Afrique du Sud
Articles de la revue Afrique-Express - Année 2000
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N° 219 du 15/12/2000

Municipales : ANC à 59%, opposition de droite à 22 %

Le Congrès national africain (ANC, au pouvoir) a obtenu 59,38 % des voix aux élections municipales sud-africaines du 5 décembre. Avec 22,12 % des voix, l'Alliance démocratique (DA), considérée comme l'opposition de droite, effectue une percée significative.
L'ANC a remporté 170 municipalités (soit 70%) sur 237 où se déroulait le scrutin.
Mais avec 59,38 % des voix, l'ANC du président Thabo Mbeki, enregistre un net recul par rapport aux 66 % recueillis lors des élections générales de juin 1999.
La DA, coalition d'opposition de droite formée en juin par le Parti démocratique (DP, droite libérale) et le Nouveau Parti National (NNP, au pouvoir sous l'apartheid), réalise une forte percée, par rapport aux 16,3% combinés du DP et du NNP en 1999. La DA enlève 18 municipalités.
Le Parti de la Liberté Inkatha (IFP, à dominante zouloue) a obtenu 9,14% des voix, légèrement mieux que ses 8,50% de juin 1999. L'IFP a emporté 36 municipalités.
Le Mouvement démocratique Uni (UDM), parti créé en 1997, a recueilli 2,55% du vote (contre 3,4% en juin 1999), et a remporté une seule municipalité.
Des six "méga-municipalités" créées par un nouveau redécoupage municipal à l'occasion du scrutin, l'ANC en a enlevé quatre: Tshwane (incluant Pretoria), East Rand (grand est de Johannesburg), Johannesburg, ainsi que la "Mandela Metropolis" incluant Port Elizabeth dans le Cap Oriental (sud-est).
L'ANC est aussi arrivé en tête dans la grande municipalité de Durban avec 47% des voix, mais devra s'allier pour gouverner la métropole. Dans la métropole du Cap, la DA a maintenu sa domination.
Dans douze des municipalités ouvertes au vote, aucune majorité absolue de n'est dégagée, et des alliances devront être formées. Dans 47 autres districts, le scrutin avait été retardé et doit se tenir ultérieurement.
La participation à ces municipales, deuxième scrutin local depuis l'avènement de la démocratie en 1994, a été de 48,08 %, sur 18,4 millions d'électeurs inscrits.
Analyse : l'opposition sud-africaine regroupée dans l'Alliance démocratique (DA) a montré une capacité nouvelle à mordre sur une frange mécontente de l'électorat noir et à gagner de l'influence parmi la population d'origine indienne.
La DA a élargi son influence au-delà de sa base électorale traditionnelle: blanche dans le pays et métisse dans la région du Cap.
Dans la ville de Johannesburg, la DA fait des scores non négligeables dans les townships noires et pauvres de la périphérie de la ville, où elle a présenté des candidats locaux et mené une campagne très active: 8% à Diepsloot, 6% à Diepkloof, un secteur de Soweto, 8,3% dans un quartier d'Alexandra.
Les bons résultats de la DA dans la "megacity" de Durban (est), où elle est passée de 19,9% lors des élections générales de 1999 à 26,9% peuvent s'expliquer en grande partie par le vote de la population d'origine indienne.
La DA y a remporté une victoire spectaculaire dans les deux principales townships indiennes, en remportant cinq circonscriptions sur cinq à Phoenix et quatre sur cinq à Chatsworth.
La faible participation nationale (47%) a certes bénéficié à la DA car l'électorat blanc, ainsi que l'électorat métis dans la région du Cap, se sont plus mobilisés que l'électorat noir, impatient de la lenteur de l'amélioration de ses conditions de vie.
Mais pour passer de 16,4% en 1999 à 23% aux municipales, il a fallu ce début de franchissement des lignes de partage raciales.
La DA s'est constituée en juin dernier par la fusion du parti démocratique (DP), de tradition blanche libérale anglophone, et du Nouveau parti national (NNP), au pouvoir sous l'apartheid, dont la base électorale a longtemps été les Afrikaners, descendants des premiers colons hollandais et français du 17ème siècle, ainsi que parmi les métis de la région du Cap. Le NNP avait accepté, sans gaieté de cœur de fusionner avec le DP, après sa défaite cuisante aux élections générales de juin 99. Question de survie pure et simple. Car l'ancien parti de l'apartheid était tombé à moins de 7% en 1999 et avait subi l'humiliation de céder la place d'opposition officielle au petit DP de Tony Leon, devenu "opposition officielle".
Le pari de cet attelage quelque peu improbable a réussi au-delà de ses propres espérances.
Une circonscription s'est jouée à pile ou face
La circonscription de la ville d'East London (sud-est), où deux candidats avaient recueilli le même nombre de voix a été adjugée à pile ou face : l'ANC, qui avait choisi le côté "face", l'a emporté. En vertu de la législation électorale, les deux candidats ont dû se présenter devant l'officier électoral, en présence d'un auditeur indépendant, et par ordre alphabétique ont choisi chacun un côté d'une pièce de 2 rands.
La candidate de la DA siégera toutefois elle aussi au conseil municipal, en vertu du score obtenu par son parti dans la municipalité entière, le scrutin mêlant une dose de proportionnelle et de majoritaire.
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N° 218 du 30 novembre 2000

