Afrique du Sud
Articles de la revue Afrique-Express - Année 2002
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N°259 du 29/11/2002

Un groupe d’extrême droite revendique les attentats de Soweto

Un groupe d’extrémistes de droite, inconnu jusqu’à présent et s’identifiant comme les “Combattants de la nation Boer”, a revendiqué les attentats à la bombe qui ont fait un mort et un blessé à Soweto, près de Johannesburg, dans la nuit du 29 au 30 octobre. “Nous déclarons que ces attaques sont le commencement de la fin du gouvernement du Congrès national africain (ANC, au pouvoir) et nous acceptons l’entière responsabilité de ces actes”, a déclaré ce groupe dans une lettre publiée le 11/11/02 par le quotidien en afrikaans Beeld. Le groupe revendique aussi la paternité d’un attentat manqué, le même jour, dans un temple bouddhiste proche de la capitale administrative, Pretoria.
Le message, reçu par e-mail et signé d’un écusson noir et rouge avec deux anciens drapeaux vert, rouge, blanc et bleu de la République boer, autour d’une épée et d’un bouclier flanqués du texte “Les combattants de la nation Boer”, est rédigé en afrikaans, la langue dérivée des immigrants néerlandais et des protestants français arrivés dans la région au 17e siècle.
La lettre cite une devise: “Ne rien craindre, être fort, avoir du courage”.
La république Boer, établie par les Afrikaners au milieu du 19e siècle, a été défaite à l’issue d’âpres conflits avec les Britanniques entre 1880 et 1902.
Une porte-parole de la police a indiqué lundi que la lettre de revendication était prise “très au sérieux” et que son authenticité était “en cours de vérification”.
L’organisation a demandé également dans sa lettre la libération de 35 membres de l’extrême droite détenus, dont 18 sont accusés de complot visant à renverser le gouvernement.

Rappel : dans la nuit du 29 au 30 octobre, neuf explosions à la bombe avaient visé, dans le quartier populaire à majorité noire de Soweto, au sud-ouest de Johannesburg, une mosquée et des points névralgiques de communications, tels que des stations ferroviaires, des arrêts de bus et des voies de chemin de fer.
Une femme avait été tuée dans son sommeil par un tronçon de rail projeté par une explosion et son compagnon avait été blessé.
L’attentat manqué contre un temple bouddhiste s’était produit à Bronkhorstspruit, à l’est de Pretoria, où seul le détonateur d’une charge d’explosifs de 10 kilos avait fait feu, blessant légèrement deux personnes. Les bombes de Soweto étaient confectionnées à base de nitrate d’ammonium, une substance à usage industriel utilisée dans l’industrie minière.
La police a publié les photographies de six suspects recherchés pour les explosions de Soweto, tous des hommes blancs, qu’elle a dit appartenir à l’organisation d’extrême droite de mouvance paysanne “Boeremag”.
Ce groupe est accusé de complot contre l’Etat visant à renverser le gouvernement et à “chasser d’Afrique du Sud tous les noirs et les gens de couleur”. L’un des suspects peut avec certitude, sur la base d’empreintes digitales, être directement impliqué dans les explosions, a précisé la police. Les six hommes dont les photos ont été publiées sont trois fermiers de Bela-Bela, à 100 kilomètres au nord de Pretoria, -Herman van Rooyen, 28 ans, Gerhardus Visagie, 63 ans, et Jan Rudolf Gouws, 25 ans- et trois frères, Johan, Kobus et Wilhelm Pretorius, fils d’un médecin de la province du Limpopo (nord) qui avait été arrêté en septembre lors de la saisie d’un camion rempli de munitions et d’explosifs à Lichtenburg, à l’ouest de Pretoria.
L’un des dirigeants de l’organisation Boeremag, arrêté à Pretoria, a comparu en justice et la date de son jugement a été fixée au 19 mai 2003. Thomas Vogel (Tom) Vorster, 52 ans, présumé être l’un des trois dirigeants du mouvement Boeremag, est soupçonné de haute trahison, terrorisme et sabotage, mais il n’a pas encore été formellement inculpé.
Il sera jugé à partir du 19 mai avec 17 membres de l’organisation d’extrême droite déjà arrêtés dans le cadre d’une enquête lancée depuis avril dernier. Un mandat d’arrêt avait été lancé contre Tom Vorster en août dernier.
Sally de beer, porte-parole de la police, n’a pas lié l’arrestation de Vorster aux attentats de Soweto, mais a souligné que “toutes les pistes seront explorées”.
Selon la police Tom Vorster, un ancien membre de l’armée sud-africaine, aurait été élu membre d’un triumvirat à la tête de Boeremag lors d’un meeting clandestin de l’organisation en janvier dernier.

La police saisit armes et explosifs

La police a saisi le 20/11 des armes et des explosifs lors de deux opérations dans le nord-ouest et le sud-est du pays, troisième coup d’importance porté en deux mois à la capacité des réseaux d’extrémistes blancs de droite. 26 engins explosifs artisanaux, semblables à 16 autres saisis début octobre à Modimolle (nord de Pretoria), ont été découverts dans un champ de Keimoes près d’Upington, dans la province du Cap Nord (nord-ouest). Dans une autre opération menée à Umtata (province du Cap oriental), la police a arrêté dans sa ferme un ancien membre des forces de défense, saisissant un petit arsenal comprenant fusils d’assaut R4 et AK 47 et plusieurs centaines de cartouches. Ces saisies de la police, résultat des renseignements sur plusieurs mois d’enquête cumulée depuis la découverte du réseau en début d’année, signalent un coup d’accélérateur des enquêteurs depuis les bombes de Soweto.
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N°259 du 29/11/2002

Victimes de l’apartheid : nouvelle plainte collective déposée à New York

Une nouvelle plainte collective contre des banques et des entreprises ayant entretenu des liens avec le régime sud-africain d’apartheid a été déposée à New York, a annoncé le 11/11/02 la Campagne suisse d’annulation des dettes de l’apartheid (KEESA), une ONG soutenant cette plainte.
Cette nouvelle plainte, introduite par les avocats Charles Abrahams et Michael Hausfeld, s’ajoute à celle déposée le 19 juin par l’avocat Ed Fagan en faveur des victimes de l’apartheid.
La plainte a été déposée au nom de 85 individus et d’une organisation, le Khulumani Support Group, qui dit représenter 32.000 personnes.
Dans un communiqué, KEESA, proche de la coalition sud-africaine Jubilee 2000 qui rassemble quelque 4.000 ONG demandant l’indemnisation des victimes du régime d’apartheid, affirme soutenir toutes les demandes de dédommagement.
Jubilee 2000, fondée en 1998, réclame également l’annulation des dettes de l’Afrique du Sud datant de l’époque de l’apartheid. Elle dénonce l’action des banques étrangères qui, par leurs prêts et investissements, ont financé le régime d’apartheid, lui permettant de survivre malgré les sanctions de l’ONU. Des banques et des entreprises américaines, allemandes, britanniques, françaises, néerlandaises et suisses sont visées dans la plainte.
Les sociétés américaines visées sont: Citigroup, J.P. Morgan, ExxonMobil, Caltex Petroleum, Fluor Corporation, Ford Motor Corporation, General Motors et IBM. Les sociétés allemandes sont: Commerzbank, Deutsche Bank, Dresdner Bank, DaimlerChrysler et Rheinmetall.
Les banques suisses Crédit Suisse et l’Union de Banques Suisses (UBS) sont également visées, ainsi que les sociétés britanniques Barclays National Bank, British Petroleum (BP) et Fujitsu ICL, et les compagnies pétrolière française TotalFinaElf et anglo-néerlandaise Royal Dutch Shell.

