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Carnaval à Luanda
35 photographies du carnaval de Luanda, qui a lieu tous les ans en février.
C'est d'ailleurs d'Afrique que viennent les carnavals sud-américains.
Les pays africains lusophones - Angola, Cap Vert, Mozambique, Guinée Bissau, Sao Tome e Principe - ne manquent jamais cette tradition.
Le Carnaval au Cap-Vert trouve son origine dans la fête portugaise de l'Entrudo.
En Angola, la coutûme veut que l'on s'habille le plus bizarrement possible, les hommes en femmes naturellement.

Ci-dessous, un très beau texte qui décrit à merveille «l'âme» du Carnaval à Luanda.
Prenez le temps de le lire, ça vous changera de Youtube et Dailymotion.

Carnaval Luanda

 
Souvenir du carnaval luandais
Par Domingos Van-Dunen*

Une partie de mon enfance s'est passée à Museke Marçal, quartier pauvre de la ville, où, comme on le disait alors, "les enfants se baignent seulement quand la pluie remplit la lagune de Moreira". Là, il y a une cinquantaine d'années, j'eus, avec ma famille, le privilège aigre-doux de vivre le spectacle si impressionnant, si populaire, du carnaval de Luanda.

Là fonctionnait le système des quartéis (quartiers) qui délimitaient le territoire des grandes turmas, troupes populaires animant le carnaval, dotées chacune d'un "roi". Les plus fameuses s'appelaient O Coraçao (Le cœur) et Os Invejados (Les enviés) ; l'on s'y exerçait au kazukuta, sorte de joute verbale qui est encore aujourd'hui l'expression la plus typique du folklore luandais.
Les turmas se mobilisaient dès le mois de décembre. Les éléments les plus doués répétaient les chants en kimbundu —l'une des langues nationales— s'ils traitaient de sujets inhabituels ou satiriques, en portugais ou dans les deux langues, s'ils étaient inoffensifs ou ambigus.
On se réunissait chez des particuliers ou dans des salles louées. Les séances, sous peine d'un châtiment impitoyable, devaient rester secrètes. Il en allait de même pour les répétitions de danse.

Le carnaval alimentait une petite industrie, en particulier l'art du ferblantier. On se souvient encore de Domingos Veneno — "Venin", car c'était un lutteur redoutable sous son allure maigrichonne— qui fabriquait, dans le plus grand secret, toute sorte de lampions, d'objets ornés d'images et d'amulettes. Il travaillait exclusivement pour O Coraçao, dont il était un des militants les plus fervents.
Il y avait aussi des dessinateurs et des couturiers qui œuvraient, exclusivement et secrètement eux aussi pour les groupes de leur choix.

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Le premier dimanche de janvier avait lieu la première répétition publique, et, le samedi gras, la répétition générale, en implorant la divinité pour que le carnaval se déroulât dans la "paix et la tranquilité".
Mais il faut bien avouer que des bagarres violentes éclataient souvent entre turmas.
Très tôt le dimanche, on hissait les drapeaux des turmas en lice à la porte des quartéis, en présence d'une marmaille passionnée, puis de beaux gaillards les transportaient, au milieu des clameurs et des applaudissements, dans les principaux quartiers. Des cortèges de plus en plus imposants les accopagnaient jusqu'à Ambuilas, un terrain de sport au milieu d'une grande clairière, où les groupes défilaient côte à côte. La victoire revenait au plus applaudi —un verdict toujours accepté par tous.
L'après-midi, les cases étaient toutes désertes. Personne, à aucun prix, n'aurait voulu manquer la fête. Les gens affluaient de partout, même d'autres villes. L'euphorie était à son comble. Les membres des turmas portaient des masques de diables et des costumes éclatants qui réjouissaient la foule.
Sifflets et trompettes déchiraient l'air, accompagnés du roulement des tambours et des voix en chœur. On retournait alors au terrain d'Ambuilas pour une nouvelle compétition.
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O Caracao
et A Fineza (La finesse), deux groupes irréductiblement rivaux, soumettaient à la sentence du public leurs différents costumes.
Le roi de cette dernière, Kamalundu, cordonnier aux yeux exorbités, se tenait, majestueux, légèrement incliné en avant. Il agitait la main droite, qui était enfilée dans une boîte en zinc en forme de gant —autre emblème, avec leurs drapeaux respectifs, des deux turmas.
Et voilà qu'apparaissait le roi ennemi, le roi Epifanio lui-même ! Un peu penché lui aussi, et brandissant le gant que, ferblantier de son métier, il avait fabriqué.
Tous deux entraient fièrement en lice, faisant ressortir la beauté de leurs costumes, inspirés des habits royaux de la vieille Europe. Sur leur tête brillaient des couronnes —nous les appelions les casques— également en zinc et ornées selon le goût de chacun pour exciter la concurrence.

