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Guinée Bissau
Articles de la revue afrique-express - années 1997-1998

Afrique-Express N° 135 Lundi 06 février 1997

Le gouvernement a adopté un projet de loi accordant l'immunité aux ministres en fonction


Aux termes de ce projet de loi, aucun ministre en fonction ne pourra désormais faire l'objet de poursuites judiciaires.
Cette disposition a été prise à la suite de la comparution le 29 et 30 janvier du ministre des Affaires étrangères, M. Delfin da Silva, devant le tribunal criminel de Bissau.
M. da Silva est accusé par le Syndicat national des professeurs d'avoir, alors qu'il était ministre de l'Education nationale en 1994, agressé un enseignant, Papa Gomez, et tiré deux coups de feu contre un groupe d'enseignants grévistes.
Le ministre a reconnu les faits, mais a expliqué qu'il avait tiré ces coups de feu pour disperser des enseignants grévistes qui voulaient perturber le travail des non grévistes.
Le tribunal criminel de Bissau a mis l'affaire en délibéré et rendra son jugement le 21 février prochain.
M. da Silva est le premier membre de gouvernement en fonction traduit en justice.

Afrique-Express N° 145 Jeudi 08 mai 1997

La Guinée-Bissau entre dans la zone franc

La Guinée-Bissau est devenue officiellement membre de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), marquant ainsi son entrée dans la zone franc et l'abandon définitif de sa monnaie nationale, le peso, pour le Franc CFA.
Cette adhésion de la Guinée-Bissau, ancienne colonie portugaise classée parmi les pays les plus pauvres du monde, portera à huit le nombre de pays membres de l'UEMOA, dont la Côte d'Ivoire, le Mali, le Niger et le Sénégal, qui a l'a fermement soutenue.
Cette entrée dans la zone franc est l'aboutissement d'un long processus de dix ans qui a amené le président Joao Bernardo Vieira à s'engager personnellement dans la bataille avec pour objectif de faire sortir son pays d'une grave crise économique et sociale, avec un peso entièrement dévalué, et de ramener la confiance des investisseurs étrangers.
Au plan intérieur, l'Assemblée nationale populaire s'y est reprise à deux fois pour adopter le projet de loi autorisant le gouvernement à transférer sa souveraineté monétaire. Le 2 janvier dernier, les députés ont finalement donné leur accord à la majorité des deux tiers.
Par la suite, la Guinée-Bissau a dû signer avec la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'ouest (BCEAO) un avenant au traité de l'UEMOA et un accord de coopération monétaire avec le Trésor français pour obtenir la garantie de convertibilité illimitée. Pour les derniers réglages, elle a accueilli depuis la fin mars une mission d'experts de la BCEAO, l'institution d'émission de l'UEMOA qui va remplacer la Banque centrale de Guinée-Bissau (BCGB).
Le peso et le franc CFA vont encore cohabiter durant trois mois avant la disparition du premier qui aura vécu 21 ans et qui s'échange au cours officiel de 1 Franc CFA contre 65 pesos (66 au marché noir), soit 10.000 F Cfa (100 FF) contre 650.000 pesos.
Au siège de la BCBG, où les agents se sont mis en grève pour protester contre la restructuration qui suivra la disparition de la banque, l'ambiance est morose. Seuls 150 des 250 employés seront réintégrés dans la nouvelle agence nationale de la BCEAO, selon les grévistes. Soixante autres seront redéployés dans d'autres structures et une quarantaine seront licenciés.
L'adoption du franc CFA, présentée comme une panacée à tous les maux économiques du pays, est pour l'instant mal acceptée par les Guinéens qui doivent échanger des liasses de pesos contre quelques pièces de F CFa. C'est la raison pour laquelle les autorités monétaires ont prévu la création d'un billet de 100 F Cfa, qui n'existe pas dans la zone franc.
Les premiers mois seront les plus difficiles à passer mais, pour le gouvernement, en cessation de paiement et confronté à une profonde crise sociale marquée par une fronde des enseignants qui réclament des arriérés de salaires, l'appartenance à la zone franc apparaît comme un ballon d'oxygène.
Elle devrait conférer à ce petit pays lusophone, dont le PIB par habitant n'est que de 220 dollars par an, une plus grande crédibilité auprès des investisseurs étrangers sur un marché où les maîtres mots seront désormais la transparence et la compétitivité.
Le coût de l'adhésion à la zone CFA est élevé (100 milliards de F Cfa, soit un milliard de FF) pour ce pays d'un million d'habitants, dont les maigres richesses sont l'agriculture (noix de cajou et riz), la pêche et le tourisme, à l'état encore embryonnaire. Mais la solidarité a joué : les bailleurs de fonds ont épongé les dettes de la Banque centrale et les Etats membres de l'UEMOA ont fait crédit à la Guinée-Bissau pour ses droits d'entrée dans l'Union. (AFP)

Paiement des arriérés de salaires aux enseignants

Le gouvernement a affirmé que les arriérés de salaires dus aux enseignants seront payés et qu'il entamera des négociations avec ceux-ci, en grève depuis trois semaines à l'appel de leur syndicat, le SYNAPROF (Syndicat national des professeurs).
Le gouvernement a également accusé les élèves et lycéens de Bissau d'avoir commis des "actes de vandalisme" et d'avoir "troublé la paix sociale", et annoncé que de tels comportements seront réprimés par les forces de l'ordre.
Il a également accusé "une main invisible" d'avoir poussé les élèves à des actes de destruction du patrimoine public et exprimé sa volonté d'éviter une année blanche.
Les élèves du secondaire ont saccagé des voitures et provoqué des dégâts matériels importants aux bâtiments qui abritent les ministères de l'Education et des Finances et la Banque internationale de Bissau, à l'issue d'une marche de soutien à leurs enseignants, dispersée par les forces de l'ordre à coups de grenades lacrymogènes. Les élèves demandaient au gouvernement de satisfaire les revendications des enseignants pour que les cours puissent reprendre.
L'opposition bissau-guinéenne a apporté son soutien aux élèves et dénoncé l'intervention des forces de l'ordre, imputant la responsabilité des actes de vandalisme au président Joao Bernardo Vieira qui refuse de démettre le gouvernement, de dissoudre l'Assemblée nationale et de convoquer des élections anticipées.
Le gouvernement pourrait, après sa décision de régler les arriérés de salaire dus aux enseignants, être ensuite confronté aux revendications salariales du corps médical, des anciens combattants et des fonctionnaires.

L'UM (opposition) demande la destitution de deux hauts magistrats

Une coalition de partis politiques, l'Union pour le changement (UM - opposition), a demandé la destitution du procureur général de la République et du président de la Cour suprême de Guinée-Bissau, MM. Juliano Fernandez et Mamadu Saliu Djalo Pires, pour "corruption active et violation flagrante de la Constitution".
Le secrétaire général de l'UM (qui dispose de six députés à l'Assemblée nationale), Amine Saad, avocat de profession, a accusé M. Djalo Pires d'avoir entravé l'exécution d'une décision de justice prononcée par le tribunal régional de Bissau contre un Taïwanais et M. Fernandez d'avoir fait classer ce dossier. L'affaire porte sur des exactions commises par le capitaine d'un bateau taïwanais sur un contrôleur bissau-guinéen. Arrêté et incarcéré, celui-ci avait été libéré sans que soit pris en compte l'appel interjeté par la partie civile.

