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Afrique du Sud
Les élections en Afrique du Sud depuis 1994

La plus belle, la première, multiraciale, la plus jouissive, mais dans le sang
Mardi 26, mercredi 27 et jeudi 28 avril 1994

La commission électorale dut à l’époque prolonger le scrutin d’une journée tant la ferveur électorale était forte. Dix millions de bulletins de vote ont du être imprimés dans l’urgence.
Les électeurs de six des dix bantoustans (territoires noirs instaurés sous le régime d’apartheid), le KwaZulu (à l'Est) dirigé par le président de l'Inkatha Mangosuthu Buthelezi, le Ciskei et le Transkei (au Sud), le Venda, le Gazankulu et le Lebowa (au Nord), eurent même eu droit à un quatrième jour de vote.
La plupart des prisonniers, sauf ceux condamnés pour viol ou vol avec circonstances aggravantes, ont pu voter, comme les Sud-africains de l’étranger, dont les 60.000 Sud-africains résidant en Grande-Bretagne
Ce scrutin donna lieu à des scènes pathétiques comme ce moment où l’ancien président et farouche partisan de l'apartheid, Pieter Botha, refusa de se placer dans les files d'attente multiraciales dans une petite ville de la province du Cap, The Wilderness (la jungle), où il vota. A Randfontein, Robert Van Tonder, un vieux blanc de 70 ans et dirigeant du parti Boerestaat, le parti des descendants de Danois qui avaient débarqué au sud de l'Afrique 300 ans plus tôt, attendait la « guerre », pistolet à la ceinture, assis sous une galerie de portraits de généraux Boers.

La fin de la campagne électorale fut marquée par une série d’attentats meurtriers, orchestrés par les Blancs de l’extrême-droite, dont Eugène Terre'Blanche, le dirigeant du Front de résistance Afrikaner (AWB, organisation para-militaire d'extrême droite), qui appela Dieu à l'aide pour vaincre contre le futur « pouvoir communiste noir ». Ces attentats firent plus de 20 morts et des blessés graves notamment lors de l'explosion d'une voiture piégée à l'aéroport de Johannesburg. Dix personnes furent tuées dans un attentat à l’explosif à la station de taxis collectifs de Germinston, près de Johannesburg.
Le président sortant Frederik de Klerk qualifia les auteurs de ces attentats de « cinglés et d'aigris » et Mandela dit que c’était là l'œuvre de « fous ».
32 membres de l'unité d'élite de l'AWB, l'Ystergard - la garde de fer - furent arrêtés suite à ces attentats.
Mandela, alors président du Congrès national africain, l’ANC, qui vota le mercredi 27 dans une école du quartier noir de Ohlange, près de Durban, déclara : « Nous avons quitté une ère de pessimisme, de tumulte et de conflit, maintenant nous commençons une nouvelle ère d'espoir de réconciliation et de construction du pays. »
La veille, le soir du mardi 26, 350 années de pouvoir blanc en Afrique du sud s’éteignaient juste avant minuit lorsque l'ancien drapeau sud-africain fut amené avant que ne soit hissé, juste après 00H00 le mercredi 27, le nouveau drapeau national.
A Johannesburg, ce fut un soldat blanc qui descendit le drapeau sous les acclamations de 300 personnes et sur les notes de l'ancien hymne national, tandis que la nouvelle bannière fut hissée par un soldat noir alors que redoublaient les acclamations et au son du nouvel hymne. La nouvelle Constitution pouvait entrer en vigueur ce mercredi 27 avril à OOHOO.

Il n’y eut pas de listes électorales à l’époque mais on estimait à 22,7 millions le nombre d’électeurs potentiels.

Les partis en lice
19 partis étaient en lice pour ces élections, des plus sérieux aux plus foldingues et avec les petites formations qui ne présentaient des candidats que dans certaines des neuf provinces du pays, il y eut au total 27 partis déclarés et admis.

