N°
291 du 06/04/2004
Elections générales : la fête et la certitude de gagner pour l'ANC
Chants, danses et confiance dans la victoire annoncée
ont marqué le 4 dimanche avril à Soweto, près
de Johannesburg, le dernier grand meeting du président
sud-africain Thabo Mbeki avant les élections générales
du 14 avril, auquel ont assisté quelque 85.000 personnes.
L’ancien président Nelson Mandela, le vice-président
Jacob Zuma et la majorité des dirigeants du Congrès
national africain (ANC, au pouvoir depuis 1994) sont venus
soutenir Thabo Mbeki dans l’immense stade du township
de Soweto, haut lieu de la lutte anti-apartheid. Mais aussi
des dizaines de milliers de militants anonymes arborant visières,
drapeaux, maillots aux couleurs noire, jaune et verte de l’ANC
sur lesquels on peut lire en résumé le programme
du parti: "un contrat populaire pour la création
d’emploi et la lutte contre la pauvreté".
Ceux qui n’ont pas pu entrer dans le stade de 80.000
places, suivent festivités et discours sur des écrans
géants installés à l’extérieur.
Comme toujours, l’arrivée de Nelson Mandela a
été marquée par une immense clameur.
Le vieil homme de 85 ans, lui aussi vêtu d’un
polo ANC, a semblé en pleine forme, dansant, en dépit
de la chaleur, au son rythmé de différents groupes
et disques qui "chauffent" l’assistance. Même
clameur lorsque d’une voix puissante, le vice-président
Zuma a entonné un chant de lutte de l’ANC, repris
avec ferveur par le stade.
Dans un discours entrecoupé des cris "Amandla’
(pouvoir au peuple) et "Viva ANC", le chef de l’Etat
a martelé que l’ANC est "le parti du peuple",
des "Noirs, Blancs, hommes, femmes, hommes d’affaires,
universitaires, gens sans formation".
Rappelant qu’il a fait beaucoup de porte-à-porte
à travers tout le pays pendant sa campagne électorale,
M. Mbeki a affirmé l’avoir fait "pour écouter
les gens". "Les gens nous ont dit qu’ils voulaient
des maisons, de l’eau, des cliniques et ils nous l’ont
dit car ils nous font confiance et savent que l’ANC
écoute. Ce que lui disent les gens, l’ANC le
fait et quand cela ne peut pas être fait, nous disons
que nous ne pouvons pas le faire", a-t-il ajouté.
Il a raillé l’opposition "déjà
vaincue" dont le seul programme est de s’opposer
à l’ANC. "Nous, nous vous disons votez pour
nous pour que nous gouvernions afin de vous rendre la vie
meilleure", a-t-il lancé.
Le programme de l’ANC, donné très largement
vainqueur le 14 avril face à une opposition divisée,
est centré sur la lutte contre la pauvreté qui,
dix ans après la fin de l’apartheid, reste un
fléau en Afrique du sud où le taux de chômage,
qui touche essentiellement la majorité noire, atteint
30%.
Le chef de l’Etat a également exprimé
sa volonté de faire plus dans le secteur de la santé,
lutte contre le sida - l’Afrique du sud est l’un
des pays les plus touchés au monde - et autres maladies
mortelles comme la tuberculose ou la malaria, mais aussi contre
la malnutrition.
Il a tenu à rappeler qu’après "dix
ans de liberté", son pays avait la chance de vivre
"en paix", alors qu’en "Irak, en Côte
d’Ivoire, en Palestine et en Israël, des gens meurent".
L’ex-président Mandela a apporté son soutien
total à celui qui lui a succédé en 1999.
"Aucun président ne peut dire qu’il a fait
plus pour le peuple que le président de ce pays",
a-t-il dit.
Il a appelé les Sud-Africains à voter le 14
avril "avec la même passion et le même enthousiasme
qu’en 1994" lors des premières élections
démocratiques d’Afrique du sud, en "reconnaissance"
pour tous ceux qui sont morts dans la lutte contre l’apartheid.
Si comme prévu l’ANC l’emporte à
ces élections générales - législatives
et provinciales - Thabo Mbeki sera réélu pour
cinq ans à la tête de l’Etat par le Parlement
le 23 avril, avant d’être intronisé en
grande pompe le 27, date anniversaire des élections
de 1994.
N° 291 du 06/04/2004
Réforme agraire à petits pas, la majorité
des terres reste aux Blancs
La réforme agraire promise il y a dix ans
par le nouveau pouvoir sud-africain pour corriger les injustices
du colonialisme et de l’apartheid progresse lentement,
avec 80% des terres appartenant toujours à la minorité
blanche, et une impatience croissante des Noirs sans terres.
