N° 241 du 17/12/2001
ANC et NNP au pouvoir au Cap occidental
L'ANC et le Nouveau parti national (NNP-ancien parti de l'apartheid), unis par un récent partenariat, ont pris le pouvoir dans la province du Cap occidental, où un gouvernement, avec un Premier ministre NNP, a été investi. Peter Marais, ancien maire métis du Cap, a dévoilé dès son élection la répartition de son cabinet comprenant six postes ministériels pour l'ANC et six au NNP - dont lui-même - ce qui traduit le nouveau partage du pouvoir dans la province, la seule où l'ANC ne gouvernait pas à ce jour.
Ce nouveau gouvernement au Cap est la première concrétisation de l'accord NNP-ANC du 27 novembre, lui-même résultat d'un mois de négociations depuis l'éclatement de l'Alliance démocratique (DA), coalition d'opposition de droite formée en 2000 entre le NNP et le Parti démocratique (DP). NNP et DP co-gouvernaient au Cap depuis 1999.
L'accord ANC-NNP doit aussi voir à terme le NNP hériter d'un ou plusieurs postes ministériels au gouvernement national, et dans les gouvernements des sept provinces du pays contrôlées par l'ANC seul.
Au KwaZulu-Natal, le parti de Thabo Mbeki co-gouverne déjà en vertu d'un pacte avec le Parti zoulou Inkatha (IFP).
L'ANC et le NPP (qui s'appelait encore, avant 1998, Parti national) ont déjà co-gouverné. Nationalement, dans le gouvernement d'unité de 1994 à 1996, et au Cap de 1994 à 1998. Dans la province, ils sont les deux plus gros partis, avec un électorat très majoritairement noir pour l'ANC, et blanc et métis pour le NNP.
N° 241 du 17/12/2001
Il n'y avait pas de "complot" contre le président Mbeki...
Steve Tshwete, le ministre sud-africain de la Sécurité a annoncé le 4/12/01 que des allégations, révélées en avril, sur un "complot" contre le président Thabo Mbeki, s'étaient avérées sans fondement, mettant un terme à une embarrassante saga qui avait secoué le parti au pouvoir.
S'adressant à la presse à Pretoria, il a reconnu "après avoir reçu le rapport d'une enquête approfondie", avoir commis une erreur en livrant publiquement, en avril, les noms de trois personnalités du Congrès national africain (ANC, au pouvoir), Cyril Ramaphosa, Matthews Phosa et Tokyo Sexwale, suspectés de lien avec ce complot. M. Ramaphosa, ancien secrétaire général de l'ANC, et MM. Phosa et Sexwale, ex-Premiers ministres provinciaux, sont aujourd'hui reconvertis dans les affaires. Tous trois avaient nié toute implication, ou avoir connaissance d'un quelconque complot. Steve Tshwetea présenté ses "plus profondes excuses" aux trois hommes.
N° 241 du 17/12/2001
16 décembre : célébration de la réconciliation nationale
L'Afrique du Sud post-apartheid a célébré le 16/12/2001 le jour de la Réconciliation, à une date qui marquait autrefois l'anniversaire d'une victoire des Boers sur les Zoulous.
Nelson Mandela s'est exprim édevant une foule immense à Soweto, près de Johannesburg, tandis que de nombreuses manifestations se tenaient dans tout le pays.
A l'extérieur de Pretoria, à Vlakplaas, une ferme autrefois utilisée comme base pour des escadrons de la mort, quelque 600 chefs traditionnels ont célébré une cérémonie de guérison des lieux. Les vainqueurs de la lutte anti-apartheid ont eux aussi organisé leurs célébrations, notamment le 40ème anniversaire de la création de la branche armée de l'ANC, Umkhonto weSizwe (MK). Le 16 décembre, qui s'appelait à l'époque de l'apartheid "le jour du serment", a été ensuite été maintenu mais rebaptisé "jour de la Réconciliation".
