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Economie - Social
Les pauvres lancent leur premier coup de semonce à Zuma

A peine élu, dès le 1er mai 2009, le jour de la fête du travail, Jacob Zuma avait promis de nouvelles lois pour améliorer les droits des travailleurs, afin notamment de réglementer les emplois temporaires. Intention louable s’il en est. Sauf que n’est pas travailleur qui veut.
Fin octobre, le taux de chômage en Afrique du Sud atteignait 24,5 % au troisième trimestre 2009 contre 23,6 % au trimestre précédent, selon des statistiques officielles publiées.
150 000 emplois ont été perdus dans l’industrie, et 110 000 dans le secteur du commerce.
Des données bien en dessous de la réalité puisque, comme en France, les statistiques officielles ne prennent pas en compte les chômeurs qui arrêtent de chercher un emploi.
L’institut national de la statiques sud-africain reconnaît d’ailleurs ce lourd phénomène, estimant que près d’un million de personnes en un an ont tout simplement arrêté de chercher un emploi.
Sur 31,2 millions de personnes en âge de travailler, la population active est estimée à 17 millions, dont 12,9 millions ayant effectivement un emploi formel.
L’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE) ne s’y trompe pas, considérant que le taux de chômage réel dépasse les 40 % en Afrique du Sud.
Autre statistique  "dramatique",  43 % de la population vit toujours avec moins de deux dollars par jour.
Et si ces données ne vous donnent pas assez le tournis, alors sachez que 2,8 millions de Sud-Africains âgés de 18 à 24 ans, soit 40 % de la population de cette tranche d'âge, n’ont pas de travail, ne suivent aucune formation, ni ne vont dans une quelconque école.
« Un énorme gâchis du potentiel humain, et une occasion ratée pour le développement social et économique », admettra le ministre de l'Enseignement supérieur, Blade Nzimande.
Malgré un budget conséquent consacré à l'éducation -le premier des postes gouvernementaux-, la proportion d'élèves obtenant le certificat de fin de lycée a chuté de 70 % en 2004 à 62,7 % en 2008.
Pauvreté, drogues, faim, malnutrition, violences et grossesses adolescentes, font que chaque année, environ 12 000 enseignants quittent le système éducatif, las d’une situation explosive.

Aussi, Jacob Zuma, qui déclara lors de son investiture avoir cinq axes d’action prioritaires (éducation, santé, réforme agraire et développement rural, lutte contre la criminalité et création d'emplois décents), ne manquera-t-il pas de travail.

Les mal lotis ont donné de la voix, dès le mois de mai, avec une série de grèves, dans le secteur de la santé, des transports et celui des services municipaux. Le secteur minier ne fut pas non plus épargné, alors qu’en un an, 25 000 mineurs ont perdu leur emploi, selon les propres dires de la ministre des Mines, Susan Shabangu.

Fronde dans les townships

Mais ce sont les "vrais" pauvres des townships qui se sont rappelé au bon souvenir de Zuma en juillet, en lançant des manifestations violentes pour réclamer des logements décents ou tout simplement l’accès aux services publics.
Dans la province de Mpumalanga, frontalière du Mozambique, les pauvres, comme tous les pauvres du monde, s’en sont pris à plus pauvres qu’eux, en l’occurrence les travailleurs immigrés de la région.
Si depuis la chute de l’apartheid, 2,8 millions de logements ont été construits, plus d'un million de familles vivent toujours dans des bidonvilles (contre 4 millions pendant l'apartheid), où tout manque : de l’eau potable à la simple électricité, sans parler des emplois.
Le Congrès national africain (ANC), au pouvoir, eut beau dénoncer « tous les actes criminels sous forme de violence contre les étrangers, les destructions de bâtiments publics et privés, et le pillage de magasins dans certaines régions, sous prétexte de dénoncer les services publics », le problème reste entier, et lui incombe … entièrement.
Quand des supermarchés sont pillés - par des personnes âgées - comme à Durban, c’est signe que le malaise est profond.
Casse-tête pour Zuma, car c’est ce peuple "profond" qui fut son principal soutien et reste encore son électorat de base. Le président s’est-il contenté de dénoncer lui aussi les violences, tout en affirmant que son gouvernement allait « écouter les préoccupations des gens et travailler pour y répondre ». Et le tout nouveau président de lancer lui aussi une petite sonate que l’on entend très souvent sous d’autres cieux : « Les coupables doivent être arrêtés. Ils perturbent les droits de citoyens innocents qui passent par là (....). Les gens ont le droit de manifester mais pas de perturber les autres ».