L'ANC (Congrès National Africain), avec pour tête de liste nationale Nelson Mandela : fondé en 1912, le mouvement a été interdit de 1960 à 1990 et bon nombre de ses dirigeants emprisonnés ou contraints à l'exil.
Le Parti National, conduit par le chef de l'Etat Frederik de Klerk : au pouvoir depuis 1948, c’est ce parti qui avait mis en œuvre la politique d'apartheid au bénéfice exclusif de la minorité blanche. Il tentait en avril 1994 de rallier les suffrages de toutes les catégories raciales et notamment les Métis.
Le Parti Inkatha de la Liberté : à l'origine groupe culturel zoulou, il s’était transformé en parti politique en 1990. Son dirigeant Mangosuthu Buthelezi souffla le chaud et le froid avant d’accepter de participer aux élections. Mangosuthu Buthelezi ne réussira jamais à construire un parti d’envergure nationale et l’Inkatha restera à tout jamais un parti à base ethnique. Il se discrédita tout seul, lorsque certains de ses partisans défilèrent en 1993 sous le drapeau néo-nazi du parti blanc d’extrême droite, l'AWB. Pendant la campagne électorale, Le chef du parti zoulou Inkatha (IFP) Mangosuthu Buthelezi tenta même de s'attirer les sympathies des électeurs extrémistes blancs de la province de l'Etat libre d'Orange en flattant leurs aspirations fédéralistes, voire séparatistes.
Le Front de la Liberté, emmené par l'ancien chef des armées, le général Constand Viljoen. Il représentait la fraction de l'extrême-droite blanche rangée dans la légalité mais militait pour un Etat afrikaner indépendant, un Volkstaat.
Le Parti Démocrate. Ses membres - en grande partie anglophones, à l'exception de leur leader Zach de Beer - ont longtemps été les seuls Blancs à protester contre l'apartheid. Ils militent pour le libéralisme économique.
Le PAC (Congrès Pan-Africain d'Azanie), créé en 1959 en dissidence de l'ANC. Son programme était et est encore centré sur la redistribution des terres aux Noirs. Le PAC, contrairement à l’ANC, a toujours soutenu le président zimbabwéen Robert Mugabe dans sa réforme agraire qu’il a menée à bien au grand dam de la communauté internationale. La branche armée du PAC, l’APLA, était active encore avant le scrutin. Le PAC était présidé par Clarence Makwetu.
D’autres partis de moindre envergure se représentaient au niveau national comme le Parti de la Paix pour les Droits des Femmes, le Parti Fédéral, le Parti musulman ou le Parti des Travailleurs.
D'autres mouvements ont profité de la fête comme le parti SOCCER (en français Foot) qui voulait unir les Sud-africains à travers « le sport, la musique et les arts » ou le bien nommé Parti-pris de la simplicité et de la droiture au doux sigle « KISS » (Baiser), fondé « pour rire » par une simple mère de famille, le Parti pacifique des droits de la Femme (WRPP), le Parti de la liste des travailleurs (WLP), le Parti progressiste Ximoko (XPP), le Parti musulman d'Afrique (AMP) ou encore le Mouvement démocratique africain (ADM).

Les résultats des élections d’avril 1994
Participation : 87 % des électeurs estimés. Selon la Commission électorale, le total des votes exprimés a été de 19.533.497. Il y eut 193.081 bulletins nuls (0,99 % des suffrages exprimés).

Sept partis ont pu faire élire des députés à la nouvelle Assemblée nationale de 400 membres.
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Parti et dirigeant Pourcentage  Nombre de voix Nombre de députés
Congrès national africain (ANC - Nelson Mandela) 62, 65 % 12 237 655 252
Parti national (NP - Frederik de Klerk) 20,39 % 3 983 690 82
Inkatha Freedom Party (IFP - Mangosuthu Buthelezi) 10,54 % 2 158 294 43
Front de la liberté (FF - Constand Viljoen) 2,17 % 424 556 9
Parti Démocrate (DP- Zach de Beer, libéraux blancs) 1,73 % 338 426 7
Congrès Pan-africain (PAC - Clarence Makwetu) 1,25 % 243 478 5
Parti africain démocrate-chrétien  0,45 %   2

Le vote dans les neuf provinces du pays

L'ANC rafla la mise dans sept des neuf assemblées provinciales du pays. L’Assemblée provinciale du KwaZulu-Natal fut remportée par l’IFP de Buthelezi (50,32 % des suffrages contre 32,2 % pour l'ANC) et l’Assemblée de la province du Cap par le Parti national (NP) de Frederik de Klerk.
En sept ans, les affrontements entre les partisans de l’ANC et ceux de l’IFP avaient fait quelque 10.000 morts dans le KwaZulu-Natal.
Au KwaZulu-Natal, l'Inkatha remporta 41 sièges des 81 que compte l'assemblée provinciale contre 26 à l'ANC.
Dans l'ouest du Cap, les électeurs en majorité métis ont voté massivement en faveur du NP.
Le NP remporte 25 des 42 sièges de l'Assemblée provinciale, laissant loin derrière lui l'ANC avec 14 sièges seulement.
Dans les sept autres provinces, l'ANC réalisa un score brillant avec
48 des 56 sièges de l'est du Cap, 38 des 40 sièges du nord du Transvaal, 26 des 30 sièges de la province du nord-ouest, 24 des 40 sièges de l'Etat libre d'Orange et 25 des 30 sièges de l'est du Transvaal.
Dans le nord du Cap, l'ANC a remporté une majorité simple de 15 des 30 sièges, alors que dans le cœur économique de l'Afrique du Sud qui englobe la région de Johannesburg, celle de Pretoria et la zone industrielle du triangle du Vaal, l'ANC enleva 50 des 86 sièges, laissant le NP avec 21 sièges seulement.

