Ils
ont des noms doux comme celui des femmesRosa,
tendres comme celui des fleurs Violeta, Dalia, Orquidea,
Girassol, Louro, dansants comme la musique Salsa,
parfois pimentés comme celui des épices Colorau,
Cominho, Alho. (1)
Pour eux, mais surtout, à cause d'eux, des milliers d'hommes
sont morts. D'autres milliers resteront à tout jamais
amputés, traumatisés, meurtris dans leur cœur
et dans leur tête.
Ils ? Ce sont les puits de pétrole, d'où jaillit
l'or noir angolais. Bénédiction ? Malédiction
? C'est selon.
Le pétrole en Angola, ça ne date pas d'hier. Sa
découverte remonte à 1910, par la société
portugaise Cunha e Formigal. Et les Américains
arrivent : Sinclair, Cabgoc (une filiale de Chevron).
On fore, on cherche. Mais faute d'être rentable, on laisse
tomber. Jusqu'à 1952, avec l'arrivée de la compagnie
belge Petrofina qui en découvre dans le bassin du Congo
et démarre la production en 1965. Les Américains
reviennent bien sûr : Texaco en tête.
En 1968, Cabgoc lance les premières exportations de pétrole
off-shore à partir de l'enclave de Cabinda. Et on en
trouve encore. A Soyo, en 1971. Tant est si bien qu'à
la veille de son Indépendance en 1975, l'Angola produit
près de 9 millions de tonnes par an. Et les réserves
supposées sont très prometteuses.
Autant dire que la mainmise sur le pétrole angolais aura
été un des enjeux majeurs de la guerre civile
qui a ravagé ce pays pendant plus de 25 ans. Quand le
secrétaire d'Etat américain Henry Kissinger décide
de soutenir à coups de millions de dollars le mouvement
de Jonas Savimbi, l'UNITA, pour renverser le régime pro-communiste
du MPLA qui va s'installer au pouvoir à Luanda en 1975,
c'est bien sûr au nom de la "liberté"
et de la "démocratie". On ne parle pas de pétrole.
Sauf que, question "liberté" et "démocratie",
les Etats Unis auraient pu s'appuyer sur d'autres chevaux que
l'UNITA de Savimbi et le Zaïre de l'époque, dirigé
par le dictateur Mobutu.
La cause de la guerre en Angola, c'est bien sûr la "guerre
froide", mais aussi le pétrole.
C'est grâce à lui et aux recettes qu'il procure
que le MPLA pourra tenir tête à l'UNITA, en finançant
un armement des plus coûteux.
Le pétrole, ce fut aussi la cause de la guerre menée
par des indépendantistes au Cabinda, une guerre qui tend
à s'épuiser aujourd'hui. Mais le pouvoir de Luanda
n'aurait jamais abandonné cette enclave en terre congolaise,
d'où jaillit sans doute la moitié du pétrole
angolais.
Maudit pétrole, mais aussi porteur d'espoir. L'Angola
est entré dans la cour des grands en étant admis
au sein de l'OPEP en 2006.
Avec une production annuelle d'environ 100 millions de tonnes,
des réserves de pétrole prouvées de 25
milliards de barils (3 milliards 470 millions de tonnes), on
peut espérer, même si ce n'est pas forcément
le cas pour l'instant, qu'une grande partie de cette manne financière
sera consacrée, enfin, au développement du pays.
R-J Lique
(1) Violeta, Dalia, Orquidea, on ne traduit pas.
Girassol, c'est le tournesol, Louro le laurier, Colorau le paprika,
Cominhos du cumin et Alho de l'ail.