30 ans après sa destruction, un îlot multiracial va renaître

Il y a 30 ans, Noor Ebrahim regardait impuissant les bulldozers raser sa maison et "son" District 6, fascinant quartier multiracial au cœur du Cap, voué par les planificateurs de l'apartheid à un avenir exclusivement blanc.
Les pelleteuses vont bientôt revenir à "District 6", mais cette fois en vue de rebâtir et reloger Noor, et un millier d'autres expulsés, qui ont obtenu d'être réinstallés dans leur ancien quartier, ou de se voir dédommagés financièrement.
"Je suis parti il y a trente ans, mais mon cœur est resté ici", raconte Noor, 56 ans, qui se rappelle du quartier bondé, un rien miteux et canaille, mais plein de couleurs et de vie, où les enfants jouaient dans les rues, sur fond sonore des nombreux groupes de jazz répétant dans les arrière-cours.
"On se moquait de la couleur de la peau, on vivait comme une grande famille heureuse", se souvient Noor. La majorité des habitants étaient métis, souligne-t-il, mais des Blancs, des Indiens, des Noirs, des Chinois vivaient aussi dans le quartier, au pied de la célèbre Montagne de la Table.
Par vagues successives entre 1966 et 1980, quelque 66.000 personnes ont été expulsées des 90 hectares de District 6, et relogées, selon leur groupe racial, dans des banlieues loin du centre-ville où beaucoup travaillaient.
Le même scénario se produisait à l'époque dans d'autres métropoles du pays, ces quartiers défunts, comme Sophiatown à Johannesburg, devenant les symboles de la folie ségrégationniste d'un régime qui redessinait les villes.
Une fois District 6 rasé, plusieurs immeubles à vocation "blanche" furent construits, comme une université technique, mais pour l'essentiel, le terrain est resté sous-développé.
Dimanche 24 novembre, une cérémonie formelle avec le président Thabo Mbeki verra les titres de propriété ou enveloppes de dédommagement remis à 1.763 familles (25% noires, le reste métisses), aux termes du mécanisme de redistribution foncière mis en place par le gouvernement post-apartheid.
Elles recevront une compensation de 17.500 rands (2.300 dollars). Plus, pour un millier d'entre elles, un prêt versé dans un fonds immobilier qui les aidera à acquérir une propriété à District 6, sitôt les logements construits, peut-être dès 2001.
Noor, 26 ans à l'époque, se rappelle de son père en pleurs, de ses propres larmes, le jour où les bulldozers sont venus. "Quand j'ai démarré la voiture, c'est notre maison qu'ils attaquaient".
Noor reviendra. D'ailleurs, est-il jamais parti ? Il continue de venir prier à la mosquée de District 6, l'un des rares bâtiments épargnés, et travaille au musée récemment ouvert dans le quartier, où de vieilles photos noir et blanc perpétuent la légende du quartier.
Pour le conseiller municipal Saleem Mowzer, la restitution de District 6 est une étape-clef de la "guérison" du Cap. Un pas important vers la réintégration des Capetoniens de couleur, jadis repoussés à la périphérie, dans "une ville à laquelle chacun se sent appartenir sur un pied d'égalité".

N° 218 du 30 novembre 2000

Cinq membres du PAGAD condamnés à huit ans de prison

Cinq membres de la milice d'inspiration islamiste PAGAD (Peuple contre le gangstérisme et la drogue), soupçonnée de terrorisme au Cap, ont été condamnés mardi à huit ans de prison pour possession d'armes et de munitions.
Ces membres du PAGAD ont en revanche été relaxés de cinq autres chefs d'inculpation qui auraient pu les lier à des attentats, parmi lesquels possession de détonateurs, d'une grenade fumigène, et vols d'armes à feu et de véhicules.
Ayob Mungalee, Nizaam Sheik, Yassiem Adjouhaart, Jacob Jacobs et Afzal Karriem, arrêtés en février 1999, ont été reconnus coupables de détention illégale d'armes à feu et de munitions, ainsi que d'un gilet pare-balles appartenant à la police.
Peu après leur arrestation, la police avait affirmé que les cinq hommes préparaient un attentat à la voiture piégée contre le Parlement au Cap, mais cette accusation n'avait pas été retenue comme chef d'inculpation.
L'accusation avait appelé à de longues peines de prison, plaidant que les cinq hommes étaient en mission de terrorisme urbain.
Les peines prononcées, lourdes au regard des faits dont ils ont été reconnus coupables, suggère que la justice sud-africaine entend neutraliser en mettant à l'écart, pour les crimes et délits qu'elle trouve, les membres du PAGAD, faute de pouvoir obtenir des condamnations pour terrorisme.
La défense va faire appel des peines prononcées.
Le PAGAD, initialement une milice anti-gangsters des banlieues métisses du Cap, est accusé par les autorités d'être derrière les campagnes d'attentat -plus de 150 bombes au total- qui ont frappé la région du Cap depuis quatre ans.
Mais jusqu'à octobre dernier, en dépit de multiples procédures contre des membres du PAGAD pour crimes et délits divers, la justice n'a jamais été en mesure d'inculper un de ses membres pour terrorisme. Jusqu'à l'inculpation du chef du mouvement Abdus-Salaam Ebrahim pour son rôle dans des attentats en 1997-98. Cette percée est considérée comme cruciale par les autorités, comme le prochain procès d'Ebrahim pour le meurtre d'un chef de gang du Cap en 1996.
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N° 218 du 30 novembre 2000

25 ans de prison pour un fermier blanc meurtrier d'un employé noir

Un fermier blanc sud-africain de Dundee, dans le nord KwaZulu-Natal, a été condamné à 25 ans de prison pour le meurtre en 1997 d'un employé agricole noir, qu'il avait traîné attaché à son véhicule.
Un tribunal de Ladysmith (est) a condamné Eicker Henning, 41 ans, pour le meurtre de Ndelwa Kepisi Mgaga, qui avait auparavant été roué de coups de bâton, de pied, et électrocuté par Henning et un ami, apparemment après qu'il eût avoué avoir volé des outils au fermier.
Henning avait ensuite pris Mgaga dans son camion pick-up, pour qu'il le conduise à l'homme auquel il avait revendu les outils volés. Pris d'impatience et de rage, il avait attaché la victime par une corde au cou et au véhicule, et l'avait traîné plus de 500 mètres sur une route en gravier.
Les deux hommes avaient ensuite abandonné le corps le long de la route en rase campagne.
Le complice de Henning, dans un procès distinct en octobre dernier, avait plaidé coupable de complicité de meurtre, et été condamné à quatre ans de prison avec sursis.
Fin août, un cas similaire au meurtre de Dundee avait choqué le pays:  un entrepreneur blanc en bâtiment, Piet Odendaal, 44 ans, avait traîné sur 5 km à l'arrière de son pick-up un de ses employés noirs, Mosoko Rampuru. Une foule violente avait encerclé le tribunal de Sasolburg (sud de Johannesburg) lors de la comparution d'Odendaal pour son inculpation pour meurtre.