Les dirigeants des provinces

PWV (Pretoria-Witwatersrand-Vereeniging, le "grand Johannesburg") : Tokyo Sexwale (ANC)
Kwazulu-Natal : Frank Mdlalose (Inkatha)
Cap oriental : Raymond Mpakamisi Mhlaba (ANC)
Cap Occidental : Hernus Kriel (NP)
Transvaal du nord : Ngoako Abel Ramatlhodi (ANC)
Nord-ouest : Popo Molefe (ANC)
Etat libre d'orange : Patrick "Terror" Lekota (ANC)
Transvaal oriental : Mathews Phosa (ANC)
Cap du nord : Manne Emsley Dipico (ANC)

Le premier gouvernement issu d’élections démocratiques

Nelson Mandela désigna le 6 mai les 17 premiers ministres noirs de son cabinet avant même que sa victoire soit officiellement proclamée.
Dans ce gouvernement, l'ANC attribua seize portefeuilles contre six au Parti national, sans compter les deux vice-présidences.
La première fut attribuée à Thabo Mbeki, à l’époque numéro deux de l'ANC, tandis que l'autre vice-présidence est revenue à Frederik de Klerk.
Ce gouvernement fit aussi la part belle aux alliés de toujours de Mandela, notamment le Parti communiste qui décrocha quatre ministres, dont son dirigeant Joe Slovo (un Blanc), chargé du secteur-clé de l'habitat et des affaires sociales. Joe Modise, le leader de la branche armée de l'ANC (Umkhonto we Sizwe) fut nommé ministre de la Défense, et l'ex-dirigeant de la puissante confédération des syndicats sud-africains COSATU, Jay Naidoo, ministre sans portefeuille.
Le 9 mai, lors d’une séance inaugurale, l’Assemblée nationale avait élu Mandela chef de l'Etat, sans vote car sans adversaire. L’Assemblée s’était donné comme présidente une Indienne, Mme Frene Ginwala (ANC).
De son côté, en attribuant à des Blancs cinq des six postes ministériels qui revenaient à son parti, Frederik de Klerk chercha à apaiser les craintes de la minorité blanche.

Le premier gouvernement multiracial, formé officiellement le 11 mai 1994

Président : Nelson Mandela (ANC)
Premier vice-président : Thabo Mbeki (ANC)
Second vice-président : Frederik de Klerk (NP)

Ministres

Ministre de la Justice : Dullah Omar (ANC)
Ministre de la Défense : Joe Modise (ANC)
Ministre de la Police : Sydney Mufamadi (ANC)
Ministre de l'Education : Sibusiso Bhengu (ANC)
Ministre du Commerce et de l'Industrie : Trevor Manuel (ANC)
Ministre des Affaires étrangères : Alfred Nzo (ANC)
Ministre du Travail : Tito Mboweni (ANC)
Ministre des Postes, des Télécommunications et de la radio et
télédiffusion : Pallo Jordan (ANC)
Ministre de la Santé : Nkosazana Dlamini Zuma (ANC)
Ministre des Transports : Mac Maharaj (ANC)
Ministre des Affaires provinciales et du développement constitutionnel : Roelf Meyer (NP- reconduit)
Ministre des Affaires foncières : Derek Hanekom (ANC)
Ministre des Entreprises publiques : Stella Sigcau (ANC)
Ministre des Services publics et de l'Administration : Zola Skweyiya (ANC)
Ministre du Logement : Joe Slovo (ANC)
Ministre des Travaux publics : Jeff Radebe (ANC)
Ministre des Services pénitenciers : Sipho Mzimela (IFP)
Ministre des Finances : Derek Keys (NP- reconduit)
Ministre de l'Agriculture : Kraai van Niekerk (NP - reconduit)
Ministre des Sports et des Loisirs : Steve Tshwete (ANC)
Ministre des Affaires intérieures : Mangosuthu Buthelezi (IFP)
Ministre de l'Eau et des Forêts : Kader Asmal (ANC)
Ministre de l'Environnement et du Tourisme : Dawie de Villiers (NP)
Ministre des Mines et de l'Energie : Roelof "Pik" Botha (NP)
Ministre du Bien-être et développement populaire : Abe Williams (NP- métis)
Ministre sans portefeuille : Jay Naidoo (ANC)
Ministre des Arts, de la Culture, des Sciences et Technologies : Ben Ngubane (IFP)

Ministres adjoints

Ministre adjoint des Affaires étrangères : Aziz Pahad (ANC)
Ministre adjoint des Affaires provinciales : Mohamed Valli Moosa (ANC)
Ministre adjoint de la Justice : Chris Fismer (NP)
Ministre adjoint des Affaires intérieures : Penuell Maduna (ANC)
Ministre adjoint des Arts, de la Culture, des Sciences et Technologies : Winnie Mandela (ANC)
Ministre adjoint des Finances : Alec Erwin (ANC)
Ministre adjoint du Bien-être : Sankie Nkondo (ANC)
Ministre adjoint de l'Environnement : Bantu Holomisa (ANC)
Ministre adjoint des Affaires foncières : Tobie Meyer (NP)
Ministre adjoint de l'Education : Renier Schoeman (NP)
Ministre adjoint de la Police : Joe Matthews (IFP)
Ministre adjoint de l'Agriculture : Thoko Msani (ANC)

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L'Assemblée constituante

Le 24 mai, le secrétaire général de l'ANC, Cyril Ramaphosa, fut élu président de l'Assemblée constituante d'Afrique du Sud.
Cette assemblée dut rédiger la Constitution définitive du pays. Elle était composée des 400 députés de l'Assemblée nationale et des 90 membres du Sénat.
Le nouveau Sénat s’était donné comme président, l'ancien ministre de la Justice et de la Défense, Kobie Coetsee, membre du Parti national (NP) et comme vice-président Govan Mbeki, un des huit leaders historiques de l’ANC et père du vice-président Thabo Mbeki.
Govan Mbeki avait passé de longues années en prison à Robben Island, avec Mandela.
Les sénateurs -- dix de chacune des neuf provinces, nommés proportionnellement aux résultats des élections -- ont pour tâche d'approuver les lois votées par l'Assemblée nationale et peuvent en proposer. Ils ont aussi un droit de regard sur tout transfert de pouvoir ou changement de frontières concernant les neuf provinces.
Le Sénat comptait à l’issue de ces élections 60 représentants de l'ANC, 17 du NP, 5 du parti zoulou Inkhata (IFP), 5 du Front de la Liberté de Constand Viljoen et enfin 3 du Parti Démocratique (DP).

