Le président bissau-guinéen Joao Bernardo Vieira a été tué lundi 2 mars 2009 par des militaires dans la capitale à Bissau, quelques heures après l'assassinat du chef d'état-major de l'armée, le général Tagmé Na Waié.
Le général Tagmé Na Waié était mort le dimanche 1er mars, des suites d’un un attentat à la bombe commis dans son bureau au quartier général de l’armée.
Les rapports entre le président Viera, dit « Nino », et son chef d’état major étaient des plus tendus depuis plusieurs mois. En janvier, le général Na Waié avait accusé le clan présidentiel d'avoir voulu le "liquider" après avoir essuyé des coups de feu sur sa voiture lorsqu’il passait devant le palais présidentiel.
A contrario, le 23 novembre, des militaires avaient attaqué de nuit la résidence du président Vieira, faisant deux morts au sein de sa garde. Le président avait alors reproché au général Na Waié de ne pas être intervenu.
Le président Vieira a été tué par des proches du général Tagmé Na Waié au moment où il tentait de fuir sa maison.
Le capitaine de frégate Zamora Induta, responsable des relations extérieures de l'armée, a accusé Joao Bernardo Vieira d’être responsable de la mort de son chef d’état-major, le général Tagmé Na Wai, qui avait été nommé à ce poste en octobre 2004.
Le président Joao Bernardo Vieira, électricien de formation avant de rejoindre les rangs du PAIGC en 1960, était né le 27 avril 1939 à Bissau, et c'est lui qui avait proclamé unilatéralement en septembre 1973 l'indépendance de la Guinée-Bissau, dans le maquis. Il était de I'ethnie pepel. Le Parti africain pour l'indépendance de la Guinée-Bissau et des îles du Cap-Vert (PAIGC), avait été fondé par Amilcar Cabral.
A la fin de la guerre d'indépendance en 1973, « Nino » avait repris ses études et obtenu un baccalauréat en 1980. Après une période d'entraînement militaire en Chine, il fut nommé commandant de région, puis entra en 1964 au Comité central du PAIGC. Il prit en charge le front sud de 1967 à 1970, ce qui lui permit de se lier à l’ancien président de Guinée Conakry, Lansana Conté qui à l’époque avait en charge la zone militaire nord de la Guinée Conakry, dirigée par Sékou Touré qui soutenait les indépendantistes bissau-guinéens.
Après la déclaration d’indépendance officielle, en 1974, il devient président de l'Assemblée nationale populaire.
Parti à Cuba pour suivre une formation politique et militaire, il rentre au pays pour être nommé d’abord commissaire principal du Conseil des commissaires d'Etat (le gouvernement ) puis Premier ministre, le 11 octobre 1978.
Il renverse le régime du président Luis Cabral, le 14 novembre 1980, et devient président du Conseil de la Révolution. Un coup d’Etat « ethnique » qui visait à réduire l'influence des métis descendants des Cap-Verdiens comme l’était Luis Cabral. Luis Cabral était devenu le premier président de Guinée Bissau à l'indépendance du pays en 1974.
Son frère, Amilcar Cabral, fondateur du PAIGC, avait été assassiné juste devant chez lui en Guinée-Conakry, le 20 janvier 1973.
Après ce coup d’Etat et après avoir dissout l'Assemblée nationale, « Nino » rejette le projet de fusion avec le Cap-Vert.
En mai 1984, après des élections législatives, il est nommé chef de l'Etat et supprime le poste de Premier ministre.
Un an plus tard, il échappe à une première tentative de coup d’Etat, et fait arrêter le vice-président, Paulo Correira.
Son inclinaison marxiste s’effiloche avec le temps. En 1987, il rompt avec Pékin et tombe dans les bras de Taïwan, puis renonce officiellement au marxisme en 1990.
C’est l’époque où le multipartisme pointe le bout de son nez en Afrique, ce qui sera chose faite en Guinée Bissau.
Il échappe à une deuxième coup d'Etat, le 17 mars 1993.
En septembre 1994, il est élu président de la République pour un mandat de 5 ans, à l'issue du deuxième tour (52,02 % des suffrages) qui l’opposait à Kumba Yalla.
Mais Joao Bernardo Vieira est renversé en juin 1998, par un coup d'Etat dirigé par le général Ansumane Mané. ll part en exil au Portugal en 1999 pour en revenir qu’en 2005 pour se porter candidat à l’élection présidentielle.