Afrique-Express N° 148 Jeudi 19 juin 1997

Le Premier ministre Carlos Correia a formé son gouvernement

Le Premier ministre nommé le 5 juin, M. Carlos Correia, a formé son gouvernement qui compte quatorze départements ministériels.
Il est marqué par le maintien aux Affaires étrangères de M. Fernando Delfim da Silva, tandis que  M. Correia a fait appel à sept membres du précédent gouvernement de M. Manuel Saturnino da Costa. Cinq conservent leurs portefeuilles (Affaires étrangères-Coopération, Promotion féminine, Justice, Anciens combattants, Pêche, Information).
Il a également appelé dans son équipe trois femmes, dont l'une, Mme Francisca Pereira, actuellement vice-présidente à l'Assemblée nationale populaire, se voit confier le ministère de l'Intérieur.
Le nouveau gouvernement compte également sept Secrétariats d'Etat.

L'ancien Premier ministre, Manuel Saturnino da Costa, avait  été limogé par le président Joao Vernardo Vieira, en raison d'une "grave crise politique".
Son gouvernement formé en 1994 faisait l'objet depuis plus d'un an de vives critiques de la part de l'opposition et de personnalités du parti au pouvoir qui l'estimaient responsable de la dégradation de l'économie et de la situation sociale du pays.
De nombreuses grèves, dont la dernière a paralysé le système scolaire pendant plusieurs semaines, ont eu lieu ces derniers mois. Les revendications portaient pour la plupart sur le paiement d'arriérés de salaires ou d'indemnités.
A plusieurs reprises, les partis d'opposition avaient réclamé sa démission. M. Saturnino avait aussi subi un camouflet en octobre lorsque l'Assemblée nationale, où son parti est pourtant majoritaire, avait rejeté un projet de loi qu'il a présenté lui-même pour l'adhésion de la Guinée-Bissau à la zone franc.
Ce projet a été adopté finalement en deuxième lecture en novembre après une campagne d'explication et l'adhésion de la Guinée-Bissau, initialement prévue au début de 1997, n'a été effective qu'à partir du 2 mai.

Afrique-Express N° 150 Jeudi 10 juillet 1997

Report  du Congrès du PAIGC, en crise

Le 6e Congrès du PAIGC (Parti africain pour l'Indépendance de la Guinée-Bissau), au parti au pouvoir depuis 23 ans en Guinée-Bissau, ne s'est pas ouvert, comme prévu, fin juin, et a été reporté sine die, en raison d'un affrontement entre les deux principales tendances au sein de ce parti.
Les 450 délégués, désignés pour participer au Congrès, se trouvaient à Bissau, mais le Congrès n'a pu se tenir, malgré une réunion du Conseil national du PAIGC, qui s'est terminée dans la plus grande confusion.
L'un des principaux objectifs du Congrès était de rétablir la cohésion au sein du parti, menacé d'éclatement et miné par une lutte d'influence entre son président, le chef de l'Etat Joao Bernardo Vieira, et son secrétaire national, M. da Costa.
Outre le règlement des dissensions internes, le Congrès devait se pencher sur la crise socio-économique que connaît la Guinée-Bissau depuis les premières élections pluralistes de 1994, à la lumière de la récente entrée de ce pays lusophone dans la zone franc.

A savoir : Le PAIGC, qui a mené la lutte de libération contre le colonialisme portugais et conduit le pays à l'indépendance en 1974, est aujourd'hui miné par une lutte d'influence entre son président, le chef de l'Etat Joao Bernardo Vieira, et son secrétaire national, Manuel Saturnino da Costa.
Celui-ci a été démis fin mai de ses fonctions de Premier ministre par le président "Nino" Vieira et remplacé par un fidèle de Nino, Carlos Correia.
Ambitieux, Saturnino da Costa a tenté de devenir président du PAIGC en évinçant Joao Bernardo Vieira, et voulait réserver le poste de secrétaire national du parti à son conseiller, Helder Proença. Les partisans du président Vieira se sont fermement opposés à cette entreprise, provoquant une scission du parti.
Manuel Saturnino da Costa, désavoué par le président Vieira, triomphant après avoir gagné la bataille pour l'entrée de la Guinée-Bissau dans la zone franc, aurait pu être écarté à l'issue de ce Congrès et remplacé par un nouveau secrétaire national proche de Nino.

Afrique-Express N° 155 Jeudi 23 octobre 1997

Destitution puis reconduction du Premier ministre

Le Premier ministre Carlos Correia, nommé le 30 mai, a été investi le 15 octobre par le président Bernado Vieira au cours d'une cérémonie à laquelle a pris part l'opposition, qui avait obtenu qu'il soit démis de ses fonctions quelques jours plus tôt.
Le président Vieira a estimé avoir corrigé une "erreur constitutionnelle" dans le souci de remettre le pays au travail.
Les députés avaient suspendu leurs travaux pour protester contre la nomination, jugée anti-constitutionnelle, de M. Correia, nommé par le président Vieira sans consultation des partis représentés à l'Assemblée nationale populaire (ANP), comme le veut la constitution.
M. Vieira a salué à l'occasion  de l'investiture "l'esprit démocratique" qui règne au sein des forces politiques, notamment à l'Assemblée où siègent plusieurs partis de l'opposition.
Le chef du gouvernement a pour sa part lancé un appel à "toutes les forces vives de la Nation" afin de bien remplir la mission que lui a confiée le président Vieira. "Avec l'appui de tous les Bissau-Guinéens, nous pourrons résoudre les difficultés du pays", a-t-il déclaré.
L'opposition, par la voix de Domingos Fernandes Gomes, a cette fois reconnu les "compétences" du Premier ministre : "M. Correia est un homme sérieux, travailleur, honnête et dynamique dans tous les domaines qui lui ont jusqu'ici été confiés", a-t-il déclaré
M. Correia doit maintenant former sa nouvelle équipe et présenter son programme de gouvernement devant l'Assemblée, qui pourra ainsi adopter le budget du pays pour 1998, ainsi qu'une réforme fiscale en cours.
En septembre, le programme du nouveau gouvernement n'avait déjà pu être examiné en raison du refus des députés d'accepter sa nomination.

Afrique-Express N° 162 Vendredi 02 janvier 1998

Un neuvième parti politique

Ce neuvième parti politique, l'Union Nationale pour la Démocratie et le Progrès (UNDP), sera dirigé par son secrétaire général, Abubacar Baldé.
Ancien membre du Parti au pouvoir, le PAIGC (Parti africain pour l'Indépendance de la Guinée-Bissau), et ministre de la Fonction publique, M. Baldé a justifié la création de son parti par le souci de "défendre la liberté et la justice sociale mais aussi pour permettre à chaque citoyen du pays de prendre part au processus de développement national. L'UNDP indique que son but est de participer, avec toute la famille politique bissau-guinéenne et sa société civile, à la consolidation de la paix, de la justice" en Guinée-Bissau.
La naissance de l'UNDP est la conséquence des dissensions internes qui sévissent au sein du PAIGC, qui n'a pas réussi à tenir son 6e congrès, initialement prévu en juin dernier.