En 1995, le premier gouvernement de Nelson Mandela mit en
place une double politique: restitution de terres ou espaces
confisqués sous l’apartheid à des Noirs
ou métis, et surtout redistribution globale du sol
pour corriger les inégalités historiques. Sur
15 ans, 30% des 85 millions d’hectares de terres cultivables
du pays devaient passer aux Noirs.
En 2004, on est encore loin du but: seuls 3% des terres ont
été acquises par le gouvernement selon le principe
"vendeur-acquéreur consentants" et allouées
à environ 700.000 Noirs, selon des chiffres officiels.
A ce rythme, il faudra encore 80 ans pour atteindre les 30%
de terres redistribuées, a calculé le Mouvement
des sans terres (LPM).
La terre en Afrique du sud, comme dans le reste de l’Afrique
australe, est un sujet hautement sensible: pas seulement un
lieu de production, mais aussi un lieu de croyances et de
cérémonies, l’endroit où sont enterrés
les ancêtres vénérés qui veillent
sur leurs descendants.
Le gouvernement de Thabo Mbeki, qui a succédé
à Mandela en 1999, est parfaitement conscient du caractère
émotionnel du sujet et le chef de l’Etat a signé
début 2004 des amendements à la Loi sur "la
restitution et les droits de la terre" pour faciliter
et accélérer le processus.
Un processus, martèle l’Etat, qui doit s’opérer
dans la légalité en respectant les droits des
fermiers expropriés, contrairement au scenario du Zimbabwe
voisin où des expulsions de fermiers blancs ont été
menées dans la violence, et où la redistribution
de la terre a entraîné une chute de la production
agricole, plongeant le pays dans la crise.
En dépit de cette volonté de légalisme,
les amendements ont suscité l’inquiétude
des fermiers commerciaux blancs, mais ont en revanche été
jugés insuffisants par ceux des sans terres.
Pour Agri SA, principal syndicat de fermiers, "le processus
d’expropriation", même légal, va avoir
"un impact négatif évident sur la confiance
des investisseurs dans le secteur agricole".
Plus radical, mais bien moins représentatif, le syndicat
agricole du Transvaal (TAU), juge que "la hâte
du gouvernement à exproprier et à renforcer
le nettoyage ethnique va inévitablement conduire l’Afrique
du Sud sur le chemin du Zimbabwe".
Mangaliso Kubheka, dirigeant du LPM, ne veut pas parler de
la situation au Zimbabwe qu’il dit "ne pas connaître",
préférant se concentrer sur l’Afrique
du sud où, selon lui, le gouvernement "ne prend
pas au sérieux" la redistribution des terres.
A l’approche des élections du 14 avril, le LPM
a lancé une campagne "pas de terre, pas de vote",
appelant ses partisans à boycotter le scrutin.
M. Kubehka, qui chiffre à 26 millions - sur 44,8 millions
d’habitants - le nombre de pauvres et de sans terres
dans les campagnes et les villes d’Afrique du Sud, a
aussi menacé de manifestations et d’occupations
de terres le jour des élections, provoquant une vive
réaction de l’ANC.
Le parti de Mbeki a qualifié d’acte "d’hooliganisme"
la menace du LPM, affirmant qu’il ne tolérerait
"aucune action destinée à intimider les
gens et à les empêcher d’exercer leur droit
de vote".
En 2001, des occupations de terres s’étaient
déjà produites en Afrique du Sud : elles n’étaient
toutefois pas directement liées à la redistribution
de la terre, mais plutôt à l’état
d’extrême pauvreté de milliers de personnes
réclamant seulement un logement digne de ce nom. Le
gouvernement avait alors sévèrement réprimé
ces occupations illégales, montrant ainsi sa détermination
à ne pas laisser s’opérer en Afrique du
sud "une dérive à la zimbabwéenne".

N° 289 du 09/03/2004
Winnie Mandela ne figure pas sur la liste de l’ANC
Winnie Madikizela-Mandela ne figure pas sur la liste du Congrès
national (ANC) pour les élections générales
du 14 avril. L’ex-épouse de l’ancien président
Nelson Mandela a démissionné de son siège
de député, de la présidence de la Ligue
des Femmes de l’ANC et de la Commission exécutive
(organe dirigeant) de l’ANC, après sa condamnation
en avril 2003 pour fraude aux prêts bancaires.
Condamnée à cinq ans de prison dont un avec
sursis, elle avait été laissée en liberté
sous caution, dans l’attente de l’examen de sa
procédure d’appel.