N° 217 du 15 novembre 2000

La police prise en flagrant délit de violence raciste : six officiers arrêtés

Un documentaire d'une rare violence, montrant six policiers blancs "exerçant" longuement leur chiens à l'attaque sur des suspects noirs, a choqué l'Afrique du Sud, entraînant l'arrestation immédiate des six officiers. Tous les quotidiens du pays ont accordé le 8 novembre leur "une" au documentaire, avec photos d'une des victimes, sauvagement mordue par un berger allemand et piétinée par son maître. La vidéo amateur a été filmée en janvier 1998, visiblement par un autre policier, à usage interne d'"exercice d'entraînement de chiens".
La télévision publique SABC en a obtenu copie fin octobre. Dans ce film, trois hommes, présentés comme des immigrés clandestins, sont battus, insultés, et surtout attaqués à tour de rôle par quatre chiens, sous les hurlements des maîtres-chiens pour les exciter.
A la fin de l'"exercice", les victimes "posent" pour des gros plans de leurs blessures, très graves pour certaines. Dès avant la diffusion de l'émission "Special Assignment", le documentaire avait été projeté au ministre de la Sécurité Steve Tshwete, et au chef national de la police Jackie Selebi, interviewés dans l'émission.
Les six policiers de l'Unité canine de l'East Rand (Est de Johannesburg) étaient déjà sous les verrous au moment de la diffusion. Les six hommes, deux inspecteurs et quatre sergents (Lodewyk Koch, 32 ans, Nicolaas Loubser, 27 ans, Dino Guiotto, 27 ans, Eugene Truter, 28 ans, Robert Henzen 32 ans, et Kobus Smith, 31 ans) ont été placés en détention et inculpés de tentative de meurtre. Un scandale similaire, mais bien moins spectaculaire, avait secoué la police sud-africaine en avril 1999, lorsqu'un reportage de la BBC-TV sur des patrouilles nocturnes à Johannesburg avait montré des violences sur suspects. Deux des policiers ont été condamnés en juillet à des amendes et peines de prison avec sursis, bénéficiant d'une clémence très controversée depuis.
Le président Thabo Mbeki a estimé que l'incident montre le besoin de combattre le racisme "en pratique, dans le détail". "J'espère que cette vidéo a montré aux Sud-Africains que lorsque nous parlons de racisme enraciné, de racisme persistant dans ce pays, nous ne jouons pas à la politique politicienne", a-t-il ajouté.

N° 217 du 15 novembre 2000

Arrestation de trois membres du PAGAD pour assassinat

Trois membres du PAGAD, l'organisation d'auto-défense d'inspiration islamiste, ont été arrêtés le 10 novembre pour le meurtre en 1996 d'un chef de gang du Cap, Rashaad Staggie. Les trois hommes, Salie Abader, responsable national de la sécurité du PAGAD (Peuple contre la drogue et le gangstérisme), Moegsien Mohammed et Abdurazak Ebrahim, ont été identifiés grâce à des bandes vidéo saisies dans plusieurs médias.
Ils vont être inculpés du meurtre de Staggie, qui avait été arrosé d'essence puis brûlé près de son domicile lors d'une marche de protestation du PAGAD.
L'incident avait été largement diffusé par les médias.
Ces arrestations ont eu lieu alors qu'un autre responsable du PAGAD, Abdus-Salaam Ebrahim, comparaîtra devant la Haute Cour du Cap sous la même inculpation et pour sa responsabilité présumée dans la vague d'attentats terroristes dans la région du Cap en 1997 et 1998.
L'unité d'élite de la police "les Scorpions", rattachée au procureur général, avait saisi le 19 octobre des documents vidéo à la télévision nationale SABC ainsi qu'à l'agence Reuter. Ces perquisitions et saisies avait suscité la condamnation du Forum des Rédacteurs en chef sud-africains (SANEF) qui y ont vu un danger pour la liberté de la presse.
"Pourquoi sont-ils si passionnés par la recherche des gens qui ont tué Rashaad Staggie, qui était l'un des principaux criminels de l'histoire de l'Afrique du Sud ?", s'est interrogée la responsable du PAGAD pour la province du Cap occidental, Fatima Osman.
Le PAGAD a été créé début 1996 pour lutter contre les gangs de dealers de drogue qui terrorisent les communautés métisses et pauvres des banlieues du Cap. Le mouvement, largement dominé par les islamistes, a acquis en quatre ans le statut d'ennemi public numéro un, accusé d'être à l'origine de la vague d'attentats et de l'assassinat d'un juge en septembre.
Ces attentats, plus d'une centaine au total, ont fait, au cours des deux dernières années, trois morts et 100 blessés.
Le 25 août 1998, un attentat à la bombe contre le restaurant Planet Hollywood au Cap, avait fait deux morts et 25 blessés.