Le serment présidentiel de Mandela

Prononcé le 10 mai 1994, devant le juge suprême Michael Corbett, en présence de dignitaires de 160 pays, de Fidel Castro à François Mitterrand, et de dizaines de milliers de Sud-Africains :

« En présence de l'assistance et en pleine connaissance de la haute mission que j'assume en tant que président, au service de la République d'Afrique du sud, je jure ici d'être fidèle à la République d'Afrique du sud et promets solennellement et sincèrement de toujours promouvoir ce qui fera avancer la République et de m'opposer à ce qui pourrait lui porter tort ; d'obéir, respecter, défendre et maintenir la constitution et tout autre loi de la République ; d'exercer mes devoirs de toutes mes forces et avec toutes mes compétences au mieux de mes forces et de mes capacités, fidèle aux exigences de ma conscience ; d'être juste avec tous ; et de me consacrer au bien-être de la république et de tous ses habitants. » 

La prestation de serment se déroula sur une estrade devant les Union Buildings, siège de la présidence, qui surplombe Pretoria. Parmi les personnalités présentes figuraient le vice-président américain Al Gore, les premières dames des Etats-Unis et de France, Hillary Clinton et Danièle Mitterrand, le Premier ministre du Pakistan Benazir Bhutto, le président cubain Fidel Castro, le chef de l'OLP Yasser Arafat, le président israélien Ezer Weizman, le Prince Philip d'Angleterre, le président Mario Soares du Portugal, le président zimbabwéen Robert Mugabe et l'ancien président de Tanzanie, Julius Nyerere.
Tout ce beau monde eut droit à vingt et un coups de canon et au passage d'avions de combat traçant dans le ciel de Pretoria les six couleurs du nouveau drapeau sud-africain.
Une fois que le maître de cérémonies eut annoncé « Nelson Mandela, président de la République sud-africaine », des hélicoptères tous phares allumés ont survolé la foule, suivis de groupes d'avions de combats volant à des hauteurs différentes. Enfin sont apparus six appareils laissant derrière eux un sillage noir, jaune, vert, blanc, bleu et rouge.
Pendant la fête, on put voir le secrétaire général de l’Anc, Cyril Ramaphosa, tombé dans les bras de Mangosuthu Buthelezi, Mandela donner l’accolade au général Constand Viljoen ou Thabo Mbeki serrer dans ses bras Frederik de Klerk.


2 juin 1999 : rassurer l’étranger

Mandela élu président en 1994 a eu pour tache principale la transformation « politique » du pays,  et l’acquiescement de la nouvelle donne par la population blanche.
Le bain de sang que prévoyaient quelques pertinents analystes et que redoutaient les Blancs n’a pas eu lieu : nouvelle Constitution - une des plus libérale qui soient au monde -  la Commission Vérité et réconciliation, qui a permis de juger sans vengeance, ont permis le passage en douceur d’u pouvoir blanc à un pouvoir noir.
En 1999, la donne est différente. Le futur président, Thabo Mbeki devra avant tout « rassurer » non plus l’intérieur mais l’étranger, c’est à dire les investisseurs. C’est ce qu’il fit tout au long de la campagne électorale en martelant que l’ANC n'entendait pas toucher à la Loi fondamentale. « L'ANC a été le principal architecte et rédacteur de la Constitution. Nous pensons qu'elle est foncièrement bonne » et il n'y aucune intention « de l'altérer fondamentalement », dira Thabo Mbeki. Seul Mandela, agacé par les craintes d'une trop grande victoire de son parti, finit par lancer à l'adresse des partis blancs : « Je veux les deux-tiers et quiconque n'est pas content peut sauter dans une piscine ».
Avec une majorité des deux-tiers à l'Assemblée Nationale et au Conseil des Provinces (NCOP - Chambre haute), l'ANC pourrait modifier la Constitution, par exemple sur le statut de la Banque centrale ou les importants pouvoirs des provinces. La Constitution -y compris le Chapitre 2 couvrant les droits fondamentaux, la liberté d'expression, de religion, la propriété - peut être amendée avec une majorité des deux-tiers, plus l'accord six des neufs provinces au NCOP. Par contre, une majorité de 75% des députés, hors d'atteinte de l'ANC, plus six provinces, est nécessaire pour modifier la procédure d'amendements constitutionnels elle-même, ainsi que le crucial Chapitre 1, les provisions fondant la Constitution: démocratie multipartite, Etat de droit, suffrage universel, etc.
Au final, l’ANC a obtenu 266 sièges de députés sur les 400 de l'Assemblée nationale, manquant d'un siège la majorité des deux tiers, mais le parti de Mandela et Mbeki réalisa un meilleur score qu'aux premières élections démocratiques de 1994.

