Afrique-Express N° 21 Jeudi 11 novembre 1993
Elections multipartites en vue
Présidentielle et législatives le 27 mars 1994
Le président Joao Bernardo Vieira a réaffirmé mercredi que les premières élections multipartites (présidentielle et législatives) auront bien lieu le 27 mars 1994, comme prévu, et qu'il n'accepterait plus aucun report.
Dans un message adressé au Forum démocratique (instance de concertation des partis de l'opposition) et destiné à dissiper les rumeurs circulant à Bissau sur un éventuel report des élections, le général Vieira a également annoncé que 3,1 millions de dollars seulement sur les 5,5 millions nécessaires à l'organisation de ces scrutins avaient été réunis.
Le président Vieira a précisé que la communauté internationale avait accordé 2,3 millions de dollars. Le reste (800.000 dollars) a été apporté par le gouvernement bissau-guinéen.
Plusieurs partis politiques bissau-guinéens ont annoncé qu'ils contribueront au financement des élections.
Afrique-Express N° 29 Jeudi 06 janvier 1994
Election présidentielle fixée au 27 mars 1994
Le président Joao Bernardo Vieira a confirmé, dans son message de fin d'année que la première élection présidentielle pluraliste aura lieu le 27 mars 1994.
"Le peuple bissau-guinéen pourra choisir ses dirigeants par un vote secret et universel dans le cadre d'élections libres et démocratiques", a affirmé le chef de l'Etat en demandant à ses concitoyens "d'avoir confiance dans l'avenir de leur pays et de se comporter avec dignité et patriotisme".
"Il faut que le 27 mars 1994 soit une date inoubliable et exemplaire", a-t-il ajouté.
Le président Vieira a également demandé à la communauté internationale de "continuer son appui pour que le peuple bissau-guinéen fasse de cet événement une preuve de sa maturité, de sa conscience civique dans la tolérance".
Sur le plan économique, le président Vieira a promis une augmentation des salaires de 20 % en 1994.
Il a également souligné que "le produit intérieur brut avait enregistré une hausse de 3 % et que l'inflation avait été ramenée de 70 % à 32 % en 1993".
Se prononçant pour la poursuite d'une politique d'austérité, le président Vieira s'est dit "inquiet face à la dette extérieure de la Guinée-Bissau qui s'élève à 650 millions de dollars et qui, a-t-il dit, est égale à 250 % du PIB".
Procès de l'opposant Joao da Costa
Le président du Portugal attentif
Le président portugais Mario Soares a lancé un appel à son homologue Bissau-guinéen, M. Joao Bernardo Vieira, pour que la "prudence" et la "transparence" guident le procès du dirigeant de l'opposition Joao da Costa accusé d'avoir participé à une tentative de coup d'état en mars dernier.
Dans une lettre adressée mardi dernier au président "Nino" Vieira et dont le contenu est divulgué par l'agence portugaise LUSA, M. Mario Soares considère que "la fixation hâtive d'une date pour le jugement, sans rendre possible la présence d'observateurs juridiques internationaux pourrait susciter des appréhensions".
Le procès de M. Joao da Costa, président du Parti pour la rénovation et le développement, qui avait été fixé pour le 30 décembre a été remis au 4 janvier prochain, selon l'agence.
M. Mario Soares évoque l'expérience politique de "Nino" Vieira pour souhaiter que la "prudence" et la "transparence" accompagnent ce procès. Il rappelle que son intervention personnelle dans cette affaire est uniquement guidée par son "amitié" pour le peuple de Guinée-Bissau et par son désir de voir cette affaire se dénouer "de façon exemplaire pour le bien du peuple bissau-guinéen".
Afrique-Express N° 30 Jeudi 13 janvier 1994
Justice et opposition
Début du procès d'opposants accusés d'avoir voulu renverser le régime
Le procès d'une cinquantaine d'opposants accusés d'avoir voulu renverser en mars 1993 le régime du président Joao Bernardo Vieira par un coup d'Etat, a débuté mardi 4 à Bissau devant un tribunal militaire.
Parmi les prévenus, outre M. Joa Da Costa, président du PRD et candidat à l'élection présidentielle du 27 mars prochain, figurent M. Tagma Nawahi du Mouvement Bah-Fata (opposition) et plusieurs officiers dont l'adjudant-chef Amadou Mané qui avait assassiné le commandant des Forces d'intervention rapide de l'armée bissau-guinéenne, M. Robalo Gomes.
M. Da Costa et Nawahi avaient été arrêtés une première fois en avril pour avoir, selon l'armée, participé à une tentative de putsch, puis libérés en juin avec l'interdiction de mener des activités politiques. Deux mois plus tard, ils étaient à nouveau arrêtés pour avoir violé cette mesure en participant à des émissions télévisées locales, avant d'être remis en liberté quelques jours plus tard.
Les autorités n'ont jamais fourni d'explications sur cette tentative de coup d'Etat, qui avait été annoncée par l'Etat-major des forces armées.
L'opposition avait demandé que M. Da Costa soit jugé rapidement, mais le tribunal militaire avait reporté à deux reprises ce procès arguant d'insuffisance de preuves.
Un procès dans la légalité, selon le président Vieira
Joao Bernardo Vieira a garanti que ce procès serait mené dans la légalité. "Je garantis que ce procès se déroulera dans la stricte observation des lois en vigueur dans le pays et selon les règles internationales en la matière", a déclaré le président Joao Bernardo Vieira en réponse au Président portugais Mario Soares qui lui avait écrit pour souhaiter que la "prudence" et la "transparence" guident ce procès.