L'un des principaux objectifs du Congrès était de rétablir la cohésion au sein du parti au parti au pouvoir depuis 23 ans, mais aujourd'hui miné par une lutte d'influence entre son président, le chef de l'Etat Joao Bernardo Vieira, et son secrétaire national, Manuel Saturnino da Costa.
Le PAIGC a mené la lutte de libération contre le colonialisme portugais et conduit le pays à l'indépendance en 1974

Afrique-Express N° 167 Mardi 24 mars 1998

Une Commission nationale électorale

Le parlement  a voté le 16 mars, à une large majorité, une loi créant une Commission électorale nationale (CNE) indépendante qui sera chargée de la gestion du processus électoral et de l'organisation des élections,.
La CNE, organe permanent et indépendant selon la nouvelle loi, a été instituée en prévision des élections législatives du 4 juillet et devra auparavant procéder au recensement des électeurs et à leur sensibilisation.
Le principal parti d'opposition, le Parti pour la rénovation sociale (PRS) avait menacé de former un gouvernement parallèle si des dispositions n'étaient pas prises pour organiser les législatives.

Afrique-Express N° 169 Lundi 27 avril 1998

Un ministre de Guinée-Bissau mis en cause dans un trafic d'armes

Le général de brigade Ansumane Mané, ancien chef d'Etat-major de l'armée bissau-guinéenne, a accusé le ministre de la Défense, Samba Lamine Mané, et un "groupe d'officiers" d'être impliqués dans une affaire de trafic d'armes avec les rebelles casamançais.
Dans une lettre rendue publique par la presse bissau-guinéenne, le général Mané, qui a été suspendu de ses fonctions le 30 janvier dernier pour "négligences" dans le cadre de cette affaire, a même accusé le chef de l'Etat, Joao Bernardo Vieira, d'avoir "permis" ce trafic d'armes, qui, selon lui, est une "question ancienne".
Cette affaire sensible avait entraîné en janvier l'arrestation d'une quinzaine de militaires, dont plusieurs officiers. A la demande de l'opposition, une Commission parlementaire d'enquête a également été créée et a entendu plusieurs heures le général Mané qui a décliné toute responsabilité dans ce trafic.
Affirmant que sa suspension de l'armée est liée à "un ténébreux projet de coup d'Etat", l'ancien chef d'Etat-major demande dans la lettre que les "véritables coupables" soient punis.
Ces accusations, souligent les observateurs, traduisent un malaise certain au sein de l'armée, alors que des élections législatives sont prévues pour le 4 juillet en Guinée-Bissau et que le PAIGC (Parti africain pour l'Indépendance, au pouvoir), également divisé, n'a pas encore pu tenir son Congrès en vue de préparer ces élections.
Ce sentiment de malaise a été renforcé par la publication d'une autre lettre adressée à la Commission d'enquête parlementaire, dans laquelle 1.500 anciens combattants de la guerre de libération contre le Portugal, ancienne puissance coloniale, accusent de "corruption" le ministre de la Défense, Samba Lamine Mané, exigeant sa démission et celle de plusieurs officiers supérieurs.
Aucune réaction officielle à ces accusations n'a été enregistrée à Bissau. Le ministre de la Défense se trouve actuellement au Portugal, où il suit un traitement médical.
Ces derniers mois, le gouvernement bissau-guinéen, accusé par la presse sénégalaise d'aider la rébellion casamançaise, a multiplié les gestes de bonne volonté en direction de Dakar.
Le Président Vieira, médiateur dans le conflit casamançais, a notamment envoyé des renforts militaires pour surveiller la frontière guinéo-sénégalaise par où les rebelles trouvent refuge en territoire guinéen.

Afrique-Express N° 170 Lundi 18 mai 1998

Sixième congrès du PAIGC
Le président Vieira ressert les rangs autour de lui

Le sixième congrès du Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap vert (PAIGC, au pouvoir) a pris fin le 15 mai avec l'élection de Paulo Medina, maire de Bissau, comme Secrétaire permanent et la réélection sans problème du président de la République, Joao Bernardo Vieira, comme président du parti.
Selon les nouveaux statuts, le Secrétaire permanent (nouveau poste) aura des fonctions essentiellement administratives, contrairement au poste de Secrétaire général, qui a été supprimé.
Le poste de Secrétaire général était détenu par Manuel Saturnio da Costa, ancien Premier ministre limogé en juin, qui faisait figure, avant ce congrès, d'adversaire potentiel du président Joao Bernardo Vieira.
La mise à l'écart de M. da Costa, la réélection sans problème du président Vieira à la tête du parti, son principal concurrent Malan Bacai Sanha, président de l'Assemblée nationale ne s'étant pas porté candidat, et le choix de M. Medina, considéré comme un proche du chef de l'Etat, marquent la reprise en main par Joao Bernardo Vieira d'un parti qui était traversé par des querelles de leadership.
Ces querelles avaient été envenimées par un scandale politico-militaire qui a éclaté fin décembre avec l'arrestation d'une quinzaine de militaires, dont des officiers, pour participation à un trafic d'armes à destination de la Casamance, région frontalière sénégalaise.
Cette affaire s'est traduite par un bras de fer dans les plus hautes sphères de l'Etat, avec la mise en cause par un des accusés du ministre de la Défense et même du président Vieira.
En dépit de ces dissensions, les personnalités présentées comme les adversaires du président Vieira ont été maintenues au sein des organes de direction du PAIGC.
Dans son discours de clôture, le chef de l'Etat a souligné que ce congrès a été "un congrès d'unité et d'intégration et non d'implosion" du parti.

Quant à l'opposition, qui dispose d'une quarantaine de députés, sur 102, à l'Assemblée nationale populaire (ANP), elle assure qu'elle peut gagner les prochaines législatives, à la condition -improbable- de s'y présenter unie.
Tel est le voeu du Ba-Fata (centre droit, principal parti d'opposition) et de son leader Domingos Gomes Fernandes, qui souhaiterait créer un Front de l'opposition avec l'UM (Union pour le Changement) et le PRS (Parti pour la Rénovation sociale, centre gauche), qui se réclame d'Amilcar Cabral, fondateur du PAIGC.
Le Dr Fernandes, qui voit dans les luttes internes du PAIGC un "conflit de générations", n'exclut toutefois pas une alliance avec "les jeunes" de ce parti.
Quant à Koumba Yala, leader du PRS et ancien challenger du président Vieira aux présidentielles, il récuse toute alliance avec le Ba-Fata qu'il considère comme un parti de droite, mais n'exclut pas une entente avec "une aile dissidente du PAIGC, au cas où...".

Un onzième parti politique

La Cour suprême a reconnu le onzième parti politique du pays,  l'Union Nationale pour la Démocratie et le Progrès (UNDP). Le leader de l'UNDP, Bubacar Baldé, a annoncé la couleur en situant son parti dans l'opposition.
Ancien ministre de l'Intérieur, il a nié être à la solde du président de la République Joao Bernardo Vieira et a également rejeté les accusations de "tribalisme" lancées contre son parti, fondé au mois de décembre.
M. Baldé qui a également été ministre de la Fonction publique est un économiste qui a fait ses études à Cuba, au Mali au Sénégal et en Guinée Conakry.