En achevant la campagne électorale, le président sortant Nelson Mandela lança à plus de 70.000 personnes à Soweto le même message qu'il déclinait cinq ans auparavant : "Siyanqoba" ("nous gagnons"). « La lutte ne s'est pas terminée il y a cinq ans », ajouta-t-il, égrenant les réalisations du gouvernement ANC et les défis restant, en matière de logement, d'équipement, de nourriture des masses noires défavorisées.
Dans l’ensemble, la campagne fut beaucoup plus calme qu’en 1994, avec quelques tensions au Cap entre partisans de l'ANC et leurs nouveaux rivaux du Mouvement démocratique Uni (UDM - créé en 1997). L’UDM, créé par Roelf Meyer, blanc issu du Parti national (NP) et Bantu Holomisa, black, dissident de l’ANC, se voulait un parti multiracial. Mais au fil du temps, la mayonnaise n’a pas pris
Bantu Holomisa, qui se faisait appeler "général" en souvenir de sa carrière militaire, avait un prestigieux passé de militant anti-apartheid. Il s’était emparé du pouvoir en 1988 dans sa région, le bantoustan du Transkei --territoire déclaré « autonome » par le régime raciste-- qui devint sous sa direction une arrière-base pour les combattants de l'ANC. Roelf Meyer quant à lui avait un passé assez « lourd ». Pendant le régime de l’apartheid, il fut notamment député puis vice-ministre de la Loi et de l'Ordre en 1986.
Du côté des parti « blancs », le Parti démocratique (droite libérale) se fixait comme objectif de ravir au Nouveau Parti National (ancien parti au pouvoir avant 1994 sous l'appellation de NP) le titre de premier parti d'opposition et l'essentiel des voix de la minorité blanche (12,7 % des 40 millions de Sud-Africains).
Mandela eut des mots assez sarcastiques à l’adresse de l’électorat blanc : « Vous vous ruez vers le Nouveau Parti National et le Parti démocratique, des partis Mickey qui ne rétabliront jamais la suprématie blanche », lança-t-il lors d’un meeting.
Le Parti démocratique, dirigé à l ‘époque par Tony Leon, réussit son pari en raflant 38 (+31) députés, alors que le Nouveau parti national  s’effondra avec seulement 28 députés, soit 54 de moins que dans la législature précédente.
Dans le KwaZulu-Natal, la bataille électorale fut beaucoup plus apaisée qu’en 1999.
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La Cour constitutionnelle sud-africaine décida que les 146.000 prisonniers du pays pourraient à nouveau user de leur droit de vote lors des élections contrairement à ce qu’avait décidé la Haute Cour de Pretoria qui avait estimé que les prisonniers s'étaient eux-mêmes privés de l'opportunité de voter en se plaçant dans la situation où ils se trouvaient. La Cour constitutionnelle ordonna à la Commission électorale indépendante (IEC) de procéder à l'inscription sur les listes électorales de tous les citoyens séjournant en prison, qu'il soient condamnés ou dans l'attente de leur procès.
Dans un arrêt remarquable, la Cour constitutionnel déclara : « Le suffrage universel des adultes est l'une des valeurs qui fondent notre ordre constitutionnel. Le vote de chacun des citoyens est un symbole de dignité de la personne. Tout le monde compte, au sens propre du terme ». Et la Cour d’ajouter : que les droits des prisonniers étaient déjà « considérablement entamés », et qu’un « résidu substantiel de droits fondamentaux ne pouvait leur être dénié. »

Enfin, les partis d'opposition dénoncèrent avec virulence les financements étrangers reçus par l’ANC pour la campagne électorale après que Mandela eut reconnu que son parti avait reçu 20 millions de dollars de l'Arabie saoudite et des Emirats arabes unis.

Cette élection inaugura un nouveau mode de scrutin : après le décompte des voix de chaque parti, 200 sièges de l'Assemblée nationale furent alloués aux partis, proportionnellement aux suffrages obtenus à l'échelon national. 200 autres sièges de députés furent divisés entre les provinces et répartis selon les voix obtenus par les listes nationales dans chaque province.

Avec le système de proportionnelle intégrale, 13 partis ont envoyé des députés au Parlement, contre seulement 7 en 1994, illustration de l'éparpillement de l'opposition.
Ce scrutin sonna le glas du Front de la Liberté (FF - droite afrikaner dure), dont le leader Constand Viljoen, ancien général de l'apartheid, déçu par son score de 0,8% voulut démissionner, constatant dépité que son objectif d'une autodétermination des Afrikaners "n’était pas « une préoccupation immédiate » de sa communauté.

Au niveau des provinces, l'ANC a obtenu la majorité absolue dans sept provinces sur neuf et renforcé sa position dans les deux provinces les plus disputées, le KwaZulu-Natal et le Cap occidental, où aucun parti n’a obtenu la majorité absolue.
Dans son bastion du KwaZulu-Natal, l'IFP de Buthelezi est arrivé en tête avec 34 sièges devant l'ANC (32 sièges).
Au Cap occidental, l'ANC devança le NNP d'un siège avec 18 sièges contre 17. Cette province était le dernier bastion du NNP.