Le Président Vieira, dans sa réponse rejette en outre les allégations selon lesquelles la date de ce procès avait été fixée d'une manière hâtive. "Toutes les étapes de la procédure criminelle ont été scrupuleusement observées", affirme-t-il.
Réalité de l’accusation ?
Un accusé admet que l'armée voulait renverser le régime
Quatre autres réfutent
Un des cinquante accusés du procès pour tentative de coup d'Etat a déclaré vendredi que des militaires voulaient effectivement renverser en mars dernier par la force le régime du président Joao Bernardo Vieira en raison de leurs mauvaises conditions d'existence.
"Nous voulions changer le régime parce que les militaires avaient des conditions de vie précaires. Ils étaient mal payés dans un pays où le pouvoir d'achat est très bas et le coût de la vie très élevé", a déclaré l'ancien militaire Sori Camara.
Les autorités n'avaient jamais fourni d'explications sur cette affaire.
Le procès avait été suspendu durant deux jours, après que l'avocat de M. Da Costa eut remis une protestation déclarant le tribunal militaire incompétent et dénonçant la violation de la Constitution bissau-guinéenne. La cour a rejeté la requête de l'avocat.
Quatre autres militaires, appelés à la barre, ont déclaré que l'armée ne voulait pas renverser le régime du président Joao Bernardo Vieira et qu'ils avaient été contraints de désigner comme instigateur du putsch, le principal dirigeant de l'opposition.
Selon ces quatre soldats, qui font partie de la cinquantaine d'accusés jugés dans le cadre de cette affaire, les militaires n'avaient pas l'intention de renverser le régime mais revendiquaient plutôt leurs droits ainsi que de meilleures conditions de vie dans l'armée où les salaires sont parmi les plus bas du pays.
Les quatre militaires ont également affirmé unanimement avoir été contraints de signer un aveu accusant nommément le principal dirigeant de l'opposition, M. Joao Da Costa, président du Parti de la rénovation et du développement (PRD) et candidat à l'élection présidentielle du 27 mars prochain en Guinée-Bissau, d'être le cerveau de la tentative de coup d'Etat.
M. Da Costa, qui n'a pas encore été appelé à la barre, a déclaré à la fin de l'audience du vendredi savoir qu'il sera condamné à l'issue du procès mais qu'en dépit de cela, il continuera de se battre pour l'instauration de la démocratie en Guinée-Bissau.
Afrique-Express N° 32 Jeudi 27 janvier 1994
Election présidentielle
Le président Vieira quittera l'armée pour être candidat
Le général Joao Bernardo Vieira quittera l'armée afin de pouvoir se présenter à la première élection présidentielle pluraliste en Guinée-Bissau, le 27 mars prochain. La loi électorale stipule que tout militaire doit abandonner les forces armées pour se présenter à l'élection présidentielle. Le président Vieira est arrivé au pouvoir par un coup d'Etat, le 14 novembre 1980.
Deux dirigeants politiques, tous deux de l'opposition, ont fait, jusqu'à présent, acte de candidature: MM. Domingos Fernandes Gomes, président du Mouvement Bah-Fata, et Joao da Costa, président du Parti de la rénovation et du développement (PRD).
M. da Costa est actuellement jugé à Bissau avec une cinquantaine de personnes, dont des militaires, pour la tentative de coup d'Etat contre le régime du président Vieira, en mars 1993. La plupart des prévenus ont affirmé qu'ils avaient été contraints de signer des aveux mettant en cause M. da Costa.
Afrique-Express N° 33 Jeudi 03 février 1994
Election présidentielle
Le président Vieira candidat
Le président, le général Joao Bernardo Vieira, a annoncé qu'il sera candidat à la première élection présidentielle pluraliste en Guinée-Bissau, le 27 mars.
Le président Vieira qui est arrivé au pouvoir par un coup d'Etat, le 14 novembre 1980, quittera l'armée, conformément à la loi électorale qui stipule que tout militaire doit abandonner les forces armées pour faire acte de candidature.
Dans une "déclaration à la nation", il a affirmé qu'il avait décidé d'être candidat à la suite "de demandes de différentes couches sociales".
Deux dirigeants politiques et un homme d'affaires avaient jusqu'ici fait acte de candidature : Domingos Fernandes Gomes, président du Mouvement Bah-Fata, Joao da Costa, président du Parti de la rénovation et du développement (PRD) et Carlos Domingos Gomes, présenté par le Parti de la convergence démocratique (PCD), trois formations de l'opposition.
M. da Costa est actuellement jugé à Bissau avec une cinquantaine de personnes, dont des militaires, pour la tentative de coup d'Etat contre le régime du président Vieira, en mars 1993. La plupart des prévenus ont affirmé qu'ils avaient été contraints de signer des aveux mettant en cause M. da Costa.
Dans son réquisitoire, le procureur militaire avait annoncé qu'il ne retenait "aucune charge" contre M. Da Costa. Le verdict est attendu le 4 février.
Afrique-Express N° 34 Jeudi 10 février 1994
Enseignement-crise
Arrestation du président du syndicat des enseignants
Le président du Syndicat national des enseignants de Guinée-Bissau, M. Luis Nancassa, a été arrêté, chez lui, à Bissau par des agents de la police judiciaire.
Cette arrestation intervient au deuxième jour de la grève des enseignants commencée mardi 1er février. Le premier jour de grève a été marqué par des incidents avec le ministre de l'Education, M. Delfim da Silva, à la suite desquels un professeur gréviste a été arrêté.
La grève a enregistré à Bissau une adhésion de 85% à 90%, selon le vice-président du Syndicat, M. Mussa Camara.
Les grévistes réclament de meilleures conditions de travail et une revalorisation de leur salaire.
