombe à retardement

Le monde entier s’est rué pour dénoncer la réforme agraire entreprise par le président zimbabwéen Robert Mugabe qui a simplement voulu mettre fin à un siècle d’injustice et de possessions illégales de la quasi totalité des terres de son pays. Qu’en est-il chez son voisin sud-africain, et même ailleurs en Afrique australe ?
Pour y répondre, voici un extrait du livre « Mugabe Robert Gabriel, Souillure or not Souillure ? » (René-Jacques Lique – Ed. L’Harmattan Avril 2010).
Dans ce passage, l’auteur démontre que la question de la possession des terres en Afrique du Sud est tout aussi problématique et tout aussi sensible qu’au Zimbabwe et que rien n’a vraiment été accompli depuis la fin de l’apartheid pour corriger les inégalités criardes qu’a laissées derrière lui le régime raciste sud-africain. Le problème se pose de manière identique en Namibie et d’une autre manière au Kenya
.
Extrait 

« À nouveau, l’Afrique du Sud interpelle sur cette question de la terre. On compare, on compare, et comme toujours, le contre-exemple est trouvé chez le voisin sud-africain. Croire ou vouloir faire croire que la question de la récupération des terres par la population noire en Afrique du Sud a été mille fois mieux gérée qu’au Zimbabwe est pour le moins malhonnête. Si le problème ne s’est pas encore posé en Afrique du Sud de manière aussi criarde qu’au Zimbabwe, c’est tout simplement parce qu’il a été repoussé.
Quand il arriva au pouvoir, le président Mandela avait fixé comme objectif de faire récupérer par les Sud-Africains noirs 30 % des terres encore possédées par les Blancs à l’horizon 2014. Las, en 2008, seulement 4 % des terres, environ 4 millions d’hectares, avaient été redistribuées depuis l’arrivée au pouvoir de l’ANC de Mandela en 1994, ce qui fit dire en septembre 2008 au futur président sud-africain, Jacob Zuma, que « les changements dans la possession des terres n’ont pas modifié les relations sociales et n’ont pas permis de combattre la pauvreté rurale ni de favoriser le développement rural. » Et Jacob Zuma d’ajouter : « Nous devons donner le pouvoir aux pauvres, grâce à la réforme agraire. » 1
En Afrique du Sud, 90 % des terres appartiennent encore à la minorité blanche. Les Sud-Africains s’en satisfont-ils ?
C’est la chaîne de télévision France 2 qui nous donne la réponse. Après l’élection de Barack Obama à la présidence des États-Unis, la chaîne de télévision publique française découvre ou redécouvre que les Noirs ont parfois des problèmes dans notre vaste monde. Alors l’émission "Complément d’enquête" lance ses reporters aux quatre coins de la planète histoire de s’enquérir des petits soucis des gens colorés et une équipe atterrit forcément en Afrique du Sud. 2 Un excellent reportage. En cinq minutes, on comprend vite que la question de la terre en Afrique du Sud reste une bombe à retardement qui n’a pas été désamorcée.
D’abord la parole aux Noirs : il est jeune, la trentaine, ingénieur dans une société de télécommunication, gagne 2 500 euros par mois et avec le salaire de son épouse employée de banque, le ménage plafonne à 3 000 euros par mois. Le couple habite dans une résidence pour classe aisée "Les Jardins de Miami", à deux pas de Soweto. Pas le profil d’un ancien combattant zimbabwéen, pas de couteau entre les dents.
« Alors, heureux, monsieur Gugulethu Xabu ? », s’enquiert en substance la journaliste de France 2. Pas tout à fait encore, répond le papa modèle, son dernier-né dans les bras. Et il assène : « On a beaucoup de bonnes terres en Afrique du Sud mais la plus grande partie de ces terres est toujours entre les mains des Blancs. Nous devons récupérer une partie de nos terres car aujourd’hui les Noirs n’ont pas la possibilité de cultiver les terres fertiles. » Étonnant de voir ce jeune Sud-Africain vivant dans l’aisance matérielle, ce "père moderne" comme il est dit dans le reportage, déclarer calmement qu’une répartition plus juste de la terre reste un problème essentiel à ses yeux.
Et l’équipe de France 2 s’en va les voir ces Blancs sud-africains, propriétaires terriens. Dans la province du Limpopo, frontalière justement avec le Zimbabwe. Comment vivent-ils, que pensent-ils de la réforme agraire, et surtout, que pensent-ils des Noirs ? Ça vaut le détour. Il y a Bernadette, une brave fermière d’origine belge qui sort de sa voiture un pistolet en main. « On ne sait jamais », on se protège, car « quand ils arrivent, c’est en bande », explique-t-elle. « Ils », on l’a compris, ce sont les Noirs. Et le reportage déroule les statistiques : 1 600 fermiers blancs assassinés depuis la fin de l’apartheid. Et c’est Charles qui prend la parole, horticulteur, blanc lui aussi, attaqué trois fois en cinq ans. Son explication : « Ils veulent que les Blancs partent. Ils veulent nous éliminer de ce pays. » Un peu limite, alors il se lâche et exprime le fond de sa pensée : « Ils sont jaloux. Ils se demandent pourquoi les Blancs ont de belles maisons ? Pourquoi ont-ils de belles voitures ? Ils ne peuvent pas comprendre par eux-mêmes quelle est la différence entre … heu …non, je devrais pas le dire devant la caméra… ». Un petit coup de pouce de la journaliste et Charles se lâche franchement : « Oui, la différence entre Noirs et Blancs. Pourquoi Dieu m’a-t-il donné une peau blanche et à eux une peau noire ? … Pourquoi Dieu a-t-il plus développé mon cerveau, si je puis dire … un peu plus que celui des Noirs ? En tout cas, ces questions-là, je me les pose. » C’est une très bonne chose, monsieur Charles, que de se poser des questions.