La répartition des sièges à l'Assemblée nationale sud-africaine
La participation a été de 89,2%.
Les résultats de 1999
18,1 millions d'inscrits
Participation : 89% (avec pourcentages des suffrages exprimés)


Parti Pourcentage Pourcentage 1994 Nombre de députés
Congrès national africain (ANC) 66,36 % 62, 65 % 266
Parti Démocrate (DP) 9,55 % 1,73 % 38
Inkatha Freedom Party (IFP ) 8,59 % 10,54 % 34
Nouveau Parti national (NNP) 6,87 % 20,39 % 28
Mouvement démocratique uni (UDM) 3,42 % n'existait pas 14
Parti africain démocrate-chrétien (ACDP) 1,43 % 0,45 % 6
Front de la liberté (FF ) 0,8 % 2,17 % 3
Parti uni chrétien-démocrate (UCDP) 0,78%   3
Congrès Pan-africain (PAC) 0.71% 1,25 % 3
Alliance fédérale (FA)  0,54%   2
Front de la minorité (MF) 0,30 %   1
Mouvement de l'unité afrikaner (AEB) 0,29 %   1
Organisation du peuple d'Azanie (AZAPO) 0,17   1
Bye bye Nelson, bienvenue Thabo

Thabo Mbeki, 57 ans, le leader du Congrès National Africain (ANC) et dauphin désigné de longue date de Nelson Mandela, fut élu le 14 juin président de l'Afrique du Sud par l'Assemblée nationale. Thabo Mbeki, qui était depuis 1994 vice-président du pays et depuis 1997 président du parti, a été élu sans vote, étant le seul candidat.
Les 400 députés issus des élections du 2 juin avaient auparavant élu, sans opposition encore, le président de la Chambre, la très respectée avocate Frene Ginwala (ANC), 67 ans, qui occupait ce poste lors de la précédente législature (1994-1999).
Le vice-président fut Jacob Zuma.

Thabo Mbeki fut investi président le 16 juin pour succéder à Nelson Mandela. Avant son intronisation, Thabo Mbeki avait rendu un hommage particulièrement « flamboyant » à Nelson Mandela, dans un numéro spécial du quotidien Sowetan, rassemblant des messages de chefs d'Etat, de gouvernement et d'organisations internationales.
« Tu as suivi la route de nos héros et héroïnes...Tu as marché devant, quand le confort dictait de marcher dans le rang...Tu as été là ou personne ne devrait avoir à aller », écrivit Mbeki dans sa contribution au cahier "spécial Mandela" du Sowetan.
Pour sa part, Yasser Arafat salua « le combattant de la liberté et le leader de génie » qui « fait figure de géant », et a pris place « auprès des plus grands dirigeants de ce monde qui ont créé de la gloire pour leur peuple et leur pays ».
Le secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, salua en Mandela « l'un des plus grands héritages du 20e siècle », et le secrétaire général du Commonwealth, Emeka Anyaoku, vit dans le leader sud-africain « l'homme non d'une époque mais de toutes les époques, de ce que le monde peut produire de meilleur et de plus grand ».

Mandela ne fut pas en reste au chapitre des éloges. Dans l'un des derniers actes officiels de sa présidence, il décora quelque 122 compatriotes choisis pour leur contribution à une Afrique du Sud « en paix avec elle-même ». La brochette de décorés était large : du magnat de l'or Harry Oppenheimer, au vétéran anti-apartheid Govan Mbeki, à des généraux blancs ou des artistes noirs comme la chanteuse Miriam Makeba. Le jazzman Hugh Masekela, le magnat (tabac, spiritueux) Anton Rupert, la militante anti-apartheid Albertina Sisulu, les chefs de la police George Fivaz et des forces armées Siphiwe Nyanda, et plusieurs de leurs officiers, figuraient au tableau d'honneur.
Une vingtaine de décorations ont été décernées à titre posthume, dont Albert Luthuli, ancien chef de l'ANC avant la lutte armée, Prix Nobel de la paix en 1961 et décédé en 1967, et Oliver Tambo, chef de l'ANC en exil décédé en 1993, peu après son retour en Afrique du Sud. Les dirigeants communistes Joe Slovo (mort en 1995) et Chris Hani (assassiné en 1993) ont ainsi reçu à titre posthume l'Etoile de l'Afrique du Sud, tandis que le leader du Mouvement de la Conscience Noire Steve Biko (mort en détention en 1977) était cité à l'Ordre du Mérite. L'écrivain et prix Nobel de littérature (1991) Nadine Gordimer, 75 ans, l'anthropologue Phillip Tobias, 73 ans, ont pour leur part reçu la plus haute distinction, l'Ordre de la Croix du Sud.