Aujourd’hui âgée de 67 ans, celle qui fut
surnommée "la Mère de la Nation" pour
son courage face au régime d’apartheid reste,
en dépit de plusieurs scandales et controverses, une
figure populaire, notamment auprès de la base noire
défavorisée de l’ANC.
Le président Thabo Mbeki est numéro un sur la
liste, suivi par le vice-président Jacob Zuma et la
ministre des Affaires étrangères Nkosazana Dlamini-Zuma.
N° 289 du 09/03/2004
Un militant de l’ANC tué par des membres de l’Inkatha
L’ANC a annoncé qu’un de ses
militants a été tué par des membres du
Parti de la liberté Inkatha (IFP) près de Durban
(est), où les deux formations avaient pourtant signé
un pacte de bonne conduite en vue des élections. Sifiso
Msomi, un militant de l’ANC âgé de 25 ans,
est décédé à l’hôpital
après avoir été blessé par balle
le 20/02 au sud de Durban, principale ville de la province
du Kwazulu-Natal. L’ANC et l’IFP sont au coude
à coude pour le contrôle du Kwazulu-Natal, province
la plus peuplée du pays.
N° 289 du 09/03/2004
Pas d’un troisième mandat pour Thabo Mbeki ?
Le président Thabo Mbeki a démenti
implicitement le 5 mars, l’hypothèse, évoquée
récemment par l’opposition, d’une éventuelle
révision constitutionnelle qui lui permettrait de briguer
un troisième mandat en 2009.
Evoquant les "peurs" utilisées en période
électorale, M. Mbeki, qui devrait, d’après
tous les sondages, être élu pour un deuxième
mandat à l’issue des élections générales
du 14 avril, estime que "la peur la plus à la
mode" aujourd’hui est "la menace fictive d’un
Etat à parti unique".
"L’accusation consiste à dire que quoi qu’il
arrive, l’ANC (Congrès national africain, au
pouvoir depuis 1994) est anti-démocratique et a l’intention
d’établir une dictature de parti unique. A l’appui
de cette allégation, de nombreuses histoires sont fabriquées
pour faire peur à l’électorat", a-t-il
déclaré dans la lettre hebdomadaire de l’ANC.
"La plus récente consiste à dire que l’ANC
a l’intention de changer la Constitution pour permettre
au président (...) de faire trois mandats", contre
deux actuellement autorisés.
"Ceux qui ont recours à ce type de falsification
n’hésitent pas à utiliser le nom de Nelson
Mandela pour crédibiliser leurs affirmations (...)
faisant mine d’ignorer que Madiba a catégoriquement
affirmé (...) que l’ANC ne prendrait jamais la
décision de changer la Constitution" sur ce point,
a-t-il ajouté.
"Le facteur-peur est depuis longtemps une caractéristique
de la politique des Blancs dans notre pays", a-t-il conclu.
N° 288 du 17/02/2004
Un ex-policier poursuivi pour meurtres de militants noirs
en 1985
Ex-policier de l’apartheid, Gideon Nieuwoudt, a été
arrêté le 11 février pour le meurtre de
trois militants anti-apartheid en 1985, preuve que l’Etat
est déterminé à poursuivre son action
contre les bourreaux d’hier même après
l’arrêt du processus de la Commission vérité
et Réconciliation (TRC).
Gideon Nieuwoudt, un nom apparu à maintes reprises
en audiences de la TRC sur des atrocités commises par
la police spéciale de l’apartheid, a été
arrêté à Port Elizabeth, inculpé
et remis en liberté sous caution.
Avec trois autres ex-policiers, Herman Du Plessis, Johannes
Van Zyl et Gerhardus Lotz, M. Nieuwoudt n’avait pas
été amnistié par la TRC en 1999 pour
les meurtres de Qaquwili Godolozi, Champion Galela et Sipho
Hashe, trois militants anti-apartheid de la région
de Port Elizabeth.
Les trois militants noirs avaient été enlevés
en mai 1985, conduits dans une ferme isolée utilisée
comme base par la Police de sécurité, branche
spéciale des forces de l’ordre, et exécutés.
Leurs corps avaient ensuite été brûlés
et les restes jetés dans un fleuve.
Les victimes, connues depuis comme les "Trois de Pebco",
du nom de leur organisation de lutte pour les droits civiques,
étaient devenus un symbole de ces "opérations
coup de poing" des forces de l’apartheid pour éliminer,
par groupes, des militants anti-apartheid influents.
