Walter Sisulu était un immense pilier de la lutte anti-apartheid en Afrique du Sud, au même titre que Nelson Mandela, dont il fut l’ami intime et le compagnon de détention à Robben Island.
Il est décédé le 5 mai 2003, à son domicile de Johannesburg dans les bras de son épouse, Albertina "Ma" Sisulu, elle-même une militante célèbre.
"Dans un sens, je me sens floué par Walter", a déclaré Mandela en aprenant la disparitiuon de son ami. Et Mandela de préciser : "S'il y a une autre vie aprés ce monde physique, j'aurai aimé être là le premier, afin de pouvoir l'accueillir. La vie en a décidé autrement".
Des années 40 à la fin de l’apartheid en 1994, Sisulu a joué un rôle-clef à toutes les étapes de la lutte, émergeant avec la génération de leaders de Mandela et Oliver Tambo, comme secrétaire général de l’ANC, puis en prison comme dirigeant consulté par tous et sur tout, enfin acteur des premières négociations avec le régime d’apartheid.
Elu vice-président de l’ANC en 1991, il conserva cette fonction jusqu’aux élections démocratiques de 1994, après quoi sa santé déjà déclinante le poussa à se retirer de la vie politique.
Aussi menu que Mandela est immense, aussi discret et mesuré que son ami est enclin à la facétie publique ou au coup de sang, Sisulu était infiniment moins connu que l’ex-président. Mais il est révéré en Afrique du Sud, reconnu à sa juste influence sur le mouvement, l’organisation, la stratégie, et sur Mandela lui-même. “Walter était fort, raisonnable, pratique et consciencieux. Il ne perdait jamais sa tête lors d’une crise. Il était souvent silencieux quand les autres autour de lui criaient”, écrivit Mandela dans son autobiographie Le long chemin vers la Liberté, expliquant l’influence de Sisulu sur lui dès leur rencontre en 1941.
Né en 1912 à Encobo chez des paysans du Transkei (sud-est), Sisulu est élevé par sa mère et son oncle, puis vient s’installer à Johannesburg dans les années 20, travaillant successivement dans une coopérative laitière, une mine d’or, des usines, une boulangerie, avant de créer une éphémère agence immobilière pour Noirs. Pendant ces années il forge son militantisme, organisant une grève salariale (elle échouera, il sera licencié), puis rejoignant les rangs du Congres National Africain (ANC). Il fait aussi ses premières expériences de prison, pour une algarade avec un contrôleur de train blanc, puis comme organisateur de la campagne de résistance passive.
En partie à cause d’une lointaine ascendance métisse, Sisulu ressentait avec amertume la déférence de sa famille pour les Blancs. D’où une quête résolue de son identité xhosa (il subit les rites initiatiques), d’où aussi dans sa jeunesse une ligne africaniste et anti-blancs, qu’il adoucira peu à peu après avoir travaillé avec des non-noirs contre l’apartheid.
Avec les Mandela, Tambo, il devint l’un des leaders de la Ligue des Jeunes de l’ANC (1940) puis secrétaire général du parti.
Racontant, il y a quelques années, sa première rencontre décisive avec un jeune Mandela alors moins politisé que lui, Sisulu expliqua: "Je n'avais jamais été autant frappé par un jeune homme. Il me fit une si forte impression que j'ai pensé qu'il nous fallait avoir une relation étroite. J'ai pensé que s'il devenait un avocat, non seulement il serait utile à la profession, mais il allait incarner un espoir pour l'avenir". On était en 1941. Le tandem Sisulu-Mandela, aux côtés du penseur-théoricien Govan Mbeki (décédé en 2001, père de Thabo), et d'Oliver Tambo, qui devait "tenir" 30 ans en exil les structures de l'ANC pendant la détention de ses camarades, allait incarner la lutte de libération pour un demi-siècle.
Entré dans la clandestinité, il est aux côtés de Mandela et Govan Mbeki lors du raid de juillet 1963 où le leadership de l’ANC est arrêté. Il sera condamné en 1964 et emprisonné à Robben Island, jusqu’en 1989. Là encore, son influence rayonnera sur le mouvement lors des décisions prises à l’extérieur, ou par le collectif de prisonniers.
“Walter et moi avons tout connu ensemble. C’était un homme de raison et de sagesse, et personne ne me connaissait mieux que lui. Il était l’homme dont l’opinion me paraissait la plus digne de confiance et la plus précieuse”, a encore écrit Mandela, expliquant pourquoi Sisulu fut le premier auquel il soumit, en prison, les approches discrètes du régime en vue de pourparlers.
Libéré en 1989, Sisulu reprend ses fonctions dans la direction du parti, et est le premier à accueillir Mandela à sa sortie de prison le 11 février 1990, puis à parader avec Winnie et Mandela dans les rues de Soweto, “sa” townhsip au sud-ouest de Johannesburg.
C’est à Soweto, que Sisulu et son épouse depuis 1944, Albertina “Ma” Sisulu, accueillaient et régalaient les jeunes activistes lors de dîners-débats dans les années 40. Sisulu et Albertina, ont eu cinq enfants. R-J Lique