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Joe Slovo (décédé le 6 janvier 1995)

Un Blanc du côté des Noirs

Pour sa dernière apparition publique en décembre 1994, Joe Slovo avait eu droit à un traitement de héros de la part de la conférence nationale de l'ANC à laquelle il avait participé, frêle et affaibli par un cancer en phase terminale. Sous les ovations de quelque 3.000 délégués, noirs pour la plupart, cet infatigable militant blanc avait reçu de Nelson Mandela la plus haute distinction décernée par l'ANC à ceux qui se sont consacrés à la lutte contre l'apartheid : le Isithwalandwe-Seaparankoe ("Celui qui porte la peau de léopard").
"J'avais décidé il y a longtemps de travailler à la fin du régime raciste et à la remise du pouvoir au peuple. Je ne le regrette pas", avait-il alors lancé. Joe Slovo a succombé à un cancer de la moelle épinière, après avoir été de tous les combats - y compris la lutte armée - contre le gouvernement de la minorité blanche.
Dirigeant à la fois du Parti communiste sud-africain (SACP) et de l'ANC, il avait été pendant de longues années à la tête d'Umkhonto we Sizwe (MK, la lance de la nation), la branche armée du mouvement.
A sa mort, à 68 ans passés, il était, en tant que ministre du Logement, en charge d'un des dossiers les plus sensibles pour le gouvernement Mandela. Le nouveau défi qu'il s'était assigné était d'éradiquer une des séquelles les plus visibles de l'apartheid, les bidonvilles, et de mettre sur les rails un programme de construction d'un million de logements en cinq ans.

Un combat sans merci qui lui a coûté cher

Né en 1926 en Lituanie dans une famille juive et arrivé en Afrique du Sud à l'âge de huit ans, Joe Slovo a été durant de longues années l'ennemi public numéro un de l'ancien régime de Pretoria. Son rôle au parti communiste, auquel cet avocat a adhéré en 1949, et au sein de MK qu'il contribue à fonder en 1961, lui a valu de multiples tracasseries, un exil de plus d'un quart de siècle et diverses menaces de mort.
Son épouse Ruth First, fille du trésorier du SACP Julius First, sera assassinée en 1982 à Maputo, où le couple s'est installé, par un colis piégé dont l'envoi est attribué au régime de l'apartheid.
1989, c'est l'année où s'effondrent les régimes communistes européens. Il se lance dans une virulente critique de l'orthodoxie marxiste-léniniste, à contre-courant du SACP dont il est alors secrétaire-général. Dans un document intitulé "Le socialisme a-t-il échoué?", il s'en prend aux violations des droits de l'Homme commises au nom du communisme et plaide pour l'instauration en Afrique du Sud d'une démocratie multipartite où seraient reconnu le droit à la liberté d'expression et de religion. Dès cette date, il préconise la négociation plutôt qu'un renversement par la force du régime d'apartheid.
Sa position ne fait pas l'unanimité au sein du SACP, où certains des durs salueront en 1991 le coup d'Etat contre Gorbatchev.
En 1992, il provoque à nouveau la surprise, cette fois au sein de l'ANC, dont il est depuis 1985 le premier Blanc membre de l'exécutif national : c'est lui qui rédige la plus significative des propositions de compromis avec le régime blanc, celle d'un partage obligé du pouvoir au sein d'un gouvernement d'unité nationale. Avec d'autres garanties visant à satisfaire l'establishment politico-militaire blanc, cette clause est inscrite dans la Constitution qui entre en vigueur le 27 avril 1994, avec les premières élections de l'histoire du pays ouvertes aux Noirs.
Il avait rallié le Parti communiste (le premier parti communiste constitué dans le continent africain) en 1942 et avait épousé Ruth First en 1949. Peu après l'interdiction du PC en 1950, il le reconstitue dans la clandestinité et est incarcéré à deux reprises, en 1956 et 1960.
En 1961, il participe à la création d'Umkhonto We Sizwe (MK), branche armée de l'ANC, dont il sera le chef d'état-major jusqu'en 1987. En 1963, il prend le chemin de l'exil - Mozambique, Zambie et Grande-Bretagne.
En 1986, il devient secrétaire-général du SACP. Il occupe ce poste jusqu'en 1991, devenant alors président du SACP. Le 15 janvier 1995, jour de ses funérailles a été décrété jour de deuil national. Les drapeaux ont été mis en berne à Pretoria, au Cap, à Johannesburg et dans les neuf capitales provinciales du pays.
Après Helen Joseph, une autre militante de la lutte contre l'apartheid décédée en décembre 1992, Joe Slovo fut le deuxième Sud-Africain blanc a être porté en terre à Soweto. (avec AFP)

 
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