Les élections générales au Burundi en 2010, présidentielle et législatives, ont été marquées par le boycott général des candidats et des partis de l’opposition.
Un seul candidat pour la présidentielle
Conséquence, le président sortant, Pierre Nkurunziza, a été réélu pour un second mandat avec 91,62 % des voix lors de l'élection présidentielle du 28 juin. Les six candidats d'opposition déclarés avaient finalement retiré leurs candidatures car ils contestaient toujours la large victoire du parti au pouvoir, le Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces de défense de la démocratie (CNDD-FDD) lors des élections communales du 24 mai, entachées selon eux de fraudes massives.
Le taux de participation à la présidentielle, malgré ce boycott, aurait été de 76,98 % selon la commission électorale (3,5 millions d'électeurs sur une population totale de 8,5 millions).
Etonnement, une mission d'observation électorale (MOE) de l'Union européenne qui avait « regretté » l'absence de compétition pluraliste, a salué « le calme » dans lequel s'est déroulé le scrutin. Drôle de calme, puisqu’une vague de violences et d'attaques à la grenade, qui ont fait 12 morts et plus de 70 blessés.
Contrairement au passé, ces affrontements ne participent plus d’une rivalité entre Hutu et Tutsi, mais essentiellement entre les forces politiques issues des anciennes rébellions hutu qui se livrent une lutte acharnée pour le pouvoir.
Agathon Rwasa, le chef de l'ex-rébellion des Forces nationales de libération (FNL), rentré d'exil en 2008, a préféré disparaître dans la nature après avoir renoncé à se présenter à la présidentielle.
Les FNL ont été la dernière guérilla à avoir déposé les armes en avril 2009, trois ans après avoir signé un accord de cessez-le-feu et un an après le retour d'exil de M. Rwasa.
Même scénario pour les législatives
Douze partis d'opposition, regroupés au sein d'une Alliance démocratique pour le changement (ADC), ont refusé de participer aux élections législatives du 23 juillet.
Le chef de l'un des 12 partis de cette plate-forme, Alexis Sinduhije, avait justifié les raisons du boycott ainsi : « (Nos) conditions sont : la libération de tous nos militants détenus illégalement et arbitrairement, l'arrêt des tortures que la police et les services secrets exercent sur ces détenus politiques, le rétablissement de nos droits fondamentaux, à savoir la libre circulation à l'intérieur du pays et à l'étranger pour les leaders de l'ADC », ainsi que « le report de la législative en attendant un dialogue qui permette de mettre en place une Ceni consensuelle et d'organiser un bon processus électoral. »
Un seul parti d’opposition, l'Union pour le progrès national (Uprona-opposition tutsi), a accepté de participer aux législatives après avoir boycotté la présidentielle du 28 juin.
Quatre petits partis (Frodebu nyakuri, Frolina, PTD et Kaze-FDD), ainsi qu'une coalition de quatre autres petites formations, tous très proches du parti présidentiel, y ont également participé.
Plus d'une centaine de responsables et militants de l'opposition ont été arrêtés au cours des semaines précédant ce scrutin et d'autres ont été torturés, d'après plusieurs associations de la société civile.
Amnesty International a publié un rapport post-électoral confirmant ces informations. Selon l’Ong de défense des droits de l’homme, ces élections ont « marqué le début d'une inquiétante régression en matière de lutte contre la torture ». Amnesty réclama que les autorités burundaises enquêtent « sur des allégations selon lesquelles des agents des forces de sécurité ont torturé 12 membres de l'opposition ».
Le rapport d’Amnesty décrit comment les opposants « ont été giflés et ont reçu des coups de pied et de matraque notamment, sur tout le corps. (…) Certains ont dit avoir été menacés de mort et, dans un cas, une partie de l'oreille d'un détenu a été sectionnée », selon l’Ong.
