Afrique du Sud
Articles de la revue Afrique-Express - Année 2004
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N° 291 du 06/04/2004

Elections générales : la fête et la certitude de gagner pour l'ANC

Chants, danses et confiance dans la victoire annoncée ont marqué le 4 dimanche avril à Soweto, près de Johannesburg, le dernier grand meeting du président sud-africain Thabo Mbeki avant les élections générales du 14 avril, auquel ont assisté quelque 85.000 personnes.
L’ancien président Nelson Mandela, le vice-président Jacob Zuma et la majorité des dirigeants du Congrès national africain (ANC, au pouvoir depuis 1994) sont venus soutenir Thabo Mbeki dans l’immense stade du township de Soweto, haut lieu de la lutte anti-apartheid. Mais aussi des dizaines de milliers de militants anonymes arborant visières, drapeaux, maillots aux couleurs noire, jaune et verte de l’ANC sur lesquels on peut lire en résumé le programme du parti: "un contrat populaire pour la création d’emploi et la lutte contre la pauvreté".
Ceux qui n’ont pas pu entrer dans le stade de 80.000 places, suivent festivités et discours sur des écrans géants installés à l’extérieur.
Comme toujours, l’arrivée de Nelson Mandela a été marquée par une immense clameur. Le vieil homme de 85 ans, lui aussi vêtu d’un polo ANC, a semblé en pleine forme, dansant, en dépit de la chaleur, au son rythmé de différents groupes et disques qui "chauffent" l’assistance. Même clameur lorsque d’une voix puissante, le vice-président Zuma a entonné un chant de lutte de l’ANC, repris avec ferveur par le stade.
Dans un discours entrecoupé des cris "Amandla’ (pouvoir au peuple) et "Viva ANC", le chef de l’Etat a martelé que l’ANC est "le parti du peuple", des "Noirs, Blancs, hommes, femmes, hommes d’affaires, universitaires, gens sans formation".
Rappelant qu’il a fait beaucoup de porte-à-porte à travers tout le pays pendant sa campagne électorale, M. Mbeki a affirmé l’avoir fait "pour écouter les gens". "Les gens nous ont dit qu’ils voulaient des maisons, de l’eau, des cliniques et ils nous l’ont dit car ils nous font confiance et savent que l’ANC écoute. Ce que lui disent les gens, l’ANC le fait et quand cela ne peut pas être fait, nous disons que nous ne pouvons pas le faire", a-t-il ajouté.
Il a raillé l’opposition "déjà vaincue" dont le seul programme est de s’opposer à l’ANC. "Nous, nous vous disons votez pour nous pour que nous gouvernions afin de vous rendre la vie meilleure", a-t-il lancé.
Le programme de l’ANC, donné très largement vainqueur le 14 avril face à une opposition divisée, est centré sur la lutte contre la pauvreté qui, dix ans après la fin de l’apartheid, reste un fléau en Afrique du sud où le taux de chômage, qui touche essentiellement la majorité noire, atteint 30%.
Le chef de l’Etat a également exprimé sa volonté de faire plus dans le secteur de la santé, lutte contre le sida - l’Afrique du sud est l’un des pays les plus touchés au monde - et autres maladies mortelles comme la tuberculose ou la malaria, mais aussi contre la malnutrition.
Il a tenu à rappeler qu’après "dix ans de liberté", son pays avait la chance de vivre "en paix", alors qu’en "Irak, en Côte d’Ivoire, en Palestine et en Israël, des gens meurent".
L’ex-président Mandela a apporté son soutien total à celui qui lui a succédé en 1999. "Aucun président ne peut dire qu’il a fait plus pour le peuple que le président de ce pays", a-t-il dit.
Il a appelé les Sud-Africains à voter le 14 avril "avec la même passion et le même enthousiasme qu’en 1994" lors des premières élections démocratiques d’Afrique du sud, en "reconnaissance" pour tous ceux qui sont morts dans la lutte contre l’apartheid. Si comme prévu l’ANC l’emporte à ces élections générales - législatives et provinciales - Thabo Mbeki sera réélu pour cinq ans à la tête de l’Etat par le Parlement le 23 avril, avant d’être intronisé en grande pompe le 27, date anniversaire des élections de 1994.