Les enseignants portugais manifestent leur solidarité
Le Syndicat national et démocratique des professeurs portugais (SINDEP) a manifesté la solidarité des enseignants portugais à Luis Nancassa, ainsi qu'à tous les enseignants Bissau-guinéens en grève.
Le SINDEP a exprimé dans un communiqué sa "plus grande indignation" face à l'arrestation de M. Nancassa "effectuée sans aucun mandat d'arrêt et contre toute disposition légale".
Présidentielle
Les Bissau-guinéens de l'extérieur ne voteront pas
Les Bissau-guinéens de l'extérieur ne voteront pas lors de l'élection présidentielle pluraliste du 27 mars prochain, a annoncé la Commission Nationale Electorale (CNE), qui a expliqué cette décision par son incapacité à contrôler techniquement l'organisation et le déroulement du scrutin hors du pays, tout en soulignant cependant l'importance que revêt le vote des émigrés pour la Guinée-Bissau, peuplée seulement d'un million d'habitants.
La CNE, composée de représentants de tous les partis politiques légalisés, a émis le doute que l'élection puisse avoir lieu le 27 mars en raison du retard pris dans la préparation et du manque de moyens financiers.
Afrique-Express N° 35 Jeudi 17 février 1994
Présidentielle et législatives
Les premières élections pluralistes en question
Le Forum démocratique (FD, regroupant onze partis d'opposition) demande le report des premières élections présidentielle et législatives pluralistes en Guinée-Bissau, prévues le 27 mars, en raison du "retard pris dans leur préparation technique".
Selon Amine Michel Saad, président du Parti démocratique et du progrès (PDP) et coordinateur du Forum, "Tous les délais légaux sont dépassés. Le recensement électoral et l'établissement des listes électorales n'ont toujours pas commencé".
Le FD a prévu d'organiser une manifestation pour réclamer le report des deux scrutins, soit en avril, soit en octobre, après la saison des pluies.
Le président le général Joao Bernardo Vieira, candidat à sa propre succession, qui est le seul à pouvoir en décider, aurait l'intention de les maintenir à la date prévue,.
La Commission nationale électorale (CNE), composée de représentants de tous les partis légalisés et de la société civile, s'est, pour sa part, prononcée pour un renvoi mais son avis n'est que "consultatif".
Les premières élections pluralistes étaient prévues fin 1992.
L'opposition a toutefois décidé que si le président Vieira maintenait les élections fin mars, elle ne les boycotterait pas .
Le président Vieira est arrivé au pouvoir par un coup d'Etat, le 14 novembre 1980. La loi instaurant le multipartisme a été adoptée le 8 mai 1991, mettant fin au régime du parti unique, le Parti africain de l'indépendance de Guinée-Bissau et du Cap-vert (PAIGC).
Le chef de l'Etat a d'ores et déjà annoncé qu'il avait quitté les forces armées pour être candidat au scrutin présidentiel, conformément à la loi électorale.
La CNE a affirmé que 2,8 millions de dollars avaient été mobilisés par le pouvoir, grâce à l'aide des bailleurs de fonds, pour le financement des élections, évalué à 5,5 millions de dollars.
Six personnes, cinq responsables politiques --le chef de l'Etat et quatre membres de l'opposition-- et un homme d'affaires, présenté par un parti politique, sont candidats. Leur candidature n'a pas pu être officiellement enregistrée, la loi électorale stipulant que "seuls les électeurs reconnus comme tels sur les listes électorales sont éligibles".
Le Conseil d'Etat (organe collégial de 15 membres dépendant de la présidence bissau-guinéenne) a convoqué l'Assemblée nationale pour le 28 février, après avoir annoncé que le recensement électoral débuterait le 2 mars, sans précision sur un éventuel report ou le maintien du scrutin.
Une loi raciste ?
Le coordinateur du FD a également affirmé que la loi électorale est "raciste" car elle stipule que les candidats doivent être non seulement nés en Guinée-Bissau, mais aussi de père et mère de nationalité bissau-guinéenne.
"Quand on sait qu'en raison de la lutte pour l'indépendance, puis de l'existence d'un régime autocratique jusqu'en 1991, beaucoup de personnes avaient fui la Guinée-Bissau, fait leur vie à l'étranger, on constate que le pouvoir a délibérément écarté de nombreux dirigeants de l'opposition de la course à la présidence", a-t-il ajouté.
L'opposition donne d'autres exemples pour critiquer la lenteur du processus démocratique: l'arrestation en avril dernier de deux dirigeants de l'opposition, puis celle, début février, du président du Syndicat national des professeurs (SYNAPROF).
MM. Joao da Costa, candidat à l'élection présidentielle et président du Parti de la rénovation et du développement (PRD), et Tagma Nawahi, l'un des responsables du Mouvement Bah-Fata, avaient été accusés de tentative de coup d'Etat. Ils ont été acquittés par un tribunal militaire, le 4 février. Du côté du Parti africain de l'Indépendance de Guinée-Bissau et du Cap-Vert (PAIGC, au pouvoir), on fait remarquer que la plupart des opposants ont été des dirigeants du PAIGC et des collaborateurs du président bissau-guinéen, le général Joao Bernardo Vieira.
Seuls le Front de libération nationale de Guinée-Bissau (FLING), le PDP et Bah-Fata ne sont pas des dissidents du PAIGC.
Afrique-Express N° 38 Jeudi 10 mars 1994
Elections
Un report probable
La Commission nationale chargée de réviser la Constitution de la Guinée-Bissau a proposé à l'Assemblée nationale populaire que les premières élections pluralistes aient lieu le 29 mai, le 5 ou le 12 juin au lieu du 27 mars comme initialement prévu.