Afrique-Express N° 171 Jeudi 11 juin 1998

Le président Vieira lâché par son armée et une partie de la population

Le président Joao Bernardo Vieira, qui fait face depuis le 8 juin à un soulèvement d'une partie de son armée, semble avoir perdu la bataille d'opinion auprès des populations des environs de Bissau.
A Safim, deux localités situées respectivement à 9km et 30 km dans le nord-est de la capitale, les habitants semblent se ranger désormais du côté des mutins dirigés par l'ancien chef d'état-major Ansumane Mané.
Ils étaient jusqu'alors restés neutres, estimant qu'il s'agissait d'une affaire interne au PAIGC (parti au pouvoir).
Et c'est l'appel du président Vieira à des troupes étrangères -sénégalaises et guinéennes (de Conakry)- pour l'aider à venir à bout de la rébellion qui apparaît comme l'une des principales raisons de ce revirement.
Ce sentiment est partagé par de nombreux Bissau-guinéens qui accusent en outre le chef de l'Etat, ancien héros de la guerre de libération contre le Portugal, de "trahison et de corruption".
Ils reprennent ainsi les critiques formulées par les dirigeants de la rébellion sur la radio Bombolon, contrôlée par les mutins et qui émet depuis la banlieue de Bissau.
Dans plusieurs localités du nord du pays, à Mansoa, Bafata et Nhacra, le général Mané, qui est musulman, semble jouir d'une très grande popularité et d'un vaste mouvement de sympathie auprès des populations en majorité musulmanes.
En outre, l'ancien chef d'état-major, qui est entré en rébellion après avoir été limogé dans le cadre une affaire de trafic d'armes à destination de la Casamance (sud du Sénégal), a noué de solides amitiés au sein de l'armée qu'il a dirigée pendant de nombreuses années.
Le major Milciades Gomes Fernandès, porte-parole des insurgés, a lancé un vibrant appel aux populations bissau-guinéennes pour qu'elles résistent à "l'invasion étrangère", allusion à l'intervention de 1.300 soldats sénégalais et guinéens.
Ceux-ci ont pris position dans la zone portuaire et autour de la présidence de la République pour défendre le régime, démocratiquement élu, du président Vieira, auquel le récent sommet des chefs d'Etat de l'OUA, réunis à Ouagadougou, a apporté son soutien.
"Si le président Vieira compte sur des soutiens extérieurs pour s'opposer à la volonté populaire, la Junte est plus que jamais déterminée à en découdre jusqu'au dernier de ses combattants", a déclaré le major.
La nouvelle Junte militaire, qui disposait de quelque 2.000 hommes fortement armés, aurait reçu ces derniers jours les renforts d'éléments de l'armée régulière et d'anciens combattant de la guerre de libération contre le Portugal.
Un militaire rebelle, chargé de contrôler à Safim le dernier barrage avant l'aéroport de Bissau, aux mains des insurgés, affirme que le président Vieira n'aurait pas dû faire appel aux troupes étrangères pour "s'accrocher au pouvoir", tout en souhaitant que soit préservé "le maximum de vies humaines".
Le général Mané a menacé de mettre Bissau "à feu et à sang", si les troupes étrangères intervenaient dans le conflit.

Combats acharnés

Des combats acharnés à l'arme légère et à l'artillerie se poursuivaient mardi 16 juin à Bissau, en proie depuis dix jours à une rébellion sanglante et où les tirs des mutins semblent désormais viser les ambassades étrangères.
Les combats, qui auraient fait plusieurs centaines de morts selon certaines sources, opposent les rebelles de l'ancien chef d'Etat-major Ansumane Mané, retranchés dans le camp de Bra, vaste complexe militaire au nord de la ville, aux forces restées fidèles au président Vieira, soutenues par des troupes sénégalaises et de Guinée-Conakry.
Après la représentation de l'Union Européenne, l'ambassade de France a été en partie détruite.
Seule l'ambassade du Portugal, située au centre ville, reste ouverte, toutes les autres missions ayant été fermées pour des raisons de sécurité.
Alors que des tirs intensifs d'artillerie secouaient la ville, vidée de ses habitants, l'offensive des troupes sénégalaises s'est poursuivie à l'intérieur du camp de Bra, où retentissaient des rafales d'armes automatiques.
D'âpres combats avaient lieu dans ce complexe militaire stratégique qui commande l'accès à l'aéroport international de Bissau et à toutes les routes menant à l'intérieur du pays.
Le camp, piégé par des mines, dispose d'un important stock d'armes, de nombreux bunkers et de galeries souterraines où peuvent se cacher les insurgés, qui possèdent par ailleurs une artillerie mobile, notamment des orgues de Staline.
L'évêque de Bissau, Mgr Settimio Ferrazzetta, a lancé depuis Lisbonne un appel désespéré, affirmant que "des centaines de morts sont entassés dans les rues", que de nombreuses maisons sont détruites et que les deux tiers des habitants ont quitté la ville.
Des centaines d'étrangers attendent encore au port de Bissau leur évacuation par bateau, alors que plus de 5.000 personnes, toutes nationalités confondues, sont déjà arrivées à Dakar.
Bissau, capitale d'un des pays les plus pauvres du monde, s'est vidée d'une partie de sa population chassée par la peur et la faim. Les problèmes d'approvisionnement commencent à s'y poser de manière aigue, incitant ses habitants à prendre le chemin de l'exode.
Plusieurs tentatives de médiation ont été entreprises, en vain, ces derniers jours pour permettre l'ouverture de négociations entre les rebelles et les autorités légales. Le président bissau-guinéen Joao Bernardo Vieira et le général Ansumane Mané pourraient se rencontrer au large de Bissau, sur l'aviso français "Drogou". Le président Jammeh de Gambie, un proche du général Mané, a offert sa médiation pour tenter de ramener la paix.

Trafic d'armes vers la Casamance
L'opposition exige l'audition du président Vieira

L'opposition parlementaire a exigé l'audition du président Bernado Vieira devant la Commission d'enquête sur un trafic d'armes vers la Casamance avant la présentation du rapport d'enquête de cette Commission à l'Assemblée Nationale.
Dans une requête remise au président de la commission parlementaire d'enquête, les cinq partis d'opposition ont affirmé que "le nom du président Vieira a été maintes fois évoqué au cours de l'enquête sur le trafic d'armes" et souligné la "nécessité de faire la lumière sur les faits invoqués".
Ce rapport d'enquête sera présenté au cours de la session ordinaire de l'Assemblée, qui se tient du 3 au 25 juin.
L'affaire du trafic d'armes à destination des rebelles du Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance (MFDC) a éclaté en janvier lorsque deux véhicules transportant des armes et des munitions ont été interceptés à un poste de contrôle de la police.
Par la suite, le chef d'Etat major de l'armée, le général Ansumane Mané, a été suspendu de ses fonctions pour "négligence" et 14 autres militaires, dont plusieurs officiers, ont été arrêtés dans le cadre de cette affaire.
Mais devant la Commission d'enquête, l'ancien chef d'Etat major a accusé le ministre de la Défense Samba Lamine Mané d'avoir trempé dans ce trafic, ainsi que plusieurs autres haut gradés de l'armée. Ces accusations ont aussitôt été démenties par le porte-parole du gouvernement, et le Président Vieira les avait qualifiées de "mensongères", estimant qu'elles faisaient partie d'une "stratégie d'assaut" contre le pouvoir.

Le gouvernement sollicite un soutien financier pour les législatives

Le gouvernement a demandé un soutien financier extérieur pour l'organisation des prochaines législatives, dont le coût est estimé à cinq millions de dollars.
La demande a été formulée par le Premier ministre, Carlos Correia, au cours d'une réunion à Bissau avec les membres du corps diplomatique et les représentants de partenaires au développement.
Le bureau local du PNUD a été chargé de coordonner la recherche de financement auprès des bailleurs.
Ces législatives, les deuxièmes après l'instauration du multipartisme en Guinée-Bissau, initialement prévues en juillet, ont été reportées au mois de novembre en raison du retard dans la mise en place d'une commission nationale des élections, chargée de l'organisation et du contrôle du scrutin.
Le gouvernement va dépenser sur son propre budget 2,5 millions de dollars pour le recensement électoral qui doit démarrer en juin.