N° 291 du 06/04/2004

Réforme agraire à petits pas, la majorité des terres reste aux Blancs

La réforme agraire promise il y a dix ans par le nouveau pouvoir sud-africain pour corriger les injustices du colonialisme et de l’apartheid progresse lentement, avec 80% des terres appartenant toujours à la minorité blanche, et une impatience croissante des Noirs sans terres.
En 1995, le premier gouvernement de Nelson Mandela mit en place une double politique: restitution de terres ou espaces confisqués sous l’apartheid à des Noirs ou métis, et surtout redistribution globale du sol pour corriger les inégalités historiques. Sur 15 ans, 30% des 85 millions d’hectares de terres cultivables du pays devaient passer aux Noirs.
En 2004, on est encore loin du but: seuls 3% des terres ont été acquises par le gouvernement selon le principe "vendeur-acquéreur consentants" et allouées à environ 700.000 Noirs, selon des chiffres officiels.
A ce rythme, il faudra encore 80 ans pour atteindre les 30% de terres redistribuées, a calculé le Mouvement des sans terres (LPM).
La terre en Afrique du sud, comme dans le reste de l’Afrique australe, est un sujet hautement sensible: pas seulement un lieu de production, mais aussi un lieu de croyances et de cérémonies, l’endroit où sont enterrés les ancêtres vénérés qui veillent sur leurs descendants.
Le gouvernement de Thabo Mbeki, qui a succédé à Mandela en 1999, est parfaitement conscient du caractère émotionnel du sujet et le chef de l’Etat a signé début 2004 des amendements à la Loi sur "la restitution et les droits de la terre" pour faciliter et accélérer le processus.
Un processus, martèle l’Etat, qui doit s’opérer dans la légalité en respectant les droits des fermiers expropriés, contrairement au scenario du Zimbabwe voisin où des expulsions de fermiers blancs ont été menées dans la violence, et où la redistribution de la terre a entraîné une chute de la production agricole, plongeant le pays dans la crise.
En dépit de cette volonté de légalisme, les amendements ont suscité l’inquiétude des fermiers commerciaux blancs, mais ont en revanche été jugés insuffisants par ceux des sans terres.
Pour Agri SA, principal syndicat de fermiers, "le processus d’expropriation", même légal, va avoir "un impact négatif évident sur la confiance des investisseurs dans le secteur agricole".
Plus radical, mais bien moins représentatif, le syndicat agricole du Transvaal (TAU), juge que "la hâte du gouvernement à exproprier et à renforcer le nettoyage ethnique va inévitablement conduire l’Afrique du Sud sur le chemin du Zimbabwe".
Mangaliso Kubheka, dirigeant du LPM, ne veut pas parler de la situation au Zimbabwe qu’il dit "ne pas connaître", préférant se concentrer sur l’Afrique du sud où, selon lui, le gouvernement "ne prend pas au sérieux" la redistribution des terres.
A l’approche des élections du 14 avril, le LPM a lancé une campagne "pas de terre, pas de vote", appelant ses partisans à boycotter le scrutin.
M. Kubehka, qui chiffre à 26 millions - sur 44,8 millions d’habitants - le nombre de pauvres et de sans terres dans les campagnes et les villes d’Afrique du Sud, a aussi menacé de manifestations et d’occupations de terres le jour des élections, provoquant une vive réaction de l’ANC.
Le parti de Mbeki a qualifié d’acte "d’hooliganisme" la menace du LPM, affirmant qu’il ne tolérerait "aucune action destinée à intimider les gens et à les empêcher d’exercer leur droit de vote".
En 2001, des occupations de terres s’étaient déjà produites en Afrique du Sud : elles n’étaient toutefois pas directement liées à la redistribution de la terre, mais plutôt à l’état d’extrême pauvreté de milliers de personnes réclamant seulement un logement digne de ce nom. Le gouvernement avait alors sévèrement réprimé ces occupations illégales, montrant ainsi sa détermination à ne pas laisser s’opérer en Afrique du sud "une dérive à la zimbabwéenne".
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N° 289 du 09/03/2004

Winnie Mandela ne figure pas sur la liste de l’ANC

Winnie Madikizela-Mandela ne figure pas sur la liste du Congrès national (ANC) pour les élections générales du 14 avril. L’ex-épouse de l’ancien président Nelson Mandela a démissionné de son siège de député, de la présidence de la Ligue des Femmes de l’ANC et de la Commission exécutive (organe dirigeant) de l’ANC, après sa condamnation en avril 2003 pour fraude aux prêts bancaires.
Condamnée à cinq ans de prison dont un avec sursis, elle avait été laissée en liberté sous caution, dans l’attente de l’examen de sa procédure d’appel.
Aujourd’hui âgée de 67 ans, celle qui fut surnommée "la Mère de la Nation" pour son courage face au régime d’apartheid reste, en dépit de plusieurs scandales et controverses, une figure populaire, notamment auprès de la base noire défavorisée de l’ANC.
Le président Thabo Mbeki est numéro un sur la liste, suivi par le vice-président Jacob Zuma et la ministre des Affaires étrangères Nkosazana Dlamini-Zuma.