N° 215 du 19 octobre 2000

Un dirigeant du PAGAD inculpé pour terrorisme

Le principal dirigeant du PAGAD (Peuple contre le gangstérisme et la drogue), Abdus-Salaam Ebrahim, a été inculpé pour terrorisme à la suite de la vague d'attentats de la région du Cap. Le procureur général Willie Viljoen a précisé à que les chefs d'accusation prononcés par le tribunal régional du Cap contre Abdus-Salaam Ebrahim sont relatifs à la série d'attentats commis dans la ville et ses environs en 1997 et 1998. Mais M. Viljoen n'a pas précisé le nombre d'attentat pour lequel M. Ebrahim était inculpé.
C'est la première fois qu'un dirigeant du PAGAD, organisation d'autodéfense d'inspiration islamiste, est inculpé en relation avec les attentats de la région du Cap. Depuis des attentats au mois d'août, le gouvernement désignait le PAGAD comme unique responsable de la campagne terriste.
Les premiers attentats du Cap datent de 1996 et on en a compté depuis plus de 160, selon M. Viljoen. Depuis juin 1998, 20 bombes ont explosé dans la région, tuant 3 personnes et faisant 131 blessés.
Ce chef d'inculpation pour terrorisme est l'un des sept nouveaux prononcés contre Ebrahim, qui en compte déjà 19, parmi lesquels le meurtre en 1996 de l'un des chefs de gang du Cap, Rashaad Staggie.
Les autres chefs d'inculpation contre Ebrahim vont du meurtre à la possession illégale d'armes à feu, en passant par la tentative de meurtre, l'extorsion de fonds et l'intimidation. Le dirigeant du PAGAD est en prison depuis le mois de décembre, dans l'attente de son procès.
Ces nouvelles inculpations viennent au lendemain de l'emprisonnement pour 25 ans d'un autre membre du PAGAD, Ismail Edwards, pour tentative de meurtre et vol.
Plus de 40 membres du PAGAD ont été inculpés, mais l'Etat a eu jusqu'à présent des difficultés à étayer ces inculpations en raison du manque de preuves.
Bien que le ministre de la Sécurité, Steve Tshwete martèle publiquement depuis un attentat commis le 11 août que le PAGAD est coupable, aucune des enquêtes menées par la police sur la centaine d'attentats à la bombe commis depuis trois ans n'avait aboutie jusqu'à présent à une inculpation au sein de cette milice.
Le PAGAD a été créé début 1996 par d'anciens membres du groupe musulman Qibla, soutenu par la Libye, qui avait combattu contre l'apartheid et était à la recherche d'une autre bonne cause. Ils l'avaient trouvé dans la lutte contre les gangs de dealers de drogue qui terrorisent depuis plusieurs années les communautés métisses et pauvres qui peuplent les banlieues sud du Cap.  Mais ils ont acquis en quatre ans le statut d'ennemi public numéro un, accusé par le gouvernement d'être les auteurs d'attentats et de l'assassinat d'un juge en septembre. (avec AFP)
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N° 210 du 29 juin 2000

Création de l'Alliance démocratique (DA) : l'opposition blanche (DP et NNP) fusionne pour contrer l'ANC

Deux des principaux partis d'opposition sud-africains vont fusionner pour tenter de contrer la formidable puissance du Congrès National Africain (ANC), une alliance dénoncée par le parti au pouvoir comme un "retour en arrière" visant à "préserver les interêts blancs".
Le Parti démocratique (DP - droite libérale), premier parti d'opposition et le Nouveau Parti National (NNP, issu du parti au pouvoir pendant l'apartheid) ont annoncé le 25 juin leur fusion, sans doute le réalignement politique le plus important depuis les premières élections démocratiques de 1994.
Le DP de Tony Leon, devenu aux élections générales de 1999 premier parti d'opposition avec 9,5 % des voix, et le NNP de Marthinus van Schalkwyk (6,8% des voix) vont devenir l'Alliance démocratique (DA), qui se présentera dès les prochaines élections municipales de novembre.
La DA sera, pour une période transitoire de deux ans, présidée par Tony Leon, avec Marthinus van Schalkwyk comme vice-président.
NNP et DP disent vouloir "bâtir un mouvement politique accueillant des Sud-Africains de toutes les communautés et qui pourra défier efficacement l'ANC" pour le pouvoir. Les deux partis ont un électorat majoritairement blanc (avec un fort vote métis au Cap pour le NNP) et accaparent l'essentiel du vote de la minorité blanche (environ 13%) d'Afrique du Sud, à l'exception de petits partis afrikaners extrémistes.
Mais même en fusionnant, NNP et DP restent une force relative, loin derrière les 66,3% de l'ANC aux élections de 1999.
L'ANC a jugé l'annonce de cette alliance "décevante et plutôt malheureuse pour le pays". "Cela nous ramène en arrière. Cela s'appuie sur la volonté de préserver les intérêts et les privilèges blancs", a déclaré la porte-parole nationale Nomfanelo Koya-Matosi.
Commentaire : la fusion NNP-DP, deux formations classées à droite de l'échiquier politique - avec une dominante anglophone et urbaine pour le DP, afrikaner et plutôt rurale pour le NNP - était jugée prévisible par nombre d'observateurs politiques, quand ils ne prédisaient pas l'absorption du NNP par le DP. L'ex-Parti National, devenu NNP en 1998, n'est en effet jamais parvenu depuis 1994 à se défaire totalement de l'étiquette de "parti de d'apartheid", bien qu'ayant épousé la démocratie multiraciale. Le NP avait obtenu 20% des voix en 1994, son héritier le NNP à peine 6,8% en 1999, passant de premier à quatrième parti.
Ce réalignement, selon des analystes, traduit aussi dans les faits une polarisation avérée de la politique sud-africaine selon des lignes raciales, avec un ANC à l'électorat ultra-majoritairement noir, et un pôle d'opposition NNP-DP (ou future DA) à l'électorat majoritairement blanc. Et jusqu'à présent incapable de séduire en nombre des électeurs noirs. Dans la perspective du scrutin de novembre, le DP a déjà passé des accords avec l'Alliance Fédérale (droite) pour des candidats communs, et le Parti Uni Chrétien Démocrate (UCDP), pour un pacte de "non agression" dans les zones où l'un des partis à une chance de passer. Mais ces formations à elles deux ne rassemblent que 1,2% des votes.

N° 209 du  08 juin 2000

Mandela chante les louanges de Thabo Mbeki après un an de présidence

L'ancien président Nelson Mandela a s'est félicité du travail accompli par son successeur, au moment où la presse dresse un bilan critique de la première année de présidence de Thabo Mbeki.
"Le président Mbeki est un dirigeant que je soutiens pleinement", a indiqué Nelson Mandela. "Il a très bien mené les choses et je suis heureux que l'Afrique du Sud l'ait choisi comme président", a ajouté le prix Nobel de la paix. "De toute l'Histoire de l'Afrique du Sud, nul autre que lui n'a autant mis en vedette notre pays", a-t-il poursuivi.
Cette déclaration a lieu alors que la presse a dressé un bilan mitigé de la première année de présidence de Mbeki, investi le 16 juin 1999. Si les journaux ont reconnu au président un grand flair en matière de politique internationale, ils ont été plus sévères pour son action de politique intérieure. La presse a notamment rappelé sa prise de position controversée sur la question du SIDA, qui constitue, d'après les journaux, un "gâchis", le président Mbeki donnant l'impression qu'il remettait en cause le lien de causalité entre virus VIH et SIDA. Mais Mandela a affirmé très clairement soutenir sans réserve la politique de M. Mbeki. "Avant de prendre un arbitrage, il (Mbeki) examine la question avec minutie de telle sorte que sa décision ne puisse être contestée de façon justifiée", a encore commenté l'ancien président.