Gideon Nieuwoudt avait aussi été lié
à l’assassinat à la bombe de quatre policiers
en 1989 à Motherwell, un cas pour lequel il n’obtint
pas non plus l’amnistie de la TRC, et pour lequel il
attend son procès.
Un mandat d’arrêt a été lancé
contre Johannes van Zyl, qui est en ce moment à l’étranger.
L’arrestation de M. Nieuwoudt, tristement célèbre
aussi pour avoir été présent à
l’interrogatoire et la torture du leader de la Conscience
Noire, Steve Biko, en 1977, est un signal fort de l’intention
des autorités de continuer leurs poursuites d’auteurs
d’atrocités sous l’apartheid, à
la suite du travail de la TRC.
La TRC avait un pouvoir d’amnistie des auteurs de crime,
à condition qu’ils fassent des aveux complets
et puissent invoquer un mobile politique à l’époque.
Elle a reçu plus de 7.000 demandes d’amnistie,
et n’en a accordé que 1.500 environ.
Elle a laissé la porte ouverte à la poursuite
d’auteurs de crimes sous l’apartheid et le président
Thabo Mbeki a laissé en 2003 aux services du procureur
national le soin de décider de poursuivre les cas "qui
méritent d’être ou qui peuvent être
poursuivis".
Mais l’Etat, comme l’a rappelé récemment
le ministre de la Justice, est d’avis que des poursuites
en masse des criminels ou responsables seront peu probables,
car coûteuses et difficiles, en raison des faibles chances
d’obtenir des preuves devant un tribunal, donc des condamnations.
Ce dilemme avait été cruellement mis en relief
par le coûteux procès pour meurtres de Wouter
Basson, l’ex-cerveau du programme militaro-chimique
de l’apartheid, acquitté en 2002 au terme de
30 mois de procès.

N° 288 du 17/02/2004
Buthelezi évoque son éventuel départ
du gouvernement après les élections
Le ministre de l’Intérieur Mangosuthu Buthelezi,
qui est également leader du Parti de la Liberté
Inkatha (IFP, dominante zouloue), a évoqué son
éventuel départ du gouvernement mené
par l’ANC.
"A l’approche de la fin de mon mandat (...) j’ai
le sentiment de laisser derrière moi un ministère
qui a surmonté ses nombreuses crises et ses nombreux
problèmes et qui fonctionne aujourd’hui correctement",
a-t-il déclaré en marge de la rentrée
parlementaire.
Interrogé sur ses intentions exactes, M. Buthelezi,
présent au sein du gouvernement depuis 1994, est cependant
resté évasif. "Le président m’a
seulement nommé pour cinq ans", a-t-il simplement
déclaré.
L’entente entre l’IFP et l’ANC dans la province
KwaZulu-Natal, fief du groupe ethnique zoulou, est depuis
10 ans le principal gage de stabilité locale, et la
raison pour laquelle les violences politiques, qui ont fait
plus de 12.000 tués sur la période 1985-95,
y ont quasiment disparu. A l’approche des élections,
l’entente entre les deux partis s’est sensiblement
détériorée.
Si le déclin électoral de l’IFP, entamé
en 1999, se poursuit, le parti zoulou pourrait pour la première
fois depuis les premières élections démocratiques
de 1994, perdre la tête de l’executif du KwaZulu-Natal.
Techniquement, IFP et ANC co-gouvernent la province, mais
la gestion au quotidien pâtit d’une coopération
devenue "inexistante", de l’avis de Buthelezi,
et de relations "au plus bas" entre les deux partis,
selon l’ANC.
N° 287 du 03/02/2004
Branle-bas de combat pour les élections générales
De Klerk apporte sa caution à l’alliance NNP-ANC
Le dernier président sous le régime de l’apartheid,
Frederik de Klerk, a apporté le 2 février son
importante caution à l’alliance entre l’ANC
et son ancien parti, le NNP, confortant un rapprochement avec
le parti au pouvoir depuis la fin de l’apartheid.
De Klerk, invité d’un dîner politique à
Stellenbosch pour le 14ème anniversaire de son discours
levant l’interdiction de l’ANC, a exprimé
son "soutien complet" à l’alliance
NNP-ANC formée en 2002, estimant qu’elle est
le "modèle de coopération" requis
par l’Afrique du Sud d’aujourd’hui pour
gérer sa complexité raciale.
Le soutien de De Klerk, Prix Nobel de la Paix en 1993, jouissant
toujours d’une forte autorité morale, est considéré
comme un développement politique très symbolique,
en même temps qu’un revirement personnel pour
l’homme qui avait en 1996 claqué la porte du
Gouvernement d’unité nationale, emmenant avec
lui son Parti National, devenu depuis Nouveau Parti National
(NPP).