N °241 du 17/12/2001
Pékin et Pretoria vont coopérer dans le domaine de l'énergie nucléaire
La Chine et l'Afrique du Sud se préparent à signer un accord de coopération dans le domaine de l'énergie nucléaire, a indiqué le 11 décembre à Pékin le président sud-africain Thabo Mbeki, dans un discours prononcé devant les étudiants de la prestigieuse Université Tsinghua. Et de préciser qu'il s'agira d'un "accord de coopération sur l'utilisation pacifique de l'énergie nucléaire".
"Cet accord vise à renforcer la coopération existante dans des secteurs tels que le développement technologique pour les réacteurs nucléaires", a-t-il indiqué avant d'ajouter qu'il espérait que la coopération pourrait à l'avenir être étendue à d'autres utilisations pacifiques de l'énergie nucléaire.
Des experts chinois travaillent dès à présent sur la réacteur nucléaire Pebble Bed en Afrique du sud. La signature d'un accord de coopération nucléaire pourrait intervenir dès février prochain.

N° 240 du 30/11/2001
Apartheid : l'avocat américain Ed Fagan compte déposer plainte aux USA au nom des victimes
L'avocat newyorkais Ed Fagan qui a notamment défendu la cause des victimes de l'Holocauste, compte déposer une plainte collective au nom des victimes de l'apartheid en Afrique du sud contre plusieurs banques européennes et américaines pour avoir financé ce régime, a-t-il annoncé dans une interview au journal suisse " dimanche.ch. "
"Certaines banques suisses étaient les principaux financiers du régime d'apartheid en Afrique du sud et ont profité de l'apartheid", affirme-t-il, en désignant le Crédit suisse et l'UBS, mais aussi des établissement bancaires allemands, britanniques, français et américains, dont il ne veut encore citer les noms.
L'avocat estime que ces banques ont tiré des profits de l'apartheid "à une période où il était devenu clair que ce gouvernement était coupable de crimes contre l'humanité: esclavagisme, enlèvements, tortures, exécutions massives", dit-il.
"Lorsque les banques ont détourné le boycott, elles ont enfreint la loi. Elles doivent payer pour cela", ajoute-t-il en se référant à une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU de 1985, infligeant des sanctions au régime blanc sud-africain.
Me Fagan a choisi de porter l'affaire devant la justice américaine car en Suisse, dit-il, "les tribunaux ont l'habitude d'accorder de très petites sommes à titre de dommages et intérêts".
Ed Fagan affirme représenter trois catégories de clients : des ONG, des associations de victimes et des victimes à titre individuel, soit plusieurs centaines de milliers de personnes. Il compte réclamer plusieurs milliards de dollars d'indemnisation en se fondant sur un préjudice estimé à plusieurs centaines de milliards de dollars. Selon l'avaocatr, "Si les Suisses le veulent bien, cela sera liquidé en deux ans. S'ils continuent à nier leur rôle dans les crimes de l'apartheid et refusent de reconnaître qu'ils doivent payer, il y aura enquêtes, dénonciations publiques et peut-être des sanctions comme dans les cas liés à l'Holocauste".
N° 240 du 30/11/2001
4 à 5 ans de prison pour "l'entraînement" de chiens policiers sur des Noirs
Les quatre policiers blancs sud-africains, coupables d'avoir sauvagement "exercé" leurs chiens à l'attaque sur trois immigrés mozambicains noirs en 1998, ont été condamnés le 29/11/2001 à des peines de quatre à cinq ans de prison. Jacobus Smith, 30 ans, a été condamné à sept ans de prison dont deux avec sursis, et ses collègues Lodewyk Koch, 32 ans, Benjamin Henzen, 32 ans, et Eugene Truter, 28 ans, chacun à six ans de prison dont deux avec sursis, par la Haute Cour de Pretoria.