Afrique-Express N° 172 Jeudi 09 juillet 1998

Le conflit s'enlise malgré l'intervention des forces étrangères, sénégalaises et guinéennes

L'évêque de Bissau, Mgr Settimio Ferrazzetta, a estimé le  juillet, que l'envoi d'une éventuelle force étrangère d'intervention en Guinée-Bissau serait "un malheur" pour son pays, dans un interview au quotidien portugais Publico.
Le prélat a estimé que l'envoi d'une nouvelle "force de guerre n'a pas de sens". Ce serait un malheur pour le pays. Nous avons déjà vu ce qui s'est passé avec l'intervention des Sénégalais. Il n'ont pas résolu le conflit par la force et ont créé des problèmes avec la population qui ne pense qu'à les voir partir", affirme Mgr Ferrazzetta.
Le prélat résume au mieux la situation, car malgré les premiers communiqués de guerre triomphalistes, l'armée sénégalaise n'a pas réussi à mettre fin à la rébellion lancée par l'ancien chef d'état-major, le général Ansumane Mané. Depuis un mois, les insurgés du général Ansumane Mané et les troupes restées fidèles au président Vieira, soutenues par des soldats sénégalais et guinéens (Conakry), s'affrontent dans la partie nord de la ville, qui englobe le camp de Bra, l'aéroport international Bissalanca et l'Assemblée nationale. La zone de l'aéroport commande la seule route qui permet de relier la capitale au reste du pays. La capitale,  Bissau, est désertée par ses habitants, alors que plus de 250.000 personnes déplacées à l'intérieur du pays commencent à connaître de sérieux problèmes d'approvisionnement.
Selon l'évêque, la solution du conflit ne peut être trouvée que par le dialogue et pour ce faire, "le cessez-le-feu est indispensable". Il estime également qu'"il faudra dans une seconde phase" la présence d'une force d'interposition.

Le bilan des victimes n'est toujours pas connu, mais dépasse sans doute déjà plusieurs centaines de morts. Les tirs d'obus font en moyenne cinq morts par jour chez les civils dans les rues de Bissau. A la mi-juin, avant l'extension des combats à l'intérieur du pays, l'état-major sénégalais avait fait état de plus de 110 morts chez les rebelles lors d'une offensive contre le camp de Bra. Les pertes sénégalaises s'élevaient à une vingtaine de morts. La ville de Mansoa, important carrefour routier à 50 Km au nord-est de Bissau, a été le théâtre de violents affrontements, au cours desquels une centaine de civils auraient été tués, selon des missionnaires italiens installés dans la ville.

Echec de la diplomatie

Toutes les tentatives de médiation ont jusqu'à présent échoué, qu'il s'agisse d'initiatives locales, menées par des Parlementaires et des autorités religieuses, où internationales. Les positions du général Mané et du président Vieira n'ont pas changé d'un iota depuis le début du conflit : le premier demande un cessez-le-feu comme préalable à l'ouverture de négociations, le second exige que les insurgés déposent d'abord les armes.
Les militaires insurgés lient l'ouverture de négociations avec le président Vieira à l'envoi en Guinée-Bissau d'une force d'interposition portugaise, chargée de surveiller le retrait du pays des forces étrangères.
 Le Premier ministre portugais Antonio Guterres a jugé "totalement prématuré" l'envoi d'une telle force, estimant que le recours à une force d'interposition devait avoir lieu dans le cadre d'un accord de paix.

Sur le plan diplomatique, les deux principales initiatives, toujours en cours, sont venues d'une médiation menée par les ministres portugais et angolais des Affaires étrangères, et de la CEDEAO (Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest) à laquelle le président Vieira a demandé l'envoi d'une force de type ECOMOG, comme au Libéria ou en Sierra Leone.
Au cours d'une réunion ministérielle tenue à Abidjan, la CEDEAO, qui regroupe 16 Etats de l'Afrique de l'Ouest, a décidé d'user de tous les moyens, y compris la force, pour mettre fin à la crise.
Outre l'usage de la force, elle a également préconisé la négociation et l'imposition de sanctions, au cas où les rebelles prendraient le pouvoir. Avec ce type de déclaration, la CEDEAO semble surtout "cautionner" l'intervention précipitée du Sénégal (1.500 hommes) et de la Guinée, car l' ECOMOG a déjà toutes les peines du monde à trouver des contingents de soldats autres que Nigérians pour intervenir en Sierra Leone.
Comme de nombreuses autres organisations internationales (ONU, OUA, Union Européenne), elle a condamné la mutinerie et apporté son soutien au régime légal du président Vieira.
Le président Joao Bernardo Vieira s'est déjà déclaré déçu par l'"absence d'une position ferme" du Portugal sur le conflit et a regretté que la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP) n'ait pas encore condamné la rébellion militaire.
La CPLP regroupe le Portugal, le Brésil et les cinq anciennes colonies portugaises d'Afrique (Angola, Cap-Vert, Guinée-Bissau, Mozambique et Sao Tomé et Principe).
L'intrusion de troupes étrangères n'est pas perçue d'un bon œil par tout le monde. Ainsi, le Premier ministre du Cap-Vert, Carlos Veiga, a déclaré ne peut être résolu, de façon définitive et consistante, que par le dialogue et les médiations avec le Portugal et l'Angola.
"Ce ne sont sûrement pas les étrangers qui vont trouver une solution aux problèmes de la Guinée-Bissau", a-t-il ajouté, précisant à propos de l'intervention sénégalaise "ne pas approuver" ce type d'intervention. Un point de vue très proche de celui du président sao-toméen, Miguel Trovoada.

Le "Programme de la Junte Militaire"

Les militaires insurgés  se présentent comme des "Combattants de la Liberté de la Patrie" (CLP) et se proposent de "défendre les intérêts supérieurs de la justice et de la liberté" ainsi que "d'approfondir la démocratie en vue de restaurer les valeurs inscrites dans la mémoire collective" du peuple.
Selon le programme de la Junte Militaire, les CLP se disent "conscients de la grave crise de société et d'Etat" créée par "les obstacles dressés contre la démocratie" par le président Joao Bernardo Vieira qui a "parié sur la personnalisation de la présidence de la République".
"En vérité, le président de la République n'a jamais assumé la démocratie, c'est à dire qu'il n'a jamais accepté que les institutions (organes de souveraineté) exercent leurs compétences spécifiques", lit-on dans ce programme.
Ils proposent de rendre "dans l'immédiat les pouvoirs publics aux civils" et la tenue "à brève échéance d'élections législatives et présidentielle". Ils préconisent également une "indépendance effective du pouvoir judiciaire", la "moralisation de la vie publique" du pays et l'élaboration d'une "loi-cadre sur la situation des anciens combattants". (avec AFP)

Le président Vieira

Le président Joao Bernardo Vieir , électricien de formation avant de rejoindre les rangs du PAIGC en 1960, est considéré comme un des héros de la lutte de libération nationale contre le colonialisme portugais.
A ses détracteurs qui l'accusent de tous les maux du pays, le président Vieira, qui appartient à l'ethnie minoritaire des Papels (9 % de la population), se défend d'être un dictateur et se présente plutôt comme un rassembleur, un ennemi farouche du tribalisme, l'homme de l'ouverture démocratique et de la libéralisation de l'économie.
Né le 27 avril 1939 à Bissau, c'est lui qui avait proclamé unilatéralement en septembre 1973 l'indépendance de la Guinée-Bissau, dans le maquis. Catholique pratiquant et grand amateur de tennis, "Nino" est marié à Isabel Romana.

