Ibrahim Boubacar Keita, dit"IBK" - biographie
Ancien
Premier ministre, ancien président de l'Assemblée
nationale, ancien président de l'Adema,
jamais de la République
L'ancienne "bête noire" de l'opposition malienne,
à son tour dans l'opposition
Avant
d'entrer activement en politique, Ibrahim Boubacar Keita, "IBK" pour ses proches a fait des études
de Sciences politiques et d'Histoire des Relations internationales
en France. C'est un "ancien" du prestigieux lycée
Janson de Sailly de Paris.
Il décroche à l'Institut d'histoire des relations
internationales contemporaines (IHRIC) une maîtrise
d'histoire et un DEA en Politique et relations internationales.
Au début des années quatre-vingts, il est conseiller
principal du Fonds européen de développement
(FED) puis chef d'un projet de développement dans le
nord du Mali.
Présenté comme "un très proche"
du président Alpha Oumar Konaré, IBK est appelé
comme directeur-adjoint de campagne du candidat Konaré
lors de l'élection présidentielle pluraliste
de 1992, organisée après la chute du président
Moussa Traoré.
Après l'élection de M. Konaré à
la présidence, Ibrahim Boubacar Keita est nommé
ambassadeur en Côte d'Ivoire avant d'entrer en 1993
au gouvernement comme ministre des Affaires étrangères.
Nommé pour la première fois Premier ministre,
le 4 février 1994, alors que le régime du président
Konaré est confronté à une crise scolaire,
à des grèves syndicales et à une recrudescence
de l'insécurité dans tout le pays et plus particulièrement
dans le nord, IBK avait réussi à juguler ces
crises qui avaient ébranlé le pouvoir.
"La restauration de l'autorité de l'Etat, déclarait-il, était un préalable
à la réalisation de l'Etat de droit et nul n'est
et ne sera au-dessus de la loi", déclarait-il
à l'époque.
Et d'ajouter que "le devoir de construire une société
de démocratie ne doit jamais nous faire perdre de vue
cette autre nécessité encore plus impérieuse
de sauvegarder et de consolider l'Etat en restaurant son autorité".
En ces temps-là, son franc-parler et sa fermeté
faisaient de lui la "bête noire" de l'opposition
malienne.
Il sera reconduit au poste de Premier ministre en février
1997 et traversera la grave crise qui a secoué le pays
lors des élections -présidentielle et légilatives
- de 1998.
Il démissionnera de son poste de Premier ministre le
13 février 2000, tout en gardant la présidence
du Comité exécutif du parti au pouvoir, l'Adéma-PASJ
(Alliance pour la démocratie au Mali-- Parti Africain
pour la Solidarité et la Justice).
A l'époque "président" du parti, le
président de la République ne pouvant pas se
présenter pour un troisième mandat à
la future présidentielle prévue en 2002, IBK
pense que son avenir est tout tracé. Il se considère
comme le candidat naturel de l'Adema et "dauphin"
du président Alpha Konaré. C'était mal
connaître les ambitions des uns et des autres.

De l'Adema au RPM ...
Ibrahim Boubacar Keita a, comme la plupart des hommes politiques
maliens, commencé sa carrière politique dans
des associations démocratiques. Aussi, c'est tout naturellement
que lors du premier congrès constitutif de l'Adema,
les 25 et 26 mai 1991, il est élu Secrétaire
aux relations africaines et internationales du parti. Puis
il monte en grade.
Au premier congrès ordinaire de l'Adema, en septembre
1994, il est élu président du Comité
exécutif, en somme le "président" du parti.
Il est réélu à ce poste au congrès
d'octobre 1999.
Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes pour IBK.
Mais il a pris des coups lors de la crise politique de 1998.
S'il veut être président de la République,
il lui faut se mettre au vert, prendre ses distances avec
les affaires courantes. Aussi démissionne-t-il de son
poste de Premier ministre en février 2000.
IBK, candidat naturel de l'Adema à la présidentielle
de 2002 ? Ses camarades ne l'entendent pas ainsi. Un courant
dit de "rénovateurs" voit le jour au sein
de l'Adema, guidé en sous-main par d'autres prétendants
à la présidence de la République dont
trois ministres, Ousmane Sy (Administration territoriale),
Soumeylou Boubeye Maïga (Défense) et Soumaïla
Cissé (Equipement). Tous trois avaient été
écartés de la direction du parti lors du congrès
d'octobre 1999.
Ce nouveau courant qui revendique la majorité des députés
et "une bonne partie" des membres du Comité
exécutif de l'ADEMA préconise pendant des mois
des "primaires" pour désigner le candidat
du parti à la présidentielle de 2002.
De facto, IBK est relégué à la tête
du courant dit des "conservateurs".
Cette période sera des plus ravageuses pour le parti.
On se déchire à coups de presse interposée,
de déclarations incendiaires.
Les sections de base s'en mêlent pour réclamer
un congrès extraordinaire qui aura finalement lieu
en octobre 2000.