Les quatre hommes avaient été jugés coupables le 19 novembre de violences volontaires aggravées. Henzen et Truter ont aussi été condamnés pour entrave à la justice, pour avoir brouillé les pistes par de fausses notes sur le registre de leur unité. Ils plaidaient tous coupable.
Koch, Henzen et Truter ont été conduits en détention à l'issue de l'audience. Smith, qui a fait appel, a été laissé en liberté sous caution, dans l'attente d'une audience sur sa procédure d'appel.
Deux autres accusés pour les mêmes faits, Nicolaas Loubser et Dino Guitto, ont pour leur part plaidé non coupable et doivent être jugés lors d'un procès distinct en juin 2002.
Les six policiers Afrikaners, membres de l'unité canine du North East Rand (est de Johannesburg), avaient été filmés en janvier 1998, lâchant leurs chiens sur trois clandestins mozambicains, soumis à de longues et sauvages morsures et à une avalanche de coups et d'insultes racistes.
Les images vidéo amateur, prises par un collègue, et apparemment vendues à la télévision publique SABC par un autre policier, avaient bouleversé l'Afrique du Sud à leur diffusion en novembre 2000. Elles avaient fait le tour des télévisions du monde.
Les victimes, Alexandre Timane, 23 ans, son frère Gabriel, 24 ans, et Sabastiao Cossa, 25, sont depuis l'incident devenus résidents sud-africains, et sont sous un programme de protection judiciaire.
N° 240 du 30/11/2001
La COSATU exige un sommet de l'alliance tripartite pour janvier
La puissante centrale syndicale sud-africaine COSATU a exigé le 22/11/2001 la tenue en janvier d'un sommet de "l'alliance tripartite" qui la lie au Congrès national africain (ANC) au pouvoir et au Parti communiste, pour discuter des divergences avec le gouvernement.
Lors d'une conférence de presse tenue à l'issue de la réunion de son Comité central, la COSATU a estimé qu'une telle réunion - il n'y en a pas eu depuis 1998 - était maintenant indispensable, en particulier au sujet de la politique de privatisation.
"S'il n'y a pas de sommet, nous allons nous diriger vers une crise plus profonde. Nous allons prendre contact dès aujourd'hui (avec l'ANC) pour nous assurer qu'une telle rencontre aura lieu", a déclaré le secrétaire général de l'organisation, Zwelinzima Vavi.
La COSATU est prête en particulier à s'engager dans de nouveaux mouvements de grève contre la privatisation, si un tel sommet n'a pas lieu.
Les relations entre la COSATU et l'ANC sont tendues depuis plusieurs années au sujet de la politique économique du gouvernement, jugée trop libérale. Mais ces tensions se sont considérablement aggravées avec la grève générale de deux jours menée en août par la COSATU.
Le président Thabo Mbeki avait alors accusé les dirigeants de la centrale syndicale de prononcer des "mensonges" sur la politique du gouvernement et d'avoir joint leurs forces à celles de la droite.
La tension est d'autant plus vive que la COSATU conteste ouvertement les positions controversées de Thabo Mbeki sur le sida.
"Nous pensons que le VIH/sida est une crise dans ce pays et qu'on doit fournir des anti-rétroviraux aux gens. Il semble que pour le gouvernement ce ne soit pas si urgent", a déclaré le porte-parole de la COSATU.
Forte de 1,9 million de membres, la COSATU examine actuellement un projet de fusion avec deux autres confédérations syndicales de moindre importance, un processus qui pourrait également éloigner la COSATU de l'ANC.

N° 239 du 20/11/2001
Les députés pourront changer de groupe politique en cours de législature
Les élus au Parlement ou dans les Assemblées provinciales vont pouvoir changer d'étiquette politique sans perdre leur siège, pendant des périodes décidées par le président du pays. C'est du moins ce que prévoit un projet de loi déposé à l'Assemblée nationale.