N° 209 du  08 juin 2000

Les amnisties de tueurs de l'apartheid font encore mal

Six ans après l'apartheid, certaines amnisties de la Commission Vérité et Réconciliation (TRC) continuent de choquer bien des Sud-Africains, à l'image des récents pardons accordés à deux tueurs "célèbres", incarnant pour beaucoup la violence aveugle de l'ancien régime.
L'un, l'ancien maître-espion Craig Williamson, a été amnistié début juin pour les meurtres, en 1982 et 1984, de deux militantes anti-arpartheid et de la fillette d'une d'elles. Ces amnisties signifient que Williamson, qui est en liberté, échappera désormais à toute poursuite judiciaire.
L'autre, Eugene de Kock, ancien chef d'unité policière anti-terroriste, a été amnistié pour 12 meurtres d'activistes entre 1983 et 1990 au Botswana et au Swaziland. Et bien qu'aujourd'hui en prison, le "tueur N°1" de l'apartheid pourrait être libéré, en cas d'amnistie prochaine pour deux meurtres qui lui valurent sa condamnation.
"Je n'ai pas été surpris par l'amnistie, mais je suis encore en colère", s'est emporté dimanche sur la SABC Fritz Schoon, fils de Jeannette Schoon tuée en 1984 avec sa fille de sept ans, par un colis piégé de Craig Williamson. "Je pense que le TRC en elle-même est une arnaque (...) que je sache, plusieurs personnes ne répondaient pas aux critères d'amnistie. Je ne pense pas que tuer une fillette de sept ans ait un quelconque aspect politique".
Reste que du point de vue de la TRC, De Kock et Williamson ont tous deux "fait des révélations complètes sur leurs actes, et ceux-ci ont pu être associés à un objectif politique" à l'époque : ils ont donc rempli les deux critères posés dans le mandat de la TRC pour accorder une amnistie.
La presse a relayé l'émotion à l'annonce de ces décisions, le quotidien économique Business Day dénonçant une "perversion de justice" dans le cas de Williamson, un "psychopathe", aux actes disproportionnés par rapport aux objectifs "politiques", écrit le journal.
City Press, au lectorat majoritairement noir, a jugé dimanche que le Comité Amnistie de la TRC, par ses récentes décisions, a "lésé les victimes d'un des systèmes politiques les plus vicieux que le monde ait connu". Si De Kock est amnistié, alors tous les coupables de l'ère de l'apartheid devraient recevoir une amnistie collective, a lancé Stanley Mogoba, leader du Congrès Panafricain (PAC, radicaux noirs), jugeant que les atrocités imputées à De Kock le placent "parmi les pires (tueurs) au monde".
"Les conséquences du processus d'amnisties sont souvent pénibles", a reconnu le juge Denzil Potgieter, ancien commissaire de la TRC. Mais le processus-même, a-t-il expliqué, était un élément vital du compromis politique qui a contribué à la fin de l'apartheid. "Cela nous rappelle le prix qu'il a fallu payer pour tirer notre pays des ténèbres, vers un exemple vibrant de ce qui est possible en matière de compromis politique", a-t-il souligné sur la radio SABC.
Le rappel pourrait être encore bien plus cruel, pour des familles de victimes, si dans les mois à venir Eugene de Kock, qui purge depuis 1996 deux peines de prison à perpétuité plus 212 ans pour crimes divers, se voyait remis en liberté. Déjà amnistié dans plusieurs dossiers par la TRC, avec laquelle il collabore de façon exemplaire, De Kock attend encore d'autres décisions d'amnistie le concernant. Une amnistie pour deux meurtres en 1985 et 1992 effacerait automatiquement ses peines à perpétuité et, les peines mineures pouvant être confondues, pourrait faire de lui "un homme libre" sous peu, a confirmé son avocat. (Avec AFP)
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N° 208 du 25 mai 2000

Boesak entame sa peine de prison en se présentant comme un martyr de l'ANC

Le pasteur Allan Boesak, condamné le 12 mai en appel à trois ans de prison pour fraude et vol de fonds caritatifs, a entamé sa peine en se présentant comme un martyr du Congrès national africain (ANC).
S'exprimant à l'entrée de la prison de Pollsmoor, au Cap, Boesak a affirmé qu'une grande partie des fonds versés au début des années 90 à sa Fondation pour la paix et la justice étaient en fait destinés au financement de l'ANC, fait qu'il n'avait jamais avancé lors de son procès. "J'ai gardé le silence parce que je savais qu'un jour viendrait où le silence serait brisé", a-t-il dit.
La Cour d'appel de Bloemfontein a condamné Boesak à trois ans de prison, réduisant de moitié la peine de six ans prononcée en mars 1999 par la Haute Cour du Cap. La Cour d'appel a retenu sa culpabilité dans le vol de fonds provenant de dons caritatifs en provenance de l'étranger, Etats-Unis et pays scandinaves, pour un montant de 97.000 dollars. Ces fonds étaient normalement destinés aux victimes de l'apartheid.
Selon Boesak il s'agissait en fait en grande partie d'un "écran de fumée" destiné au financement de l'ANC et du Front démocratique uni (UDF) qui rassemblait un ensemble d'organisations anti-apartheid. "La plupart des fonds du FPJ furent utilisés pour financer le travail politique de l'UDF et de l'ANC", a affirmé Boesak. Interrogé par l'AFP, le secrétaire général de l'ANC, Smuts Ngonyama a reconnu qu'il "est possible que le FPJ ait aidé l'ANC".
Boesak a souligné devant la presse qu'il n'avait jamais fait cette révélation lors de son procès parce que cela aurait impliqué, avant les élections générales de juin 1999, des hommes politiques qui "sont actuellement à de hauts postes de responsabilité". Mais M. Ngonyama a souligné : "Si est soulevé le fait que certaines personnes ont obtenu des bénéfices personnels -- cela semble improbable, mais qu'on nous donne les noms de ces gens".
Les militants et responsables de l'ANC étaient venus en nombre pour exprimer leur soutien à Boesak avant son entrée en prison. Le pasteur s’était d'abord présenté au commissariat de Bellville, dans la banlieue du Cap, en réaffirmant son innocence. "J'irai en prison ce matin en sachant que je suis innocent. Nous transformerons cette prison de lieu de honte en lieu de fierté", a-t-il dit.
Ebrahim Rasool, le dirigeant de l'ANC pour la province du Cap occidental a souligné qu'il était venu exprimer sa solidarité avec un ancien camarade de combat. D'autre partisans de Boesak ont manifesté devant le commissariat en brandissant une banderole aux couleurs de l'ANC et avec le portrait de l'ancien président Nelson Mandela, qui a contribué aux frais de justice de Boesak.
A la prison de Pollsmoor, le conseiller parlementaire du président Thabo Mbeki a assuré à Boesak: "Notre peuple luttera pour vous sortir de cet endroit". Condamné pour trois ans, Boesak pourrait être libéré au bout d'un an et demi. La possibilité a aussi été évoqué d'une grâce présidentielle.