« Toutes ces affirmations sont fausses » avait réagi à l’époque le porte-parole du CNDD-FDD, Onesdine Nduwimana, affirmant que la police avait simplement arrêté les auteurs supposés d'une série d'attentats à la grenade.
Au final, le parti présidentiel, le CNDD-FDD a obtenu 81 des 106 sièges de la nouvelle Assemblée nationale (81,19 % des suffrages).
L'Uprona (opposition, majoritairement tutsi) a obtenu 17 sièges (11,06 % des suffrages) et le Frodebu nyakuri iragi rya Ndadaye 5 sièges (5,88 % des suffrages).
La répartition de la nouvelle Assemblée nationale résulte également de la cooptation de deux Tutsi (ethnie minoritaire, 14 %) et d'un Hutu (85 % de la population) au sein des trois partis arrivés en tête, en vue de respecter l'équilibre ethnique défini par la Constitution qui prévoit 60 % de Hutu et 40 % de Tutsi à l'Assemblée.
Au total, l'Assemblée nationale compte donc 106 députés dont 62 Hutus, 41 Tutsi et trois Twa cooptés au sein des associations représentatives de cette ethnie (1 % de la population).
Le taux de participation aux législatives a été de 66,68 %.
Sénatoriale du mercredi 28 juillet
Un scénario identique a de nouveau marqué les élections sénatoriales du mercredi 28 juillet 2010, où seuls deux partis, le CNDD-FDD au pouvoir et le principal parti tusti l’Uprona, ont présenté des candidats.
Les 1.935 conseillers communaux élus au suffrage direct le 24 mai constituaient le collège électoral de ce scrutin universel indirect.
L’Uprona n’a pu présenter des candidats que dans 7 des 17 provinces du pays.
Selon la Constitution burundaise, le Sénat est composé de deux élus par province, un Hutu (85 % de la population) et un Tutsi (14 %), soit un total de 34 élus, et de trois membres de l'ethnie Twa (1 % de la population) cooptés par la commission électorale (Ceni).
Le Sénat est notamment chargé d'approuver les nominations de toutes les personnalités et de veiller au respect des équilibres ethniques dans toutes les institutions.
Au final, et comme pour les législatives, le parti au pouvoir, le CNDD-FDD, a remporté une victoire écrasante à ces sénatoriales avec 32 des 34 sièges en jeu.
L'Uprona (Union pour le progrès national, ancien parti unique majoritairement tutsi) a remporté deux sièges.
Le scrupuleux équilibre ethnique a été respecté avec 17 sénateurs hutus et 17 sénateurs tutsis, de même que la parité avec 17 femmes et 17 hommes.
1 500 conseillers communaux sur un total de 1.935 élus ont participé au scrutin, les conseillers membres de l'opposition ayant boycotté ce vote.
Nouveaux présidents à l’Assemblée et au Sénat
Pour parachever ce processus électoral, les présidents de l'Assemblée nationale et du Sénat burundais, ont été élus à l'unanimité par les parlementaires le 20 août.
A l'Assemblée nationale, le président sortant Pie Ntavyohanyuma, a été réélu par 105 voix sur 105.
Gabriel Ntisezerana, ancien deuxième vice-président du pays, a été élu à l'unanimité à la tête du Sénat.
Les députés Ma-Mamo Karerwe, une Hutu du CNDD-FDD, et François Kabura, un Tutsi de l'Uprona, ont été également élus à l'unanimité, respectivement à la première vice-présidence et à la seconde vice-présidence de l'Assemblée nationale.
Au Sénat, Persille Mwidogo, une Tutsi du CNDD-FDD, a été élue première vice-présidente par 39 voix sur 41, et Pontien Niyongabo, un Tutsi issu de l'Uprona, a été élu second vice-président à l'unanimité.
Rappel
Ce sont les élections communales du 24 mais 2010 qui ont plongé à nouveau le Burundi dans une crise politique.