"Il existe un fort sentiment selon lequel notre processus
de transition est devenu quelque chose d’unilatéral,
et les préoccupations de certaines de nos communautés
ne reçoivent pas l’attention qu’elles devraient",
a déclaré De Klerk devant une assemblée
majoritairement blanche afrikaner.
"La composition de notre complexe population multiculturelle
et multi-ethnique requiert un modèle spécial
de coopération pour la phase de transition dans laquelle
nous allons opérer dans les années à
venir", a poursuivi l’ancien chef d’Etat,
qui s’est retiré de la vie politique depuis 1996.
"L’accord de coopération entre le NNP et
l’ANC répond clairement à ces demandes,
et a de ce fait mon soutien total", a-t-il ajouté.
Le NNP, en déclin électoral régulier
depuis la fin de l’apartheid, a opéré
en 2002 un virage politique à 180 degrés, cessant
son partenariat avec l’Alliance démocratique
(opposition de droite libérale à forte base
blanche) pour se rapprocher de l’ANC du président
Thabo Mbeki.
Le nouveau pacte a vu l’ANC et le NNP prendre le contrôle
conjoint de la province du Cap occidental, et le NNP obtenir
deux portefeuilles de secrétaire d’Etat au gouvernement
national. Les partis d’opposition ont crié à
l’opportunisme politique, mais les deux nouveaux alliés
ont défendu une volonté d’en finir avec
l’alignement racial de la politique sud-africaine.
N° 287 du 03/02/2004
Le président Mbeki appelle à des élections
"pacifiques"
Le dernier président sous le régime de l’apartheid,
Frederik de Klerk, a apporté le 2 février son
importante caution à l’alliance entre l’ANC
et son ancien parti, le NNP, confortant un rapprochement avec
le parti au pouvoir depuis la fin de l’apartheid.
De Klerk, invité d’un dîner politique à
Stellenbosch pour le 14ème anniversaire de son discours
levant l’interdiction de l’ANC, a exprimé
son "soutien complet" à l’alliance
NNP-ANC formée en 2002, estimant qu’elle est
le "modèle de coopération" requis
par l’Afrique du Sud d’aujourd’hui pour
gérer sa complexité raciale.
Le soutien de De Klerk, Prix Nobel de la Paix en 1993, jouissant
toujours d’une forte autorité morale, est considéré
comme un développement politique très symbolique,
en même temps qu’un revirement personnel pour
l’homme qui avait en 1996 claqué la porte du
Gouvernement d’unité nationale, emmenant avec
lui son Parti National, devenu depuis Nouveau Parti National
(NPP).
"Il existe un fort sentiment selon lequel notre processus
de transition est devenu quelque chose d’unilatéral,
et les préoccupations de certaines de nos communautés
ne reçoivent pas l’attention qu’elles devraient",
a déclaré De Klerk devant une assemblée
majoritairement blanche afrikaner.
"La composition de notre complexe population multiculturelle
et multi-ethnique requiert un modèle spécial
de coopération pour la phase de transition dans laquelle
nous allons opérer dans les années à
venir", a poursuivi l’ancien chef d’Etat,
qui s’est retiré de la vie politique depuis 1996.
"L’accord de coopération entre le NNP et
l’ANC répond clairement à ces demandes,
et a de ce fait mon soutien total", a-t-il ajouté.
Le NNP, en déclin électoral régulier
depuis la fin de l’apartheid, a opéré
en 2002 un virage politique à 180 degrés, cessant
son partenariat avec l’Alliance démocratique
(opposition de droite libérale à forte base
blanche) pour se rapprocher de l’ANC du président
Thabo Mbeki.
Le nouveau pacte a vu l’ANC et le NNP prendre le contrôle
conjoint de la province du Cap occidental, et le NNP obtenir
deux portefeuilles de secrétaire d’Etat au gouvernement
national. Les partis d’opposition ont crié à
l’opportunisme politique, mais les deux nouveaux alliés
ont défendu une volonté d’en finir avec
l’alignement racial de la politique sud-africaine.
De son côté, le président Thabo Mbeki
a appelé le 31/01 dans la province du KwaZulu Natal
à "des élections pacifiques", tant
dans cette région, qui à une tradition de violences
politiques, que dans le reste du pays. "Laissons le peuple
choisir quel parti il veut", a lancé le président,
lors d’un meeting à Port Shepstone.
Entre 1985 et 1995, plus de 12.000 personnes ont été
tuées dans le KwaZulu-Natal dans des violences politiques
ayant opposé militants de l’ANC à ceux
du Parti de la Liberté Inkatha (IFP) de Mangosuthu
Buthelezi.