Le porte-parole de la Commission, Mamadu Saliou Djalo, ministre de la Justice, a fait cette proposition en présentant aux députés les projets révisés de la loi électorale, du recensement électoral et de la commission nationale électorale.
Il a expliqué qu'il était techniquement impossible d'organiser les premières élections pluralistes le 27 mars.
Les trois projets révisés devaient être adoptés par l'assemblée qui fixera également à cette occasion la nouvelle date pour l'organisation des élections.
Afrique-Express N° 39 Jeudi 17 mars 1994
Elections ?
Le président Vieira doit en décider la date
L'Assemblée nationale populaire (ANP) qui a émis le voeu que les premières élections pluralistes aient lieu avant la fin du premier semestre 1994, a laissé au chef de l'Etat, le général Joao Bernardo Vieira, la décision de reporter le scrutin, fixé au 27 mars.
Au terme de ses travaux, l'ANP a indiqué que "la compétence de déterminer une nouvelle date pour les élections présidentielle et législatives revient au chef de l'Etat".
La Commission nationale chargée de réviser la Constitution avait proposé à l'Assemblée que les élections soient reportées au 29 mai, au 5 ou au 12 juin. Son porte-parole, M. Mamadu Saliou Djalo, ministre de la Justice, avait expliqué qu'il était "techniquement impossible" d'organiser les premières élections pluralistes le 27 mars.
L'opposition et la Commission nationale électorale (CNE), regroupant les partis politiques légalisés et des représentants de la société civile, ont réclamé le report, en insistant sur le fait que ni le recensement électoral, ni l'établissement des listes électorales n'avaient commencé.
Selon la constitution, le président Vieira, candidat à sa propre succession, est le seul à pouvoir décider du maintien ou du report des élections le 27 mars.
Les premières élections pluralistes étaient prévues fin 1992.
Afrique-Express N° 40 Jeudi 24 mars 1994
Elections incertaines
Le président, le général Joao Bernardo Vieira, le seul habilité à le faire, ne s’est toujours pas prononcé sur le maintien ou le report des premières élections pluralistes (présidentielle et législatives), prévues le 27 mars.
Aucun des délais, fixés par la loi électorale, pour le déroulement des deux scrutins, n'a été respecté et, malgré divers signes d'un probable report, le président Vieira, candidat à sa propre succession, garde le silence sur ses intentions.
Selon la loi, le recensement électoral qui n'est toujours pas effectif, doit commencer deux mois avant le scrutin et les candidats -on en compte cinq- ne sont toujours pas officiellement désignés puisque "seuls les électeurs reconnus comme tels sur les listes électorales sont éligibles".
Deux ministres ont laissé entendre que le report était inévitable, rejoignant les demandes de l'opposition qui réclame que le scrutin se déroule soit en mai ou, au plus tard, en octobre, après la saison des pluies.
La Commission nationale électorale (CNE), composée de représentants des partis légalisés et de la société civile, s'est, elle aussi, prononcée pour un renvoi, mais son avis n'est que "consultatif", tandis que l'Assemblée nationale populaire (ANP) a émis le voeu, le 6 mars, que le "scrutin ait lieu avant la fin du premier semestre" tout en laissant au chef de l'Etat "la compétence de déterminer une nouvelle date".
La CNE a affirmé que 2,8 millions de dollars avaient été mobilisés par le pouvoir, grâce à l'aide des bailleurs de fonds, alors que le financement des élections a été estimé à 5,5 millions de dollars.
Le Forum démocratique (FD, regroupant onze partis d'opposition) s'est dit cependant prêt à participer "à tout moment" au scrutin. "Nous ne boycotterons pas les élections pour ne pas entériner la dictature du pouvoir", a affirmé, M. Amine Michel Saad, président du Parti démocratique et du progrès (PDP) et coordinateur du Forum.
La loi instaurant le multipartisme a été adoptée le 8 mai 1991, mettant fin au régime du parti unique, le Parti africain de l'Indépendance de Guinée-Bissau et du Cap-vert (PAIGC), toujours majoritaire.
Le chef de l'Etat a annoncé qu'il avait quitté les forces armées pour être candidat au scrutin présidentiel, conformément à la loi électorale.
Afrique-Express N° 41 Jeudi 31 mars 1994
Elections incertaines, report officiel
Le Président Bernardino Joao Vieira a décidé le report officiel des premières élections pluralistes (présidentielle et législatives) fixées initialement le 27 mars.
Le chef de l'Etat avance des "raisons techniques" pour souligner "l'impossibilité" d'organiser le double scrutin qui aura lieu au cours du premier semestre, sans fixer de date.
Le président Vieira a attribué la responsabilité du report à la Commission nationale électorale (CNE) en affirmant que celle-ci lui avait présenté un programme de travail "très ambitieux".
Réactions
Pour le principal dirigeant de l'opposition et candidat à l'élection présidentielle, Joao da Costa, le report au premier semestre est "une bonne chose", car le peuple "en a déjà assez" des reports successifs de cette échéance électorale. Il considère que le double scrutin pourrait encore avoir lieu fin juin, "malgré quelques difficultés techniques".
Un échec pour le président Vieira
Ce report constitue sans nul doute un échec pour le président Joao Vieira après les affirmations, maintes fois réitérées, que le scrutin aurait lieu à la date prévue.
Aucune des échéances fixées par la loi électorale, approuvée par le chef de l'Etat, n'a été respectée, la première étant l'établissement d'un recensement électoral 60 jours avant le déroulement du scrutin.
Déjà en 1992, le président Vieira, arrivé au pouvoir par un coup d'Etat depuis le 14 novembre 1980, avait dû annuler les premières élections pluralistes pour la même raison.