N° 208 du 25 mai 2000

Procès Basson : horreur, zèle et irresponsabilité des tueurs de l'apartheid

Bières et thés empoisonnés, parapluies piégés, victimes piquées à l'asphyxiant musculaire, achevées au marteaux: le procès du Dr Basson, chef des laboratoires militaires de l'apartheid, détaille depuis dix jours l'éventail des méthodes de mort de l'ex-régime.
Le déballage, le plus complet depuis les auditions de la Commission Vérité et Réconciliation (TRC), a aussi reposé la question, jamais réglée, de la responsabilité de la hiérarchie militaire, avec d'anciens exécutants se demandant en audience pourquoi leur supérieurs n'étaient pas punis.
Enfin, les audiences des derniers jours ont une nouvelle fois illustré la stupéfiante capacité à appliquer, sans la moindre question, des ordres macabres ou farfelus.
Qu'il s'agisse d'un pilote ignorant les exécutions auxquelles on procédait dans son avion en vol, ou d'un agent trouvant normal qu'on l'envoie clouer un fœtus "ensorcelé" de babouin sur la porte de Desmond Tutu. Johan Theron, Danie Faul, Trevor Floyd et d'autres des ex-Forces Spéciales de Défense, se sont succédé cette semaine à la barre de la Haute Cour de Pretoria pour raconter leur rôle dans l'exécution d'"ennemis" du régime, avec des gels, piqûres, poisons fournis selon eux par Basson.
Tous sont reconvertis dans le civil, tous en liberté, pour certains dans l'attente d'une amnistie de la TRC, mais tous assurés qu'ils ne seront pas poursuivis pour les crimes dont ils s'accusent, à condition que leur témoignage soit jugé complet et honnête.
Wouter Basson, un cardiologue réputé exerçant toujours à mi-temps dans un hôpital public, comparaît depuis octobre 1999 devant la Haute cour de Pretoria pour 61 chefs d'accusations de fraude, trafic de drogue, meurtres et complicité de meurtre. Il plaide non coupable.
Paradoxalement, depuis un jugement en début de procès, Basson ne sera pas poursuivi pour les actes, commis hors d'Afrique du Sud, qui ont dominé les débats cette semaine : la mort par empoisonnement de 200 guérilleros Namibiens de la SWAPO, dont les corps furent jetés d'avion en mer, ou les tentatives d'assassinats de leaders de l'ANC en exil : Ronnie Kasrils, un actuel ministre, et Pallo Jordan, ministre de 1994 à 1999.
Les témoignages sur ces faits ont cependant été jugés recevables. Et les témoins n'ont épargné aucun détail : victimes endormies par tranquillisants puis tuées par piqûre, mais parfois étranglés avec un sac en plastique, car elles se réveillaient, ou achevés à coups de marteau, car on avait oublié le poison.
Sans oublier les balbutiements des premières missions, ou faute d'expérience ou de veine apparente, on plantait la seringue en plein coeur.
"Mon sentiment était que les supérieurs qui donnaient ces ordres étaient les vrais responsables de ces actes", a plaidé Floyd. Qui a expliqué avoir demandé l'amnistie de la TRC pour un seul de ses meurtres, celui d'un sympathisant ANC, parce que celui-ci n'était pas une "cible légitime" du régime et qu'en conséquence l'ordre de le tuer lui apparaissait "illégal".
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N° 205 du 30 mars 2000

Toujours aussi vindicatif, le néo-nazi Terre'Blanche en prison pour un an

Le dirigeant néo-nazi sud-africain Eugene Terre'Blanche a commencé le 30 mars  à purger une peine d'un an de prison pour avoir lâché son chien sur un pompiste noir en 1996.
Le dirigeant du Mouvement de résistance afrikaner (AWB, extrême-droite) s'est d'abord présenté au tribunal régional de Potchefstroom, avant d'être escorté vers la prison de la ville, située à une centaine de kilomètres au sud-ouest de Johannesburg.
Terre'Blanche, 56 ans, était arrivé au tribunal vêtu de noir, sur un cheval noir, au milieu des cris de ses détracteurs et des applaudissements de ses partisans, certains masqués par des passe-montagne et d'autres agitant le drapeau de l'AWB.
"Nous sommes maintenant entre les mains de vautours et de loups", a déclaré Terre'Blanche à ses partisans, apparemment en référence à la majorité noire qui gouverne l'Afrique du Sud depuis 1994. "Quand je sortirai de prison, je me remettrai en selle sur mon cheval noir et j'irai vers une Afrique du Sud nouvelle et meilleure", a-t-il ajouté. "Dieu m'attend dans ma cellule de prison et la croix qu'il me fait porter ne sera pas un fardeau, je la porterai avec honneur", a-t-il continué. Il a clamé de nouveau son innocence : "J'ai interrogé un suspect et il s'est enfui parce que mon chien l'a mordu", a-t-il dit.
L'appel de la condamnation de Terre'Blanche pour l'aggression d'un pompiste en 1996 avait été rejeté par la Cour d'appel de Bloemfontein (centre). La Cour d'appel a parallèlement autorisé la poursuite de la procédure d'appel d'une condamnation de Terre'Blanche à six ans de prison pour avoir battu un employé noir avec une barre de fer, jusqu'à l'évanouissement, en 1995.
Terre'Blanche a déposé une demande pour être incarcéré seul dans une cellule, car il craint pour sa vie.
Rappel : Terre'Blanche était un policier, puis un fermier avant de devenir le dirigeant de l'AWB, parti de la suprématie blanche, créé en 1973. Cette organisation, de caractère paramilitaire, à l'emblème de type nazi, avait tenté de déstabiliser l'Afrique du Sud à la veille des élections premières multiraciales de 1994. Mais l'influence de l'AWB, qui a compté entre 50.000 et 100.000 membres au début des années 1990, a considérablement diminué depuis la transition démocratique. L'AWB ne s'est ainsi pas manifestée lors des dernières élections de 1999, qui ont vu la passation de pouvoir entre Nelson Mandela et Thabo Mbeki. En juin dernier, la commission Vérité et Réconciliation (TRC) avait accordé l'amnistie à Eugene Terre'Blanche pour son rôle dans "la bataille de Ventersdorp" en 1991, au cours de laquelle trois militants de droite avaient été tués lors d'affrontements avec la police.
Il avait également obtenu l'amnistie pour avoir fait subir le traitement du goudron et des plumes à un universitaire afrikaner libéral en 1979, et pour la possession illégale d'armes et de munitions en 1982.