Réactions

Pretoria prend ses distances avec cette affaire

Le gouvernement sud-africain a refusé d’apporter son soutien à ces poursuites, jugeant qu’elles risquaient de décourager les investissements étrangers en Afrique du Sud. “Notre intention est de faire que ces compagnies poursuivent leurs investissements en Afrique du Sud pour le bénéfice de la population dans son ensemble”, a déclaré le ministre de la justice Penuell Maduna. “Nous ne donnons pas notre soutien à ces demandes de réparations individuelles car nous sommes en pourparlers, en vue d’investissements dans l’Afrique du sud post-partheid, avec ces mêmes compagnies qui font l’objet des poursuites”, a ajouté le ministre.
"L’Afrique du Sud n’a pas besoin de ces poursuites”, a déclaré pour sa part le ministre sud-africain des finances Trevor Manuel. “Les activités des banques européennes ou américaines en Afrique du sud sont sans lien avec les souffrances de la population sous le régime de l’apartheid. Il n’est pas possible de faire porter à des investisseurs internationaux la responsabilité de l’attitude des gouvernements concernés”, a réagi la porte-parole de l’UBS, Monika Dunant. DaimlerChrysler et Crédit Suisse, ont immédiatement rejeté ces accusations, les qualifiant d’”injustifiées”.
Le 8 novembre, l’ancien président Frederik de Klerk, artisan de la fin du régime de séparation des races en Afrique du Sud, s’était prononcé contre ces plaintes collectives, estimant qu’elles créeront des précédents qui “paralyseront l’aptitude des banques et des entreprises de faire des affaires où que ce soit”. D’autres groupes allemands ont souhaité attendre la réception de la plainte avant de la commenter.
Beate Schlosser, porte-parole de la banque Commerzbank, a ainsi indiqué: “Je n’ai pas la plainte devant moi. Mais le président de notre conseil de surveillance Martin Kohlhaussen fait partie des conseillers du président sud-africain Thabo Mbeki”, a-t-elle souligné.
M. Kohlhaussen a été remplacé à la présidence du directoire de Commerzbank par Klaus-Peter Mueller en mai 2001.
“Je ne peux rien dire sur cette plainte car nous ne l’avons pas encore reçue”, a déclaré de son côté Ronald Weichert, du géant de la finance Deutsche Bank, aussi dans le collimateur des plaignants.
Quant à la Dresdner Bank et à Rheinmetall (armement), les deux autres compagnies allemandes concernées par cette plainte, elles n’étaient pas joignables pour commentaire.
De son côté, le ministère suisse des Affaires étrangères a refusé de s’exprimer sur le bien-fondé de cette action en justice. Lors du dépôt d’une plainte par l’avocat américain Ed Fagan en juin, le gouvernement suisse avait officiellement estimé que ce type de procédure n’était pas le bon moyen pour régler la question des relations économiques avec des pays violant les droits de l’Homme.
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N°257 du 17/10/2002

Industrie et syndicats accueillent favorablement une nouvelle charte minière

Une nouvelle charte minière sud-africaine prévoyant de céder 26% de participation à des compagnies noires d’ici 10 ans a été généralement bien accueillie dans un secteur où elle est qualifiée de compromis pragmatique entre considérations politiques et impératifs pour un développement durable de l’industrie.
“La nouvelle législation sera l’outil idoine pour transformer l’extraordinaire héritage en minéraux de notre pays en richesse réelle au bénéfice de tous les Sud-africains, à condition qu’elle soit appliquée dans le même esprit qui a prévalu lors de son élaboration”, a déclaré Bobby Godsell, président du géant de l’or AngloGold.
De son côté, le plus grand syndicat minier, le Syndicat National des Mineurs (NUM), s’est félicité de la charte, exprimant l’espoir qu’elle permettrait “la création de nombreux nouveaux emplois”.
Par contre, pour l’analyste économique Mike Shuessler, la charte revient “simplement à transférer des participations de l’élite blanche à l’élite noire (...) et cela n’aidera en rien les 30% de la population sud-africaine au chômage”.
La charte, approuvée en conseil des ministres, prévoit une prise de participation de 15% dans l’industrie minière par des intérêts noirs d’ici 5 ans, le pourcentage devant passer à 26% d’ici 10 ans.
La charte prévoit aussi la création d’un fonds de près de 10 milliards de dollars (107 milliards de rands) par l’industrie afin d’aider les “sud-africains historiquement désavantagés” à faire leur entrée dans le secteur. La valeur totale de l’industrie minière sud-africaine est évaluée à environ 75 milliards de dollars.
Traduisant la réaction positive du secteur et des investisseurs, les cours des principaux groupes miniers sont restés pratiquement inchangés sur la bourse de Johannesburg, certaines valeurs, telles qu’AngloGold, enregistrant même un léger gain.
Un premier projet de loi dévoilé à la mi-juillet et portant sur une participation noire à hauteur de 51% avait à l’inverse provoqué un mouvement de panique immédiat et des pertes sur les valeurs minières de quelque 100 milliards de rands (9,37 milliards de dollars).
En juin, l’Assemblée nationale sud-africaine avait déjà voté une loi controversée qui avait provoqué les protestations des grandes compagnies, transférant à l’Etat la tutelle de tous les droits miniers, en accord avec le principe reconnu de la souveraineté des Etats sur leur sous-sol.
Cette redistribution partielle à terme de la plus grande richesse du pays, contrôlée jusqu’à présent par des intérêts blancs ou occidentaux, pourrait selon le Dr Iraj Abedian, marquer un “pas important vers une normalisation de l’environnement socio-économique en Afrique du Sud” et “servir de base à d’autres chartes similaires pour d’autres secteurs d’activités.
Le président sud-africain Thabo Mbeki a placé la nouvelle charte minière sur le même plan, estimant que son adoption représentait “probablement l’un des jours les plus glorieux de l’histoire de notre transformation (nationale)”.
L’industrie minière représente la principale richesse économique de l’Afrique du Sud -or, diamants, platine, pétrole, charbon, uranium, gaz naturel- et emploie plus d’un demi-million d’ouvriers, soit 4,3% de la population active. Elle compte pour un tiers dans la valeur des exportations sud-africaines.