Le projet de loi prévoit que les membres des assemblées nationales et provinciales pourront devenir membres d'un autre parti et garder leurs sièges, au plus tôt un an après la date de leur élection. Il autorise également tout parti politique représenté dans ces assemblées de fusionner avec un autre parti ou de se diviser en plusieurs partis.
Une des clauses du projet prévoit que c'est au président sud-africain de décider des périodes pendant lesquelles ces changements d'affiliation sont possibles. Si la loi est adoptée en l'état, il reviendra donc au président sud-africain d'autoriser ou non des changements d'affiliation.
La loi devrait en particulier permettre à l'ANC de prendre le contrôle de la province du Cap occidentale, la seule des neuf provinces sud-africaines encore contrôlée par l'opposition.
N° 239 du 20/11/2001
La direction du NNP entre en négociation avec l'ANC
La direction du Nouveau Parti National (NNP -au pouvoir sous l'apartheid) a entériné le retrait de cette formation de l'alliance d'opposition de droite formée en 2000, ouvrant ainsi la voie à un partenariat avec le Congrès National Africain (au pouvoir), a indiqué le NNP, le 8 novembre.
Le conseil fédéral du NNP, réuni à Pretoria, a modifié la constitution interne du parti, avalisant son retrait de l'Alliance démocratique (DA) formée il y a 16 mois avec le Parti démocrate (DP - droite libérale) (cf. Afrique Express 238)
Le chef du NNP, Marthinus van Schalkwyk a annoncé des pourparlers "dès que possible" avec l'ANC en vue d'accords de "gouvernement participatif" aux trois niveaux de gouvernement (municipal, provincial ou national).
Le Conseil fédéral du NNP n'a par contre décidé d'aucune sanction immédiate contre le Premier ministre provincial du Cap Occidental, le chef local du NNP Gerald Morkel, en rébellion ouverte contre sa direction nationale car il rejette la scission NNP-DP.
Le Cap Occidental est la seule des neuf provinces sud-africaines échappant au contrôle de l'ANC. Elle est gouvernée depuis 1999 par la coalition NNP-DP, et un éclatement de cette alliance pourrait voir, à terme, le NNP et l'ANC s'unir pour gouverner en tandem au Cap, comme de 1994 à 1998.
M. Morkel, suivi pour l'instant par plusieurs de ses ministres provinciaux, entend saisir la justice pour invalider le changement de constitution du NNP décidé à Pretoria. Il a déjà remporté une victoire judiciaire quand le NNP, qui l'avait suspendu, a dû le rétablir, faute d'avoir respecté ses propres procédures internes.
Mais le sort de M. Morkel paraissait encore incertain, le démantèlement effectif de la DA le rendant désormais plus vulnérable à une sanction interne de son parti.
Un porte-parole du NNP, revenant sur l'éclatement de la DA, alliance à base électorale majoritairement blanche, a indiqué que le souhait du NNP est de rapprocher les minorités blanche, métisse, et indienne du pays avec la majorité noire, base électorale de l'ANC, "dans le cadre d'un accord raisonnable accommodant chacun".
Les critiques vers cet éventuel rapprochement entre le NPP et l'ANC ne viennent pas que des membres du NPP. Winnie Madikizela-Mandela, en butte avec la justice pour des affaires de prêts illégaux (cf. Afrique Express 238), a donné de la voix en dénonçant en termes vifs un futur accord ANC/NNP, dans une interview rapportée jeudi par le quotidien Sowetan.
"C'est comme si une femme invitait dans son lit un homme dont elle sait qu'il est séropositif", a estimé, tout en finesse, la présidente de la Ligue des femmes de l'ANC.
N° 238 du 31/10/2001
Winnie Madikizela-Mandela, à nouveau dans la tourmente
Démolition de ses commerces à Soweto et inculpée pour fraude et vol
Des démolisseurs mandatés par la ville de Johannesburg, ont rasé le 24 octobre un café-restaurant et un petit magasin appartenant à Winnie Madikizela-Mandela à Soweto, pour infraction aux réglementations de construction et de vente de boissons.