Afrique-Express N° 173 Jeudi 30 juillet 1998

Accord de cessez-le-feu
Fragiles espoirs de paix après sept semaines de conflit sanglant

Un timide espoir de paix est apparu pour la première fois depuis sept semaines avec la signature dimanche 26 juillet d'un accord de cessez-le-feu entre représentants des insurgés et du gouvernement.
Cet accord, signé au large de Bissau sur la frégate portugaise Corte Real à l'initiative d'un groupe de contact de la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP), prévoit notamment le gel des positions militaires des deux parties en conflit et la création de corridors humanitaires pour venir en aide aux 250.000 personnes que les combats ont jetées sur les routes.
L'accord porte également sur la mise en place d'une force internationale d'interposition chargée de remplacer les troupes sénégalaises et guinéennes envoyées à Bissau dès le début du conflit, sans que l'on sache encore par qui cette force sera constituée.
Les ministres de la Défense de la CPLP, qui regroupe le Portugal, le Brésil et cinq pays africains, ont décidé la semaine dernière à Lisbonne la création d'une force lusophone destinée à des missions humanitaires et de maintien de la paix, qui n'existe toujours pas.
La force d'interposition, prévue pour la Guinée-Bissau, pourrait dès lors être constituée d'unités africaines, notamment des pays de la CEDEAO (Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest), qui recevraient l'appui logistique de la France et du Portugal.
En attendant la mise en place de cette force pour l'instant introuvable, mutins et représentants du président Joao Bernardo Vieira se retrouveront début août au Cap Vert pour de délicates négociations de paix qui porteront notamment sur l'avenir institutionnel de la Guinée-Bissau, où des élections législatives devaient avoir lieu en juillet.
Ils devront également étudier la possibilité d'une réconciliation entre les deux anciens compagnons de lutte, devenus des ennemis irréductibles: le général Ansumane Mané, chef de la rébellion, et le président Vieira, dont le mandat présidentiel expire dans un an.
La fracture paraît en effet irréversible entre les partisans du général Mané, auquel s'est ralliée la majeure partie de l'armée, et le président Nino Vieira, dont la légitimité a été reconnue même par les insurgés et qui est soutenu par la communauté internationale.
Le général Mané avait été limogé de son poste de chef d'Etat-major, après avoir été impliqué dans une affaire de trafic d'armes à destination de la Casamance, région méridionale du Sénégal où sévit depuis 15 ans une rébellion indépendantiste sanglante.
Sa destitution est intervenue à la veille de la présentation devant l'Assemblée nationale d'un rapport d'enquête parlementaire sur ce trafic, qui, selon de bonnes sources, portait des accusations contre des proches du président Vieira.
Le problème casamançais, avec ses ramifications en Guinée-Bissau où les indépendantistes ont toujours trouvé refuge, est la motivation essentielle de l'intervention des troupes sénégalaise venues porter secours au président Vieira.
Selon les services de renseignement sénégalais, qui craignaient l'extension du conflit à toute la sous-région, des indépendantistes casamançais combattaient aux côtés des insurgés du général Mané.
En intervenant à Bissau, l'armée sénégalaise -plus de 2.000 soldats- aurait ainsi poursuivi un double objectif : couper les bases arrières du maquis casamançais et remettre en selle le président Vieira, considéré comme un fidèle allié du Sénégal depuis l'admission de son pays il y a plus d'un an dans la zone Franc.
Les négociateurs devront également se pencher sur le problème de la reconstruction d'un pays, considéré comme l'un des plus pauvres au monde et où la récolte de la noix de cajou, sa principale richesse, a été compromise par les combats, alors que les populations déplacées sont menacées par la famine et par une épidémie de choléra.
Sept semaines de rébellion ont ébranlé l'économie d'un pays où l'entrée dans la zone Franc avait provoqué une inflation galopante et le mécontentement populaire.

L'opposition parlementaire réclame le retrait des "forces d'occupation étrangères"

Les deux partis de l'opposition parlementaire bissau-guinéenne ont réclamé le "retrait inconditionnel des forces d'occupation étrangères" du pays mais se sont félicités de la médiation lusophone. Dans un communiqué, la Résistance pour la Guinée-Bissau/Mouvement Bafata et l'Union pour le changement, condamnent l'intervention des forces militaires du Sénégal et de la Guinée-Conakry qu'elles jugent "illégale, en l'absence de tout accord valable et ratifié par l'Assemblée nationale populaire".
Les partis de l'opposition estiment que "toute solution de l'actuel conflit armé passe nécessairement par le retrait inconditionnel des forces d'occupation étrangères présentes dans le pays". Dans leur communiqué, les deux formations de l'opposition parlementaire affirment soutenir "inconditionnellement" la récente médiation du groupe de contact de la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP) qui a conduit à un cessez-le-feu entre les deux parties.

Sur le terrain

Six semaines après le début du soulèvement d'une partie de l'armée, la situation militaire restait toujours bloquée. Les positions sur le terrain n'ont guère évolué: les mutins restant retranchés dans le nord de Bissau et tenant toujours la zone stratégique de l'aéroport, coupant ainsi la capitale du reste du pays.
Les troupes loyalistes, soutenues par des soldats sénégalais et guinéens, se sont rapprochées de l'aéroport, qui a été piégé et miné, mais ne l'ont pas encore investi.
Les échanges de tirs d'artillerie se poursuivent, entrecoupés d'accalmies plus ou moins longues, faisant des victimes et des dégâts dans la capitale.
Les affrontements à Bissau ont entraîné l'exode de quelque 250.000 personnes, notamment à l'intérieur du pays, où elles semblent avoir été bien intégrées par les populations locales. Leur ravitaillement a été rendu possible par la décision des autorités sénégalaises d'ouvrir des couloirs humanitaires.

Au Sénégal
Tout en condamnant la mutinerie, l'opposition réclame des explications sur l'intervention de l'armée

Un grand ombre de partis de l'opposition sénégalaise ont demandé des explications au gouvernement sur l'intervention de l'armée sénégalaise dans le conflit bissau-guinéen.
Ces partis se sont étonnés que ni le peuple, ni l'Assemblée nationale n'ont été informés sur les tenants et les aboutissants de l'intervention des troupes sénégalaises en soutien du président bissau-guinéen Joao Bernardo Vieira, encore moins sur le coût matériel et financier de ces opérations.
Tout en ayant condamné "sans ambiguïté" la mutinerie bissau-guinéenne du général Ansumane Mané, quatre partis (la Ligue démocratique-Mouvement pour le Parti du travail (LD/MPT), le RND, le BCG et l'URD de Djibo Ka) ont ainsi dénoncé le "mutisme inquiétant" du gouvernement sur l'intervention de l'armée. Ces partis ont regretté les énormes pertes en vies humaines, civiles et militaires ainsi que la situation humanitaire désastreuse révélant "une carence dans l'appréciation de la situation générale sur le terrain".
Avant eux, cinq autres partis d'opposition avaient interpellé le président sénégalais Abdou Diouf en lui demandant de "s'adresser sans délai, à la nation pour dire la vérité sur les tenants et les aboutissants" de l'intervention de l'armée. Ces cinq partis - le Parti démocratique sénégalais (PDS), le Parti de l'Indépendance et du Travail (PIT), la CDP, AJ/PADS et le CDS - exigeaient des clarifications, notamment sur "la durée et les chances de réussite de cette opération, les pertes de l'armée sénégalaise, les risques d'extension du conflit et la position réelle de nos voisins, celle de l'ECOMOG et celle de la communauté internationale".