L'annonce du report cinq jours avant l'échéance du 27 mars souligne l'embarras du président Vieira qui a besoin, trois ans après l'instauration du multipartisme, de "légitimer son pouvoir".
Son parti, le Parti africain de l'Indépendance de Guinée-Bissau et du Cap-vert (PAIGC), reste majoritaire.
Jusqu'à présent, cinq personnes avaient fait acte de candidature mais aucune n'a pu être officiellement désignée puisque "seuls les électeurs reconnus comme tels sur les listes électorales sont éligibles".
L'opposition réclamait le renvoi des élections mais s'était toutefois dite prête à aller aux urnes "à n'importe quelles conditions" pour ne pas "entériner la dictature du pouvoir" qui, selon elle, continue à prévaloir.
Afrique-Express N° 42 Jeudi 07 avril 1994
Report des élections
L'opposition accuse le président "Nino" Vieira
Le président du Parti de la rénovation et du développement (PRD-opposition) de Guinée-Bissau, Joao Da Costa, accuse le président Joao Bernardo Vieira "Nino" de ne pas vouloir démocratiser le pays, qui souffre d'une mauvaise gestion et de la corruption.
Dans un interview au quotidien "Diario de Noticias" de Lisbonne, M. da Costa, en visite au Portugal, considère que le pouvoir en Guinée-Bissau "a été forcé par la conjoncture internationale et par les difficultés économiques à accepter la démocratisation et le multipartisme".
Mais, ajoute-t-il, "le président Nino Vieira ne veut pas la démocratisation et c'est pour cela que le processus des réformes est très en retard dans le pays".
Joao Da Costa a souhaité que les premières élections pluralistes (législatives et présidentielle) aient lieu au cours du premier semestre, mais a souligné les retards enregistrés dans le recensement électoral, qui devrait avoir finalement lieu du 11 au 23 avril.
Reçu en audience par le président Mario Soares, il a remercié le chef d'Etat portugais pour son intervention auprès des autorités bissau-guinéennes lors de son jugement par un tribunal militaire de Bissao.Il avait été acquitté en février après avoir été accusé d'une tentative de coup d'état.
Un nouveau parti légalisé
La Cour suprême a légalisé un nouveau parti politique, le Forum civique bissau-guinéen social démocratique (FCG-SD), portant ainsi à treize le nombre des formations politiques officiellement reconnues dans le pays depuis l'ouverture démocratique en mai 1991. Créé en 1992, le FCG-SD est dirigé par une femme, Mme Antonieta Gomes.
Afrique-Express N° 43 Jeudi 14 avril 1994
Droit d’asile
Djakarta n'a pas encore répondu au sujet de l'asile politique de Xanana Gusmao
L'ambassadeur de Guinée-Bissau à Lisbonne, M. Adelino Queta, a déclaré que le gouvernement de son pays n'a toujours pas reçu de réponse des autorités indonésiennes à sa proposition d'accorder l'asile politique au chef indépendantiste de Timor-est, Xanana Gusmao, qui purge depuis 1993 une peine de 20 ans de prison.
"Officiellement je n'ai pas connaissance d'une quelconque réponse indonésienne", a-t-il déclaré tout en confirmant que cette proposition de la Guinée-Bissau a bien été faite il y a quelques mois dans une capitale européenne où l'Indonésie et son pays ont une ambassade.
M. Adelino Queto a ajouté que l'appartenance des deux pays à la Conférence des pays islamiques pourrait faire de la Guinée-Bissau un pont permettant le dialogue entre la Résistance de Timor-est et Djakarta.
La Guinée-Bissau est en train d'étudier l'éventuelle ouverture de relations diplomatiques avec l'Indonésie qui, selon lui, a été suggérée récemment à Djakarta par le chef de la diplomatie indonésienne, M. Ali Alatas, lors d'une réunion de la Conférence islamique.
"Cela ne veut pas dire que la Guinée-Bissau cesse d'appuyer la juste lutte du peuple de Timor-est (...) Mon pays ne prétend pas non plus remplacer le Portugal dans son rôle de négociateur direct avec l'Indonésie sur la question de Timor-est", a-t-il souligné.
Une nouvelle rencontre, sous l'égide des Nations unies, entre les chefs des diplomaties du Portugal et de l'Indonésie sur Timor-est est prévue le 6 mai prochain à Genève.
Le Portugal, considéré toujours par les Nations unies comme la puissance administrante de son ancienne colonie annexée en 1976 par Djakarta, réclame une "solution juste, globale et acceptable internationalement" pour le territoire. La solution finale, indépendance ou autonomie, appartiendrait toujours aux Timorais, selon le gouvernement de Lisbonne.
Afrique-Express N° 44 Jeudi 21 avril 1994
Elections
Début du recensement électoral
Le recensement des électeurs en vue des premières élections pluralistes en Guinée-Bissau a commencé lundi 11 dans toutes les régions du pays.
Les opérations, qui doivent s'achever le 23 avril, sont supervisées par la Commission nationale des élections (CNE).
Le président Joao Bernardo Vieira a appelé ses concitoyens à se faire recenser afin que "la date des élections soit annoncée". Ces élections prévues en mars avaient été reportées sine die en raison de difficultés financières et techniques.
Selon la loi, la date des élections doit être annoncée 40 jours après la fin du recensement.
Afrique-Express N° 46 Jeudi 05 mai 1994
Au Portugal
Le frère du ministre de l'Intérieur condamné à 8 ans de prison pour trafic de drogue
Catio Baldé, le frère du ministre de l'intérieur de Guinée-Bissau, a été condamné à Lisbonne à huit ans de prison pour trafic de drogue. Le tribunal l'a également interdit de séjour au Portugal pendant dix ans.