N° 289 du 09/03/2004

Un militant de l’ANC tué par des membres de l’Inkatha

L’ANC a annoncé qu’un de ses militants a été tué par des membres du Parti de la liberté Inkatha (IFP) près de Durban (est), où les deux formations avaient pourtant signé un pacte de bonne conduite en vue des élections. Sifiso Msomi, un militant de l’ANC âgé de 25 ans, est décédé à l’hôpital après avoir été blessé par balle le 20/02 au sud de Durban, principale ville de la province du Kwazulu-Natal. L’ANC et l’IFP sont au coude à coude pour le contrôle du Kwazulu-Natal, province la plus peuplée du pays.

N° 289 du 09/03/2004

Pas d’un troisième mandat pour Thabo Mbeki ?

Le président Thabo Mbeki a démenti implicitement le 5 mars, l’hypothèse, évoquée récemment par l’opposition, d’une éventuelle révision constitutionnelle qui lui permettrait de briguer un troisième mandat en 2009.
Evoquant les "peurs" utilisées en période électorale, M. Mbeki, qui devrait, d’après tous les sondages, être élu pour un deuxième mandat à l’issue des élections générales du 14 avril, estime que "la peur la plus à la mode" aujourd’hui est "la menace fictive d’un Etat à parti unique".
"L’accusation consiste à dire que quoi qu’il arrive, l’ANC (Congrès national africain, au pouvoir depuis 1994) est anti-démocratique et a l’intention d’établir une dictature de parti unique. A l’appui de cette allégation, de nombreuses histoires sont fabriquées pour faire peur à l’électorat", a-t-il déclaré dans la lettre hebdomadaire de l’ANC.
"La plus récente consiste à dire que l’ANC a l’intention de changer la Constitution pour permettre au président (...) de faire trois mandats", contre deux actuellement autorisés.
"Ceux qui ont recours à ce type de falsification n’hésitent pas à utiliser le nom de Nelson Mandela pour crédibiliser leurs affirmations (...) faisant mine d’ignorer que Madiba a catégoriquement affirmé (...) que l’ANC ne prendrait jamais la décision de changer la Constitution" sur ce point, a-t-il ajouté.
"Le facteur-peur est depuis longtemps une caractéristique de la politique des Blancs dans notre pays", a-t-il conclu.

