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Alpha Oumar Konaré - biographie

L'intellectuel panafricaniste
Alpha Oumar Konare aura incontestablement marqué l’histoire récente de son pays, d’abord dans la lutte pour l’avènement de la démocratie dans les années 90, puis comme président de la République pendant une décennie (1992-2002).


alpha-konaréNé le 2 février 1946 à Kayes, la fameuse 1ère région du Mali, grande pourvoyeuse d'immigrés, il effectue ses études à l’Ecole normale secondaire de Katibougou en section " lettres", puis intègre l’Ecole normale supérieure de Bamako (section histoire et géographie), d’où il sortira en 1969.
Militant syndicaliste, il est à cette époque l’un des fondateurs de l’Association des élèves de l’Ecole normale supérieure (ENSUP), puis du Syndicat national de l’éducation et de la culture (SNEC). En 1967, il est élu secrétaire général du mouvement de la jeunesse du parti US-Rda (Union soudanaise - Rassemblement démocratique africain, le parti du premier président du Mali, Modibo Keita).
Il enseigne d’abord comme instituteur à Kayes, puis comme professeur au lycée Markala à Bamako.
En 1975, il obtient un doctorat de 3e cycle dans la spécialité "histoire-archéologie" à l’université de Varsovie en Pologne.
De retour au Mali, il est chargé de recherches à l’Institut des sciences humaines, puis, de 1975 à 1978, chef de la division du patrimoine historique et ethnographique au Ministère de la culture.
Il entre au gouvernement sous le régime du général Moussa Traoré, comme ministre de la Jeunesse, de Sports et de la Culture, en mai 1978.
Il démissionne du gouvernement en août 1980 pour cause de divergences avec le régime.
En 1983, il crée la Coopérative culturelle Jamana qui éditera le journal Les Echos et la revue Jamana, dont il fut directeur de publication.
Le premier numéro des Echos sort le 17 mars 1989, date anniversaire de l’assassinat d’un leader estudiantin, Abdoul Karim Camara dit "Cabral". Ce journal jouera un rôle déterminant dans la lutte pour l’ouverture démocratique.
Mais son combat politique ne date pas seulement de cette époque. Après le coup d’Etat de Moussa Traoré qui a renversé le premier président malien, Modibo Keita, en 1968, Alpha Oumar Konare milite dans une organisation clandestine, le Parti malien du travail.
En 1990, il participe à la création de l’association "Alliance pour la Démocratie au Mali" (ADEMA) qu’il se transformera en parti politique en fondant l’ADEMA/PASJ "Alliance pour la démocratie au Mali-Parti africain pour la solidarité et la justice". Il en est le premier président et le délégué à la conférence nationale du Mali en 1991 après la chute de Moussa Traoré.
En janvier 1992, la Conférence nationale de l’Adéma-P.A.S.J le désigne à l’unanimité comme candidat du parti pour l’élection présidentielle pluraliste à venir.
En avril 1992, à la fin de la transition démocratique gérée par Amadou Toumani Touré, Alpha Oumar Konare est élu président de la République, avec 69,01 % des suffrages au second tour contre Tiéoulé Mamadou Konaté, à l’époque leader du BDIA-FJ.
Il est réélu pour un second mandat en mai 1997 dans des conditions peu glorieuses. L’ensemble de l’opposition avait boycotté ce scrutin pour protester contre l’organisation calamiteuse des élections législatives, élections qui furent finalement annulées. Face à un seul candidat, Mamadou Maribatrou Diaby du PUDP, Alpha Konare, candidat de l’ADEMA, n’a réuni sur son nom que 1.056.619 d’électeurs sur 5.428.256 d’inscrits.
Pendant cette période "chaude" de la vie politique malienne, la plupart des opposants à Alpha Konare furent même arrêtés pendant quelques mois. Dans une émission télévisée, Alpha reconnaîtra lui-même que l'incarcération de ces opposants constitua "un échec qu'il faut dépasser".
Quand arrive l’élection présidentielle de 2002, Alpha respecte la constitution et ne postule pas à un troisième mandat, décision saluée par la communauté internationale et les Maliens, tant les manipulations des constitutions sont légion en Afrique.
Mais son parti, l’ADEMA, affrontera cette élection présidentielle dans des conditions pitoyables, comme si Alpha avait tout fait pour le voir perdre et donner ainsi un sérieux coup de main au futur président que sera le général Amadou Toumani Touré (ATT). L’homme de la rue à Bamako en sera même à se demander si Alpha n’a finalement pas tout simplement renvoyer l’ascenseur à un ATT qui lui avait ouvert les portes du palais présidentiel en 1992, en renonçant lui aussi à se maintenir au pouvoir après la période de transition qui a suivi la chute du régime de Moussa Traoré.
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En 2002, Alpha Konare laissa donc un parti mythique – le tombeur du régime militaire – dans un triste état.
Dès les premières années de son pouvoir, l’ADEMA a vu une kyrielle d’hommes politique la quitter pour fonder leurs propres formations politiques. Le coup de bélier aura été donné par l’ancien Premier ministre Ibrahim Boubacar Keita (1994 à 2000), qui, comprenant qu’Alpha Konare n’en ferait pas son dauphin pour la présidentielle de 2002, quittera l’ADEMA pour créer en juin 2001, le Rassemblement pour le Mali (RPM), emmenant dans ses bagages pas mois de 37 députés démissionnaires eux aussi du parti présidentiel.
A son actif, Alpha Konare peut se targuer d’avoir véritablement libéraliser les moyens d’informations (presse privée et radios privées pullulent au Mali), d’être resté en accord avec ses convictions profondes en commuant la peine de mort prononcée à l’encontre de Moussa Traoré en prison à vie. Gracié le 29 mai 2002 par Alpha, Moussa Traoré avait été condamné à mort en 1992, pour crimes "politiques", puis de nouveau condamné à la peine capitale en 1999 pour crimes "économiques". Son épouse, Mariam, avait été également condamnée à mort pour crimes économiques. Alpha Oumar Konare, hostile à la peine de mort, avait dans un premier temps commué la peine des époux Traoré en prison à perpétuité.