Des représentants du Conseil du Grand Johannesburg, assistés de policiers, ont démoli le bâtiment, situé juste en face du "Musée Familial Mandela", dans la maison que Winnie et son ex-époux Nelson Mandela occupèrent brièvement en 1958-59, puis en 1990-91.
La démolition est le résultat d'un différend de plusieurs années avec le conseil, pour la construction "sauvage" du bâtiment en face du musée, inauguré en 1997, et devenu un passage obligé pour les touristes dans la township de Soweto (sud-ouest de Johannesburg).
En septembre, la police avait en outre perquisitionné les lieux et saisi des quantités d'alcool, que le café-restaurant et le magasin n'étaient pas habilités à vendre.
Ca, c'est encore le moins grave. Winnie, 65 ans, traverse actuellement une phase difficile de démêlés avec la loi. La présidente de la Ligue des Femmes et député de l'ANC a été inculpée le 18 octobre de fraude et vol dans une affaire de prêts bancaires frauduleusement obtenus. Elle a été laissée en liberté sous caution. Elle s'est vue notifier 60 chefs d'inculpation pour fraude et 25 autres pour vol, portant sur un montant global d'environ 1 million de rands (110.000 USD). L'inculpation de Winnie est le résultat d'une enquête sur des prêts bancaires d'un montant total de 932.000 rands, obtenus l'an dernier auprès de la banque afrikaner Saambou, pour des membres fictifs de la Ligue des Femmes de l'ANC, au moyen de lettres à en-tête et signature de Winnie.
Dans les mois suivants, et depuis le début de l'année, les comptes bancaires de Winnie ont reçu divers virements équivalant à 550.000 rands, selon les investigations présentées en audience.
Un courtier et agent bancaire principal intermédiaire de ces prêts, Addy Moolman, 46 ans, a déjà été inculpé en juin et se trouve en détention provisoire dans le cadre de la même affaire.
L'ancienne "Mère de la Nation", icône de la lutte contre l'apartheid, continue malgré à se mobiliser de temps à autre pour la cause de déshérités, comme cette visite dans un bidonville de Zandspruit pour tenter d'apaiser des violences xénophobes à l'encontre d'immigrés zimbabwéens.
Rappel : cette inculpation marque un énième avatar dans la vie de Winnie Madikizela-Mandela depuis une demi-douzaine d'années. Depuis la fin de la lutte de libération, Winnie a subi maints revers personnels et politiques: évincée du gouvernement (1995), divorcée de Nelson Mandela (1996), gravement mise en cause par la Commission Vérité et Réconciliation (TRC), mise à l'index pour absentéisme au Parlement, et rappelée à l'ordre par le fisc.
Souvent critique vis-à-vis du gouvernement et de la lenteur des transformations au profit de la majorité noire, Winnie a entretenu des relations progressivement de plus en plus difficiles avec la direction de l'ANC. Elle avait déclenché une polémique l'an dernier en écrivant une lettre au vice-président Jacob Zuma, dans laquelle elle dénonçait l'hostilité du président Thabo Mbeki à son égard.

N° 238 du 31/10/2001
La mort de Alliance démocratique
L'opposition à l'ANC éclate, ouvrant la voie à une recomposition du paysage politique
Le paysage politique sud-africain semble promis à une importante recomposition, après l'éclatement du premier parti d'opposition, 15 mois après sa formation, annonçant la probable disparition du parti jadis au pouvoir sous l'apartheid.
Le leader du Nouveau Parti National (NNP, l'ancien Parti National au pouvoir de 1948 à 1994), Marthinus van Schalkwyk, a annoncé le 26 octobre que son parti "suspend sa participation à l'Alliance démocratique (DA), en vue de s'en retirer rapidement".