N° 288 du 17/02/2004

Un ex-policier poursuivi pour meurtres de militants noirs en 1985

Ex-policier de l’apartheid, Gideon Nieuwoudt, a été arrêté le 11 février pour le meurtre de trois militants anti-apartheid en 1985, preuve que l’Etat est déterminé à poursuivre son action contre les bourreaux d’hier même après l’arrêt du processus de la Commission vérité et Réconciliation (TRC).
Gideon Nieuwoudt, un nom apparu à maintes reprises en audiences de la TRC sur des atrocités commises par la police spéciale de l’apartheid, a été arrêté à Port Elizabeth, inculpé et remis en liberté sous caution.
Avec trois autres ex-policiers, Herman Du Plessis, Johannes Van Zyl et Gerhardus Lotz, M. Nieuwoudt n’avait pas été amnistié par la TRC en 1999 pour les meurtres de Qaquwili Godolozi, Champion Galela et Sipho Hashe, trois militants anti-apartheid de la région de Port Elizabeth.
Les trois militants noirs avaient été enlevés en mai 1985, conduits dans une ferme isolée utilisée comme base par la Police de sécurité, branche spéciale des forces de l’ordre, et exécutés. Leurs corps avaient ensuite été brûlés et les restes jetés dans un fleuve.
Les victimes, connues depuis comme les "Trois de Pebco", du nom de leur organisation de lutte pour les droits civiques, étaient devenus un symbole de ces "opérations coup de poing" des forces de l’apartheid pour éliminer, par groupes, des militants anti-apartheid influents.
Gideon Nieuwoudt avait aussi été lié à l’assassinat à la bombe de quatre policiers en 1989 à Motherwell, un cas pour lequel il n’obtint pas non plus l’amnistie de la TRC, et pour lequel il attend son procès.
Un mandat d’arrêt a été lancé contre Johannes van Zyl, qui est en ce moment à l’étranger.
L’arrestation de M. Nieuwoudt, tristement célèbre aussi pour avoir été présent à l’interrogatoire et la torture du leader de la Conscience Noire, Steve Biko, en 1977, est un signal fort de l’intention des autorités de continuer leurs poursuites d’auteurs d’atrocités sous l’apartheid, à la suite du travail de la TRC.
La TRC avait un pouvoir d’amnistie des auteurs de crime, à condition qu’ils fassent des aveux complets et puissent invoquer un mobile politique à l’époque. Elle a reçu plus de 7.000 demandes d’amnistie, et n’en a accordé que 1.500 environ.
Elle a laissé la porte ouverte à la poursuite d’auteurs de crimes sous l’apartheid et le président Thabo Mbeki a laissé en 2003 aux services du procureur national le soin de décider de poursuivre les cas "qui méritent d’être ou qui peuvent être poursuivis".
Mais l’Etat, comme l’a rappelé récemment le ministre de la Justice, est d’avis que des poursuites en masse des criminels ou responsables seront peu probables, car coûteuses et difficiles, en raison des faibles chances d’obtenir des preuves devant un tribunal, donc des condamnations.
Ce dilemme avait été cruellement mis en relief par le coûteux procès pour meurtres de Wouter Basson, l’ex-cerveau du programme militaro-chimique de l’apartheid, acquitté en 2002 au terme de 30 mois de procès.
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N° 288 du 17/02/2004

Buthelezi évoque son éventuel départ du gouvernement après les élections

Le ministre de l’Intérieur Mangosuthu Buthelezi, qui est également leader du Parti de la Liberté Inkatha (IFP, dominante zouloue), a évoqué son éventuel départ du gouvernement mené par l’ANC.
"A l’approche de la fin de mon mandat (...) j’ai le sentiment de laisser derrière moi un ministère qui a surmonté ses nombreuses crises et ses nombreux problèmes et qui fonctionne aujourd’hui correctement", a-t-il déclaré en marge de la rentrée parlementaire.
Interrogé sur ses intentions exactes, M. Buthelezi, présent au sein du gouvernement depuis 1994, est cependant resté évasif. "Le président m’a seulement nommé pour cinq ans", a-t-il simplement déclaré.
L’entente entre l’IFP et l’ANC dans la province KwaZulu-Natal, fief du groupe ethnique zoulou, est depuis 10 ans le principal gage de stabilité locale, et la raison pour laquelle les violences politiques, qui ont fait plus de 12.000 tués sur la période 1985-95, y ont quasiment disparu. A l’approche des élections, l’entente entre les deux partis s’est sensiblement détériorée.
Si le déclin électoral de l’IFP, entamé en 1999, se poursuit, le parti zoulou pourrait pour la première fois depuis les premières élections démocratiques de 1994, perdre la tête de l’executif du KwaZulu-Natal.
Techniquement, IFP et ANC co-gouvernent la province, mais la gestion au quotidien pâtit d’une coopération devenue "inexistante", de l’avis de Buthelezi, et de relations "au plus bas" entre les deux partis, selon l’ANC.

N° 287 du 03/02/2004

Branle-bas de combat pour les élections générales
De Klerk apporte sa caution à l’alliance NNP-ANC