Quelque 3,5 millions d'électeurs étaient appelés à désigner près de 2.000 conseillers dans les 129 communes du pays, dont la population estimée à 8,5 millions est à 85 % hutu.
La campagne pour les communales s'est terminée après quatorze jours d'intenses activités partisanes, marquées par des affrontements entre groupes de jeunes et des accusations d'assassinats ciblés entre partis.
La bataille a fait rage entre les principaux partis, majoritairement hutu, en compétition pour récupérer leur électorat.
Le président Nkurunziza et son parti le Conseil national pour la défense de la démocratie - Forces de défense de la démocratie (CNDD-FDD ne doutaient pas de leur victoire, tablant sur les acquis de son premier quinquennat : gratuité de l'école primaire, des soins pour les enfants de moins de cinq ans et des frais d'accouchement.
Son principal opposant, l'ex-chef rebelle Agathon Rwasa des Forces nouvelles de libération (FNL) dénonçait pour sa part les nombreux cas de violation des droits de l'homme et la corruption généralisée.
Pendant la campagne électorale, Eddie Munezero, 27 ans, militant du Mouvement pour la solidarité et le développement (MSD) de l'ancien journaliste burundais Alexis Sinduhije, a été tué par balle.
Devant l’impréparation d scrutin, l’élection a dû être reportée de quelques jours, entraînant une vigoureuse protestation des partis d’opposition qui y ont vu une manipulation de la part du pouvoir.
Dès le lendemain du vote, l'opposition burundaise a demandé dans une déclaration commune son annulation pure et simple, accusant le parti au pouvoir du président Pierre Nkurunziza d'avoir orchestré des "fraudes massives".
Les principaux partis d'opposition, à savoir les FNL, le Front pour la démocratie au Burundi (Frodebu), le Mouvement pour la solidarité et le développement (MSD) ou encore l'Union pour la paix et le développement (UPD), avaient signé cette déclaration.
Selon des résultats annoncés par la Commission électorale burundaise (Ceni), le parti au pouvoir, le Conseil national pour la défense de la démocratie - Forces de défense de la démocratie (CNDD-FDD) du président Pierre Nkurunziza, a remporté ces communales avec 64,03 % des suffrages, devançant largement les Forces nationales de libération (FNL), qui a obtenu 14,15 %.
L'Union pour le progrès national (Uprona) est arrivé en troisième position avec 6,25 % des suffrages.
Le Front pour la démocratie au Burundi (Frodebu, majoritairement hutu) a obtenu 5,43 % des voix, le Mouvement pour la solidarité et le développement (MSD) 3,75 % et l'Union pour la paix et le développement (UPD) 2,21 %.
Après la proclamation de ces résultats, des émeutes ont eu lieu dans la capitale Bujumbura, entraînant la brève arrestation d’une sénatrice (Pétronie Habanabashaka) et de 50 militants des FNL.
Fin mai, Asumani Nzeyimana, vice-président de l'Union pour la paix et le développement (UPD) dans la commune de Buhinyuza (province de Muyinga) a été tué par l'explosion d'une grenade lancée par un homme en tenue de policier, selon ce parti.
Le gouverneur de la province, Pierre Bambasi, avait rejeté ces accusations en déclarant : « Nous pensons que cela n'a rien à voir avec la politique car il s'agit d'une querelle de bar (...) ».
Et dès le 1er juin, cinq candidats de l’opposition annonçaient qu’ils boycotteraient la future présidentielle.
Ces cinq responsables politiques étaient : le chef de l'ex-rébellion des Forces nationales de libération (FNL) Agathon Rwasa, l'ancien président Domitien Ndayizeye, candidat du principal parti d'opposition parlementaire Frodebu, Alexis Sinduhije, ex-journaliste et président d'un jeune parti, le MSD, Pascaline Kampayano, candidate d'une dissidence du parti présidentiel, l'UPD, et Léonard Nyangoma, chef historique de la rébellion hutu au Burundi.
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