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Mais c’est Bernadette qui met le doigt sur le fond du problème. Elle résume ce que beaucoup pensent à propos du Zimbabwe sans oser le dire : « Si les fermiers commerciaux, si les Blancs s’en vont, il n’y aura plus de nourriture pour les Noirs. » Délicate et précise, Bernadette ajoute : « J’en connais quelques fermiers noirs qui se débrouillent, mais c’est pas eux qui vont pouvoir, comme disait Gerald, nourrir les 40, 45 millions qui restent. Ils n’y arriveront jamais. Impossible. » Attention, ce n’est pas du d’Orcival 1966, c’est du Sud-Africain blanc 2008.
La famine, et son corollaire, le Noir "incapable" de cultiver. Le journaliste Stephen Smith développe aussi cette idée dans son livre "Négrologie" quand il aborde le cas du Zimbabwe. 3 À coups d’axiome, de syllogisme, la démonstration aboutit à la même conclusion que celle de Bernadette mais Smith, plus fin, se garde bien de l’écrire noir sur blanc et il laisse au lecteur le soin de tirer lui-même la conclusion qui s’impose.
Et pourtant ! D’abord, cette vérité première : « n’ayant inventé ni la roue, ni la poulie, ni la charrue, [...] l’Afrique reste à ce jour très en retard – de deux millénaires par rapport à la Chine – dans la maîtrise de l’eau et, donc, des cultures irriguées, l’aménagement hydraulique de ses bassins fluviaux étant toujours l’exception plutôt que la règle. »
Deuxième axiome, quelques statistiques de la FAO : « En 1980 l’Afrique importait 11 millions de tonnes, et, en 1995, 45 millions. » Et un bel exemple "concret" pour conclure : « Depuis février 2000, au Zimbabwe, le président Robert Mugabe affame la moitié de son peuple – 5,5 des 11,3 millions d’habitants – en s’obstinant à imposer une réforme agraire "accélérée" consistant à confisquer le quart des terres, près de 15 millions d’hectares, exploité par des fermiers blancs. »
N’ayant donc inventé ni la roue, ni la poulie, ni même l’agent orange – Smith l’a oublié ce merveilleux désherbant – pas la peine de s’étonner qu’en « confisquant » les terres exploitées par les Blancs, on crie famine au Zimbabwe.
Mais il y a ce terrible "non-dit" dans l’exemple du Zimbabwe mis en exergue par Stephen Smith pour souligner les échecs agricoles en Afrique. Il passe directement de la réforme agraire au peuple affamé. Ne serait-ce pas cette incapacité des Noirs à cultiver qui aurait été oubliée, tout juste évoquée plus avant par le judicieux rappel de l’ignorance de la roue et de la charrue ? Il y a toujours deux ou trois façons de voir le monde, deux ou trois façons de l’analyser, celle de d’Orcival, celle de Stephen Smith, celle de Bernadette …