Le dernier président sous le régime de l’apartheid, Frederik de Klerk, a apporté le 2 février son importante caution à l’alliance entre l’ANC et son ancien parti, le NNP, confortant un rapprochement avec le parti au pouvoir depuis la fin de l’apartheid.
De Klerk, invité d’un dîner politique à Stellenbosch pour le 14ème anniversaire de son discours levant l’interdiction de l’ANC, a exprimé son "soutien complet" à l’alliance NNP-ANC formée en 2002, estimant qu’elle est le "modèle de coopération" requis par l’Afrique du Sud d’aujourd’hui pour gérer sa complexité raciale.
Le soutien de De Klerk, Prix Nobel de la Paix en 1993, jouissant toujours d’une forte autorité morale, est considéré comme un développement politique très symbolique, en même temps qu’un revirement personnel pour l’homme qui avait en 1996 claqué la porte du Gouvernement d’unité nationale, emmenant avec lui son Parti National, devenu depuis Nouveau Parti National (NPP).
"Il existe un fort sentiment selon lequel notre processus de transition est devenu quelque chose d’unilatéral, et les préoccupations de certaines de nos communautés ne reçoivent pas l’attention qu’elles devraient", a déclaré De Klerk devant une assemblée majoritairement blanche afrikaner.
"La composition de notre complexe population multiculturelle et multi-ethnique requiert un modèle spécial de coopération pour la phase de transition dans laquelle nous allons opérer dans les années à venir", a poursuivi l’ancien chef d’Etat, qui s’est retiré de la vie politique depuis 1996.
"L’accord de coopération entre le NNP et l’ANC répond clairement à ces demandes, et a de ce fait mon soutien total", a-t-il ajouté. Le NNP, en déclin électoral régulier depuis la fin de l’apartheid, a opéré en 2002 un virage politique à 180 degrés, cessant son partenariat avec l’Alliance démocratique (opposition de droite libérale à forte base blanche) pour se rapprocher de l’ANC du président Thabo Mbeki.
Le nouveau pacte a vu l’ANC et le NNP prendre le contrôle conjoint de la province du Cap occidental, et le NNP obtenir deux portefeuilles de secrétaire d’Etat au gouvernement national. Les partis d’opposition ont crié à l’opportunisme politique, mais les deux nouveaux alliés ont défendu une volonté d’en finir avec l’alignement racial de la politique sud-africaine.

N° 287 du 03/02/2004

Le président Mbeki appelle à des élections "pacifiques"

Le dernier président sous le régime de l’apartheid, Frederik de Klerk, a apporté le 2 février son importante caution à l’alliance entre l’ANC et son ancien parti, le NNP, confortant un rapprochement avec le parti au pouvoir depuis la fin de l’apartheid.
De Klerk, invité d’un dîner politique à Stellenbosch pour le 14ème anniversaire de son discours levant l’interdiction de l’ANC, a exprimé son "soutien complet" à l’alliance NNP-ANC formée en 2002, estimant qu’elle est le "modèle de coopération" requis par l’Afrique du Sud d’aujourd’hui pour gérer sa complexité raciale.
Le soutien de De Klerk, Prix Nobel de la Paix en 1993, jouissant toujours d’une forte autorité morale, est considéré comme un développement politique très symbolique, en même temps qu’un revirement personnel pour l’homme qui avait en 1996 claqué la porte du Gouvernement d’unité nationale, emmenant avec lui son Parti National, devenu depuis Nouveau Parti National (NPP).
"Il existe un fort sentiment selon lequel notre processus de transition est devenu quelque chose d’unilatéral, et les préoccupations de certaines de nos communautés ne reçoivent pas l’attention qu’elles devraient", a déclaré De Klerk devant une assemblée majoritairement blanche afrikaner.
"La composition de notre complexe population multiculturelle et multi-ethnique requiert un modèle spécial de coopération pour la phase de transition dans laquelle nous allons opérer dans les années à venir", a poursuivi l’ancien chef d’Etat, qui s’est retiré de la vie politique depuis 1996.
"L’accord de coopération entre le NNP et l’ANC répond clairement à ces demandes, et a de ce fait mon soutien total", a-t-il ajouté. Le NNP, en déclin électoral régulier depuis la fin de l’apartheid, a opéré en 2002 un virage politique à 180 degrés, cessant son partenariat avec l’Alliance démocratique (opposition de droite libérale à forte base blanche) pour se rapprocher de l’ANC du président Thabo Mbeki.
Le nouveau pacte a vu l’ANC et le NNP prendre le contrôle conjoint de la province du Cap occidental, et le NNP obtenir deux portefeuilles de secrétaire d’Etat au gouvernement national. Les partis d’opposition ont crié à l’opportunisme politique, mais les deux nouveaux alliés ont défendu une volonté d’en finir avec l’alignement racial de la politique sud-africaine.
De son côté, le président Thabo Mbeki a appelé le 31/01 dans la province du KwaZulu Natal à "des élections pacifiques", tant dans cette région, qui à une tradition de violences politiques, que dans le reste du pays. "Laissons le peuple choisir quel parti il veut", a lancé le président, lors d’un meeting à Port Shepstone.
Entre 1985 et 1995, plus de 12.000 personnes ont été tuées dans le KwaZulu-Natal dans des violences politiques ayant opposé militants de l’ANC à ceux du Parti de la Liberté Inkatha (IFP) de Mangosuthu Buthelezi.
"Aucun endroit, ni dans le Kwazulu-Natal ni dans le reste du pays, ne doit être une zone interdite" aux militants et sympathisants de partis aux idées différentes, a martelé Thabo Mbeki.
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N° 287 du 03/02/2004