Depuis son arrestation à Lisbonne devant sa discothèque en 1993, au moment où il recevait un sac en plastique rempli d'héroïne, Catio Baldé n'a cessé de dénoncer un coup monté par la police judiciaire.
La police a reconnu lors du procès s'être servi d'un informateur pour "coincer" Catio Baldé qui était connu et fiché depuis longtemps comme trafiquant de drogue.
Afrique-Express N° 47 Jeudi 12 mai 1994
Elections
Six formations de l'opposition forment une coalition
Six partis de l'opposition ont décidé de former une coalition en vue de battre le Parti africain pour l'indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert (PAIGC - ancien parti unique au pouvoir) aux prochaines élections pluralistes.
Selon le président du Parti pour la rénovation et le développement (PRD) Joao da Costa, la coalition regroupe notamment, outre le PRD, le Front démocratique (FD), le Front démocratique et social (FDS), la Ligue pour la protection écologique (LIPE), le Mouvement pour la démocratie (MUDE) et le Parti du développement et du progrès (PDP).
Cette coalition désignera un candidat unique à l'élection présidentielle, a indiqué M. da Costa qui a renoncé à se présenter.
Les premières élections pluralistes (présidentielle et législatives), après un premier report en 1992, avaient été une nouvelle fois reportées sine die le 22 mars dernier (à une semaine de la date fixée) par le chef de l'Etat, le général Joao Bernardo Vieira pour des "raisons techniques".
Le président Vieira est candidat à sa propre succession.
Aucune date n'a encore été annoncée officiellement pour l'organisation de ces élections même après le recensement électoral qui a pris fin le 23 avril.
Afrique-Express N° 48 Jeudi 19 mai 1994
Elections
Présidentielle et législatives le 3 juillet
Les premières élections présidentielle et législatives pluralistes, reportées à deux reprises depuis 1992, auront lieu le 3 juillet prochain, a annoncé la présidence de la République.
La Commission nationale électorale (CNE), composée des représentants des partis politiques légalisés, avait proposé les dates du 26 juin ou du 10 juillet.
Les élections avaient déjà été reportées en décembre 1992 en raison des retards enregistrés dans leur organisation, et le 22 mars dernier, cinq jours avant la date du scrutin, à la suite de "fraudes" constatées, selon la CNE, lors du recensement électoral.
404.521 personnes sur une population totale d'un million d'habitants seront admises à voter, selon les chiffres officiels du recensement électoral qui vient d’être publié.
Le président, le général Joao Bernardo Vieira, arrivé au pouvoir par un coup d'Etat, le 14 novembre 1980, est candidat à sa propre succession.
Six partis d’opposition ont pour leur part former une coalition en vue de battre le Parti africain pour l'indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap Vert (PAIGC - ancien parti unique au pouvoir) aux législatives.
Cette coalition regroupe le Parti pour la rénovation et le développement (PRD) de Joao da Costa, le Front démocratique (FD), le Front démocratique et social (FDS), la Ligue pour la protection écologique (LIPE), le Mouvement pour la démocratie (MUDE) et le Parti du développement et du progrès (PDP). Elle doit désigner un candidat unique à l'élection présidentielle, M. da Costa ayant renoncé à se présenter.
Afrique-Express N° 50 Jeudi 02 juin 1994
Election présidentielle
Dépôt des candidatures à la Cour suprême
8 candidats déclarés
Les huit candidats à l'élection présidentielle du 3 juillet ont fait officiellement acte de candidature en déposant leurs dossiers à la Cour suprême.
Les huit candidats sont:
- Le président Joao Bernardo Vieira (Parti africain de l'indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert), candidat à sa propre succession
- Domingos Fernandes Gomes (Mouvement Bah-Fatah)
- François Kankoila (Front de libération pour l'indépendance nationale de la Guinée-Bissau, FLING)
- Koumba Yala (Parti républicain social, PRS)
- Victor Saude Maria (Parti de l'union sociale et démocratique, PUSD)
- Carlos Domingos Gomes (indépendant)
- Abubacar Djalo (Union pour le changement, coalition de six partis d'opposition)
- Antonieta Rosa Gomes (Forum civique bissau-guinéen social et démocratique, FCGSD).
La Cour suprême disposait de sept jours pour se prononcer sur la validité de ces candidatures. Les candidats ont eux aussi la possibilité d'introduire un recours en cas de rejet de leurs dossiers par cette institution.
Tous les partis politiques devant participer aux élections législatives du 3 juillet ont également déposé à la Cour suprême les listes de leurs candidats en vue de leur validation.
La campagne électorale débutera le 11 juin et prendra fin le 2 juillet à la veille du scrutin.
Afrique-Express N° 58 Jeudi 28 juillet 1994
Présidentielles
Deuxième tour le 7 août mais avec quel argent ?
Le deuxième tour de l'élection présidentielle aura lieu de 7 août prochain et opposera le président sortant Joao Bernado Vieira et M. Koumba Yala.
Les autorités bissau-guinéennes s’inquiètent par ailleurs des problèmes liés à l'organisation de ce second tour.
Un financement de 800.000 dollars sera nécessaire.
La Commission nationale électorale (CNE), maître d'oeuvre de la consultation, devait rapidement mobiliser ces fonds alors que les bailleurs de fonds ne semblaient pas pressés de réagir à cette demande.
Résultats définitifs du premier tour
- M. Vieira (président sortant) : 142.577 voix (46,20 %)
- M. Koumba Yala 67.518 voix (21,88 %).