Ses échecs ? La lutte contre la pauvreté et contre la corruption

Quand il quitte le pouvoir le 8 juin 2002, jour de l’investiture d’ATT, le Mali est toujours un des pays les plus pauvres de la planète, avec une population sous-éduquée, un taux de chômage élevé. Un cocktail qui explique en partie la grande soif d’immigration des Maliens.
Avant de quitter le pouvoir, il rendra hommage au premier président du Mali, Modibo Keïta, en inaugurant un mémorial à Bamako.
Pauvre, mais fier
Le Mali a beau être un des pays les plus pauvres de la planète, et à ce titre très dépendant des aides extérieures, cela n'a pas empêché Alpha Oumar Konaré de faire montre d'une certaine noblesse et de fierté lorsqu'en juillet 1995, il a refusé de se rendre à Dakar où Jacques Chirac avait "convoqué" un panel de présidents africains.
"La démarche adoptée par le programme de visite du président français paraît supposer une hiérarchisation des relations de la France avec les pays francophones d'Afrique qui ferait apparaître des zones de préférence", avait-il fait remarquer à l'époque.

Le panafricaniste aux affaires africaines et au franc parler

Il est élu président de la Commission de toute nouvelle l’Union africaine le 10 juillet 2003 par les chefs d’Etats africains réunis en sommet à Maputo. A ce titre, il s'impliquera particulièrement pour tenter de résoudre les conflits politiques et souvent post-électoraux du continent, tout en prônant un véritable panafricanisme qui passerait, selon ses dires, par la réalisation des Etats-Unis d’Afrique. En mai 2004, devant le parterre de l’UNESCO, il définissait l’Union africaine comme "une organisation d’intégration régionale" qui doit évoluer vers la création des "Etats-Unis d’Afrique".
A la tête de la Commission de l'UA, il n'a eu de cesse aussi de dénoncer les politiques de lutte contre l'immigration clandestine menées par les pays européens, et la France en particuliers.
"Nous devons dire non à la politique d'immigration choisie qui aura pour effet de vider nos pays de nos cadres. Il nous faut adopter une politique commune pour faire face à cette situation dramatique et inacceptable.", déclare-t-il en août 2006, à Addis Abéba.
En 2005, il s'était aussi révolté après la mort d'immigrants à la frontière entre le Maroc et l'enclave espagnole de Mellilia.
"Je désapprouve le traitement infligé aux immigrés. Ces immigrés ne sont ni des bandits ni des voleurs, ils n’étaient point armés pour être ainsi exécutés", déclara-t-il.
En 2007, ce sont les nouvelles lois françaises, et notamment celle voulant imposer des tests ADN aux personnes voulant bénéficier du regroupement familial, qui lui donnent l'occasion de hausser le ton une nouvelle fois : "Pour nous ces tests ADN sont inconcevables. Ils sont inacceptables au niveau éthique, moral et culturel", déclare-t-il dans un entretien accordé à RFI au siège de l'UA à Addis Abeba. Pour les Africains, ces tests "ne sont pas du tout conformes à notre conception de la famille, de la société, ni concevables du point de vue de notre conception de l'Homme", souligne-t-il.
En janvier 2008, il est remplacé à la présidence de la Commission de l'UA par le gabonais Jean Ping à qui il passe le flambeau le 28 avril .
A la classe politique malienne qui s'interrogeait sur son éventuel retour en politique, il a répondu "2012 n’est pas inscrit dans mon agenda. Mon épouse et moi, nous avons de grands projets", laissant entendre qu'il ne serait pas candidat à l'élection présidentielle de 2012.
R-J Lique

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données de base
Population : 14 millions
Superficie : 1 240 000km2
Monnaie : Franc CFA (1 euro = 655 FCFA)
Langue officielle : Français
Principales ethnies : Bambaras, Malinkés, Dogons, Peuls, Songhais, Maures, Touaregs
Président : Amadou Toumani Touré (ATT)
Premier ministre : Modibo Sidibé (25/01/07)
Parti au pouvoir : Aucun. Le président n'appartient à aucun parti et s'appuie sur une coalition qui le soutient à l'Assemblée.
Capitale : Bamako
Principales villes : Kaye, Mopti, Ségou, Gao, Kita
Archives de la revue Afrique-Express
1994 1995 1996 1997/1
1997/2 1998 1999 2000
2001 2002 2003 2004
 
 
Alpha Konare en six dates
  • 2 février 1946 : naissance d’Alpha Oumar Konare à Kayes
  • 1983 : il crée la Coopérative culturelle Jamana
  • 26 Mai 1991 : élu à la tête de l'Adéma-PASJ
  • Avril 1992 : élu président de la République (réélu en 1997)
  • 10 juillet 2003 : élu président de la commission de l’Union africaine
  • 28 avril 2008 : passe le flambeau de la présidence de la Commission de l'Union africaine (UA) au Gabonais Jean Ping