Le procureur national lavé des accusations d’espionnage sous l’apartheid

Le procureur national sud-africain, Bulelani Ngcuka, a été lavé le 20 janvier par une commission d’enquête des accusations d’espionnage pour le compte du régime d’apartheid qu’avaient portées contre lui des personnalités de l’ANC.
Le juge Joos Hefer, qui a mené fin 2003 plusieurs semaines d’auditions publiques de politiciens et d’ex-officiers de renseignements, a conclu que Ngcuka n’avait "probablement jamais, à aucun moment avant 1994, été un opérateur d’une agence de sécurité d’Etat" du régime d’apartheid. Explication de texte …
Mo Shaïk, un officiel des Affaires étrangères, qui en 88-90 était chef des renseignements de l’ANC à l’intérieur de l’Afrique du Sud, et Mac Maharaj, un poids lourd de la lutte devenu ministre ANC, avaient publiquement accusé Ngcuka, un avocat anti-apartheid, d’avoir été en fait un agent double.
Ces accusations venant de deux proches du vice-président Jacob Zuma intervenaient peu après que le procureur eut lancé une spectaculaire attaque publique contre Zuma, objet d’une enquête de ses services pour corruption.
Ngcuka avait déclaré, en substance, que Zuma était probablement coupable de corruption, mais que des poursuites ne seraient pas engagées, faute de chances d’aboutir en justice.
Le duel Zuma-Ngcuka et la saga de la commission d’enquête ont été liés, par maints commentateurs politiques, à des luttes de pouvoir entre factions ou poids lourds au sein de l’ANC, en vue de se positionner pour des échéances futures, post-élections générales.
Le juge Hefer a exonéré Ngcuka, mais a en revanche durement égratigné Jacob Zuma pour avoir affirmé, dans un courrier, qu’il n’obéirait pas à une assignation à comparaître devant la commission si Hefer lui adressait une telle injonction. Zuma n’a finalement pas été assigné.
"Il serait triste un jour de voir (...) un des plus hauts dirigeants du pays ignorer une assignation délivrée par une commission mandatée par le président, aux termes des pouvoirs que lui confère la Constitution", a commenté Hefer.

N° 287 du 03/02/2004

Johannesburg, un nouvel eldorado ?

Le centre de Johannesburg, marqué dans les années 1990 par un délabrement croissant et une hausse vertigineuse de la criminalité, est aujourd’hui le théâtre d’une "nouvelle ruée vers l’or", a affirmé fin janvier son maire, Amos Masondo.
"Les investissements privés au cœur de la ville - en termes de commerces ou d’habitations - continuent à affluer dans ce qui a été décrit comme une nouvelle ruée vers l’or", a déclaré M. Masondo à l’occasion de la rentrée municipale.
"Au cours de l’année écoulée, nous avons intensifié nos efforts dans les domaines de la propreté, du respect de la loi, de la lutte contre la criminalité et les programmes de construction", a-t-il expliqué.
Le maire a mis en avant des chiffres illustrant cet inversement de tendance dans le centre de la plus grande ville sud-africaine.
Il a notamment souligné que les délivrances de permis de construire avaient augmenté de 500%, tandis que le taux de bâtiments inoccupés dans le centre de la ville avait baissé de 23,7%.
Le maire de "Jozy" a estimé que la détermination de la municipalité constituait "un signal pour les criminels, les propriétaires sans scrupule et d’autres que le redressement de la ville était en marche".
En 1999, le centre-ville était devenu presque inhabité, se transformant en ville-fantôme une fois la nuit tombée avec un taux d’occupation des bâtiments d’environ 15%.
De nombreuses sociétés avaient alors déménagé, préférant s’intaller plus au nord, dans le quartier d’affaires de Sandton, à l’image de la Bourse de Johannesburg.
Depuis, grâce en particulier à d’importantes avancées dans la lutte contre la criminalité - avec l’installation de nombreuses caméras vidéo - le centre a cependant progressivement changé de visage.
En 2000, un ambitieux plan de régénération urbaine sur 30 ans, baptisé "Joburg 2030", a été lancé par la municipalité en partenariat avec le gouvernement provincial.
Joburg 2030, avec un budget d’environ un milliard de rands (115 millions d’euros), vise à faire de la "cité de l’or" un centre urbain "de classe mondiale".
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N° 286 du 20/01/2004