Kumba Yala, d’ethnie balante, leader du Parti de la rénovation sociale (PRS), fut élu président en janvier 2000, mais il fut à son tour renversé en septembre 2003 par un coup d’Etat orchestré par une junte dirigée par le général Verissimo Correia Seabra.
Le général Verissimo Seabra s'était alors brièvement auto-proclamé "président par intérim" à la tête d’un "Comité militaire de restitution de l'ordre constitutionnel et démocratique" (CMROCD), avant d'accepter sous la pression extérieure l'installation d'un régime de transition, présidé par Henrique Rosa.
Le général Verissimo Seabra fut tué à son tour lors d'une nouvelle mutinerie en octobre 2004, les soldats mutins, d’ethnie balante pour la plupart, appartenaient à l'ex-corps expéditionnaire bissau-guinéen qui avait été envoyé au Liberia entre août 2003 et juin 2004 dans le cadre de la Minul (Mission des Nations unies au Liberia).
Le président Henrique Rosa organisa des élections législatives en mars 2004, remportées par le PAIGC avec une majorité relative de 45 sièges sur 102, le Parti de la rénovation sociale (PRS) de l'ancien président Kumba Yala, arrivant en deuxième position avec 35 sièges.
Le 9 mai 2004, Carlos Gomes Junior, président du PAIGC, fut nommé Premier ministre en remplacement d'Artur Sanha qui assurait la transition.
Le retour au pays de « Nino » et sa candidature à la future présidentielle prévue en 2005 provoquent une nouvelle cassure au sein du PAIGC qui avait désigné Malam Bacai Sahna comme son candidat.
En juin 2005, « Nino » remporte la présidentielle à l'issue du deuxième tour avec 28,87 % des voix, derrière Malam Bacai Sanha (35,45 %) qui était le candidat officiel du PAIGC.
Lors de ce scrutin, « Nino » fut soutenu à la fois par le Portugal, la France et son « bras » arrière, la Guinée Conakry, encore dirigée par Lansana Conté, mais aussi le Sénégal, qui voyait en lui le meilleur remède pour mettre fin aux activités transfrontalières des rebelles casamançais.
Son retour au pouvoir ne fit qu’exacerber les crises politiques.
De crise en crise, arrivent les législatives de du 16 novembre 2008 qui voient le PAIGC, sorti en juillet d’un gouvernement d'union nationale, reconquérir la majorité au Parlement avec 67 sièges sur 100 contre 28 pour le PRS de l'ancien président Koumba Yala et 3 sièges pour le Parti républicain pour l'indépendance et le développement (PRID).
Carlos Gomes Junior est alors nommé Premier ministre malgré ses divergences avec le président Viera. Agé de 59 ans, il devint le 5e Premier ministre de Guinée Bissau en l'espace de trois ans. Il avait déjà occupé ce poste d'avril 2004 à septembre 2005, avant d'être limogé par le président Vieira
Où il ne fait pas bon d’être chef d’état-major en Guinée-Bissau
Le chef d'état-major de l'armée, le général de brigade Tagmé Na Waié, assassiné dimanche 2 mars 2009, succédait au général Verissimo Correia Seabra, lui-même tué au cours d’une mutinerie le 6 octobre 2004.
Le général Na Wai, 56 ans, était lui aussi un vétéran de la guerre de libération nationale (1961-1974). Considéré comme un meneur d'hommes, il avait gagné la sympathie d’une grande partie de l’armée lors du conflit politico-militaire de juin 1998 à mai 1999 ayant abouti au renversement du président Joao Bernardo Vieira dit "Nino".
Le général Verissimo Seabra, lui, avait été à l'origine du coup d'état qui avait déposé le chef de l'Etat Kumba Yala en septembre 2003. Il était aussi en 1999 le numéro deux de la junte dirigée par le défunt général Ansumane Mané, ancien chef d'état-major des armées et figure emblématique de la lutte de libération de la Guinée-Bissau contre le Portugal.
En novembre 2000, après avoir tenté un coup de force contre le régime de Kumba Yala et s'être autoproclamé chef d'état-major général des armées - à la place de Verissimo Seabra Correia - le général Mané avait été tué par des soldats loyalistes.
Le 1er novembre 2000, un décret présidentiel, visant à promouvoir Ies officiers de l'ex-junte en vue de leur mise à la retraite, avait été adopté. Le genéral Mané, refusant sa promotion et celle de 30 officiers, tenta un coup de force mais fut contraint de se rendre. Il a été tué par balles, le 30 novembre, dans des circonstances restées troubles.
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