N°257 du 17/10/2002

Découverte d’une nouvelle cache d’armes liée à un complot d’extrême droite

La police sud-africaine a découvert le 4/10 dans la province du Limpopo (nord) une nouvelle cache d’armes supposée faire partie d’un plan d’extrémistes de droite pour une campagne armée visant à renverser le gouvernement. Le stock d’armements, qui comprenait notamment 16 bombes artisanales de forte puissance, était enterré dans une ferme à Modimolle, à 100 kilomètres au nord de Pretoria. La cache contenait aussi des fusils d’assaut, des grenades, des fusils à canon scié et des détonateurs de bombes.
Cette découverte a eu lieu à l’issue d’une longue enquête des services de renseignements.
Douze personnes ont été arrêtées et inculpées de trahison pour préparation d’un complot contre l’Etat.
Il s’agit de la seconde découverte de ce type en moins d’un mois : le 15 septembre, un camion chargé de munitions, d’armes et d’explosifs supposés aussi faire partie d’un plan d’extrémistes de droite avait été saisi à Lichtenburg (nord-est), rempli “à ras bords” de fusils d’assaut AK47, de bombes incendiaires et d’autres engins explosifs.
Selon la police, les militants de droite nourrissaient l’ambitieux projet de s’emparer de bases militaires et d’aéroports, de se saisir du cabinet et du Parlement, de saboter le réseau informatique gouvernemental, et d’expulser tous les Noirs du pays.
Dix autres extrémistes afrikaners, également nostalgiques de l’époque de l’apartheid, et qui avaient aussi préparé un plan d’action destiné à reprendre le pouvoir, doivent comparaître en justice début 2003 sous accusation de haute trahison.
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N°257 du 17/10/2002

Arrestation d’un troisième membre du PAGAD évadé

La police a arrêté le 14/10 un suspect membre de PAGAD - milice d’inspiration islamiste accusée d’être l’auteur d’attentats à la bombe au Cap entre 1996 et 2000- qui s’était évadé avec deux co-accusés mi-septembre.
Ebrahim Jenecker, considéré comme le “tueur” dans l’organisation PAGAD (Peuple contre le Gangstérisme et la Drogue) a été arrêté au bout d’une cavale de 26 jours, lors d’un raid de la police sur une maison du quartier populaire d’Athlone au Cap. Il était en possession d’un pistolet P 38.
Jenecker, selon la police, est “l’une des figure-clés de la campagne de terreur” au Cap dans les années 1996 à 2000. Sur cette période, quelque 150 attentats à la bombe artisanale dans la région du Cap avaient fait trois morts et plus de 130 blessés.
Le PAGAD a toujours nié ces exactions, et police et justice ont longtemps peiné à engager des poursuites de ses membres pour terrorisme. Elles sont toutefois parvenues à frapper le groupe en obtenant des condamnations pour meurtres, banditisme et divers délits.
Fin 2001 ont été prononcées les premières condamnations de membres de PAGAD pour terrorisme, avec deux militants condamnés chacun à 30 ans pour un attentat en 1998.
M. Jenecker était lui-même inculpé de 32 chefs de meurtres, tentatives de meurtre, possession illégale d’explosifs, d’armes, au moment de son évasion avec ses co-accusés Faizel Samsodien et Mogamat Isaacs, qui ont été repris séparément début octobre.
Sur le terrain, aucun attentat n’a frappé la région du Cap depuis deux ans -malgré des attaques contre des juges-, permettant à la police d’affirmer aujourd’hui qu’elle contrôle la zone, et gagne sa guerre contre le PAGAD.

N° 255 du 17/09/2002

La justice sud-africaine reconnaît le droit d’adoption pour les couples homosexuels

La Cour constitutionnelle sud-africaine a reconnu le 10/09/2002 aux couples homosexuels le droit d’adopter des enfants, un jugement salué comme “une première en Afrique” et qui distingue encore davantage l’Afrique du Sud en matière de droits des homosexuels sur le continent.
La Cour avait été saisie du cas de deux magistrates vivant ensemble depuis 1989 qui souhaitaient adopter les deux enfants d’une d’entre elles. L’organe judiciaire suprême du pays a estimé que des personnes vivant “dans une relation permanente de même sexe” devraient être autorisées à adopter ensemble.
Le juge de la Cour Constitutionnelle, Lewis Skweyiya, dans ses attendus, a estimé que les droits à l’égalité et à la dignité des plaignantes sont violés par certains textes existants, en l’occurrence certains passages du Child Care Act (sur le soin de l’enfance) et du Guardianship Act (sur le tutorat).
Ces textes n’accordent pas nécessairement une importance “suprême” aux meilleurs intérêts de l’enfant, a estimé le juge Skweyiya, ajoutant que “la vie de famille, telle qu’envisagée par la Constitution, peut être vécue de différentes façons”.
La Cour considère que “la stabilité, le soutien et l’affection” pour un enfant recherchés par la législation peuvent tout à fait être assurés par un couple homosexuel, et qu’en conséquence les couples en relation permanente de même sexe devraient pouvoir adopter.
Ce jugement s’inscrit dans une récente série de victoires marquantes pour les droits des homosexuels en Afrique du Sud. Jadis victimes de discriminations et de persécutions sous l’apartheid, ils ont vu leurs droits garantis par la Constitution de 1996, à la fois voulue et considérée comme particulièrement libérale. Et avec laquelle la justice se met peu à peu au diapason.
La Gay and Lesbian Alliance, qui revendique 112.000 adhérents, a salué ce jugement comme un “exemple”, “une première en Afrique, qui porte un coup sévère” aux homophobes du continent comme Robert Mugabe et Sam Nujoma.
Les présidents du Zimbabwe et de Namibie, par leurs fréquentes attaques contre les homosexuels, illustrent la condition très variable de l’homosexualité en Afrique, cible selon les pays de stigmatisation, de menaces, voire de poursuites, à l’image du récent procès de 50 jeunes en Egypte.
En Afrique du Sud, les homosexuels vont de victoire en victoire: en juillet, la justice a reconnu à un couple d’homosexuelles vivant ensemble depuis 1986 les mêmes droits et avantages financiers qu’à un couple hétérosexuel marié: transports, déplacements, retraites liées à la profession d’une des deux femmes.
A l’énoncé du jugement à Johannesburg, la juge Anne-Marie de Vos s’est déclarée “extatique”. Vivant depuis 1989 avec sa collègue Suzanne du Toit, elle entend à présent adopter deux enfants de 10 et 13 ans nés pendant cette période.
“J’avais besoin d’être sûre que si quelque chose m’arrivait, Suzanne pourrait formellement prendre soin des enfants”, a-t-elle déclaré, expliquant son action en justice. “Nous voulions juste être définitivement sûres que chacune d’entre nous pourrait prendre soin d’eux”.
Enhardie, la communauté gay d’Afrique du Sud vise a présent une reconnaissance totale, dans les textes législatifs, du mariage homosexuel et du droit d’adoption.
Elle se lance également dans des opérations publiques offensives comme la publication d’une “liste rose” dénonçant les firmes, églises, ou politiciens suspects d’homophobie, et menace de boycott certaines institutions pour démontrer le pouvoir du “rand rose”. Elle a récemment appelé à un boycott touristique de la Namibie et du Zimbabwe.
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N° 255 du 17/09/2002