Les partis entrent en campagne électorale

Pour l’opposition, à l’occasion des troisièmes élections générales post-apartheid qui auront lieu en avril, les ambitions seront réduites. Objectif : conserver des fiefs provinciaux sans vraiment pouvoir espérer inquiéter au niveau national le Congrès national africain (ANC), au pouvoir depuis 1994.
Les deux premières élections démocratiques, en 1994 et 1999, ont été remportées à une large majorité par l’ANC. En 1999, le parti au pouvoir, auxquels les récents sondages prédisent une nouvelle victoire écrasante en 2004, avait recueilli 66,3% des voix.
Une semaine après le lancement par le chef de l’Etat, Thabo Mbeki, de la campagne de l’ANC à Pietermaritzburg, au KwaZulu-Natal (est), le Parti de la Liberté Inkatha (IFP, à dominante zouloue) a lancé, dans la même province qui est son fief historique, son programme électoral, et décoché ses premières flèches contre le parti au pouvoir.
"En tant que ministre depuis 1994 d’un gouvernement dominé par l’ANC, j’ai du mal à expliquer aux gens, particulièrement dans les zones rurales, pourquoi les inégalités se sont accrues et les pauvres sont devenus plus pauvres", a déclaré le leader de l’IFP et ministre de l’Intérieur, Mangosuthu Buthelezi.
Commentant les élections à venir au KwaZulu-Natal, dont le Premier ministre est dirigeant de l’IFP, mais où l’ANC vise une majorité absolue, Buthelezi a affirmé que son parti était "prêt pour cette compétition démocratique". "Je souhaite cependant dire à l’ANC que j’espère qu’il mènera cette compétition au KwaZulu-Natal en respectant les règles", a-t-il mis en garde devant 25.000 personnes, stigmatisant "la fraude électorale qui a entaché les élections de 1994 et 1999".
Evoquant d’éventuels débordements dans cette province où les violences entre partisans de l’IFP et de l’ANC firent près de 12.000 morts entre 1980 et 1995, il a souligné qu’ "aucun homme politique raisonnable" ne souhaitait "revenir à la situation du passé".
Le leader de l’IFP a présenté un programme en douze points visant notamment à transférer plus de pouvoir politique aux niveaux provincial et local. A cette occasion, il a vivement dénoncé la politique gouvernementale de lutte conte le sida, estimant qu’il s’agissait du "plus grand échec" de l’ANC.
Dans la seule autre province où l’ANC ne dirige pas seul, le Cap Occidental, le Nouveau Parti National (NNP, héritier du parti au pouvoir sous l’apartheid), a lancé sa campagne sur le terrain, en attendant la présentation officielle de son programme électoral le 21 février.
Marthinus van Schalkwyk, Premier ministre de cette province où le NNP et l’ANC gouvernent en coalition, a entamé un porte à porte pour rallier des votes dans la communauté métisse, où le NNP est solidement ancré.
"Le NNP est le seul parti qui représente les métis, les noirs, les blancs et les Indiens, les autres n’en représentent qu’un (groupe ethnique)", a-t-il déclaré lors d’une visite dans la banlieue métisse et pauvre de Mitchells Plain, au nord de la ville du Cap.
"Le NNP peut avoir des divergences avec l’ANC mais il souhaite s’y associer parce que c’est la meilleure solution pour le peuple", a-t-il ajouté.
Le maintien de Van Schalkwyk comme Premier ministre provincial est un enjeu majeur du scrutin au Cap Occidental, où l’ANC vise, là aussi, la majorité absolue.
"Le NNP aurait aimé une approche plus globale pour combattre la criminalité, avec notamment des peines plus lourdes, l’augmentation du nombre de tribunaux et la réintroduction de la peine de mort pour certains crimes", a par ailleurs déclaré Marthinus van Schalkwyk.
"Au cours des dix dernières années, l’ANC a démontré qu’il était doué pour faire des promesses mais très mauvais pour les tenir", a estimé de son côté, Tony Leon, président de l’Alliance démocratique (DA), le principal parti d’opposition. "Le problème de l’ANC pour ces élections est un problème de crédibilité", a-t-il ajouté.
Patricia De Lille, leader des Démocrates indépendants (ID), a dénoncé elle un programme "vague et répétitif", affirmant que l’ANC n’avait, par le passé, "pas respecté" les termes du contrat passé avec les Sud-Africains.
Thabo Mbeki " Nous avons tenus nos promesses... "
En lançant la campagne électorale de son parti, le président Thabo Mbeki a mis l’accent sur l’espoir et les promesse tenues : "Après 10 ans de démocratie (...), l’Afrique du Sud a plus d’espoir de progrès qu’elle n’en a eu pendant plusieurs siècles précédents", a-t-il déclaré dans un meeting, ajoutant : "Personne d’autre" que l’ANC et l’Alliance (ANC-communistes-syndicats) ne peut revendiquer "un bilan éprouvé" de réduction de la pauvreté dans ce pays. "Personne d’autre ne peut dire: nous avons tenus nos promesses" en termes d’équipement, de logement, d’aide sociale à des millions de ménages noirs, délaissés sous l’apartheid.
"Des problèmes demeurent (...) il reste beaucoup de travail", a reconnu M. Mbeki. "Beaucoup dans notre peuple n’ont toujours pas de toit, d’emploi, n’ont pas accès à l’eau potable ou à un équipement sanitaire", a rappelé le président, martelant les maîtres-mots du programme électoral de l’ANC pour les cinq ans à venir: création d’emploi et lutte contre la pauvreté.
"Ce n’est que lorsque nous garantirons que notre peuple a du travail (...) que nous pourrons briser l’échine de la pauvreté, l’éradiquer dans ce pays", a-t-il poursuivi.
Selon un récent rapport, 42% des Sud-Africains vivent sous le seuil de pauvreté. Le chômage se situe entre 31% et 40%, suivant la définition utilisée. Ces fléaux, avec la criminalité, mais aussi le VIH-sida qui touche 5,3 millions de Sud-Africains, sont considérés comme des ombres majeures au bilan des gouvernements ANC depuis 1994.
Thabo Mbeki n’a pas mentionné une seule fois le VIH-sida dans son discours d’ouverture de campagne, un "oubli" - si tant est que cela en soit un - aussitôt déploré par commentateurs et opposition.
Le manifeste électoral de l’ANC promet de créer un million d’emploi sur cinq ans, notamment via un énorme programme de modernisation d’infrastructures publiques doté de 100 milliards de rands (15 millions USD), de réduire la pauvreté de moitié d’ici 2014, et d’accélérer la promotion économique des Noirs.