En 2002, le président sud-africain Thabo Mbeki voulait tordre le coup à ces présupposés, tout en reconnaissant qu’il aurait bien du travail pour y parvenir : « Nous allons devoir propager l’idée qu’un pouvoir économique accru pour les Noirs n’est pas synonyme d’une économie moins performante », déclarait-il lors d’assises de l’ANC devant définir les futures orientations économiques de son pays.
L’Afrique du Sud dispose bien d’un programme de redistribution compensée financièrement par un Fonds d’accession à la propriété, alimenté par des organisations internationales comme l’Union européenne. De temps à autre, des groupements villageois reprennent ainsi possession de terres dont ils avaient été dépossédés sous l’apartheid ou bien avant, lors de la colonisation. La limite temporelle à ce programme de récupération de terres spoliées a été fixée à l’année 1913. Mais comme cela traîne, régulièrement l’Afrique du Sud est secouée par des attaques de fermes que les autorités sud-africaines mettent le plus souvent sur le compte de la simple criminalité.
En 2000, quand les anciens combattants zimbabwéens ont commencé leurs occupations des fermes, le syndicat sud-africain Agri SA, qui représente 40 000 gros exploitants blancs et plus de 60 000 exploitants noirs, estimait qu’un tel scénario était improbable en Afrique du Sud. Kevin Wakeford, le président de la Chambre sud-africaine de Commerce, la SACOB, déclara à l’époque que la SACOB encourageait « l’accession à la propriété de fermiers noirs auxquels ce droit était dénié sous le système précédent mais tant que cela ne prostitue ou ne corrompt pas le principe du marché. » 4 Pas sûr que les Sud-Africains pauvres – et ils le sont toujours en majorité – restent encore très longtemps soucieux de ne pas « prostituer » ni de « corrompre le principe du marché ».
Le principe du marché, ça ne veut rien dire d’autre que « payez le prix fort pour récupérer ce qu’on vous a volé des années plus tôt. » « La propriété, c’est le vol », disait l’anarchiste Proudhon. Grosse erreur. « La récupération du vol, c’est le vol » et « le rachat du vol, c’est le principe du marché. » Du moins pour l’Afrique du Sud et pour le Zimbabwe.
En attendant, les attaques de fermes appartenant aux Blancs en Afrique du Sud sont monnaie courante : autour de mille par an, avec une centaine de tués chaque année. Les autorités ont même fait plancher sur cette question une Commission d’enquête gouvernementale qui a conclu que « malgré des allégations sur une motivation politique des attaques de fermes, 90 % d’entre elles sont de purs actes criminels », bien que cette Commission ait par ailleurs souligné l’apparition d’occupations "sauvages" de terres agricoles, notamment dans le KwaZulu-Natal, et ce, de manière organisée et parfois avec le soutien de chefs coutumiers. Criminelles ou économiques, ces attaques existent bel et bien et le problème reste entier. Comparaison pour comparaison, voici ce qu’en pensait en 2002 Motsoko Pheko, le vice-président d’un parti politique sud-africain, le Congrès panafricain : « Le jour où cette bombe explosera, la situation zimbabwéenne ressemblera à un pique-nique » en comparaison. 5
"Pique-nique" ou pas "pique-nique", le président Thabo Mbeki relançait lui aussi le débat en 2002 lors d’un congrès de l’ANC en déclarant : « Nous devons admettre (...) que nous avons encore un long chemin à faire avant de réaliser notre objectif d’une société non-raciale. Le gros de notre économie, y compris la terre, reste majoritairement la propriété de Blancs. La richesse, les revenus, les opportunités et les qualifications continuent d’être répartis selon des critères raciaux. »
La question et la résolution du problème sont sans cesse repoussées en Afrique du Sud. L’Irin, une agence d’information de l’ONU, soulignait que « dans son rapport annuel 2006/2007, le Département sud-africain des affaires foncières a noté qu’il devrait relever "un gigantesque défi" s’il devait atteindre son objectif de 2014. » 6
Et dans ce pays, le problème n’est pas qu’agricole. Des squatters, qui en ont assez d’être entassés dans les townships, occupent parfois des terres cultivables, uniquement pour y vivre, arguant qu’il est écrit dans la constitution de 1996 que « toute personne a le droit d’avoir accès à un logement adéquat ». Ces occupations de terrains forcées façon sud-africaine ont même une terminologie officielle, on les appelle les "informal settlement", les "installations non-officielles".
Enfin, dernière variété des petits soucis qui guettent l’Afrique du Sud, celui des expulsions des travailleurs agricoles. En 2007 toujours, une ONG de défense du droit à la terre, l’association Nkuzi, révélait que près de 950 000 travailleurs agricoles avaient été expulsés des fermes commerciales entre 1994 et 2004, soit 200 000 de plus qu’au cours de la décennie précédant la fin de l’apartheid. Pour se justifier, les exploitants-propriétaires invoquaient la sécheresse, la concurrence internationale, la déréglementation du secteur et la législation en matière de salaire minimum.
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Aussi, le problème de la récupération des terres est-il général dans toute l’Afrique australe. En Namibie, les fermiers blancs, 6 % de la population namibienne, possèdent encore environ 30 millions d’hectares de terres, contre 2 millions d’hectares pour les fermiers noirs. Par intervalles réguliers, des coups de chauffe secouent aussi le monde agricole. En 2002, le président namibien d’alors, Sam Nujoma, lui aussi un "ancien combattant historique" comme Mugabe, évoqua « la population sans-terre de plus en plus impatiente » et dénonça les « fermiers blancs arrogants et les propriétaires terriens absents » qui font obstacle à la réforme agraire. 7