N° 202 du 18 février 2000

10e anniversaire de la libération de Mandela : ouverture d'un musée

L'ancien président sud-africain Nelson Mandela a fêté le vendredi 11 février le 10e anniversaire de sa libération, après 27 ans d'emprisonnement, avec l'ouverture d'un musée consacré à sa vie.
Agé de 81 ans, Nelson Mandela, qui a pris sa retraite en juin 1999 après avoir été le premier président de l'après apartheid, a assisté à l'inauguration des trois unités du musée, toutes situées dans sa province natale, celle du Cap oriental (sud-est). Condamné à la prison à perpétuité, Mandela a été libéré sur une décision du dernier président du régime d'apartheid Frederick de Klerk. Il est devenu le premier président noir d'Afrique du Sud, après les élections de 1994.
Le musée d'Umtata recueillera les innombrables cadeaux offerts par des Sud-Africains, mais surtout par la communauté internationale, pour honorer son combat de leader anti-apartheid puis son œuvre de chef d'Etat (1994-1999). A Mvezo, le musée s'articulera essentiellement autour de la ferme où Mandela vit le jour et dont les restes ont été préservés. A Qunu, où Mandela a bâti une maison aprés sa libération, le musée consistera surtout en un centre culturel retraçant le patrimoine des communautés locales. Mandela fit dessiner les plans de sa résidence de Qunu d'aprés sa résidence-cellule. Le projet de ce musée triptique vise à attirer touristes, devises et emplois dans la province du Cap oriental, l'une des plus pauvres et des moins développées d'Afrique du Sud.

Rappel : le 11 février 1990
Il y a dix ans, le 11 février 1990, Nelson Mandela, prisonnier politique le plus célèbre du monde, quittait la prison Victor Verster, près du Cap, après 27 ans passés dans les geoles de l'apartheid. Cette libération, et celle d'autres prisonniers politiques, avait été annoncée quelques jours auparavant par le président sud-africain Frederik de Klerk, dans un discours marquant le début du démantèlement du régime de ségrégation raciale et posant les base d'une Afrique du Sud démocratique.
"Ce fut un grand moment de pouvoir à nouveau goûter à la liberté", s'est souvenu Nelson Mandela devant les journalistes, lors d'une conférence de presse destinée à marquer cet anniversaire.
"Ce fut aussi un peu une victoire car quelques jours auparavant le Président de Klerk m'avait fait appeler pour me faire savoir que je serai transféré par avion vers Pretoria où je devrai rester quelques jours avant d'être rendu à ma famille".
"J'ai dit non. Je voulais être libéré à Victor Verster. Nous avons argumenté pendant six heures à ce sujet. Je disais que mon peuple souhaitait m'accueillir à la sortie de la prison. Il accepta que je sorte de Victor Verster et je considérais cela comme une sorte de triomphe. Ce fut un moment formidable de pouvoir rejoindre mes compagnons et de prendre part à la lutte de libération", a rappelé Mandela.
La sortie de prison de Mandela marqua le début d'une immense liesse populaire. Main dans la main avec son épouse Winnie, le futur président sud-africain fut stupéfait de voir les centaines de photographes et de caméras de télévisions qui transmettront l'événement dans le monde entier et les milliers de supporters venus l'attendre.
Dix ans après Nelson Mandela estime qu'à l'époque "ceux qui étaient libres voyaient que l'Afrique du Sud était déjà un pays sur la route du changement". "Les foules de toutes origines et de toutes communautés qui nous acclamaient étaient un signe de cela", a-t-il dit.
Dans son livre, "Un long chemin vers la liberté", Mandela écrit qu'une fois au milieu de la foule, il leva le poing, soulevant l'enthousiasme général. "Je n'avais pas pu faire ça pendant 27 ans et cela provoqua en moi un sursaut de force et de joie", a-t-il souligné. Mais c'est au moment d'entrer dans la voiture qui devait le conduire au Cap, à une cinquantaine de km au sud-ouest de la prison, pour son premier meeting politique de masse, que Mandela se rendit enfin compte de sa liberté retrouvée.
"Je sentis - même si j'étais âgé de 71 ans - que ma vie prenait un nouveau départ. Mes 10.000 jours d'emprisonnement étaient enfin terminés".