L'annonce du NNP est l'aboutissement de semaines de tensions, puis d'invectives, avec l'autre composante de la DA, le Parti Démocratique (DP) de Tony Leon, au sujet du controversé maire NNP du Cap, Peter Marais. Désavoué par la direction de la DA, Marais a été exclu de l'Alliance et démis de ses fonctions.
Mais l'éclatement de la DA traduit surtout l'union inconfortable, depuis juillet 2000, de deux courants et traditions politiques fort distincts: le NNP à l'électorat afrikaner (et métis autour du Cap), plutôt conservateur et rural, et le DP, anglophone, libéral et citadin. Les deux "tribus blanches" de l'Afrique du Sud, à l'histoire conflictuelle.
L'alliance a pourtant connu des succès, comme ses 22,12% aux municipales de décembre 2000, et des percées limitées dans l'électorat noir. Ce bond notable, par rapport aux 16,3% combinés du DP et du NNP aux élections générales de 1999, autorisait Tony Leon, opposant systématique sur le mode britannique, à espérer défier un jour l'hégémonie du Congrès National Africain (60% des voix en 2000).
"La DA ne va nulle part, et nous ne voulons pas y aller", a lancé Van Schalkwyk. "Nous croyons dans l'avenir de la Nouvelle Afrique du Sud, à l'inverse du DP. Nous ne prenons pas un plaisir pervers à voir le pays échouer".
Le NNP, a ajouté le successeur de Frederik de Klerk à la tête du parti, entend disparaître sous sa forme actuelle, se transformer radicalement "en un parti pour la nouvelle Afrique du Sud", processus incluant un (nouveau) changement d'appellation.
Car l'ex-NP s'était déjà rebaptisé NNP en 1999, un lifting qui, pas plus qu'un jeune leader (Van Schalkwyk a 41 ans), n'avait réussi à l'exonérer de son image de parti de l'apartheid.
Passé de 20% des voix en 1994 à 6,8% en 1999, le parti entamait un déclin inexorable aux yeux de la plupart des analystes, qui virent dans la création de la DA davantage une absorption du NNP par le DP qu'une réelle fusion.
Pire pour le NNP, la presse a révélé récemment l'étendue de ses soucis financiers, 5,2 millions de rands (550.000 USD) d'arriérés dus à la banque ABSA -qui a confirmé- pour des découverts remontant à la campagne 1999.
Reste au NNP son fief du Cap occidental, seule province échappant au contrôle de l'ANC, et gouvernée en tandem par NNP et DP, faute de majorité absolue au Parlement régional.
Van Schalkwyk a donné le feu vert à "des discussions avec d'autres partis en vue d'établir des gouvernements de coopération", et le NNP pourrait forger au Cap une coalition locale avec l'ANC, comme de 1994 à 1998.
Une coalition stable et fructueuse, s'est rappelé le chef de l'ANC au Cap, Ebrahim Rasool, où "chacun se concentrait sur son électorat, les pauvres métis pour l'un, les pauvres noirs pour l'autre, avec une sorte de compatibilité au sommet".
Tandis que Tony Leon fulminait contre la "capitulation méprisable", la "trahison" et le "sacrifice de 2,5 millions d'électeurs" par Van Schalkwyk, l'ANC s'est dit ouvert au dialogue avec le NNP pour coopérer "à tous niveaux de gouvernement", assurant "n'avoir jamais été à l'aise avec un camp (gouvernement) noir et un autre (opposition) blanc".
Le camp du parti au pouvoir connaît lui-même sa part de tensions: l'ANC a récemment dénoncé, visant apparemment le leadership syndical, un "assaut venu de la gauche". Et un collectif d'organisations civiles, cimentées par l'hostilité aux privatisations, a envisagé ouvertement la création d'un parti de gauche.