Dans ce pays, la réforme agraire a été lancée en 1991 et est basée sur le principe "vendeur consentant-acheteur consentant". Mais en 2002, le gouvernement, faute d’argent, n’avait acquis que 117 exploitations, à peine plus de 600 000 hectares, pour y réinstaller seulement 30 000 Namibiens alors que 240 000 autres étaient toujours demandeurs. Mugabe n’est pas le seul à avoir le verbe haut.
Toujours en 2002, Sam Nujoma ne tourna pas deux fois sa langue dans sa bouche pour répondre à une interview du quotidien allemand Die Welt, très "soucieux" de la question comme peuvent l’être les Britanniques par rapport au Zimbabwe puisque l’Allemagne est l’ancien pays colonisateur de la Namibie et que les fermiers blancs sont d’origine allemande pour la plupart.
« Si vous les Blancs continuez à être aussi arrogants, alors nous vous assènerons certainement un coup. Nous avons les moyens d’en finir avec vous. Ne nous sous-estimez pas ! », lança Sam Nujoma au journaliste qui s’inquiétait de projets de réorientation de la réforme. 8 En Namibie aussi, les autorités sont en butte avec la résistance des fermiers blancs. En mai 2007, le président de l’association des fermiers, Raimar von Hase, rejetait « toute mise en œuvre hâtive » du programme de réforme agraire, avec un argument choc : « Nous ferions une grosse erreur en Namibie si nous cédions nos fermes productives au programme de réinstallation. Des gens mettent leurs espoirs sur une parcelle de terre et pensent que cela fera disparaître la pauvreté, mais personne ne doit s’aventurer dans l’agriculture si on n’est pas passionné par cela. » 9
Ainsi, après l’improbable aptitude du Noir aux techniques agro-pastorales, voici venu son "manque de passion" pour la chose agricole.
Et comme toujours, comme au Zimbabwe, dès que l’on se colle à l’ouvrage, les grands sages distillent quelques conseils assortis de quelques menaces. En 2004, le 2 mars exactement, rien n’ayant bougé depuis l’indépendance acquise en 1990, le gouvernement namibien annonce qu’il va commencer à exproprier des fermiers blancs, en respectant la loi, c’est-à-dire le principe du vendeur-consentant. Dès le 8 mars, tout à fait innocemment, le Danemark, par la voie de son ministre des Affaires étrangères, Per Stig Moeller, met en garde les pays africains contre la mauvaise gouvernance, citant bien sûr le mauvais exemple, le Zimbabwe, mais s’inquiétant aussi « des signes selon lesquels la Namibie est en train de suivre la même voie. »
Un peu plus franche que le diplomate, l’Agence France-Presse souligne que « Moeller faisait référence à la déclaration récente du gouvernement namibien d’exproprier prochainement des fermiers blancs de leurs terres. » Réponse à ces menaces à peine déguisées du président namibien, Sam Nujoma, de passage - et ça tombait bien - à Bulawayo au Zimbabwe : « Je tiens à souligner que ceux qui critiquent nos politiques et nos stratégies de réforme agraire veulent perpétuer le néocolonialisme et le sous-développement en Afrique. »
Et comme toujours, comme au Zimbabwe, les Églises, conseillères devant l’éternel, vaguement oublieuses de leur passé de compromission avec les colonisateurs, montent au créneau et appellent à la sagesse. En juillet, le Conseil des églises de Namibie, la bouche en cœur, se dit « sensible au fait que l’exécution des expropriations va forcément entraîner un large éventail de réactions et d’émotions » et « exhorte le gouvernement à faire en sorte que les inconvénients pour ceux qui seront affectés soient aussi minimes que possible. » 10
Au Zimbabwe, c’est le pape qui s’est fait grand spécialiste des questions agricoles. En mai 2003, Jean Paul II s’invita dans le débat en critiquant la réforme agraire en recevant au Vatican les lettres de créances du nouvel ambassadeur du Zimbabwe auprès du Saint-Siège. « C’est une erreur de penser que l’on peut réussir une réforme agraire simplement en expropriant les détenteurs de grandes parcelles de terrain, en divisant celles-ci en unités de production plus petites et en les distribuant à d’autres », glissa ce spécialiste malheureusement sous-utilisé par la FAO, en recevant l’ambassadeur Kelebert Nkomani. 11
« Si une redistribution des terres doit offrir une réponse pratique et sérieuse à des problèmes économiques et sociaux graves dans un pays donné, le processus doit s’étaler dans le temps », ajouta sans rire Jean Paul II, fin connaisseur des questions intemporelles.
Question "temps", l’ambassadeur aurait pu lui rappeler qu’on était en 2003, que l’indépendance du Zimbabwe avait été acquise en 1980 et que cela faisait donc plus de vingt ans que les Blancs continuaient à occuper des terres que leurs ancêtres, voire eux-mêmes, avaient spoliées à la population autochtone. Mais le temps de l’Église n’est pas le même que celui des hommes. Quand il s’agit de prendre son temps, l’Église catholique sait faire. Il aura fallu attendre l’an 2000 pour que Rome par la voix du pape toujours, fasse un timide mea culpa à propos des crimes commis sous l’Inquisition, alors 23 ans après l’indépendance du Zimbabwe, qu’est-ce donc …

