Mireille Mathieu pèse 120 kg. De Gaulle vient d'être élu maire pour la troisième fois. Guy Mollet a été brillamment admis à l'examen du brevet de technicien supérieur, spécialité "informatique". Mitterrand a lui aussi obtenu son BTS section "génie électrique", mais seulement avec la mention "assez bien". C'est quoi cette arnaque ? Et bien non. C'est comme ça. Ça ne s'invente pas et c'est dû à l'état civil camerounais qui laisse les parents entièrement libres de choisir un ou plusieurs noms à leurs descendants. Des noms de famille peuvent être employés en guise de prénoms et le nom patronymique n'est pas obligatoire.
Ainsi, l'attribution des noms indique bien souvent le respect voué aux ancêtres, permet de distinguer de quelle mère sont issus les enfants nés de père polygame, mais aussi de rendre hommage à un ami très cher, à un bienfaiteur de la famille, à un homme célèbre ou même à un événement important.
Résultat des courses, si certains noms sont tout empreints de poésie et de culture comme "Nwokam Verlaine Rostand" ou les "Charles Baudelaire" qui se ramassent à la pelle, d'autres peuvent être parfois difficiles à porter, comme pour la pauvre Mireille Mathieu Tchezeu, qui malgré ses 120 kilos a perdu l'élection Miss Mama Kilo 2006. On invente ?. Pas du tout : la gagnante était Bernadette Ndommoh, 31 ans et 142 kilos sur la balance.
La période des indépendances en Afrique et des luttes de libération a fait fleurir aussi une pléthore de noms mythiques. Les Gamal Abdel Nasser, les Kadhafi, les Patrice Lumumba, héros de l’indépendance du Zaïre, pullulent. Liens coloniaux obligent, les grandes figures de la vie politique françaises ont aussi eu droit à leurs adeptes. Les "Mitterrand" bien sûr, comme le sieur "Fotouo Tchinda Mitterrand" dont on parlait plus haut, mais aussi des "Pierre Mesmer" et des "Gaston Defferre". Le premier ayant été Haut-commissaire au Cameroun de 1956 à 1958 et le second ayant été ministre de l'Outre-mer, et auteur de la loi-cadre de 1958 qui a préparé l’indépendance des pays sous domination française.
Résultat : en 2007, c'est un certain "Gaston Deferre Ebanga" qui est le directeur général de l’agence "Tala Voyages" à Yaoundé.
Vous nous direz que tout cela c'est du passé. Pas sûr, car Monsieur "Jacques Chirac Wendji" n'est pas si vieux que ça, pas plus d'ailleurs que le jeune "Onana Essama Bedel Giscard" qui vient d'être admis en 2007 au concours d'entrée en première année à l'Ecole normale supérieure de Yaoundé. Le papa qui a baptisé ainsi son fils ainsi l'aurait-il fait s'il avait su que Giscard d'Estaing, ne pouvant plus aller tirer le gibier chez son ami de Centrafrique l'empereur Jean-Bedel Bokassa, a flingué des dizaines d'éléphants au Cameroun ?
De "Folefack Denis Pompidou", encadreur à l'IRAD en passant par "Fotouo Tchinda Mitterrand" cité plus haut, à "Djaja Kemayou Guy Mollet", l'annuaire au Cameroun c'est aussi le catalogue des présidents de la République française.
Et en 2007, le sieur René Amati De Gaulle a été réélu maire de la ville de Mbandjock, la "capitale" de la canne à sucre au Cameroun.
Mais les Camerounais ont de la culture et n'ont pas qu'une vision étriquée du monde. On trouve des "Kennedy" à foison, dont le prénom "John" s'est souvent francisé en "Jean". Ne soyez donc pas surpris de trouver dans un annuaire les adresses de messieurs Kennedy Tukum John, Fopossi Donatien Kennedy Simo ou encore Jean Kennedy Engbwang.
Pas très poétique tout ceci ? Rassurez-vous. Les Camerounais savent aussi ce que joliesse veut dire. Mesdemoiselles "Djipmo Tsinjio Séverine Ladouce", "Metta Touteng Priscille Victorine" et "Mbo Zeh Hymabelle Fulgence" n'ont-elles pas de charmants prénoms que doit peut-être leur jalouser "Hitler Samuel Ndob". R-J Lique