Saisie d’une importante quantité d’armes destinées à un complot extrémiste

La police sud-africaine s’est emparée le 14 septembre d’un camion chargé de munitions, d’armes et d’explosifs supposés faire partie d’un plan d’extrémistes de droite pour lancer une campagne armée visant à renverser le gouvernement.
Selon le Sunday Times de Johannesburg, le camion, saisi à Lichtenburg (nord-est), était rempli “à ras bords” de fusils d’assaut AK47, de bombes incendiaires et d’autres engins explosifs.
La police, citée par le journal, a indiqué que plusieurs centaines de personnes s’étaient appelées à se rassembler à Lichtenburg pendant trois jours avec armes, uniformes, munitions et nourriture, à l’invitation des dirigeants d’une “autorité intérimaire de la République Boer”.
Selon le Sunday Times, des militants d’extrême droite avaient en particulier prévu de fabriquer une vingtaine de bombes devant exploser sur le lieu du Sommet de la Terre qui vient de s’achever à Johannesburg (26 août - 4 septembre) et auquel ont participé plus de cent chefs d’Etat et de gouvernement.
“Dix de ces bombes seulement auraient provoqué une explosion de la magnitude de la bombe d’Oklahoma City qui a détruit en 1995 un immeuble officiel fédéral, faisant 168 morts”, affirme le journal.
Dix autres extrémistes afrikaners, également nostalgiques de l’époque de l’apartheid à domination blanche, et qui avaient préparé un plan d’action en cinq phases destiné à reprendre le pouvoir et expulser tous les Noirs d’Afrique du Sud, doivent comparaître en justice début 2003 sous accusation de haute trahison.
La police a aussi arrêté un militant d’extrême droite, confisquant en même temps dans une cache des obus de mortier et des pièces d’artillerie. Elle recherche encore trois autres personnes liées à cette affaire. (afp)

N° 255 du 17/09/2002

Il y a 25 ans, Steve Biko devenait martyr planétaire de la lutte anti-apartheid

Il y a 25 ans, Stephen Biko mourrait seul, saoûlé de coups et comateux, dans une cellule de Pretoria et devenait le plus grand martyr de la lutte contre l’apartheid en Afrique du sud, par son rôle de catalyseur de la libération noire.
Il n’avait que 30 ans à l’époque, mais son Mouvement de la Conscience Noire avait enflammé des dizaines de milliers de Sud-Africains, enthousiasmés par son appel à libérer avant tout leur esprit, avant de libérer le pays. Car, disait-il, “l’arme la plus puissante dans les mains de l’oppresseur est l’esprit de l’opprimé”.
Né en 1946 à Ginsberg, une township noire près de King William’s Town, Stephen Bantu Biko fût très tôt “destiné” à combattre l’apartheid: son père Mzimkhayi fut tué par un policier blanc lors d’un rassemblement militant le 12 septembre 1951.
Expulsé du secondaire pour son attitude “anti-establishment”, Steve fit ses premières armes politiques sur un campus de Durban dans les années 60. Fédérant des mouvements noirs, impliqué dans des projets de développement social, l’étudiant en médecine gagna en stature par son éloquence, son charisme et sa philosophie d’émancipation.
Fondateur du Mouvement de la Conscience Noire, président la Convention du Peuple Noir, il s’investit à temps plein dans la lutte, après avoir été exclu de son école médicale. En 1973, ses activités lui valurent d’être assigné dans sa ville natale de King William’s Town. Les autorités ne le lâcheront plus. Arrêté, détenu et interrogé à maintes reprises jusqu’à cette interpellation à un barrage fin août 1977.
Pendant plusieurs jours, Biko fut détenu, enchaîné, roué de coups, privé de soins, au QG de la police de Port Elizabeth. Un traitement inhumain sur lequel les auditions de la Commission Vérité et Réconciliation firent lumière en 1997-98, entendant des policiers qui menèrent “l’interrogatoire”. Mais aucun d’entre eux n’admettra avoir pu porter un coup fatal. Ils se virent refuser l’amnistie, mais n’ont à ce jour pas été poursuivis.
Le 11 septembre, inconscient, Biko était transporté nu à la prison centrale de Pretoria (à 1.100 km de là), à l’arrière d’une Land Rover. Quelques heures après son arrivée, il décédait de lésions cérébrales sur le sol d’une cellule de Pretoria. Nu, toujours.
L’émotion et la colère, en Afrique du Sud et à l’étranger, furent immenses. Donald Woods, rédacteur en chef du respecté Daily Dispatch devenu l’ami de Biko, fit passer à l’étranger des photos du corps couvert de plaies et ecchymoses: le ministre de la Police, Jimmy Kruger, avait maintenu qu’il était mort d’une grève de la faim.
L’exclusion et l’isolement du régime commencèrent pour de bon. Les gouvernements étrangers les fuyaient, les sanctions étaient imminentes. La chanson “Biko” de Peter Gabriel, fit le tour du monde, et “Cry Freedom”, film sur sa vie réalisé en 1987 par Richard Attenborough (avec Denzel Washington, Kevin Kline) sur la base d’un livre de Woods, exilé, généra larmes et sympathie anti-apartheid dans le monde.
Avec cette vague mondiale, autant que pour la conviction, alors renforcée en Afrique du Sud, que la violence répondrait à la violence, beaucoup considèrent avec le recul la mort de Biko comme “un point de non-retour”, la goutte d’eau qui fit déborder le vase, le début de la fin de l’apartheid. Donnant ainsi raison à Biko lui-même.
Trois mois avant sa mort, il déclarait: "soit tu es vivant et fier, soit tu es mort, et quand tu es mort, tu ne peux plus t’en soucier. Et ta façon de mourir peut elle même être une chose politique (...) car si je n’arrive pas dans la vie à soulever la montagne de l’apartheid, sûrement l’horreur de la mort y parviendra”.