N° 238 du 31/10/2001
Deux islamistes du PAGAD condamnés à 30 ans de prison
Deux membres de la milice d'inspiration islamiste PAGAD (Peuple contre le gangstérisme et la drogue) ont été condamnés chacun à 30 ans de prison, le 19 octobre, pour un attentat à la bombe, qui n'avait pas fait de victime, contre un commissariat de police dans la région du Cap en 1998.
Faizel Waggie et Ismael Edwards, qui comparaissaient devant le tribunal régional de Wynberg (banlieue du sud-est du Cap), sont les premiers suspects à être condamnés pour des faits liés à la vague d'attentats qui a frappé la région du Cap entre 1996 et 2000.
Ils ont été condamnés à 15 ans de prison chacun pour avoir fait exploser la bombe contre le commissariat de police de Lansdowne, le 3 janvier 1998, et à 15 ans pour tentative de meurtre sur des officiers de police qui se trouvaient à l'intérieur du commissariat et qui n'ont pas été blessés.
Ismael Edwards purge déjà actuellement une peine de 25 ans de prison pour l'assassinat d'un trafiquant de drogue, et Faizel Waggie une peine de 15 ans de prison pour tentative de meurtre sur un autre trafiquant. 10 années de la nouvelle condamnation seront confondues avec les condamnations précédentes.
La vague d'attentats dans la région du Cap, que la police attribue au PAGAD, une organisation classée comme terroriste par les Etats-Unis, avaient fait au total trois morts et 130 blessés.
Créé en 1995-96, le PAGAD, initialement une milice anti-gangsters des banlieues métisses du Cap, a toujours nié être à l'origine des attentats.
N° 238 du 31/10/2001
Violences xénophobes à l'encontre des immigrés zimbabwéens
Près d'un millier de ressortissants Zimbabwéens se sont retrouvés sans abri le 23 octobre, à la suite de violences xénophobes et destructions de leurs baraquements, dans un bidonville proche de Johannesburg.
Cinq baraquements appartenant à des Zimbabwéens ont été détruits ou incendiés dans la nuit du 22 octobre après la destruction et le pillage de 280 autres deux jours plus tôt. Ce campement informel de Zandspruit, situé à 20 km au nord-ouest de Johannesburg, comptait quelque 15.000 baraques et 50.000 habitants.
Les heurts à Zandspruit ont commencé lorsque les habitants Sud-Africains ont tenté d'expulser des Zimbabwéens du campement. L'origine des tensions tient à la fois à un ressentiment latent à l'encontre des Zimbabwéens considérés comme des "voleur d'emplois" locaux, et aux suites d'un meurtre d'une Sud-Africaine le mois dernier, imputé par la rumeur locale à un Zimbabwéen.
A la suite de ces troubles, 29 personnes dont plusieurs Zimbabwéens ont été arrêtées pour violence sur la voie publique.
N° 237 du 15/10/2001
Le chef du groupe parlementaire ANC démissionne après son inculpation dans l'affaire des contrats d'armements
Tony Yengeni, chef du groupe parlementaire du Congrès national africain (ANC, au pouvoir), a annoncé le 4 octobre sa démission de ce poste, au lendemain de son inculpation pour corruption, usage de faux et faux témoignage, dans le cadre des contrats d'armements sud-africains de 1999.
M. Yengeni a expliqué sa démission "par égard pour l'ANC et pour sa famille" mais a annoncé qu'il conservait son siège de député. "Je réaffirme mon innocence de toutes les charges retenues contre moi, et je le prouverai au tribunal", a-t-il lancé à la presse au Cap.
M. Yengeni, 46 ans, ancien dirigeant anti-apartheid du Cap occidental (sud-ouest), est le premier politicien arrêté dans l'enquête sur ces contrats d'armement signés en décembre 1999 par Pretoria avec des groupes européens, pour un montant estimé à plus de 5 milliards de dollars.
Ces contrats sont, depuis janvier, l'objet d'une enquête du Médiateur public, des services du Procureur national et du Commissaire aux comptes, sur des allégations de corruption, conflits d'intérêt, et irrégularités de procédure.