C'est une défaite politique pour IBK, d'autant que
son "ami", le président Konaré ne
dit mot et laisse le parti se déchirer.
La presse malienne fait ses choux gras de ce remue-ménage
"dans la ruche", l'abeille étant l'emblème
de l'Adema.
Las, IBK jette l'éponge et démissionne de la
présidence du parti en octobre 2000 et s'en va jouer
sa propre partition.
Il téléguide la création, en février
2001, d'un mouvement dénommé "Alternative-2002",
où se retrouvent des hauts cadres et des députés
de l'ADEMA. Alternative 2002 n'est en fait que la prémisse
de la création en juin 2001 de son propre parti, le
Rassemblement pour le Mali (RPM).
Il emmène alors avec lui 37 députés démissionnaires
de l'Adema.
Quand arrive l'échéance de l'élection
présidentielle en avril 2002, IBK se porte tout naturellement
candidat. Mais il a réussi à faire naître
une coalition, dénommée cette fois "Espoir
2002", et qui regroupe une quinzaine de partis, dont
les principaux sont outre le RPM d'IBK, le CNID de Me Mountaga
Tall et le MPR de Choguel Maïga, qui revendique lui l'héritage
de l'ancien président destitué en 1991, Moussa
Traoré.
Si ces trois personnalités vont en ordre dispersé
à la présidentielle, tous se sont engagés
dans cette alliance pour soutenir celui d'entre eux qui parviendra
éventuellement au deuxième tour.
Pas de chance : au premier tour de cette présidentielle,
disputée le 28 avril 2002, c'est le général
Toumani Touré, dit "ATT", qui arrive en tête
avec 28,7 % des voix suivi du candidat de l'ADEMA, Soumaïla
Cissé (21,32 %).
"IBK", très colère à l'époque,
n'est crédité que de la troisième place
avec seulement 21 % des suffrages.
Il a perdu une bataille mais pas la guerre. L'occasion d'une
belle revanche lui sera donnée lors de législatives
qui vont suivre, en juillet de cette même année
2002. Là, son parti, le RPM fait carton plein, en raflant
46 sièges de députés, et la coalition
"Espoir 2002" totalise 63 sièges.
C'est une belle revanche pour IBK qui dans la foulée
se fait élire président de l'Assemblée
nationale en obtenant les suffrages de 115 députés
sur 138 votants (l'assemblée compte 147 députés).
Dès son élection à la tête de l'Assemblée,
IBK déclare qu'il présidera le Parlement "sans
exclusion". "Le peuple malien vient encore
d'étonner. La démocratie malienne est faite
de consensus, et non d'animosité", ajoute-t-il.
Et pour être bien compris par tous, il précise
qu'il n'entend pas "s'opposer" au chef
de l'Etat Amadou Toumani Touré, mais "travailler
côte à côte avec lui". Fini donc,
et bel et bien fini, le temps où, dans un stade de
Bamako, les ténors d'Espoir 2002 dénonçaient
le premier tour de la présidentielle comme n'ayant
été qu'une "pure mascarade qui n'avait
pour ambition que de procéder à la nomination
d'un homme à la présidence de la République".
La candidature de trop ?
Il joue le jeu jusqu'à la future échéance présidentielle de 2007, où il ambitionne une nouvelle fois d'être élu président. Mais le temps aidant, la coalition Espoir 2002 a explosé. Pire, son parti, le RPM, subit à son tour des défections, certains de ses membres retournant même dans leur famille maternelle, l'Adema. IBK n'est plus un rassembleur, mais plutôt source de problèmes.
En février 2007, il forge une nouvelle alliance dans la perspective des échéances électorales à venir : le FDR (Front pour la Démocratie et la République), qui regroupe 16 partis et associations politiques.
Aussi, IBK, redevenu dans l'opposition, se porte donc une nouvelle fois candidat à la présidence lors du scrutin d'avril 2007, mais, alors que d'autres hommes politiques ont bien compris que ce n'était pas la peine de tenter d'affronter le président sortant ATT.
Cette
fois c'est la douche froide pour IBK.
Att est élu dès le premier tour, avec 68,31
% des suffrages, Ibrahim Boubacar Keita est deuxième,
mais loin derrière, avec seulement 18,59 % des voix.
Le FDR donne bien de la voix pour dénoncer "les
conditions dans lesquelles les élections se sont déroulées",
mais cela ne changera rien.
IBK est battu et bien battu.
Son parti subira alors le contrecoup de cet échec.
Lors des législatives qui suivent, en juillet 2007,
son parti, le RPM, n'obtient que onze députés.
Plus dure encore pour IBK, l'Adema reprend des couleurs et
redevient la première force politique du pays avec
51 députés, suivie de l'URD de Soumaïla
Cissé, autre transfuge de l'Adema qui obtient 34 sièges.
A ce terme, il apparaît évident que la mayonnaise
IBK, lancée en 2001, n'a pas pris.
Ibrahim Boubacar Keita est marié et père de
quatre enfants.
R-J Lique
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