"Aucun endroit, ni dans le Kwazulu-Natal ni dans le reste
du pays, ne doit être une zone interdite" aux militants
et sympathisants de partis aux idées différentes,
a martelé Thabo Mbeki.

N° 287 du 03/02/2004
Le procureur national lavé des accusations d’espionnage
sous l’apartheid
Le procureur national sud-africain, Bulelani Ngcuka, a été
lavé le 20 janvier par une commission d’enquête
des accusations d’espionnage pour le compte du régime
d’apartheid qu’avaient portées contre lui
des personnalités de l’ANC.
Le juge Joos Hefer, qui a mené fin 2003 plusieurs semaines
d’auditions publiques de politiciens et d’ex-officiers
de renseignements, a conclu que Ngcuka n’avait "probablement
jamais, à aucun moment avant 1994, été
un opérateur d’une agence de sécurité
d’Etat" du régime d’apartheid. Explication
de texte …
Mo Shaïk, un officiel des Affaires étrangères,
qui en 88-90 était chef des renseignements de l’ANC
à l’intérieur de l’Afrique du Sud,
et Mac Maharaj, un poids lourd de la lutte devenu ministre
ANC, avaient publiquement accusé Ngcuka, un avocat
anti-apartheid, d’avoir été en fait un
agent double.
Ces accusations venant de deux proches du vice-président
Jacob Zuma intervenaient peu après que le procureur
eut lancé une spectaculaire attaque publique contre
Zuma, objet d’une enquête de ses services pour
corruption.
Ngcuka avait déclaré, en substance, que Zuma
était probablement coupable de corruption, mais que
des poursuites ne seraient pas engagées, faute de chances
d’aboutir en justice.
Le duel Zuma-Ngcuka et la saga de la commission d’enquête
ont été liés, par maints commentateurs
politiques, à des luttes de pouvoir entre factions
ou poids lourds au sein de l’ANC, en vue de se positionner
pour des échéances futures, post-élections
générales.
Le juge Hefer a exonéré Ngcuka, mais a en revanche
durement égratigné Jacob Zuma pour avoir affirmé,
dans un courrier, qu’il n’obéirait pas
à une assignation à comparaître devant
la commission si Hefer lui adressait une telle injonction.
Zuma n’a finalement pas été assigné.
"Il serait triste un jour de voir (...) un des plus hauts
dirigeants du pays ignorer une assignation délivrée
par une commission mandatée par le président,
aux termes des pouvoirs que lui confère la Constitution",
a commenté Hefer.
N° 287 du 03/02/2004
Johannesburg, un nouvel eldorado ?
Le centre de Johannesburg, marqué dans les années
1990 par un délabrement croissant et une hausse vertigineuse
de la criminalité, est aujourd’hui le théâtre
d’une "nouvelle ruée vers l’or",
a affirmé fin janvier son maire, Amos Masondo.
"Les investissements privés au cœur de la
ville - en termes de commerces ou d’habitations - continuent
à affluer dans ce qui a été décrit
comme une nouvelle ruée vers l’or", a déclaré
M. Masondo à l’occasion de la rentrée
municipale.
"Au cours de l’année écoulée,
nous avons intensifié nos efforts dans les domaines
de la propreté, du respect de la loi, de la lutte contre
la criminalité et les programmes de construction",
a-t-il expliqué.
Le maire a mis en avant des chiffres illustrant cet inversement
de tendance dans le centre de la plus grande ville sud-africaine.
Il a notamment souligné que les délivrances
de permis de construire avaient augmenté de 500%, tandis
que le taux de bâtiments inoccupés dans le centre
de la ville avait baissé de 23,7%.
Le maire de "Jozy" a estimé que la détermination
de la municipalité constituait "un signal pour
les criminels, les propriétaires sans scrupule et d’autres
que le redressement de la ville était en marche".
En 1999, le centre-ville était devenu presque inhabité,
se transformant en ville-fantôme une fois la nuit tombée
avec un taux d’occupation des bâtiments d’environ
15%.
De nombreuses sociétés avaient alors déménagé,
préférant s’intaller plus au nord, dans
le quartier d’affaires de Sandton, à l’image
de la Bourse de Johannesburg.
Depuis, grâce en particulier à d’importantes
avancées dans la lutte contre la criminalité
- avec l’installation de nombreuses caméras vidéo
- le centre a cependant progressivement changé de visage.
En 2000, un ambitieux plan de régénération
urbaine sur 30 ans, baptisé "Joburg 2030",
a été lancé par la municipalité
en partenariat avec le gouvernement provincial.