M. Yengeni, qui a été libéré sous caution, est poursuivi pour son acquisition d'un véhicule 4X4 de luxe via la branche sud-africaine de DaimlerChrysler Aerospace qui, par l'intermédiaire une joint-venture avec une firme locale, avait bénéficié de contrats secondaires.
Selon les services du procureur, rien n'indique toutefois à ce stade que les faits reprochés à M. Yengeni aient effectivement eu une incidence sur le choix final des fournisseurs.
Andrew Feinstein, un ex-député ANC qui a démissionné du Parlement en août en raison de désaccords avec le gouvernement et le parti sur la gestion des contrats et de l'enquête, a qualifié M. Yengeni de "petit poisson", dont l'arrestation ne doit être qu'un début. Il a mis en cause l'ancien ministre de la Défense (1994 à 1999) Joe Modise.

N° 227 du 18/04/2001
La Commission Vérité cesse ses activités, des victimes attendent réparation
La Commission Vérité et Réconciliation (TRC) a fermé le premier de ses bureaux, fin symbolique d'un processus de six ans pour panser les plaies de l'apartheid, mais des milliers de victimes de violations de droits de l'homme attendent toujours leurs dédommagements.
Après la fermeture le 30 mars du bureau d'East London (sud-est), ceux de Johannesburg et Durban suivront d'ici juillet, puis le siège de la TRC au Cap, vraisemblablement en septembre. Pour l'association d'aide aux victimes, Khulumani, c'est une course contre la montre.
"On se bagarre. On sent que si la TRC ferme, nous serons oubliés alors que nombre de victimes n'ont reçu aucun soutien", a déclaré Ntombi Mosikare de Khulumani, qui organisera en avril une rencontre entre TRC, ministères, secteur privé, sur "l'après TRC" pour les victimes.
Au mois de mars, seulement 13.757 des 18.000 personnes identifiées depuis 1998 comme "victimes" par la TRC avaient reçu des compensations dites "d'urgence" ou "intérimaires". Ces enveloppes, d'un montant moyen de 2.000 rands (250 dollars) visaient des besoins immédiats comme frais médicaux, enterrements, etc. 43 millions de rands ont ainsi été versés.
Mais dès son premier rapport en 1998, ce sont des dédommagements de l'ordre de 17.000 à 23.000 rands par an sur une période de six ans que la TRC avait recommandées pour les victimes, prédisant un coût global autour de 3 milliards de rands.
Jusqu'à cette année, le gouvernement n'avait dévolu que 300 millions de rands aux réparations des violations des droits de l'homme sous l'apartheid. Ce montant a été porté à 800 millions pour l'année budgétaire 2001/02 et la suivante.
Mais il n'a pas précisé la méthode, les critères sur lesquels ces fonds seront attribués, le président Thabo Mbeki indiquant en février qu'il attendrait le rapport final de la TRC.
Afin d'accélérer ce processus, la branche "Réparation et reconstruction" de la TRC a indiqué qu'elle remettra au ministère de la Justice un pré-rapport pour qu'il puisse faire ses recommandations au gouvernement.
Ce pré-rapport et le final, attendu en septembre, s'étendront aussi sur les aspects non chiffrables. "Sur ce qui a poussé les gens à venir vers la TRC, leur besoin de connaître le sort d'un parent enlevé, leurs espoirs dans les exhumations", encore menées de temps à autres à travers le pays pour retrouver les restes de disparus.
La TRC, qui n'est pas encore tout à fait en vacances, mène toujours des recherches sur des victimes récemment identifiées par des auteurs de crimes sous l'apartheid, lors d'audiences du Comité amnistie de la TRC depuis 1998 et jusqu'à ces dernières semaines.
A ce jour, 913 damnisties ont été accordées, 5.457 autres refusées, sur plus de 7.100 demandes de pardon reçues pour crimes commis sous l'apartheid.
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