Et il n’y a pas qu’au Zimbabwe, en Afrique du Sud ou en Namibie où le problème de la récupération des terres pillées par les colons est un casse-tête non résolu. Au Kenya, la police a violemment réprimé en août 2004 une manifestation des Masaïs qui exigeaient la restitution de près d’un million d’hectares de terre octroyés aux colons britanniques en 1904. Les Masaïs réclament aussi des compensations financières pour des terres qui avaient été distribuées à des fermiers d’autres ethnies après le départ de nombreux colons britanniques au moment de l’indépendance. En avril 2000, après qu’un député eut invité les paysans sans terre du centre du pays et de la vallée du Rift à occuper les exploitations détenues par des firmes étrangères, l’East African Standard rappela dans un éditorial le problème : « L’Afrique ne doit pas fermer les yeux sur les expériences du Zimbabwe. La terre n’a pas été distribuée de manière équitable lors de l’accession à l’indépendance de la plupart des États africains. Pourtant, la terre est le fondement de la lutte pour l’indépendance. » Et le journal d’ajouter : « Ayant contribué au problème de la terre en Afrique, la Grande-Bretagne et les autres anciennes puissances coloniales doivent nous aider à le résoudre. » 12

1 AFP : "La réforme agraire sans effet sur la pauvreté (Zuma)", Johannesburg, 7/09/ 2008

2 Emilie Lançon et Frédéric Capron : "Noirs, la révolution Obama ; "Afrique du Sud, la revanche des Noirs" - France 2 Complément d'enquête - 17 novembre 2008

3 Stephen Smith : "Négrologie, pourquoi l'Afrique meurt" ; Ed. Calmann-Levy - Avril 2004

4 AFP : "Occupations de fermes: un scénario peu probable en Afrique du Sud", Johannesburg, 14 avril 2000

5 AFP : "L'Afrique du Sud "assise sur une bombe agraire plus grosse que le Zimbabwe (PAC)", Johannesburg, 14 janvier 2002

6 Irin : "Afrique du Sud: la redistribution des terres sur le devant de la scène", 8 novembre 2007

7 AFP : "Les fermiers namibiens ne craignent pas un scénario zimbabwéen, pour l'instant", Windhoek, 27 septembre 2002

8 AFP : "Le président namibien Sam Nujoma menace d'"en finir" avec "les Blancs", Berlin, 2 décembre 2002

9 Panapress : "La Namibie raille les fermiers blancs mécontents des réformes", 17 mai 2007. Sur le site "griooo.com"

10 AFP : "Namibie ; Réforme agraire: les églises appellent le pouvoir à la prudence", Windhoek, 28 juillet 2004

11 AFP : "Le pape critique la réforme agraire du président Mugabe", Cité du Vatican, 15 mai 2003

12 East African Standard, cité par l'AFP ;  Nairobi, 19 avril 2000

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