Joburg 2030, avec un budget d’environ un milliard de
rands (115 millions d’euros), vise à faire de
la "cité de l’or" un centre urbain
"de classe mondiale".

N° 286 du 20/01/2004
Les partis entrent en campagne électorale
Pour l’opposition, à l’occasion des troisièmes
élections générales post-apartheid qui
auront lieu en avril, les ambitions seront réduites.
Objectif : conserver des fiefs provinciaux sans vraiment pouvoir
espérer inquiéter au niveau national le Congrès
national africain (ANC), au pouvoir depuis 1994.
Les deux premières élections démocratiques,
en 1994 et 1999, ont été remportées à
une large majorité par l’ANC. En 1999, le parti
au pouvoir, auxquels les récents sondages prédisent
une nouvelle victoire écrasante en 2004, avait recueilli
66,3% des voix.
Une semaine après le lancement par le chef de l’Etat,
Thabo Mbeki, de la campagne de l’ANC à Pietermaritzburg,
au KwaZulu-Natal (est), le Parti de la Liberté Inkatha
(IFP, à dominante zouloue) a lancé, dans la
même province qui est son fief historique, son programme
électoral, et décoché ses premières
flèches contre le parti au pouvoir.
"En tant que ministre depuis 1994 d’un gouvernement
dominé par l’ANC, j’ai du mal à
expliquer aux gens, particulièrement dans les zones
rurales, pourquoi les inégalités se sont accrues
et les pauvres sont devenus plus pauvres", a déclaré
le leader de l’IFP et ministre de l’Intérieur,
Mangosuthu Buthelezi.
Commentant les élections à venir au KwaZulu-Natal,
dont le Premier ministre est dirigeant de l’IFP, mais
où l’ANC vise une majorité absolue, Buthelezi
a affirmé que son parti était "prêt
pour cette compétition démocratique". "Je
souhaite cependant dire à l’ANC que j’espère
qu’il mènera cette compétition au KwaZulu-Natal
en respectant les règles", a-t-il mis en garde
devant 25.000 personnes, stigmatisant "la fraude électorale
qui a entaché les élections de 1994 et 1999".
Evoquant d’éventuels débordements dans
cette province où les violences entre partisans de
l’IFP et de l’ANC firent près de 12.000
morts entre 1980 et 1995, il a souligné qu’ "aucun
homme politique raisonnable" ne souhaitait "revenir
à la situation du passé".
Le leader de l’IFP a présenté un programme
en douze points visant notamment à transférer
plus de pouvoir politique aux niveaux provincial et local.
A cette occasion, il a vivement dénoncé la politique
gouvernementale de lutte conte le sida, estimant qu’il
s’agissait du "plus grand échec" de
l’ANC.
Dans la seule autre province où l’ANC ne dirige
pas seul, le Cap Occidental, le Nouveau Parti National (NNP,
héritier du parti au pouvoir sous l’apartheid),
a lancé sa campagne sur le terrain, en attendant la
présentation officielle de son programme électoral
le 21 février.
Marthinus van Schalkwyk, Premier ministre de cette province
où le NNP et l’ANC gouvernent en coalition, a
entamé un porte à porte pour rallier des votes
dans la communauté métisse, où le NNP
est solidement ancré.
"Le NNP est le seul parti qui représente les métis,
les noirs, les blancs et les Indiens, les autres n’en
représentent qu’un (groupe ethnique)", a-t-il
déclaré lors d’une visite dans la banlieue
métisse et pauvre de Mitchells Plain, au nord de la
ville du Cap.
"Le NNP peut avoir des divergences avec l’ANC mais
il souhaite s’y associer parce que c’est la meilleure
solution pour le peuple", a-t-il ajouté.
Le maintien de Van Schalkwyk comme Premier ministre provincial
est un enjeu majeur du scrutin au Cap Occidental, où
l’ANC vise, là aussi, la majorité absolue.
"Le NNP aurait aimé une approche plus globale
pour combattre la criminalité, avec notamment des peines
plus lourdes, l’augmentation du nombre de tribunaux
et la réintroduction de la peine de mort pour certains
crimes", a par ailleurs déclaré Marthinus
van Schalkwyk.
"Au cours des dix dernières années, l’ANC
a démontré qu’il était doué
pour faire des promesses mais très mauvais pour les
tenir", a estimé de son côté, Tony
Leon, président de l’Alliance démocratique
(DA), le principal parti d’opposition. "Le problème
de l’ANC pour ces élections est un problème
de crédibilité", a-t-il ajouté.