14 avril 2004 : déjà un modèle

Le déroulement pacifique et sans heurts des troisièmes élections démocratiques, salué par la majorité des partis en lice, témoigna de la maturité d'une démocratie qui, à dix ans à peine, se posa déjà en modèle pour le continent africain et au-delà.
A l'exception d'incidents "isolés, mineurs et gérables", selon la Commission électorale indépendante (IEC), les élections se déroulèrent pacifiquement à travers le pays, y compris dans la province du KwaZulu-Natal, théâtre, jusqu'en 1994-95, de violences politiques sanglantes.
Ce scrutin a d'abord été marqué par une impressionnante logistique pour les 21,6 millions d'électeurs appelés à voter à travers le pays dans 16.966 bureaux de vote, soit 2.500 de plus qu'en 1999.
Preuve de la solidité des institutions en place, l'ONU, le Commonwealth et l'Union européenne ont jugé, après avoir suivi la préparation du scrutin, que l'envoi d'observateurs était inutile, fait ultra rare en Afrique.

L'Afrique du Sud vota donc le 14 avril pour les troisièmes élections générales, sous régime démocratique.
Ces élections furent marquées par un renforcement de l’ANC, tant en voix qu’en sièges, l’échec de la sauce UDM qui se voulait un parti multiracial et qui n’a pas pris, stagnant à 3,4 % des suffrages comme en 1999, l’érosion continue du PAC, mouvement de libération radical noir, qui fut dans les années 60 le quasi-égal de l'ANC, mais qui est  de 1,24% des voix en 1994 à 0,71% en 1999 et à 0,7 % en 2004, n’ayant plus que deux députés.
Ce fut aussi le début de la fin pour le Nouveau Parti National (NNP) nouvelle appellation du Parti national (NP) au pouvoir sous l'apartheid. En 2001, une scission au sein de ce parti, lui a permis de « quitter » les rangs de l’alliance de l’opposition, dénommée Alliance démocratique, et de s’associer à l’ANC dans la gestion des affaires publiques.
C’est Marthinus van Schalkwyk qui fit opérer ce tournant à son parti.
En octobre 2001, l’Alliance démocratique (AD) qui regroupait le Parti Démocratique (DP) de Tony Leon et le NNP éclata.
Ces deux partis « blancs » représentaient deux courants traditionnels bien distincts : électorat afrikaner (et métis autour du Cap), plutôt conservateur et rural pour le NNP ; alors que le DP était le parti des anglophones, libéraux et citadins. Tony Leon quitta la tête de l’Alliance démocratique en 2007 et fut remplacé par Helen Zille, maire de la ville du Cap.
Les élections 2004 furent celles du quitte ou double pour le NPP qui avait dégringolé de plus de 20% en 1994 à 6,87% en 1999. Il n’obtint que 6,8 %.
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Voici les résultats des partis représentés à l'Assemblée nationale, et la nouvelle répartition (entre parenthèses la différence par rapport à l'Assemblée issue des dernières élections en 1999).
20,6 millions d'inscrits
Participation : 76%

Parti Pourcentage Nombre de députés Gain ou pertes députés
Congrès national africain (ANC) 69,68 % 279 +13
Parti Démocrate (DP) 12,37 % 50 +12
Inkatha Freedom Party (IFP ) 6,97 % 28 -6
Mouvement démocratique uni (UDM) 2,28 % 9 -5
Démocrates Independants (ID) 1,76 % 7 +7
Nouveau Parti national (NNP) 1,65 % 7 -21
Parti africain démocrate-chrétien (ACDP) 1,60 % 6 =
Front de la liberté (FF ) 0,89 % 4 +1
Parti uni chrétien-démocrate (UCDP) 0,75 % 3 =
Congrès Pan-africain (PAC) 0.73% 3 =
Front de la minorité (MF) 0,35 % 2 +1
Organisation du peuple d'Azanie (AZAPO) 0,27 2 +1


L'Assemblée nationale a élu le 23 avril Thabo Mbeki pour un second mandat de chef de l'Etat. Il prêta serment le 27 avril à Pretoria devant une cinquantaine de chefs d'Etats et de gouvernements, en appelant l'Afrique à devenir « le lieu de tous les espoirs de l'humanité ». Jacob Zuma fut reconduit comme vice-président.

Pour la première fois, l'ANC rafla la mise dans les neuf provinces
Les neuf provinces, avec chacune une assemblée, un cabinet et un Premier ministre, sont dotées d'un fort degré d'autonomie prévu par la Constitution, dans l'élaboration et l'application des politiques économiques et sociales. L'ANC remporta la majorité absolue dans sept provinces et une majorité relative dans deux autres, le KwaZulu-Natal et le Cap Occidental.