Afrique-Express N° 174 Jeudi 10 septembre 1998

Accord sur un cessez-le feu

Le gouvernement bissau-guinéen et la junte militaire rebelle ont signé mercredi 26 août, à Cidade de Praia, au Cap-Vert, un accord de cessez-le feu. L'accord, obtenu grâce aux efforts de médiation de la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP) et de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), a été signé au palais de l'Assemblée nationale cap-verdienne par le ministre bissau-guinéen de l'Equipement social, des Transports et des Communications, Joao Cardoso, par le lieutenant-colonel Emilio Costa, représentant la junte militaire, par le coordinateur du Groupe de contact de la CPLP, le ministre des Affaires étrangères du Cap-Vert José Luis de Jesus, et par le représentant de la CEDEAO Amara Essy.
L'accord "réaffirme la reconnaissance publique des institutions et de la légalité démocratique" et prévoit le maintien "des positions militaires respectives au moment de l'entrée en vigueur" du mémorandum d'entente signé sous l'égide de la CPLP le 26 juillet dernier.
Il stipule également l'ouverture de l'aéroport Osvaldo Vieira, à Bissau, "en vue de favoriser l'acheminement de l'aide humanitaire, l'appui logistique à la mission d'observation du cessez-le-feu et de faciliter le retour des réfugiés".
La composition et les effectifs des forces d'observation et d'interposition doivent être arrêtés prochainement.
Les pourparlers devaient reprendre les 11 et 12 septembre à Abidjan afin notamment de préparer un agenda des négociations, la mise sur pied d'une force d'observation militaire chargée de surveiller l'accord de cessez-le-feu.

Afrique-Express N° 176 Jeudi 29 octobre 1998

Lueurs d'espoir à Bissau après une semaine de crise

Après une semaine de crise, une lueur d'espoir est apparue à Bissau, où le chef des rebelles, le général Ansumane Mané, a accepté de rencontrer le président élu Joao Bernardo Vieira, une rencontre prévue le 27 octobre.
A l'occasion de ces derniers combats, la Junte militaire du général Mané s'est emparé de la deuxième ville du pays, Bafata, mais aussi de la ville de Gabu, contrôlant ainsi quasiment tout le pays, à l'exception de la capitale, Bissau, et des îles situées au sud.
Elle apparaît désormais en position de force pour entamer d'éventuelles négociations en vue de mettre fin à une crise qui dure depuis le 7 juin.
Pour les observateurs, un règlement de la crise doit nécessairement passer par un accord avec le Sénégal, le puissant voisin, qui souhaite la création d'un couloir de sécurité le long de sa frontière avec la Guinée-Bissau.
La stratégie des rebelles ne serait pas de prendre Bissau, mais de faire en sorte que le président Vieira soit lâché par ses alliés qui supportent l'essentiel des efforts de guerre.
Sur le plan humanitaire, alors que les derniers combats semblent avoir fait de nombreuses victimes militaires et civiles, la Guinée-Bissau est à nouveau plongée dans le chaos, après le départ de dizaines de milliers de personnes ayant repris le chemin de l'exode.

Décès d'un dirigeant de l'opposition

Joao Costa, ancien président de l'Union pour le changement (UM), deuxième plus importante formation de l'opposition bissau-guinéenne, est décédé le 11 octobre après une longue maladie.
Combattant de la lutte de libération de son pays, Joao Costa a occupé le poste de ministre de la Santé après l'indépendance. Il a été l'un des signataires du "Mouvement des 121" qui a rompu, en 1991, avec le Parti africain pour l'indépendance de la Guinée-Bissau (PAIGC, au pouvoir).
Depuis le début de la mutinerie militaire le 9 juin dernier, il s'était réfugié, ainsi que d'autres dirigeants de l'opposition, dans la région de Canchungo à 80 km à l'est de la capitale.

Au Portugal
Manifestation devant l'ambassade de France

Une vingtaine de Bissau-Guinéens ont manifesté le 21 octobre devant l'ambassade de France à Lisbonne pour protester contre "l'appui de la France" au Sénégal et pour exiger le retrait des troupes sénégalaises de la Guinée-Bissau.
Une délégation de manifestants, dirigée par Fernando Ka, président de l'Association guinéenne de solidarité sociale (AGUINENSO), a été reçue à la porte de l'ambassade par un membre de la mission française auquel il a remis une lettre.
Les manifestants accusaient Paris d'avoir "deux poids, deux mesures" en défendant la paix au Kosovo et, en même temps, en appuyant le Sénégal "dans sa croisade de génocide" contre la Guinée-Bissau.
Selon Carlos Schwarz, président de l'association bissau-guinéenne "Action pour le Développement" qui est réfugié au Portugal, son organisation avait essayé de tenir une conférence de presse à Paris, en collaboration avec l'organisation "France Liberté" de Danielle Mitterrand. "Quand nous sommes arrivés à Paris, cette association, sous la pression du gouvernement français, avait annulé unilatéralement cette conférence", a-t-il indiqué.

Le soulèvement militaire (chronologie de l’Agence France-Presse)

JUIN
- 7: Début d'un soulèvement militaire par une attaque de l'état-major de l'armée de terre à Bissau.
L'insurrection a pour origine le limogeage du chef d'état-major des forces armées, le général Ansumane Mané, dans le cadre d'une affaire de trafic d'armes vers la Casamance (sud du Sénégal).
- 8: Les forces fidèles au président Joao Bernardo Vieira donnent l'assaut à deux casernes du quartier de Bra (près de l'aéroport, nord de Bissau), tenues par les rebelles.
- 9: Le général Mané déclare avoir pris la tête d'une junte militaire et exige la démission du président et du gouvernement.
L'OUA soutient le président Vieira.
- 10: La mutinerie prend une dimension régionale: 1.700 soldats sénégalais et guinéens (Conakry) sont à Bissau pour prêter main-forte aux troupes loyalistes. Les effectifs atteindront 2.000 hommes à la fin du mois.
- 18: Les forces sénégalaises s'emparent du complexe militaire de Bra. La ligne de front se déplace vers l'aéroport.
- 21: Nouvelle offensive des loyalistes contre l'aéroport.
Renforcement du contingent guinéen.
JUILLET
- 2: Les combats s'étendent à l'intérieur. Les forces loyalistes contrôlent toute la partie est et sud-est du pays.
- 5: Intenses tirs d'artillerie, les plus violents depuis le début de la rébellion, dans le secteur du camp de Bra et de l'aéroport, tenu par les rebelles.
- 12: Des tirs d'obus, en provenance du nord de Bissau, atteignent le centre de la ville.
- 26: Accord de cessez-le-feu entre représentants des insurgés et du gouvernement, à l'initiative d'un groupe de contact de la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP).
AOUT
- 5: Une force de 600 militaires guinéens arrive dans la région centre pour soutenir les forces loyalistes, selon les insurgés.
- 5: Le chef d'état-major de la marine est tué dans une embuscade tendue par les insurgés dans l'est, alors qu'il dirigeait une opération de débarquement d'une force sénégalaise, selon l'agence portugaise. Son adjoint et entre 12 et 15 militaires sénégalais sont également tués.
- 19: Le ministère portugais des Affaires étrangères annonce la fusion des médiations de la CPLP et de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO).
- 25: Le gouvernement et la junte signent au Cap-Vert un accord de cessez-le-feu destiné à consolider le retour à la paix civile. Il est obtenu grâce aux efforts de la CPLP et de la CEDEAO.
SEPTEMBRE
- 15-16: Pourparlers de paix à Abidjan. Aucun accord n'est signé entre le gouvernement et les mutins.
- 25: Le président Vieira se déclare favorable à la formation d'un gouvernement de réconciliation nationale.
OCTOBRE
- 9: Première rupture du cessez-le-feu du 25 août: tirs au nord de Bissau.
- 18: Tirs à l'arme légère et à l'arme lourde dans plusieurs quartiers de la capitale.
- 19: Poursuite des échanges de tirs à l'arme automatique et au mortier à Bissau, essentiellement le long de la ligne de front au nord de la capitale.