N° 286 du 20/01/2004

Polémique sur l’ampleur des demandes de restitution de terres

La Commission de restitution des terres a estimé le 7/01 qu’environ 20% des terres agricoles du pays font l’objet de demandes de restitution, alors qu’un syndicat de fermiers blancs avait avancé des chiffres trois fois plus élevés.
Des chiffres alarmants sont propagés par une minorité "qui croit que si la terre est donnée aux Noirs, elle sera laissée à l’abandon", a rétorqué au syndicat, Tozi Gwanya, un responsable de la Commission.
Le processus de restitution de terres saisies ou confisquées sous l’apartheid fait l’objet de polémiques récurrentes en Afrique du Sud, où la menace d’un "scénario zimbabwéen" d’occupation illégale et de saisie forcée des terres agricoles est régulièrement mise en avant par ses détracteurs.
Jack Loggenberg, un responsable du Syndicat agricole du Transvaal (TAU) (syndicat minoritaire rassemblant essentiellement des fermiers blancs), a affirmé que ce chiffre était "d’au moins 60% au niveau national". "Nous devons nous éloigner d’une réforme de la terre basée sur l’idéologie et nous intéresser aux réalités économiques", a-t-il estimé.
De son côté, Japie Grobler, président d’AgriSA, le plus important syndicat agricole sud-africain, a vivement contesté les chiffres du TAU. "Les chiffres du TAU démontrent simplement qu’ils essayent de marquer des points en utilisant des arguments démagogiques", a-t-il déclaré.
M. Grobler a estimé que le processus d’enregistrement des demandes de restitution devrait être achevé d’ici 2005 et les restitutions elles-mêmes d’ici 2015.
Fin novembre, le gouvernement a annoncé qu’environ 700.000 personnes avaient reçu quelque 3 millions d’hectares de terres depuis la mise en place du programme de redistribution en 1994.
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