Autre signe d’une crise sociale montante, la prolifération des vendeurs de rue, comme dans le centre de Johannesburg. Estimés à 500 000 en 2000, ces vendeurs à la sauvette seraient dorénavant près d’un million dans tout le pays.

Fin août, même les soldats se sont lancé dans un mouvement social pour réclamer des hausses de salaires, faisant dire à la ministre de la Défense, Lindiwe Sisulu, que ce mouvement était une « menace sérieuse et immédiate envers la sécurité nationale ».
Cette nouvelle fronde fit monter Zuma de nouveau au créneau, un Zuma qui lança cette fois que « L'anarchie ne peut être tolérée de la part de quiconque au sein de la société, quels que soient leurs griefs ».
A quelques mois du Mondial 2010, l’étonnant spectacle de policiers armés de canons à eau faisant face aux militaires en colère avait de quoi inquiéter.
Cette crise sociale croissante n’a pas échappé à la vigilance de l’Europe, qui, à la mi-septembre, a mis la main à la poche en promettant une aide de 120 millions d’euros sur trois ans pour lutter contre le chômage, pour permettre notamment la création de programmes de formation et de qualification pour les sans emploi.

Et c’est en octobre que les townships ont de nouveau bougé. Trois mille personnes ont mis à sac et brûlé la mairie du township de Belfast, après avoir remis un mémorandum de leurs doléances au maire de cette commune située à environ 160 km de Pretoria.
Même phénomène, mais sans mairie brûlée, dans le township de la ville de Standerton, où la police a dû tirer des balles en caoutchouc et des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants.
Face à ce nouveau coup de chauffe, et alors que les populations en colère réclamaient sa présence sur le terrain, Jacob Zuma a rencontré près de 300 maires pour discuter des problèmes des services publics dans leur commune.
Une entrevue qui ne devrait pas forcément apaiser cette sourde grogne, Zuma se contentant d’appeler les élus municipaux au dialogue avec leurs concitoyens, tout en rappelant fermement que son gouvernement ne tolérerait pas de nouvelles manifestations violentes.
« Dans une société démocratique, il n'y a aucune plainte, aussi légitime soit-elle, qui justifie la destruction gratuite de propriétés et les violences dont nous avons été témoins », déclara le président.
Alors 2010 sera-t-elle l’année de tous les dangers pour le président Zuma  ? C’est à voir, mais les indicateurs ne sont toujours pas dans le vert.
Début décembre, lors d’une rencontre intergouvernementale pour gérer les effets de la crise mondiale, Jacob Zuma admit que «bien que la croissance ait repris, la crise est toujours là, surtout pour les pauvres et les travailleurs pauvres». Bon mondial …

Rj Lique

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données de base
drapeu afrique du sudPopulation : 46,923 millions
Superficie : 1 219 090 km2
Monnaie : Rand (1 euro = ± 10 Rand - mars 2011)
Langues officielles : Anglais, afrikaans
Langues provinciales : ndébélé, sotho, sesotho, swazi, tsonga, tswana, venda, xhosa, zoulou
Principales villes : Johannesburg, Pretoria, Durban, Le Cap, Port-elizabeth
Capitale
: Pretoria de juillet à décembre Le Cap de janvier à juin
Président : Jacob Zuma (6 mai 2009)
Vice-présidente : Mme Phumzile Mlambo-Ngcuka
Parti au pouvoir : ANC (African National Congress)
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