Une pluie d’hommages en Afrique du Sud a salué le 25ème anniversaire de sa mort. Mais l’hommage à Biko, à l’influence aujourd’hui revendiquée par tous, s’accompagne de questions sur la fidélité à l’homme et ses idéaux, dans une société marquée par de criantes et durables inégalités, et des degrés très variables d’émancipation des Noirs.
“Notre libération n’aurait jamais eu lieu si nous n’avions pu nous débarrasser du sentiment de victime, d’objet, de haine de nous-mêmes (...) Steve Biko nous a aidés à exorciser ces démons intérieurs à travers la conscience noire, absolument essentielle à notre lutte pour la liberté”.
L’ancien primat anglican et prix Nobel de la Paix, Desmond Tutu, résumait en ces mots le rôle crucial du charismatique orateur de King Williams Town dans les consciences des militants d’alors: la libération intérieure qui permit celle du pays.
Les querelles des années 80 sur l’héritage de Biko sont dépassées. Il est aujourd’hui revendiqué par tous, bien au-delà de l’AZAPO (Organisation des Peuples d’Azanie), qui se perçoit l’authentique dépositaire.
“Notre pays n’est pas égalitaire. Nous sommes égaux dans la Constitution, dans l’urne, mais au jour le jour, pratiquement, nous avons à lutter pour bâtir cela”, a lancé à cette occasion l’AZAPO, estimant que Biko vivra aussi longtemps que ses idéaux n’auront pas été réalisés.
Que serait devenu Biko ? Aurait-il été une conscience, un aiguillon, “apportant un levain d’indépendance à la gouvernance (...) de la Nouvelle Afrique du Sud”, spéculait avec regret Nadime Gordimer (Prix Nobel de littérature). Ou aurait-il, bien plus tôt, éclipsé Mandela lui-même comme le “champion” de la lutte, comme ses partisans en étaient convaincus ?
“J’ai pensé bien des fois que la conscience noire n’avait pas fini sa tâche”, a écrit Tutu dans un “cahier 25 ans” de l’active Fondation Biko, “car je m’inquiète que nous ayons épousé les critères de nos ex-oppresseurs blancs sur ce que signifie le succès, ce que signifie ‘être arrivé”, ajoute-t-il en visant la nouvelle élite noire. “Qu’est devenu notre altruisme, notre ubuntu?” (fraternité-unité africaine), a encore écrit Desmond Tutu.
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N° 252 du 02/07/2002

Apartheid : la Suisse au pied du mur, après une plainte collective de victimes de l’apartheid

Le gouvernement suisse a refusé le 26 juin de se prononcer sur le bien-fondé de la plainte collective déposée par le cabinet d’Ed Fagan, au nom de victimes de l’apartheid, contre UBS et Credit Suisse Group, tout en critiquant ce type d’actions en justice.
Le célèbre avocat américain reproche aux deux banques suisses ainsi qu’à la banque américaine Citicorp d’avoir “fourni au régime d’apartheid les moyens financiers pour qu’il dispose de la technologie, des équipements, des systèmes, des infrastructures et des armes permettant au régime de fonctionner”.
“Le Conseil fédéral (gouvernement) a pris acte du dépôt d’une plainte collective le 19 juin à New York. (...) Il ne lui appartient pas de se prononcer sur son bien-fondé”, a déclaré le porte-parole du gouvernement, Achille Casanova.
Toutefois, a-t-il noté, “ce type d’action en justice ne permet pas de répondre à la question de la coopération économique avec des pays où le droit international et les droits de l’homme sont violés”.
“Le dépôt d’une plainte collective devant un tribunal américain n’est pas le moyen approprié pour résoudre les problèmes politiques d’autres pays”, a encore estimé le porte-parole du gouvernement.
Le gouvernement suisse a chargé le ministère des Affaires étrangères de suivre l’évolution de la situation avec les autres ministères et les représentants des milieux économiques.
Berne rappelle que la Suisse et l’Afrique du Sud entretiennent des “relations étroites”, et que, “dans leurs contacts réguliers, rien ne donne lieu de penser que les autorités sud-africaines soutiendraient ce type de plainte”, a encore estimé M. Casanova.
Un juge de Manhattan doit, dans le délai qu’il jugera bon, examiner la plainte, éventuellement demander des compléments d’information ou convoquer plaignants et accusés pour des audiences, avant de décider ou non d’entamer les poursuites.
Ed Fagan, véritable bête noire pour de nombreux citoyens suisses et ses milieux économiques, est à l’origine de la plainte collective qui a déclenché l’affaire des avoirs juifs détenus par les banques suisses.
Après plusieurs années de combat, Ed Fagan, rejoint par une horde d’avocats, a obtenu finalement gain de cause. Les banques suisses ont versé 1,25 milliard de dollars, pour avoir gardé et géré pendant des dizaines d’années des milliers de comptes appartenant à des juifs victimes de l’Holocauste.
Dans ce nouveau dossier, plus d’un millier de personnes se présentant comme des victimes de l’apartheid en Afrique du Sud ont appelé un numéro de téléphone spécial, pour s’informer des possibilités de se joindre aux éventuelles poursuites.
Ces poursuites sont éventuellement rendues possibles par des lois américaines, dont “l’Alien Tort Claims Act” et le “Torture Victims Protection Act” permettant de saisir un juge américain de faits s’étant déroulés en dehors des Etats-Unis, même si ni accusateurs ni accusés n’ont aucun rapport avec ce pays.
Dans le cas des avoirs juifs comme dans celui de l’industrie allemande, les accusés ont préféré négocier et sont parvenus à un règlement à l’amiable, après des années d’âpres négociations, plutôt que de courir le risque de procès et surtout de campagnes de dénigrement auprès de l’opinion publique américaine et internationale.
Banques suisses et industrie allemande avaient notamment été menacées de boycott et surtout d’un éventuel bannissement de Wall Street.

N° 252 du 02/07/2002

Buthelezi va tenter d’empêcher la publication du rapport de la Commission Vérité

Mangosuthu Buthelezi, chef du Parti de la Liberté Inkatha (IFP, dominante zoulou) et ministre des Affaires intérieures, va saisir la justice pour empêcher la Commission Vérité et Réconciliation (TRC) de publier un rapport le citant parmi les auteurs de violations des droits de l’Homme sous l’apartheid, a rapporté le journal Sunday Times.
Mangosuthu Buthelezi s’apprêterait à demander une mesure d’interdiction de publication du rapport en deux volumes, dans lequel la TRC le dénonce comme “le principal auteur (...) responsable d’approximativement 33% de la totalité des violations rapportées par la commission”.
Buthelezi pourrait faire l’objet de poursuites et être astreint à dédommager les victimes ou leurs familles.
Le président de la Commission, l’ancien archevêque anglican et Prix Nobel de la Paix Desmond Tutu, doit remettre le rapport final au président sud-africain Thabo Mbeki au mois d’août.
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N° 251 du 18/06/2002

Thabo Mbeki a entrouvert la porte à une amnistie des crimes politiques
Grâce au cas par cas mais pas d’amnistie générale