Afrique-Express N° 177 Jeudi 12 novembre 1998

Le rude chemin du retour à la paix

Les parties en conflit en Guinée-Bissau vont devoir dorénavant concrétiser sur le terrain l'accord de paix signé dimanche 1er novembre à Abuja au Nigeria, un accord qui nécessitera encore beaucoup d'efforts, selon le président Joao Bernardo Vieira, rentré à Bissau.
Le chef de l'Etat, qui, selon des témoins, est rentré "fatigué et crispé", après avoir mené des négociations longues et difficiles à Abuja, s'est félicité de cet accord, estimant cependant qu'il y avait encore "beaucoup à faire" pour le mettre en œuvre.
Le chef des rebelles, le général Ansumane Mané, a réaffirmé de son côté qu'il n'avait aucune ambition politique mais il réclame toujours la publication d'un rapport d'enquête parlementaire, qui, selon lui, le lave de tout soupçon dans une affaire de trafic d'armes à destination de la Casamance.
Désormais, le plus urgent pour les deux parties en conflit sera de mettre au point un calendrier pour la constitution d'un gouvernement d'unité nationale et la mise en place d'une force d'interposition ouest-africaine (ECOMOG).
Cette force, seule exigence réclamée par le général Mané, doit remplacer, si possible avant la fin du mois, les troupes étrangères, sénégalaises et guinéennes de Conakry, intervenues depuis cinq mois pour soutenir le régime du président Vieira.
Pour sa part, le chef de l'Etat nigérian, le général Abdulsalami Abubacar, artisan de l'accord de paix, a demandé à la communauté internationale, notamment aux Nations unies, d'apporter un soutien logistique pour la constitution de cette force.
Cette force de l'ECOMOG devrait se déployer le long de la ligne de front au nord de Bissau et dans un corridor de sécurité qui sera créé à la frontière entre la Guinée-Bissau et le Sénégal.
Un autre problème se pose dès lors, c'est de savoir quel sera son mandat exact, sa composition et les moyens qui seront mis à sa disposition. Pour l'heure, seuls trois pays - la Gambie, le Niger et le Bénin - sont pressentis pour y participer.
Sur le plan intérieur, le président Vieira et son ancien chef d'Etat-major devront rapidement s'entendre sur la composition d'un futur gouvernement d'Unité nationale, en vue de l'organisation d'élections générales, législatives et présidentielle, avant la fin du mois de mars 1999.
Dans un premier temps, il s'agira de trouver, mission très délicate, un Premier ministre accepté à la fois par la Junte, le président Vieira et l'opposition parlementaire, qui est proche des rebelles.
Quant aux élections générales, indispensables pour sortir le pays de l'impasse, elles nécessitent, pour leur crédibilité, la création d'un fichier électoral fiable, qui n'existe pas.
L'opération demandera du temps et exigera de gros efforts financiers dans un pays extrêmement pauvre dont l'économie a été détruite par cinq mois de guerre civile. (avec AFP)

Réactions
Les indépendantistes casamançais du MFDC saluent la "victoire" du peuple bissau-guinéen

Les accords d'Abuja constituent une "victoire du peuple bissau-guinéen sur les forces du mal", a déclaré le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC, indépendantiste), dans un communiqué qui qualifie les forces sénégalaises et guinéennes d'"armées d'agression" et leur demande de quitter le pays.

Le président Vieira lance un appel à "une véritable réconciliation nationale"

Le président Joao Bernardo Vieira a lancé un appel à une "véritable réconciliation nationale". S'adressant au peuple de Guinée-Bissau à la radio nationale, il a annoncé qu'il allait réunir les divers partis politiques représentés à l'Assemblée et convoquer le Conseil d'Etat pour procéder à la nomination d'un nouveau Premier ministre et à la formation d'un "gouvernement d'unité nationale", comme le prévoit l'accord d'Abuja.
"Je tends mes mains, a-t-il déclaré, à tous les hommes et toutes les femmes qui se sont placés dans les rangs de la Junte militaire auto-proclamée et je les invite à une véritable et profonde réconciliation nationale".
Le chef de l'Etat a par ailleurs félicité le général Mané pour "sa participation au dialogue".
La radio des rebelles, "Junta militar", a pour sa part interrompu les attaques violentes contre le président Vieira et son entourage.

Le texte de l'accord d'Abuja entre les belligérants en Guinée Bissau

Accord entre le gouvernement de Guinée Bissau et la junte militaire auto-proclamée:
Les parties au conflit en Guinée Bissau réunies à Abuja, au Nigeria, les 31 octobre et 1er novembre 1998, sous l'égide du 21e sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de la CEDEAO sont convenues de ce qui suit:
(1) Réaffirmer l'accord de cessez-le-feu signé à Praia le 26 août 1998.
(2) Retirer toutes les troupes étrangères de Guinée Bissau. Ce retrait devra être opéré en même temps que le déploiement d'une force d'interposition de l'ECOMOG qui remplacera les forces étrangères.
(3) La force d'interposition garantira la sécurité le long de la frontière entre le Sénégal et la Guinée Bissau, séparera les parties belligérantes et assurera le libre accès des organisations et agences humanitaires à la population civile  affectée par le conflit. A cette fin l'aéroport international Oswaldo-Vieira et le port maritime de Bissau doivent être ouverts immédiatement.
(4) La mise en place immédiate d'un gouvernement d'unité nationale comprenant entre autres des membres de la junte auto-proclamée, conformément à l'accord déjà conclu entre les parties.
(5) La tenue d'élections générales et présidentielle au plus tard fin mars 1999. La CEDEAO, la Communauté de pays de langue portugaise (CPLP) et la communauté internationale enverront des observateurs à ces élections.
Fait à Abuja le 1er novembre 1998.
Signé par:
- Le président Joao Bernardo Vieira (pour le gouvernement de la république de Guinée Bissau),
- Le général Ansumane Mane (pour la junte militaire auto-proclamée).

Témoins de cette signature:
- Le général Abdusalami Abubakar, chef de l'Etat nigérian, pour le compte de la CEDEAO,
- Le président gambien Yahya Jammeh,
- Koffi Panou, ministre des Communications de la république du Togo,
- Lansana Kouyate, secrétaire général de la CEDEAO,
- Le professeur Ibrahma Fall, secrétaire général adjoint aux Affaires politiques pour le compte du Secrétaire général des Nations unies,
- Mme Adwoa Coleman, représentante de l'Organisation de l'unité africaine (OUA), pour le compte du Secrétaire général de l'OUA.

 
 
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