Tout le monde dansait frénétiquement. Les rois, trônant parmi leur cour, dominaient les turmas entourées des travestis, les uns sous une cape noire —emblème des étudiants qu'ils ne seraient jamais— , d'autres en blouse de médecin ou d'infirmier. Tous marchaient vers le palais pour y rejoindre d'autres groupes et rendre hommage au gouverneur qui, du balcon, en compagnie d'invités de marque, saluait les foliòes, les "folichons".
Le mardi était le jour du grand débordement. Nul ne s'arrêtait pour prendre du repos. Une foule énorme courait dans tous les sens, s'amusant du mieux qu'elle pouvait. Les amateurs de bonnes piques s'essayaient à la kazakuta. C'était une cascade continuelle d'éclats de rire. Les kazakuteiros se moquaient de tous et de toutes les vilenies et absurdités de l'existence.
Les vieux raffolaient de la njimba, une danse de chasseurs qui a disparu, tout comme la dizanda de l'auguste Totonho, sur la tête duquel trônait jadis un impressionnant chapeau haut de forme à larges bords, où se trouvait fichée une lampe incan descente.

Et comment ne pas tomber sous le charme de ces lavandières qui, par des satires fort bien trouvées, ridiculisaient les "dames" du jour —hier encore de viles servantes ? Les marchandes de légumes racontaient leurs démêlés avec les clients qui toujours bougonnent et protestent, car ils trouvent que la marchandise n'est pas bonne ou est trop chère...

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Ce jour-là, le gouverneur donnait congé, et l'on volait chaque instant comme si le monde allait finir, comme si l'on craignait de perdre à jamais les joies, les délices d'une fête sans pareille. Hommes et femmes s'abandonnaient au plus fol enthousiasme. Errant de-ci delà, une mère frappait désespérément de sa main lasse une boîte de conserve en demandant qui, par hasard, aurait aperçu son fils, perdu dans la confusion générale.
Des filles en domino, tout de blanc vêtues, aux beaux déguisements, se posaient partout comme des papillons, excitant la curiosité des garçons et la jalousie des amoureux.

Ainsi va le carnaval jusqu'au mercredi, le mercredi des cendres selon le calendrier liturgique, le mercredi des mabangas —le bon coquillage, celui de la chance.
Les groupes sont fatigués, les masques se défont. On promène un drap, tendu par quatre personnes, pour collecter les dons destinés à l'achat des mabangas. Ces coquillages, qui abondent dans les parages, composeront le repas de ce jour, repas bien arrosé, où l'on fera le bilan de l'année et où on tirera des plans sur l'avenir.


* Texte publié dans le Courrier de l'UNESCO , janvier 1990
Domingos Van-Dunem, est journaliste angolais, auteur de romans et d'etudes sociolinguistiques. Il était l'ambassadeur de l'Angola auprès de l'Unesco.
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Carnaval Luanda
© Photographies
René-Jacques Lique
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