La décision prise par le président Thabo Mbeki de gracier 33 condamnés, anciens membres de mouvements anti-apartheid, a entrouvert la porte à une amnistie générale des crimes politiques en Afrique du Sud.
La plupart des activistes graciés par M. Mbeki, membres du Congrès national africain et du Congrès panafricain (PAC, noirs radicaux), étaient restés en prison après le refus de leur amnistie par la défunte Commission Vérité et Réconciliation (TRC).
L’ancienne TRC, mise en place en 1996 par l’ancien président sud-africain Nelson Mandela, avait le pouvoir d’amnistier les personnes dont les actes avaient des motivations politiques et à condition qu’ils fassent des aveux complets.
Mais la plupart des demandes d’amnisties reçues par la TRC ont été refusées. La Commission a accordé, en six ans d’existence, 1.200 amnisties et en a refusées 5.500.
Après la décision de M. Mbeki, on s’attend maintenant à ce que d’autres condamnés, y compris ceux qui étaient de l’autre côté de la barrière du temps de l’apartheid, demandent la clémence.
Parmi eux, Eugene de Kock, le dirigeant d’un commando de choc de la police d’apartheid qui avait reconnu de nombreux assassinats politiques devant la TRC et qui purge une peine de 212 ans de prison. Son avocat a annoncé qu’une demande de grâce sera déposée la semaine prochaine.
Parmi les autres demandes de grâce prévisibles, celle des assassins en 1993 du dirigeant communiste Chris Hani, Janus Waluz et Clive Derby-Lewis.
M. Mbeki n’a jamais caché ses critiques envers la TRC et le ministre sud-africain de la Justice, Penuell Maduna, a laissé entendre que des mesures plus larges pourraient être prises, étant donné que la TRC n’avait pas, selon lui, atteint ses objectifs.
“Le principal but de la TRC était d’amener la réconciliation, mais elle y a échoué”, a déclaré M. Maduna, après l’annonce des mesures de grâce présidentielle. “Mon impression, c’est que le gouvernement est maintenant en position de remettre les choses en ordre”, a-t-il ajouté.
Penuell Maduna a conseillé à l’ancien dirigeant militaire du temps de l’apartheid et ex-leader du petit parti afrikaner Front de la liberté (FF), Constand Viljoen de faire le point avec ses combattants de base pour qu’ils déposent une demande en ce sens.
Le parti nationaliste zoulou Inkatha (IFP), dont les affrontements avec l’ANC avaient fait des milliers de morts du temps de l’apartheid, a indiqué qu’il conseillerait à des centaines de ses membres de demander la grâce présidentielle.
Une organisation de défense des prisonniers politiques afrikaners, qui milite pour la libération de quelque 80 prisonniers politiques de droite, a indiqué qu’elle avait l’intention d’effectuer la même démarche.
Toutefois le gouvernement a exclu une amnistie générale des crimes politiques. “Chaque cas sera considéré sur la base du mérite”, a affirmé le porte-parole du ministère de la Justice, Paul Setsetse. Enfin, le ministère de la Justice a aussi démenti avoir discuté avec des partis d’opposition la question de la grâce de Clive Derby-Lewis et Janusz Walus, les assassins en 1993 du dirigeant communiste Chris Hani.
L’ancien archevêque anglican sud-africain et Prix Nobel de la Paix a estimé de son côté qu’une amnistie générale “saperait” le travail effectué par la TRC.

N° 251 du 18/06/2002

Van Schalkwyk nouveau Premier ministre de la province du Cap

Marthinus van Schalkwyk, dirigeant du Nouveau parti national (NNP), a été désigné le 5/06/2002 Premier ministre de la province sud-africaine du Cap occidental en remplacement de Peter Marais qui avait abandonné ses fonctions le 31 mai.
M. Marais, ancien maire du Cap, également membre du NNP, avait annoncé sa démission après des accusations de harcèlement sexuel portées par des femmes de son parti et qui ont provoqué une enquête de la police.
La province du Cap occidental est actuellement dirigée par le NNP, l’ancien parti dirigeant du temps de l’apartheid, en vertu d’un accord politique passé nationalement en novembre avec le Congrès national africain (ANC) au pouvoir.
Le gouvernement provincial comprend des membres des deux partis.
M. Van Schalkwyk, 42 ans, un Blanc afrikaner, a estimé que la province du Cap occidental “est un terrain d’expérience pour la nouvelle Afrique du Sud et c’est là que nous ferons certainement un pas en avant”, a-t-il déclaré aux journalistes après sa désignation par le comité régional de son parti.
“Dans cette province, la communauté blanche est représentée substantiellement, ainsi que les communautés métisse et noire, et c’est là que nous avons l’occasion de montrer que nous pouvons travailler ensemble en tant que Sud-Africains et en tant que gens qui vivent ensemble dans cette province”, a ajouté Van Schalkwyk.
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N° 251 du 18/06/2002

Une chanson accusant les Indiens d’exploiter les Noirs crée la controverse

Une chanson composée par un Zoulou, accusant la population indienne d’Afrique du Sud d’exploiter les Noirs depuis la fin de l’apartheid, a créé la controverse et a été interdite sur les ondes jusqu’à nouvel ordre.
Intitulée “Amandiya” (“les Indiens” en Zoulou), cette chanson écrite par Mbongeni Ngema, est considérée par des représentants de la communauté indienne comme porteuse de haine. “Les Indiens refusent le changement, les Blancs étaient bien mieux que les Indiens”, assure l’auteur dans un couplet. “Les Indiens ont tout pris, c’est pourquoi nous (les Noirs) devons subir tant de souffrances à Durban (est). Ils nous exploitent”, poursuit la chanson.
L’Alliance démocratique (AD, opposition) a déposé le 27 mai une plainte devant la commission des Droits de l’Homme sud-africaine, qui a estimé deux jours plus tard que la chanson ne répondait pas aux critères de diffusion sur les ondes. “Nous pouvons considérer qu’elle véhicule un discours de haine”, a indiqué le vice-président de la commission, Jody Kollapen.
Tout en condamnant la chanson, Adam Habib, un sociologue de l’Université de Natal, admet qu’elle “se fait l’écho d’un sentiment de malaise croissant entre les deux groupes” (Indiens et Noirs) depuis la fin officielle de l’apartheid, en 1994.
Nelson Mandela, qui n’a pas écouté les paroles, estime que si ce qu’il a entendu dans les média est vrai, l’auteur “devrait présenter ses excuses à la communauté indienne”.
Mais M. Ngema refuse, estimant que sa chanson va permettre un débat sur les relations entre Indiens et Noirs, particulièrement les Zoulous, majoritaires dans le KwaZulu-Natal et à Durban, la plus grande ville de la région, où réside un nombre important de membres de la population d’origine indienne.
“La population africaine est très mécontente”, a expliqué l’auteur lors d’une interview à la radio sud-africaine SABC. “Ceux qui ont combattu lors de la lutte de libération dans les townships, notamment au KwaZulu-Natal, sont dans la même situation que sous l’apartheid”.
Les premiers membres de la communauté indienne sont arrivés en Afrique du Sud au milieu du 19ème siècle pour travailler dans les plantations de sucre du Natal.
Les Indiens, victimes de l’apartheid, ont lutté au côté des Noirs contre l’oppression coloniale et la ségrégation.
Depuis la fin de l’apartheid, de nombreux Indiens sont devenus des commerçants ou des hommes d’affaires prospères et à Durban, leurs enfants fréquentent les meilleures écoles, les quartiers et les boîtes huppées tandis que la majorité des Noirs continue à vivre dans la misère.
Une étude publiée par l’Institut sud-africain sur les Relations entre les communautés indique qu’en 2000, seuls 7,4% de la population indienne d’Afrique du Sud (1,1 million au total) vivait sous le seuil de pauvreté, contre 58,7% des 35,2 millions de Noirs. (avec AFP)