Les six autres candidats, tous de l'opposition, se partagent le reste des suffrages.
Domingos Fernandes: 5.325 voix (17,44 %)
Carlos Gomes : 15.645 voix (5,07 %)
François Kankoila Mendy : 8.655 voix (2,80 %)
Bubacar Djalo : 8.506 voix (2,77 %)
Saude Maria :6.388 voix (2,07 %)
Antonieta Gomes: 5.509 voix (1,77 %)
Résultats des législatives
100 sièges étaient à pourvoir à l'Assemblée nationale
PAIGC (ancien parti unique au pouvoir, dirigé par M. Vieira) : 134.982 voix (37,92% des suffrages exprimés)
63 députés;
Résistance de Guinée-Bissau-Mouvement Bafata (opposition) : 18 députés
Parti de la rénovation sociale de M. Yala (opposition) : 12 députés
Union pour le Changement-coalition (opposition) : 6 députés
FLING (opposition) : 1 député
En campagne pour el deuxième tour
Le président Vieira appelle ses concitoyens au devoir national
Le président Vieira a appelé ses compatriotes au "devoir national" qui, a-t-il dit, doit "conduire au développement du pays dans le respect des lois, la tolérance, le dialogue et l'égalité de tous les citoyens".
Dans un message radiotélévisé à la nation il a affirmé que le développement et la résolution des problèmes économiques et sociaux de la Guinée-Bissau restent prioritaires à ses yeux.
Le président Vieira a d'autre part souhaité que le civisme et le patriotisme, dont ont fait preuve ses concitoyens lors du premier tour de l'élection présidentielle, prévalent encore au scrutin du 7 août prochain pour, a-t-il dit, "prouver notre détermination à préserver et à renforcer l'unité nationale".
Le chef de l'Etat bissau-guinéen a enfin remercié les observateurs internationaux indépendants (au total 108 de 35 nationalités).
Justice-Politique
M. Mamadou Djalo Pires nouveau président de la Cour suprême
M. Mamadou Saliou Djalo Pires, précédemment ministre de la Justice de Guinée-Bissau, a été nommé président de la Cour suprême par décret présidentiel.
M. Pires, qui a rang de ministre, remplace à ce poste M. Mario Lopes "appelé à d'autres fonctions" non précisées.
Selon le décret présidentiel, le ministre de la Justice reste sous la tutelle du premier ministre Carlos Correia jusqu'à la nomination d'un nouveau titulaire.
Aucune explication n'a été donnée de source officielle sur le limogeage de l'ancien président de la Cour suprême Mario Lopes, la veille de la campagne pour le second tour de l'élection présidentielle.
Armée-nominations
Aux termes d'un autre décret, le président Vieira a nommé le colonel Ansoumane Mane au poste de chef d'Etat-major général des forces armées (en remplacement de M. Sanusi Soares Gassama, décédé il y a quelques semaines à Lisbonne), et le lt-colonel Sanji Fati dans les fonctions de chef d'Etat-major de l'armée de terre.
Afrique-Express N° 60 Jeudi 22 septembre 1994
Opposition
M. Kumba Yala refuse tout place dans l'appareil d'Etat
M. Kumba Yala, candidat malheureux de l'opposition à la récente élection présidentielle en Guinée Bissau, a affirmé du Portugal qu'il n'acceptera pas une quelconque place qui lui serait proposée par le président réélu Joao Bernardo Vieira dans l'appareil d'Etat.
M. Yala a ajouté qu'il allait prendre ses fonctions dans l'opposition "en défense des droits des Guinéens". "A aucun prix, je rejoindrais un groupe qui a les mains sales du sang du peuple, même si on veut m'offrir une place dorée (au sein de l'appareil d'Etat)", a déclaré le chef de l'opposition de la Guinée Bissau,.
M. Yala, qui est également président du Parti de la rénovation sociale (PRS), s'est déclaré convaincu que le président Vieira n'arrivera pas à la fin de son mandat. "Je serai à nouveau candidat (à la présidence) bien avant la fin du mandat de "Nino" Vieira, qui tombera par la volonté du peuple", a-t-il affirmé.
Le président du PRS, qui se trouve en visite privée dans le sud du Portugal où il a vécu il y a une quinzaine d'années, a été battu par M. Vieira aux deuxième tour de l'élection présidentielle d'août, avec une différence d'à peine 12.000 voix.
Afrique-Express N° 66 Vendredi 04 novembre 1994
Manuel Saturnino da Costa, nouveau Premier ministre
Le président Joao Bernardo Vieira a nommé mardi au poste de Premier ministre M. Manuel Saturnino da Costa, le secrétaire général du PAIGC, parti au pouvoir.
Plusieurs fois ministre, âgé de 50 ans, M. da Costa est considéré comme l'un des représentants de l'aile dure du PAIGC, ancien parti unique, au pouvoir depuis l'indépendance en 1974.
Il remplace M. Carlos Correia, également membre du PAIGC.
Le Premier ministre devait être issu des rangs du PAIGC, compte tenu que ce parti a remporté la majorité absolue lors des premières élections législatives pluralistes, en juillet, avec 62 députés sur 100.
Le chef de l'Etat, président du PAIGC, avait été réélu en août avec 52% des suffrages exprimés.
En raison de dissensions au sein du PAIGC sur le choix du Premier ministre, il n'avait pu respecter la constitution qui fixe la nomination du futur chef du gouvernement à un délai de onze jours après les résultats du scrutin présidentiel.
Dans un premier temps, le PAIGC avait laissé entendre qu'il n'accepterait pas des membres de l'opposition dans le nouveau gouvernement mais a toutefois entamé en début de semaine des négociations avec le Mouvement Bah-Fatah, le principal parti de l'opposition avec 19 députés.
