Madagascar a perdu une grande figure politique samedi 26 décembre 2009 : Jacques Sylla, ancien Premier ministre et ancien président de l'Assemblée nationale de Madagascar, est décédé à l’âge de 63 ans, à Antananarivo, des suites d'une longue maladie.
Jacques Sylla fut Premier ministre de mars 2002, peu après l'accession au pouvoir de Marc Ravalomanana (dont il fut le conseiller juridique), à janvier 2007. Il fut ensuite président de l’Assemblée nationale jusqu’au 12 novembre 2009, ce poste étant dévolu alors à un « président du Congrès de la transition », Mamy Rakotoarivelo, selon un accord de partage du pouvoir signé le 9 août à Maputo entre les quatre principales mouvances politiques malgaches.
Jacques Sylla, originaire de Sainte Marie, une petite île de la côte centre-est, était le fils de l’ancien ministre des Affaires étrangères Albert Sylla sous la première République malgache, dirigée par le président Philibert Tsiranana.
Il est entré en politique en 1992 quand il adhère à l'Union Nationale pour la Démocratie et le Développement (UNDD), le parti d’Albert Zafy.
Il occupa les fonctions de ministre des Affaires étrangères sous le régime de l’éphémère président Albert Zafy (1993-1996). Puis, il se consacra à sa profession et il revint au devant de la scène politique en 2002 au sein du parti de Marc Ravalomanana.
Catholique fervent et militant, il a dû en partie sa nomination comme Premier ministre début mars 2002 au cardinal Armand Razafindratandra. A l’époque, le président Ravalomanana cherchait un “côtier” pour donner le change au président Ratsiraka (lui-même côtier) et un catholique, pour donner des gages à l’Eglise qui l’avait porté au pouvoir.
Opposant modéré à l’ex-président Didier Ratsiraka, membre du groupe d’avocats qui conseillent Marc Ravalomanana à son élection à la mairie d’Antananarivo en novembre 1999, Jacques Sylla a d’emblée soutenu ce dernier au premier tour de la présidentielle du 16 décembre 2001.
La modération et l’habileté avec lesquelles Jacques Sylla a géré les six mois de crise post-électorale, en évitant les affrontements ethniques et en ralliant pas à pas les éléments les plus “ratsirakistes” des forces armées à la cause du nouveau président, lui ont valu de prendre la tête du parti présidentiel, “Tiako’i Madagasikara” (TIM, “J’aime Madagascar”), comme secrétaire national.
Pour avoir conduit le parti TIM à la victoire aux législatives anticipées du 15 décembre 2002, il fut logiquement récompensé, et reconduit comme Premier ministre, d’autant plus facilement qu’il affirmait n’avoir aucune autre visée politique : « Je n’ambitionne pas d’être un jour président de la République », avait-il déclaré après sa deuxième reconduction en juin 2002 à la tête d’un gouvernement d’ouverture et de réconciliation nationale.
Il s'était rapproché du nouvel homme fort de Madagascar, Andry Rajoelina, qui a renversé en mars 2009 le président Ravalomanana avec le soutien de l'armée. On le vit même, sur la fameuse place du 13 mai à Antananarivo, demander à son ancien « mentor », Ravalomanana, de démissionner.
Né le 22 juillet 1946 à Sainte - Marie, l’île aux pirates, licencié en droit, avocat de profession, Jacques Sylla était marié, et père de trois filles et un garçon.
La quasi totalité de la classe politique malgache lui a rendu hommage, comme d’autres personnalités, tel son ami Paul Vergès, le président du Conseil régional de l’île française de La Réunion |