N° 250 du 24/05/2002

Le président du Parti communiste devient ministre de la sécurité

Charles Nqakula, président du Parti communiste sud-africain (SACP) , a été nommé ministre de la sécurité le 6 mai par le président sud-africain Thabo Mbeki.
La SACP et l’ANC font partie de l’alliance des trois partis dirigeants avec le Congrès des syndicats sud-africains.
Charles Nqakula, qui était vice-ministre des Affaires intérieures, et avait été conseiller parlementaire de M.Mbeki, succède à Steve Tshwete, décédé d’une pneumonie .
L’épouse de M. Nqakula, Nosiviwe Mapisa-Nqakula, responsable de la ligue des femmes, était à la tête de la mission parlementaire d’observateurs sud-africains aux élections zimbabwéennes et dirige le groupe de l’ANC au parlement.
Andries Nel, député de l’ANC, qui a été nommé chef du groupe parlementaire, devient l’un des chefs de file du parti.
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N° 248  du 18/04/2002

Amertume après l'acquittement du Docteur Basson

L'acquittement le 11 avril de Wouter Basson, l'ancien cerveau du programme militaro-chimique de l'apartheid, et la satisfaction affichée par certains dignitaires de l'ancien régime ont laissé en Afrique du Sud un goût amer, perceptible dans la presse et les réactions.
Le jugement a aussi fait réapparaître une division, au nom de la "réconciliation nationale", entre les tenants de la page tournée, du pardon et de l'oubli, et ceux de la justice rendue, des responsabilités élucidées et jugées: division présente dans l'immédiat post-apartheid, lors des travaux de la Commission Vérité et Réconciliation (TRC), et toujours affleurante dans le pays.
Des accusations de "chasse aux sorcières" ont été de nouveau lancées par les mêmes généraux et anciens ministres, contre les mêmes instances, l'Etat (ou l'ANC, au pouvoir) ou la Commission Vérité qui, la première, mit au jour les sombres recherches et les terribles exécutions perpétrées autour du programme militaro-chimique.
"Ce qui s'est passé à la Cour vient une nouvelle fois de prouver que l'ancienne SADF (armée de l'apartheid) et ses membres (en l'occurrence Basson) ne furent coupables ni de meurtres ni d'autres actes criminels", s'est félicité Magnus Malan, ancien ministre de la Défense et l'un des cinq généraux présents au verdict. Ce procès relevait de la "propagande", de la "guerre psychologique (...) pour essayer de casser le passé, l'ancienne armée, et un homme comme Basson", estimait pour sa part Constand Viljoen, ancien chef d'état-major (reconverti parlementaire après 1994), sur l'air de la persécution et de l'acharnement repris avant lui par d'autres dignitaires de l'ancien régime et d'autres leaders de la minorité afrikaner.
Basson, comme Malan (acquitté lors d'un procès de généraux en 1996), comme l'ancien président Pieter W. Botha, jamais jugé, ont contribué à l'impression d'impunité à l'égard de la direction du régime d'apartheid, à l'inverse d'agents exécutants ou de "tueurs d'Etat" jugés et emprisonnés, comme Eugene de Kock et Ferdi Barnard.Jamais apparus pour certains (Botha) devant la TRC, ni demandeurs d'amnistie, ces ex-dirigeants ne sont qu'hypothétiquement menacés de poursuites, après la prochaine publication du rapport final de la TRC. Le procureur de l'Etat, Bulelani Ngcuka, avait averti dès le rapport intérimaire en 1998 que l'intérêt général, "la construction de la nation et la réconciliation" seraient pris en compte à l'heure de décider de poursuites.

Pour le Congrès National Africain (ANC) au pouvoir, l'acquittement "scandaleux" de Basson est précisément "un revers pour la réconciliation".
Une indignation reprise par l'autre mouvement noir de libération aujourd'hui au pouvoir en Namibie voisine. "Une parodie de justice", a déclaré le chef de la diplomatie namibienne, qui n'a pas exclu un procès Basson à Windhoek.
L'Association sud-africaine des Avocats Noirs s'est dite "écœurée" par le verdict. Et l'organisation tiers-mondiste Jubilée 2000 a noté que "les victimes de l'apartheid continuent de souffrir de pauvreté, de chômage, d'absence de compensation (...) tandis le puissant appareil de l'armée et des services secrets de l'apartheid (...) a les moyens d'entraver la justice".
"Et maintenant, le Docteur la mort va organiser une fête !", titrait le quotidien The Star de Johannesburg au lendemain du verdict. "Et il l'avait planifiée une semaine avant son acquittement", ironisait le journal, reflétant les soupçons, évoqués par l'accusation pendant le procès, et partagés par beaucoup, sur une issue déjà vue, déjà jouée.Wouter Basson, cerveau du programme militaire chimique de l'apartheid, a été acquitté de 46 chefs d'accusation dont meurtre et complicité de meurtre, au terme d'un procès de trente mois, sans doute le dernier grand procès éclairant les activités occultes du régime de ségrégation raciale.
Le cardiologue et biochimiste de 51 ans, qui comparaissait libre, a souri et enlacé ses avocats à l'énoncé du verdict, puis quitté la Haute Cour de Pretoria sans s'adresser aux médias, tandis que d'anciens dignitaires militaires saluaient le verdict et que l'accusation enrageait.
L'accusation, qui au cours du procès avait accusé le juge-président Willie Hartzenberg d'avoir préjugé l'innocence du docteur Basson, a immédiatement indiqué qu'elle ferait appel du jugement. Une audience sur cette requête a été fixée au 29 avril.
M. Basson, surnommé par les médias le "docteur la mort", plaidait non coupable de toutes les charges contre lui, au cours d'un des plus volumineux procès de l'histoire juridique du pays. Lors du procès, des témoins, ex-agents des Forces spéciales, ont fait des récits terrifiants d'opposants anesthésiés ou empoisonnés et jetés d'avion en pleine mer. Avec des produits ou en suivant des méthodes, selon eux, fournies par M. Basson.
D'autres l'ont accusé d'avoir fourni des poisons pour usage dans du thé, des bières, du jus d'orange, ou encore un gel "asphyxiant" musculaire, pour tuer des prisonniers, ennemis ou agents devenus gênants. Un scientifique a évoqué l'ordre de stocker du sang lyophilisé infecté du VIH comme éventuelle arme. M. Basson a démenti.
Il a par contre reconnu avoir travaillé sur des gadgets mortels pour l'armée, comme des tournevis et parapluies empoisonnés, mais a dit ignorer tout des opérations auxquelles ils étaient destinés. Pour lui, le programme chimique était un "défi intellectuel". Il fut aussi disert sur ses dizaines de voyages et transactions à l'étranger, avec crédits illimités, pour acquérir expertises et matériel, dans les années 80.

