algérie
 
Algérie
Les grandes dates qui ont marqué l'Algérie depuis son indépendance
Des Accords d'Evian (18 mars 1962) à 2008

3ème partie : 1999-2001

Année 1999 : Bouteflika au pouvoir, loi sur la "concorde civile"

15 avril : Abdelaziz Bouteflika, seul candidat en lice après le retrait de six autres prétendants, est élu président de la République avec 73,8 % des suffrages. L'ancien ministre des Affaires étrangères du président Houari Boumédiène (1965-1978), qui passe pour avoir le soutien du pouvoir et de l'armée bien qu'il s'en défende farouchement, avait menacé de "rentrer chez lui", si le peuple algérien ne se prononçait pas en sa faveur "avec une grande clarté".
Les six candidats, qui ont décidé de boycotter cette élection la veille du jour du vote, réclamaient l'annulation des premiers votes dans le grand sud et chez les forces de sécurité, où selon eux une "fraude massive" aurait eu lieu.
Ces six candidats étaient :  Hocine Aït Ahmed, président du Front des Forces socialistes (FFS), Ahmed Taleb Ibrahimi, indépendant soutenu par le Front islamique du Salut (FIS, dissous), Abdallah Djaballah dirigeant du Mouvement de la Réforme nationale (MRN, islamiste), et Mouloud Hamrouche, Mokdad Sifi et Youcef Khatib, qui se déclaraient indépendants.
Selon les chiffres officiels, Bouteflika a recueilli 7.442.139 voix sur 10.085.277 exprimés. Quelque 10.599.751 Algériens ont voté sur 17.494.136 inscrits, soit une participation de 60,25%.
En  Kabylie, les électeurs se sont  abstenus massivement (seuls 6% des inscrits ont voté).
Le nouveau dirigeant algérien, issu de la vieille garde du Front de Libération nationale de la guerre d'indépendance (1954-1962), a résolument décidé de tourner le dos au socialisme étatique des années soixante-dix : "Ne vous contentez pas de votre thé, de votre cigarette. Vous comptez trop sur l'Etat. L'Etat providentiel c'est fini. Arrêtez de faire la sieste", déclarait-il dans ses meetings pendant la campagne électorale.

L'Algérie de 1999 est  en pleine restructuration économique après l'accord conclu en 1994 avec le Fonds monétaire international (FMI), et en paye aujourd'hui un prix très lourd.
En quatre ans, près de 400.000 personnes ont été licenciées des entreprises d'Etat qui ne subsistaient que grâce à des subventions que permettait la rente pétrolière. Quasiment en cessation de paiement en 1994, l'Algérie, qui produit plus de 900.000 barils/jour de pétrole et exporte de grandes quantités de gaz naturel, a dû se plier aux exigences du FMI pour pouvoir rééchelonner sa dette extérieure évaluée à cette époque à 30 milliards de dollars.
La "restructuration" du système économique a rayé de la carte plus de 1.000 entreprises publiques.
20 avril : des milliers de Kabyles, jeunes pour la plupart, rendent hommage à Tizi Ouzou au chanteur Lounes Matoub assassiné un an plus tôt, tout en célébrant comme chaque année les émeutes d'avril 1980 marquant la révolte des Kabyles pour obtenir la reconnaissance de leur culture.
Les slogans peints sur des murs sont explicites: "Régime terroriste", "FIS, (Front islamique du Salut, dissous) bras armé du pouvoir".

30 mai : Bouteflika tend la main aux islamistes
Dans son premier discours à la nation, le président Abdelaziz Bouteflika affirme que la justice devait s'appliquer dans toute sa rigueur pour "la barbarie criminelle" mais il laisse la porte ouverte à ceux qui "ont été pris dans la tourmente, mais dont la conscience a reprouvé les voies de la violence aveugle". On en reste donc à la loi sur la "Rahma" (clémence) qui a déjà permis la reddition de quelque 5.000 "repentis" chez les islamistes armés depuis sa promulgation en 1995.
6 juin : l'Armée islamique du salut (AIS, branche armée du FIS), en trêve depuis octobre 1997, dépose les armes et se met sous l'autorité de l'Etat.
2 septembre : "Je suis venu ici pour dégonfler le ballon de baudruche de tamazight", déclare Bouteflika lors de son passage à Tizi Ouzou en Kabylie, ajoutant : "Tamazight ne sera jamais langue officielle, et si elle devait devenir langue nationale, elle sera soumise à référendum et c'est tout le peuple algérien qui se prononcera".
16 septembre : adoption par référendum par plus de 98 % des voix de la loi sur la "concorde civile", prévoyant une amnistie des islamistes armés impliqués dans les violences qui ont fait plus de 100.000 morts depuis 1992.
(Article 1:  La présente loi s'inscrit dans le cadre du grand dessein de rétablissement de la concorde civile et a pour objet d'instituer des mesures particulières en vue de dégager des issues appropriées aux personnes impliquées et ayant été impliquées dans des actions de terrorisme ou de subversion qui expriment leur volonté de cesser, en toute conscience, leurs activités criminelles en leur donnant l'opportunité de concrétiser cette aspiration sur la voie d'une réinsertion civile au sein de la société.
Pour bénéficier des dispositions de la présente loi, les personnes visées à l'alinéa précédent, doivent aviser les autorités compétentes qu'elles cessent toute activité de terrorisme et se présenter à ces autorités.)
Cette loi n'est applicable que jusqu'au 13 janvier 2.000. En gros, les islamistes n'ont que quatre mois pour se rendre.
17 septembre : Bouteflika, dans un discours radio télévisé, lance un appel aux islamistes armés qui ne se sont pas encore rendus pour qu'ils se joignent à la "concorde civile" : "Je leur lance solennellement aujourd'hui encore un appel pour qu'ils se ressaisissent, la loi est tolérante et, dans son immense générosité, le peuple leur a accordé sa clémence".
haut

