| La
bataille de Cuito Cuanavale
Chaque nation a ses batailles historiques : Verdun,
Trafalgar, Stalingrad … L'Angola a aussi la sienne :
Cuito Cuanavale.
D'un côté 7 000 soldats de l'armée d'Afrique
du Sud et 10 000 combattants de l'UNITA, le mouvement rebelle
angolais de Jonas Savimbi.
De l'autre, 20 000 soldats gouvernementaux angolais des FAPLA
(Forces armées populaires de libération de l’Angola)
et 5 000 soldats d'élites cubains.
On est le 12 janvier 1988.
L'Afrique
du Sud veut porter un coup fatal à l'Angola qui menace
ses positions en soutenant la SWAPO, le mouvement indépendantiste
de Namibie, encore sous domination sud-africaine à
l'époque. Pour sa part, l'Angola veut porter le fer
dans le bastion et le quartier général du rebelle
Savimbi, situé à Jamba, tout au sud du pays.
Les Sud-africains y voient une occasion rêvée
de laminer l'armée angolaise et pourquoi pas, de pousser
le front jusqu'à Luanda, la capitale.
Mais laissons parler Fidel Castro lui-même : "C’est
fin 1987, on le sait, que l’Afrique du Sud lança
sa dernière grande invasion de l’Angola dans
des circonstances qui en mettaient en danger la stabilité
même.
À cette date, donc, l’Afrique du Sud et les Etats-Unis
assenèrent leur dernier coup, le plus menaçant,
contre un fort groupement de troupes angolaises qui progressaient
à travers les sables en direction de Jamba, à
la limite sud-est de la frontière angolaise, où
était censé se trouver le poste de commandement
de Savimbi, une offensive à laquelle nous nous étions
toujours opposés si on n’interdisait auparavant
à l’Afrique du Sud d’intervenir au dernier
moment en faisant intervenir son aviation, sa puissante artillerie
et ses forces blindées.
L’histoire classique
se répéta une fois de plus. Extrêmement
enhardi, l’ennemi avança en profondeur vers Cuito
Cuanavale, une ancienne base aérienne de l’OTAN,
et se prépara à porter un coup mortel à
l’Angola.
Le gouvernement angolais adressa alors des appels au secours
désespérés au Groupement de troupes cubaines
: le désastre était en effet imminent, sans
doute le pire de tous dans le cadre d’une opération
militaire dans laquelle, comme d’autres fois, nous n’avions
aucune responsabilité."
Et Castro de poursuivre : "Un flot d’unités
et de moyens de combat traversa en vitesse l’Atlantique
et débarqua sur la côte sud de l’Angola
pour attaquer par le sud-ouest en direction de la Namibie,
tandis que, huit cents kilomètres plus à l’est,
des unités choisies avancèrent sur Cuito Cuanavale
et là, en union des forces angolaises qui se repliaient,
préparèrent un piège mortel aux puissantes
forces sud-africaines qui avançaient vers cette grande
base aérienne. Cette fois-ci, cinquante-cinq mille
soldats cubains étaient réunis en Angola."
La bataille de Cuito Cuanavale dure huit jours : du 12 au
20 janvier. Les FAPLA et les Cubains en sortent vainqueurs
au prix de 4 600 morts. Les troupes sud-africaines sont stoppées,
mais plus important encore, dans le même temps, Cubains
et Angolais ont avancé sur la Namibie.
Ecoutons encore Castro : "Ainsi, tandis que les troupes
sud-africaines étaient clouées devant Cuito
Cuanavale, quarante mille soldats cubains et trente mille
soldats angolais, soutenus par environ six cents chars, des
centaines de pièces d’artillerie, mille pièces
antiaériennes, et par des escadrilles audacieuses de
Mig-23 qui s’assuraient de la maîtrise du ciel,
avançaient par le sud-ouest en direction de la frontière
namibienne, prêts à balayer littéralement
les forces sud-africaines qui s’étaient retranchées
dans cette direction principale.
Les victoires retentissantes de Cuito Cuanavale et, surtout,
l’avancée foudroyante du puissant groupement
de forces cubaines dans le Sud-Est angolais, mirent un terme
définitif à l’agression militaire étrangère.
L’ennemi dut rabattre de sa morgue accoutumée
et s’asseoir à la table de négociations."
Le 20 juillet 1988, un accord en 14 points est signé
par l'Afrique du Sud, l'Angola et Cuba. Il stipule la mise
en œuvre de la résolution 435 des Nations Unies
prévoyant des élections en Namibie sous le contrôle
des Nations unies en contrepartie du repli du contingent cubain.
Les 12 août, l'Afrique du Sud et la SWAPO signent un
cessez-le-feu et le 22 août, l'Angola et l'Afrique du
Sud signent un accord de paix à Ruacana.
Si Cuito Cuanavale était tombée aux mains des
Sud-africains, le cours de l'histoire, dans toute l'Afrique
australe, n'aurait sûrement pas été celui
que l'on connaît. Qui sait si une Afrique du Sud puissante
et dominatrice dans la région n'en serait pas encore
à l'âge de l'apartheid ?
R-J Lique |