N° 243 du 18/01/2002

ANC/COSATU: à nouveau l'entente cordiale?

Le Congrès national africain (ANC, parti au pouvoir) et la centrale syndicale sud-africaine COSATU, regroupés au sein d'une alliance tripartite avec le parti communiste, ont affiché leur union à l'issue d'une rencontre le 12 janvier destinée à discuter de leurs divergences.
Dans un communiqué conjoint de l'ANC et de la COSATU, les porte-parole Patrick Craven et Molato Mothapo ont indiqué que la rencontre avait été "marquée par des discussions franches, ouvertes et fermes."
La rencontre entre l'ANC et la COSATU, qui forment avec le Parti communiste sud-africain (SACP) une alliance tripartite, intervient après plusieurs mois de spéculations sur une éventuelle scission. Les relations entre la COSATU et l'ANC sont tendues depuis plusieurs années au sujet de la politique économique du gouvernement, jugée trop libérale. La COSATU conteste aussi ouvertement les positions de Thabo Mbeki sur le sida.
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N° 243  du 18/01/2002

Pour le PAC, le pays est assis "sur une bombe agraire plus grosse que le Zimbabwe"

Le Congrès panafricain (PAC) a mis en garde le 14 janvier ceux qui critiquent le président zimbabwéen Robert Mugabe, estimant que l'Afrique du Sud était "assise sur une bombe agraire beaucoup plus grosse que le Zimbabwe". "Le jour où cette bombe explosera, la situation zimbabwéenne ressemblera à un pique-nique" en comparaison, a estimé dans un communiqué le vice-président du PAC, Motsoko Pheko, en référence aux violences accompagnant la réforme agraire menée par Robert Mugabe visant à redistribuer la quasi-totalité des terres de la minorité blanche à des familles noires qui n'en ont pas.
Depuis l'an dernier, le PAC est le seul parti sud-africain à avoir exprimé un soutien constant à la réforme agraire à marche forcée au Zimbabwe, incitant même en Afrique du Sud à quelques occupations illégales de terres par des sans-toit, initiatives vite réprimées par les autorités sud-africaines.
L'opposition parlementaire et la plupart des médias sud-africains ont appelé le président Thabo Mbeki à adopter une position ferme à l'égard de Robert Mugabe, à l'occasion du dernier sommet de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) à Blantyre.
Le PAC s'en est aussi pris aux critiques du projet de loi zimbabwéen sur le contrôle de la presse, estimant que les médias appartenaient toujours dans ce pays à ceux qui furent silencieux sous le régime minoritaire blanc rhodésien de Ian Smith.
Ceux qui font "beaucoup de bruit" aujourd'hui à propos de la liberté de la presse au Zimbabwe "sont les mêmes qui ne dirent rien (...) dans nombre de situations de violations du droit par les colonialistes racistes" jadis, a déclaré Motsoko Pheko.
Le PAC, rival historique et radical du Congrès National Africain (ANC) au sein de la lutte de libération noire contre l'apartheid, peine à s'ancrer dans la nouvelle Afrique du Sud. Aux premières élections de 1994, il n'obtint que 1,25% des voix, score tombé à 0,7% en 1999 (trois députés).

N° 243 du 18/01/2002

Justice populaire encore

Une foule de plusieurs centaines de personnes a brûlé vif le 13 janvier trois hommes, soupçonnés de meurtres locaux dans la townhisp noire de Khayelitsha, près du Cap, dans un des pires cas de "justice sommaire" des dernières années.
Des membres de la foule, qui aurait compté jusqu'à 3.000 personnes selon la presse locale, ont affirmé par la suite que les trois hommes avaient "avoué" les meurtres avant leur exécution, a ajouté la police, qui n'avait procédé le lendemain à aucune arrestation.
Le ministre provincial de la Sécurité, Leonard Ramatlakane, a indiqué sur place que les habitants du "Site C" de Khayelitsha avaient initialement remis les trois suspects à la police, mais qu'ils auraient décidé de rendre leur propre justice, en voyant les hommes remis en liberté.
La police a aussi rapporté un autre cas de justice sommaire: la mort d'un homme de 57 ans, Moses Gambushe, lynché par la foule à St Faiths, une localité de la province du KwaZulu-Natal (est), soupçonné d'avoir violée une fillette de huit ans.
La police a indiqué qu'aucune arrestation n'avait été opérée dans ce dernier cas.
A Industria (banlieue sud de Johannesburg), un homme soupçonné du meurtre d'un vendeur de rues, a été sauvé in extremis par la police d'une foule de 300 personnes qui s'apprêtait à lui faire subir le supplice du "collier", un pneu enflammé passé autour du cou.

N° 242  du 02/01/2002

Accord de libre échange en vue entre la Chine et l'Afrique du Sud

La Chine et l'Afrique du Sud vont discuter dès l'an prochain d'un accord de libre échange pour accroître leur commerce, a déclaré le président sud-africain Thabo Mbeki en visite en Chine. M. Mbeki a consacré une grande partie de sa visite de trois jours en Chine à examiner comment réduire le déficit commercial de l'Afrique du sud qui s'établit à 334,5 millions de dollars et augmenter des échanges de 912 millions de dollars l'an dernier.
L'Afrique du Sud est le principal partenaire commercial de la Chine en Afrique, tandis que la Chine représente le 10è plus important partenaire de l'Afrique du Sud.
M. Mbeki a eu des entretiens avec les principaux responsables chinois, parmi lesquels le président chinois Jiang Zemin, le Premier ministre Zhu Rongji et le président de l'Assemblée nationale populaire Li Peng.
La visite de M. Mbeki répondait à celle effectuée en avril 2000 par le président chinois en Afrique du Sud, un pays avec lequel la Chine a établi des relations diplomatiques en 1998, après la rupture des relations diplomatiques entre Taipei et Pretoria.
Une importante délégation accompagnait M. Mbeki : ministres des affaires étrangères, du commerce, de l'énergie et de la défense ainsi que de nombreux responsables d'entreprises sud-africaines, travaillant dans le secteur des mines, de la banque et de l'armement.
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