Année 2000 : maigre bilan pour la concorde nationale

11 janvier : Les combattants de l'Armée Islamique du Salut (AIS), bras armé du Front Islamique du Salut (FIS, dissous), en trêve depuis octobre 1997, ont été amnistiés par le président Abdelaziz Bouteflika et leur organisation dissoute. Cette mesure de grâce fait suite à des tractations qui duraient depuis plusieurs semaines entre les autorités et ce groupe armé dirigé par Madani Mezrag, dont le nombre de combattants se situerait entre 800 et 3.000. Elle intervient à deux jours de l'expiration de la loi sur la concorde civile qui prévoit une amnistie totale ou partielle des islamistes armés non impliqués dans des crimes de sang, des viols ou des attentats à l'explosif dans des lieux publics.

L'AIS a été créée en 1993 lorsque des divergences sont apparues dans les maquis islamistes sur la manière de mener le "Djihad" (guerre sainte). Ses fondateurs, anciens responsables locaux du FIS, ont voulu alors se démarquer des jeunes "desperados" qui ont fondé le Groupe Islamique Armé (GIA). L'AIS et le GIA se sont d'ailleurs livré des combats faisant des dizaines de morts.
Le GIA d'Antar Zouabri et le Groupe Salafiste pour la prédication et le Combat (GSPC) d'Hassan Hattab continuent leurs attentats mais quelque 1.500 "repentis" des maquis, provenant du GIA et surtout du GSPC, ont demandé à bénéficier de la loi sur la concorde civile.
13 janvier : fin du délai de la loi sur la concorde civile. Pas de bilan officiel.
La radio d'Etat ne donne aucun bilan de cette loi et se contente de parler de redditions, sans en préciser le nombre.
Quelque 1.500 "repentis" des maquis ont demandé à bénéficier de la loi sur un effectif difficile à évaluer, mais qui s'élèverait à quelques milliers. Officiellement, 1.165 islamistes armés s'étaient rendu au début novembre 1999 et ensuite la presse en a décompté 300 à 400 supplémentaires. Applicable jusqu'au 13 janvier, cette loi avait pour objectif de mettre fin à huit ans de violences des groupes armés qui ont fait plus de 100.000 morts, un million de victimes, selon des sources officielles.
26 août : Ali Benflis, ancien directeur de la campagne électorale de Boutéflika en 1999, puis son directeur de cabinet à la présidence, est nommé à la tête du gouvernement.

Année 2001 : la Kabylie s'enflamme

18 avril : le jeune Guermah Massinissa, 19 ans, lycéen à Béni Douala, est grièvement blessé par des gendarmes dans la brigade de Béni Douala en Kabylie. Il décède le lendemain à l’hôpital Mustapha d’Alger.
Accident, selon la version officielle; assassinat, selon la famille et les habitants de la région.
19 et 20 avril : les principales villes de Kabylie sont  paralysées par une grève générale, pour commémorer comme chaque année les émeutes de 1980 et réclamer la reconnaissance officielle de la langue tamazight (berbère).
Mais après l'assassinat de Guermah Massinissa, la région s'enflamme. Bilan : plus d'une centaine de morts et des milliers de blessés. Le mouvement de contestation est organisé et encadré par une organisation : la Coordination des archs
10 novembre : des inondations font 800 morts à Bab el Oued, quartier populaire d'Alger.

haut © Copyright afrique-express.com
 
 
 
 
 
Liens
Oran
Histoire
Chronologies depuis les Accords d'Evian (18 mars 1962)
Politique