Avril 2009 : Jacob, en force

La bataille électorale n’a pas eu lieu lors de l’élection, mais avant, entre Jacob Zuma et la justice, entre Jacob Zuma  et Thabo Mbeki.
A l’issue du Congrès de l’ANC qui s’est tenu à Mafikeng en décembre 1997, Jacob Zuma fut élu vice-président du parti et Thabo Mbeki président du parti en remplacement de Mandela.
Après les élections générales de juin 1999, Jacob Zuma accéda au poste de vice-président du pays.
Nouvelles élections générales en juin 2004, nouvelle large victoire de l’ANC et le même duo accéda à la tête de l’Etat : Mbeki président, Zuma vice-président.
Mais une affaire de corruption, qui entacha un contrat de vente d’armes par la société française Thalès (ex- Thomson-CSF), était déjà dans l’air depuis février 2003. La presse sud-africaine avait révélé en novembre 2002 que la police enquêtait sur des documents qui pourraient lier, via un intermédiaire, Jacob Zuma à des pots-de-vin d’un montant de 500.000 rands (60.000 dollars) sollicités par Thomson-CSF.
D’instructions en instructions, après sept mois de procès, le 2 juin 2005, Shabir Shaik, un proche de Zuma, fut jugé coupable de corruption et de fraude fiscale par la Haute Cour de Durban et condamné à 15 ans de prison pour avoir versé 1,3 million de rands à Zuma entre 1995 et 2001.Dès le 14 juin, Thabo Mbeki limogeait Jacob Zuma de son poste de vice-président, et la bataille entre les deux hommes pouvait commencer.
Commence alors pour Zuma, la lutte pour la conquête du pouvoir, une lutte qui passait inexorablement par l’éviction de Thabo Mbeki. Ce sera chose faite lors du congrès de l’ANC en décembre 2007.
Fort du soutien du puissant syndicat, la COSATU, Zuma fut élu président de l’ANC en recueillant le vote de près des trois quarts des 3 900 délégués face à Thabo Mbeki. 
Dix jours plus tard, Jacob Zuma fut à nouveau inculpé dans le dossier de l’affaire Thales mais le 12 septembre 2008, un juge prononça un non-lieu en sa faveur pour vice de forme, invoquant des ingérences politiques.
La vengeance étant un plat qui se mange froid ou chaud, dès les charges contre Zuma disparues, le comité directeur de l’ANC qu’il contrôlait retira sa confiance à Thabo Mbeki, soupçonné d'avoir instrumentalisé la justice pour barrer la route de la présidence à Jacob Zuma. Le 21 septembre, après ce désaveu, Thabo Mbeki démissionna de la présidence et fut remplacé à la tête de l’Etat par le vice-président de l’ANC, Kgalema Motlanthe.
Exonéré de toute charge par la justice, Jacob Zuma put se lancer à la conquête de la présidence à l’occasion des élections générales du 29 avril 2009.
L’enjeu pour l’ANC ? Franchir à nouveau la barre des deux tiers à l’Assemblée (échec sur ce point), et contrer un tout nouveau parti créé par des « amis » de Thabo Mbeki, le Congrès du peuple (Cope), qui fut formé fin 2008, par d’anciens membres de l’ANC, partisans du président démis. C’est le Révérend Mvume Dandala, 57 ans, qui était tête de liste du Cope à ces élections. Le Cope s’était donné pour président lors de sa création l'ex-ministre de la Défense Mosiuoa Lekota et pour secrétaire générale Charlotte Lobe.
L’Alliance démocratique, parti à dominante « blancs » était emmenée à la bataille électorale par la sud-africaine blanche, Helen Zille. A 58 ans, la maire de la ville du Cap devrait prendre les commandes de la province de  Western Cape, la seule des neuf provinces du pays à ne pas avoir voté en majorité pour l’ANC. Son parti, la DA, y a décroché une majorité absolue avec 51,4 % des suffrages contre 31,5 % à l'ANC, qui dirigeait jusqu'à présent la province grâce à une coalition avec plusieurs petits partis.
Née le 9 mars 1951, Helen Zille n'a rallié un parti politique qu'après la chute du régime raciste en 1994, en joignant les rangs du Parti démocrate (DP) rebaptisé DA ultérieurement. Elue au parlement du Western Cape, elle y a pris en charge l'Education de 1999 à 2001, avant d'entrer à l'Assemblée nationale en 2004 et d'être élue maire du Cap en 2006.

Jacob Zuma, une fois élu président par l’Assemblée nationale, le 6 mai 2009, aura la lourde tâche de calmer les attentes populaires, en se rappelant qu’il a pris la tête du parti face à Mbeki en décembre 2007 grâce à l'aile gauche de l’ANC et avec l'appui des syndicats et du Parti communiste sud-africain.

Les résultats du scrutin d'avril 2009

23 millions d'inscrits
17 680 729 exprimés

Parti Pourcentage Nombre de voix Nombre de députés
Congrès national africain (ANC - Jacob Zuma) 65,90 % 11 650 748 264
Alliance démocratique (AD -Helen Zille) 16,50 % 2 945 829 67
Congrès du peuple (Cope)  7,40 % 1 311 027 30
Inkatha Freedom Party (IFP ) 4,50 % 804 260 18
Démocrates Independants (ID -Patricia de Lille) 0,92 % 162 915 4
Mouvement démocratique uni (UDM) 0,85 % 149 680 4
Front de la liberté (FF- Peter Mulder) 0,83 % 146 796 4
Parti africain démocrate-chrétien (ACDP-Kenneth Meshoe) 0,81 % 142 658 3
Parti uni chrétien-démocrate (UCDP-Lucas Mangope) 0,37 % 66 086 2
Congrès Pan-africain (PAC- Motsoko Pheko) 0,27 % 48 530 1
Front de la minorité (MF-Aùichand Rajbansi) 0,25 % 43 474 1
Organisation du peuple d'Azanie (AZAPO-Mosibudi Mangena) 0,22 % 38 245 1
Convention du peuple africain (APC- Themba Godi) 0,20 % 35 867 1
 
Synthèse René-Jacques Lique
 
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