Douze
Douze. Pas dix. Pas cent vingt. Pas deux mille, ni même 48, ou pourquoi pas 727. Non. Douze.
Douze quoi ? Douze enfants, douze pêchés ordinaires, douze kilomètres, douze mois ?
Rien de tout cela.
Douze … voix !
Un chœur ? Une chorale ? Un nouveau groupe de rap ? Perdu !
Douze suffrages. Douze électeurs de plus que son adversaire.
On est en février 2001. L’élection présidentielle du Cap-Vert oppose alors Carlos Veiga, candidat du Mouvement pour la démocratie (MPD, libéral et précédemment au pouvoir) à Pedro Pires, candidat du Parti africain de l'indépendance du Cap-Vert (PAICV, parti classé à gauche, mais aussi parti ayant conduit le pays à l’indépendance).
Un premier tour, le 11 février 2001, ne départage pas les deux hommes.
Il en faut un second qui a lieu le 25 février. Et le résultat tombe :
Pedro Pires obtient 75.827 voix, et Carlos Veiga, 75.815.
« Et alors ? », direz-vous. 75 827 moins 75 815, ça fait bien douze ! Oui. Sauf qu’on est en Afrique. Et en Afrique en 2001, pas une seule élection, qu’elle soit présidentielle ou législative, ne se passe sans contestation, souvent violente.
Quelques mois plus tôt, en octobre 2000, Laurent Gbagbo vient d’accéder à la présidence de Côte d’Ivoire dans le sang. En Guinée Bissau, voisine et pays frère du Cap-Vert, on n’en finit plus de compter les coups d’Etat. On se tue en Sierra Leone, on réprime en Tanzanie, on assassine le «président» Kabila en RD Congo, on manipule à la louche les résultats de la présidentielle au Bénin, on s’accroche désespérément au pouvoir comme Chiluba en Zambie.
Et au Cap-Vert ? Qu’est-ce qu’on fait au Cap-Vert ? Rien. Ou du moins rien de spécial. On s’en remet à la Cour suprême, chargée d’examiner les recours électoraux. Et l’on attend sagement une petite dizaine de jours pour que finalement la Cour suprême valide ce résultat. Et qu’est ce que l’on fait ensuite ? On appelle à manifester ? On lance des mots d’ordre ? On paralyse le pays ?
Et bien non. Rien de tout cela. Carlos Veiga, tout en regrettant que la cour suprême ne lui ait pas donné raison, admet sa défaite et souhaite même à Pedro Pires de "faire un bon travail pour le Cap-Vert”.
Chapeau les artistes !
Pour information, sachez qu’à l’élection présidentielle de 2006, Pedro Pires a une nouvelle fois battu Carlos Veiga, mais cette fois avec une avance plus confortable : 86 676 voix contre 82 857.
Sables blancs, volcans, et sobrados …
Les « Ilhas do cabo Verde » ont été découvertes en 1460 par le Portugais Cadamosto. Au total, l’archipel compte dix îles et huit îlots, le tout réparti en deux groupes en fonction de l’exposition aux vents.
Les îles Barlavento (face aux vents), du Nord, très exposées, et celles du Sud, dites les îles Sotavento (sous le vent).
Les Barnavento, ce sont Boavista, São Vicente, Sal, São Nicolão, Santa Luizia, Santo Antão et les deux îlots, Ilheu Branco et Ilheu Razo.
Les îles Sotavento, ce sont Santiago, où se trouve la capitale, Praïa, Brava, Fogo, et Maio, avec les îlots Seccos et la petite île de Brava.
La plus grande, c’est Santiago (991 km2). La plus petite, Brava (67 km2). La déserte, c’est Santa Luzia, parce que délaissée par les hommes après une terrible sécheresse dans les années 1830. Les tout derniers habitants ont quitté l’île dans les années 1980.
On vous garantit que Santa Luzia est inhabitée, même si la stupidité de certains moteurs de recherche fait que l’on vous propose des « Locations de vacances Santa Luzia » ou des « vols directs »
Le Cap-Vert, ce sont aussi des volcans, le Fogo (2829 m), sur l’île du même nom bien sûr.
Des superbes plages, une architecture coloniale encore présente avec les Sobrados de Sao Felipe, ces premières maisons des colons portugais, spécialement conçues pour l’esclavage : en haut, balcon en bois pour les maîtres. En bas, dortoirs pour les esclaves. Les îles du Cap Vert, qui étaient désertes avant la colonisation portugaise au XVe siècle, ont servi de pont entre les Amériques et l’Europe pour les navires de la traite négrière.
Pas encore tentés par un petit tour ? Dommage, on vous aurait offert une bouteille de vin blanc tiré des vignes de Bangaeira sur l'île de Fogo et vous l’auriez bu tranquillement à l’ombre de magnifiques cyprès, juste avant de traverser toute l’île Santo Antão, sur une route entièrement pavée à la main.
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