Patricia De Lille, leader des Démocrates indépendants
(ID), a dénoncé elle un programme "vague
et répétitif", affirmant que l’ANC
n’avait, par le passé, "pas respecté"
les termes du contrat passé avec les Sud-Africains.
Thabo Mbeki " Nous avons tenus nos promesses... "
En lançant la campagne électorale de son parti,
le président Thabo Mbeki a mis l’accent sur l’espoir
et les promesse tenues : "Après 10 ans de démocratie
(...), l’Afrique du Sud a plus d’espoir de progrès
qu’elle n’en a eu pendant plusieurs siècles
précédents", a-t-il déclaré
dans un meeting, ajoutant : "Personne d’autre"
que l’ANC et l’Alliance (ANC-communistes-syndicats)
ne peut revendiquer "un bilan éprouvé"
de réduction de la pauvreté dans ce pays. "Personne
d’autre ne peut dire: nous avons tenus nos promesses"
en termes d’équipement, de logement, d’aide
sociale à des millions de ménages noirs, délaissés
sous l’apartheid.
"Des problèmes demeurent (...) il reste beaucoup
de travail", a reconnu M. Mbeki. "Beaucoup dans
notre peuple n’ont toujours pas de toit, d’emploi,
n’ont pas accès à l’eau potable
ou à un équipement sanitaire", a rappelé
le président, martelant les maîtres-mots du programme
électoral de l’ANC pour les cinq ans à
venir: création d’emploi et lutte contre la pauvreté.
"Ce n’est que lorsque nous garantirons que notre
peuple a du travail (...) que nous pourrons briser l’échine
de la pauvreté, l’éradiquer dans ce pays",
a-t-il poursuivi.
Selon un récent rapport, 42% des Sud-Africains vivent
sous le seuil de pauvreté. Le chômage se situe
entre 31% et 40%, suivant la définition utilisée.
Ces fléaux, avec la criminalité, mais aussi
le VIH-sida qui touche 5,3 millions de Sud-Africains, sont
considérés comme des ombres majeures au bilan
des gouvernements ANC depuis 1994.
Thabo Mbeki n’a pas mentionné une seule fois
le VIH-sida dans son discours d’ouverture de campagne,
un "oubli" - si tant est que cela en soit un - aussitôt
déploré par commentateurs et opposition.
Le manifeste électoral de l’ANC promet de créer
un million d’emploi sur cinq ans, notamment via un énorme
programme de modernisation d’infrastructures publiques
doté de 100 milliards de rands (15 millions USD), de
réduire la pauvreté de moitié d’ici
2014, et d’accélérer la promotion économique
des Noirs.
N° 286 du 20/01/2004
Polémique sur l’ampleur des demandes de restitution
de terres
La Commission de restitution des terres a estimé le
7/01 qu’environ 20% des terres agricoles du pays font
l’objet de demandes de restitution, alors qu’un
syndicat de fermiers blancs avait avancé des chiffres
trois fois plus élevés.
Des chiffres alarmants sont propagés par une minorité
"qui croit que si la terre est donnée aux Noirs,
elle sera laissée à l’abandon", a
rétorqué au syndicat, Tozi Gwanya, un responsable
de la Commission.
Le processus de restitution de terres saisies ou confisquées
sous l’apartheid fait l’objet de polémiques
récurrentes en Afrique du Sud, où la menace
d’un "scénario zimbabwéen" d’occupation
illégale et de saisie forcée des terres agricoles
est régulièrement mise en avant par ses détracteurs.
Jack Loggenberg, un responsable du Syndicat agricole du Transvaal
(TAU) (syndicat minoritaire rassemblant essentiellement des
fermiers blancs), a affirmé que ce chiffre était
"d’au moins 60% au niveau national". "Nous
devons nous éloigner d’une réforme de
la terre basée sur l’idéologie et nous
intéresser aux réalités économiques",
a-t-il estimé.
De son côté, Japie Grobler, président
d’AgriSA, le plus important syndicat agricole sud-africain,
a vivement contesté les chiffres du TAU. "Les
chiffres du TAU démontrent simplement qu’ils
essayent de marquer des points en utilisant des arguments
démagogiques", a-t-il déclaré.
M. Grobler a estimé que le processus d’enregistrement
des demandes de restitution devrait être achevé
d’ici 2005 et les restitutions elles-mêmes d’ici
2015.
Fin novembre, le gouvernement a annoncé qu’environ
700.000 personnes avaient reçu quelque 3 millions d’hectares
de terres depuis la mise en place du programme de redistribution
en 1994.
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