Neuf partis de l'opposition sont représentés à l'assemblée nationale.
Le choix du futur Premier ministre divisait le PAIGC en deux tendances: les "anciens", ceux qui ont participé à la lutte armée pour l'indépendance à laquelle appartient M. da Costa, et les "jeunes", essentiellement des technocrates qui considèrent que les priorités sont économiques et non plus idéologiques.
M. Da Costa avait exprimé pendant la campagne électorale présidentielle le mécontentement des membres fondateurs du parti devant les choix du président Vieria qui s'appuyait sur les jeunes cadres.
Le chef de l'Etat avait les pleins pouvoirs pour désigner le Premier ministre. Sa décision devrait toutefois entraîner un consensus au sein du PAIGC.
Afrique-Express N° 69 Vendredi 25 novembre 1994
Nouveau gouvernement
tAucun membre de l'opposition n’y prend part
Le président Joao Bernardo Vieira a approuvé le gouvernement que lui a proposé le nouveau Premier ministre, Manuel Saturnino da Costa, qui ne comprend qu'un “ancien” membre de l'opposition. (voir plus bas)
Les autres ministres sont membres ou proches du PAIGC, l'ancien parti unique au pouvoir depuis l'indépendance en 1974. Mais la plupart d'entre eux sont considérés comme des technocrates.
Le nouveau cabinet est composé de seize ministres et huit secrétaires d'Etat, dont deux femmes, les ministres de la Santé et des Affaires sociales et de la Promotion féminine.
Sept ministres du précédent gouvernement de Carlos Correia conservent leurs portefeuilles.
Nommé Premier ministre le 25 octobre par le président Vieira, M. da Costa, ancien secrétaire général du PAIGC, avait huit jours à partir de cette date pour annoncer la composition de son gouvernement.
Des tentatives d'ouverture vers l'opposition et des dissensions au sein du PAIGC sont à l'origine de ce retard.
Le Premier ministre a été choisi dans les rangs du PAIGC du fait que ce parti a remporté la majorité absolue lors des premières élections législatives pluralistes, en juillet, avec 62 députés sur 100. Le Mouvement Bah-Fata en a obtenu 19, le PRS 12, l'Union pour le changement, une coalition de six partis de l'opposition, 6, et le FLING, lui aussi de l'opposition, 1.
Le président Vieira, réélu en août, avait mis plus de deux mois pour choisir M. da Costa alors que la constitution prévoit un délai de onze jours après la publication des résultats officiels du scrutin présidentiel.
L'opposition affirme n'avoir aucun représentant dans le gouvernement
Le nouveau ministre de l'Education, Ibrahim Sow, considéré comme le seul membre de l'opposition au sein du nouveau gouvernement, n'est pas membre du Mouvement Bah-Fata, le principal parti d'opposition.
Il a quitté le Mouvement Bah-Fata en août au lendemain du deuxième tour de la première élection présidentielle .
M. Sow n'avait jamais annoncé son départ du Mouvement Bah-Fata.
Il a rejoint le PAIGC, le parti du président Vieira, dont il était membre jusqu'en 1992 au moment de l'instauration du multipartisme
M. Da Costa avait initialement envisagé d'attribuer quatre ministères à l'opposition mais le président du Parti de la rénovation sociale (PRS), Kumba Yala, arrivé deuxième à l'élection présidentielle, a refusé d'entrer au gouvernement, qualifiant d'"irréalisable" le programme du Premier ministre.
Le Mouvement Bah-Fata avait mis comme condition pour entrer au gouvernement la constitution d'un "gouvernement d'union nationale".
Afrique-Express N° 73 Vendredi 23 décembre 1994
Nouveau gouvernement
L'opposition lui accorde "le bénéfice du doute"
L'opposition a décidé d'accorder "le bénéfice du doute" au gouvernement du nouveau Premier ministre Manuel Saturnino da Costa même si elle estime qu'il n'a "ni l'expérience, ni la capacité" pour sortir la Guinée-Bissau de la crise économique.
"Le Premier ministre a surtout été préoccupé par une question ethnique et non pas technique. S'attacher à une représentation de toutes les ethnies est aujourd'hui dépassé", a affirmé M. Kumba Yala, le principal opposant, arrivé deuxième à la première élection présidentielle pluraliste, en août.
"Mais nous lui laissons le bénéfice du doute. Nous serons des opposants constructifs, soucieux de combattre ce qui ne va pas et déterminés à approuver ce qui nous semblera de bonnes décisions. Nous le ferons au parlement", a-t-il ajouté.
"C'est un gouvernement sans expérience, sans aucune qualité technique, d'un niveau plus faible que le précédent", a déclaré pour sa part Domingos Fernandes Gomes, président du Mouvement Bah-Fata.
Le Premier ministre avait affirmé dans un entretien à l'AFP: "Mes ministres sont de jeunes ministres mais aussi de vieux militants du PAIGC".
Parti unique jusqu'en 1991, avec l'instauration du multipartisme, le PAIGC est au pouvoir depuis l'indépendance en 1974.
Avec 62 députés sur 100, le PAIGC détient la majorité absolue au Parlement et précède le Mouvement Bah-Fata (19 députés). M. Kumba Yala, président du Parti de la rénovation sociale (12), est à la tête d'un groupe parlementaire incluant son parti, l'Union pour le changement, une coalition de six partis de l'opposition (6) et le FLING (1), lui aussi de l'opposition.
Sur sept commissions parlementaires, le PAIGC en dirigera quatre, le Mouvement Bah-Fata deux et le groupe parlementaire de M. Yala, une. |