
C'est le nom donné à une route qui effectue comme son nom l'indique une boucle en partant de la capitale de la province du Nord-Ouest anglophone,
Bamenda.
Cette route remonte vers le nord jusqu'à Nkambe pour redescendre en longeant la frontière du Nigeria. Ce trajet est somptueux, et l'on peut y avoir le sentiment qu'avaient sûrement nos ancêtres qui pensaient que la terre était plate et qu'il existait bel et bien un "fin du monde".
C'est ce que l'on ressent parfois lorsque le regard se fixe sur les sommets des collines aux pâturages toujours verdoyants, que sillonnent les bergers peuls avec leurs troupeaux. Qu'il y a-t-il après, derrière ? Sans doute rien. Que des pâturages et encore des pâturages et puis sans doute plus de vies humaines. C'est majestueux, presque envoûtant.

La Ring Road, c'est aussi le parcours du combattant, où l'essence se fait rare, la piste revêche. Au détour d'un virage, vous croiserez un homme solitaire monté sur une mobylette d'un autre âge, surchargé de bidons d'essence achetée bien évidemment en fraude au Nigeria voisin. Où va-t-il ? D'où vient-il ? Lui seul le sait, qui vous laisse juste deviner qu'il y a toute une vie mystérieuse qui vous échappe dans ces contrées lointaines.
Comme ces jeunes
bergers Mboro qui jaillissent d'un bosquet, dirigeant comme leurs ancêtres l'ont toujours fait un imposant troupeau de bœufs que vous n'aviez pas vu et qui sort d'on ne sait où, alors que vous étiez entrain de contempler le paysage et de vous émerveiller du silence apaisant de la nature.
Nkambe, c'est le bout du monde, et l'on se demande bien ce qu'il peut y avoir après. On ne le sait pas, on ne peut le savoir, puisque la route et les pistes semblent s'arrêter là. Seuls les éleveurs Mbororo qui descendent du Nord pour vendre leurs bêtes dans les villes du Sud le savent. Pour eux, le temps ne compte pas. Ce sont leurs bêtes qui rythment la marche.

La Ring Road, ce sont aussi ces tapisseries aux motifs bien réguliers que tracent à l'infini les plantations de thé, richesse de la région. Femmes, hommes et enfants se courbent quand vient le temps de la récolte sous le poids de leurs hôtes en osier, lourdes d'une richesse qui leur échappe.
La Ring Road, c'est aussi la mort, terrible, surgie des entrailles de la terre dans cette nuit maudite du 20 août 1986, cette nuit où le
lac Nyos, explose littéralement, laissant s'échapper de ses profondeurs un gaz toxique qui en quelques heures fera pas moins de 2 000 victimes. Des centaines de brûlées ou intoxiqués.
Ce phénomène très rare a mobilisé des centaines de scientifiques du monde entier, colporté des rumeurs toutes plus invraisemblables les unes que les autres, avant que l'on en conclût qu'il s'agissait d'une accumulation de gaz carbonique dans les profondeurs du lac.
Aujourd’hui, le lac est sous surveillance, et les populations sont revenues cultiver la terre fertile de ses alentours. Une colonne de dégazage permet d'en évacuer en douceur le gaz encore piégé dans les profondeurs.
Ne soyez donc pas surpris de voir jaillir du lac, un jet d'eau qui remonte à plus de 50 mètres de la surface des eaux. C'est le gaz, mélangé à l'eau, que les scientifiques évacuent en permanence.
Enfin, pour revenir à un présent plus gai, si vous avez le goût de l'histoire et des coutumes ancestrales, vous serez servis. La région pullule de chefferies toutes plus authentiques les unes que les autres. Celle de Babungo, celle de Bafut et tant d'autres moins célèbres.
Pardon, on avait oublié : la région culmine entre 2000 et 3 000 mètres d'altitude et est parsemée de monts et de lacs. De quoi vous tenter, non ?
R-J Lique