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N° 202 du 18 février 2000

De Klerk reveient sur l’année 1990 : la réalisation que l'apartheid "avait échoué"

Le dernier président blanc d'Afrique du Sud, Frederik de Klerk, a estimé que son discours historique du 2 février 1990, qui scella la fin de l'apartheid, était l'aboutissement "d'un cheminement" : la réalisation que 40 ans de politiques discriminatoires "avaient échoué".
De Klerk, 63 ans, a jugé dix ans après, dans une interview accordée, par écrit à l'AFP, que l'Afrique du Sud "a dépassé les scénarios les plus optimistes des futurologues des années 80".
Même si un échec majeur, pour lui, est que les institutions "ne reconnaissent pas suffisamment la nature multiculturelle du pays", aliénant "d'importantes communautés", dont les Afrikaners.
"Il n'y eut pas de Conversion de Damas, pas de soudaine illumination, ce ne fut pas une conversion individuelle, pas une découverte personnelle", dit aujourd'hui de Klerk à propos de la prise de conscience de l'establishment blanc qui mena au discours historique du 2 février au Parlement.
Ce jour-là, en un discours de moins de deux heures, de Klerk, président depuis cinq mois à peine, allait changer la face du pays : libération imminente de Nelson Mandela et d'autres détenus politiques, légalisation de l'ANC et autres organisations, abrogation de lois discriminatoires sur les lieux séparés Blancs/non Blancs, etc.
"J'avais pleinement conscience de la nature historique du discours. J'étais convaincu que c'était la chose à faire", se rappelle de Klerk.
Au bout d'années de "cheminement", "d'introspection et d'examen de conscience" le leadership du Parti National avait compris que "les politiques menées depuis les années 50 étaient un échec". "Un échec à cause de réalités démographiques et économiques indéniables, à cause du rejet par la majorité de la population. Un échec car elles nous menaient dans une spirale d'injustice, d'isolement et de conflit".
"Descendre du tigre que l'histoire nous avait fait chevaucher n'allait pas sans risque ni problème", commente de Klerk.
Pourtant à l'heure du discours, il dit avoir eu la vision d'une Afrique du Sud en 2000 dont "tous les citoyens auraient des droits égaux, toutes les communautés se sentiraient en sécurité". Dans l'ensemble, l'Afrique du Sud "ne s'est pas trop mal sortie", estime le co-Nobel de la Paix (1993, avec Nelson Mandela). "Nous avons transformé ce qui était une situation désespérée en l'un des grands modèles de négociations et de compromis politique du 20ème siècle".
Il considère pourtant comme "une grande déception" de n'avoir pu trouver d'accord sur "un système de partage de pouvoir où chaque communauté se serait sentie pleinement représentée dans les institutions".
Aujourd'hui, de Klerk appelle de ses vœux une "concurrence multipartite vigoureuse" en Afrique du Sud et se dit convaincu qu'"une classe moyenne de plus en plus nombreuse" augmente les chances d'un multipartisme où "les Sud-Africains rejoindront des partis représentant leurs valeurs et aspirations, plutôt que leur affiliation ethnique".
D'ici là pourtant, il désapprouve des initiatives comme celle de son ex-ministre des Affaires étrangères Pik Botha, qui a récemment appelé les Blancs à "entrer en mêlée" en ralliant l'ANC. "S'il n'y a qu'une équipe (l'ANC) sur le terrain, contre qui la mêlée va-t-elle pousser ?" se demande de Klerk. Il mène aujourd'hui une bataille juridique avec la Commission vérité et réconciliation (TRC), sur des extraits du rapport le mettant en cause pour des violences des forces de sécurité en 1989-1994. Il a obtenu pour l'heure la suppression de ces passages et se dit "confiant d'un règlement mutuellement satisfaisant" de l'affaire. Mais il s'étonne de la colère, liée à cette procédure, de l'archevêque Desmond Tutu, président de la TRC: "Si deux Prix Nobel ne peuvent se réconcilier, qu'est ce que cela augure pour notre peuple ?" se demande De Klerk. (avec AFP)

N° 201 du 28 janvier 2000

Le gouvernement tourne la page législative de l'apartheid

Le gouvernement sud-africain a accéléré fin janvier l'adoption par le Parlement de législations relatives à la transparence, la non-discrimination et l'"affirmative action", destinées à tourner définitivement la page législative de l'apartheid. Mais l'adoption à la hussarde de ces textes devraient donner lieu à une multitude de contestations en justice dans les prochaines années, "seule cette jurisprudence donnant réellement la portée et le sens" des changements actuels.
La loi sur l'"Accès à l'Information", entend rompre avec l'opacité caractérisant l'administration de l'apartheid. Découlant de la Constitution de 1996, elle donne aux Sud-Africains le droit d'accès à des informations détenues par l'Etat, des entités privées voire des particuliers. La législation pose aussi la possibilité pour l'Etat, pris comme un individu, d'accès à des informations privées. Clause précieuse pour lutter contre le terrorisme ou les excès du secteur privé (environnement) par exemple, mais très controversée car en conflit potentiel avec le droit à la vie privée.
Moins controversée est la législation de "Promotion de l'égalité et prévention de la discrimination", qui donnera force de loi à l'interdiction de discriminer sur 17 motifs cités dans la Constitution de 1996, particulièrement libérale: race, sexe, âge, état matrimonial, religion, orientation sexuelle, infirmité, etc. Cette législation a pourtant ses opposants. Parmi les plus farouches, les compagnies d'assurance, qui estiment qu'elle rendra leur activité impossible, empêchant d'évaluer dûment des facteurs-risques pour des clients selon leur âge, leur santé. Ou les obligeant à un énorme et coûteux exercice de justification juridique. Les assureurs entendent contester la loi en justice. Une incertitude porte aussi sur la discrimination de nationalité, qui pourrait rendre illégal de préserver des emplois pour des Sud-Africains, forçant le gouvernement à repenser son approche de l'immigration.
Une autre loi votée contraint le gouvernement, toujours dans le souci d'une transparence post-apartheid, à expliquer et rendre des comptes à des sections de la population affectées par ses décisions, en matière par exemple d'allocations (ou de retrait) de ressources. L'idée de cette Loi dite de "Promotion de la Justice administrative" est "d'apporter un nouveau style de gouvernement, forcer le gouvernement à penser à ses décisions, car il devra donner ses raisons" aux administrés. Mais comme cette loi s'applique à nombre d'administrations comme des fédérations de sport, elle pourrait aussi bien donner lieu à une demande d'explications, appuyée par la justice, par un rugbyman qui s'estimerait injustement écarté de la sélection nationale.
Enfin le Conseil national des provinces (NCOP) a avalisé la loi dite de "Preferential Procurement" (acquisition préférentielle), qui privilégie les entreprises noires dans l'attribution des contrats et des marchés publics
Les quatre textes de lois doivent être signés par le président sud-africain Thabo Mbeki avant le 4 février, soit trois ans après l'entrée en vigueur de la Constitution post-apartheid de 1996.
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