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Mali
Synthèse février 2008
Tout se joue à l'extérieur, mais la volonté de s'en sortir est là

Pays sahélien enclavé, le Mali, ancienne colonie française, devenue indépendante le 22 septembre 1960, a souffert de sécheresses à répétition (68-74 et 83-85), d’un long conflit interne avec une rébellion touareg qui n’a véritablement pris fin qu’en mars 1996, avec la cérémonie de la "Flamme de la paix" à Tombouctou, et de 23 ans de régime militaire.

Politique : calme à tous les étages, ou presque …

La démocratisation et le multipartisme ont été "arrachés" en 1991 par l’armée sur fond de révolte populaire, et non sans victime (plus de cent morts).
Le 26 mars, soutenue par la rue, une partie des forces militaires, avec à sa tête le lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré (ATT), destitue le général Moussa Traoré et ATT dirige un gouvernement de transition.
Fait remarquable dans une Afrique où les putschistes ont l’habitude de s’installer durablement au pouvoir après leurs coups d’Etat, Amadou Toumani Touré organise une Conférence nationale (août 1991), puis une élection présidentielle pluraliste. Le 8 juin 1992, Alpha Oumar Konare lui succède à la tête de l’Etat, à l’issue du premier scrutin démocratique du pays.
Ce n’est qu’à l’occasion des dernières élections de 2002 (présidentielle et législatives) que le pluralisme politique a pleinement acquis ses lettres de noblesses avec l’élection à la présidence du général Amadou Toumani Touré, qui a succédé à Alpha Oumar Konaré.
Celui-ci ne s’est pas représenté, respectant ainsi la Constitution qui limite à deux mandats l’exercice du pouvoir présidentiel, tandis que les législatives ont mis fin à la domination sur le pays de son parti, l’Adema, depuis 1992.
Lors de son premier mandat (2002-2007), ATT a dirigé le pays sans majorité ni véritable opposition parlementaire, la scène politique évoluant au gré des dissensions et recompositions internes aux partis, et des alliances éphémères entre ceux-ci.
A l'approche de la présidentielle de 2007, un Front pour la Démocratie et la République (FDR) regroupant 16 partis et associations politiques a été créé et s'est situé clairement dans l'opposition au président ATT.
Le principal parti du FDR est le Rassemblement pour le Mali (RPM) de l'ancien président de l'Assemblée nationale (2002-2007) Ibrahim Boubacar Keita.
Toutefois, le président Amadou Toumani Touré a facilement été réélu, et ce, dès le premier tour, lors de l'élection présidentielle d'avril 2007, avec 68,31 % des suffrages. Selon la constitution, il ne pourra se représenter pour un troisième mandat en 2012.
Les élections législatives de juillet 2007 ont été remportées à une écrasante majorité par l’Alliance pour le développement et le progrès (ADP), coalition qui soutient le président.
Les priorités de ses deux mandats sont la lutte contre la pauvreté et le développement des infrastructures, même si la sécurité intérieure s'est invitée dans le débat avec la résurgence d'activistes touaregs, qui ont pris en otages des militaires dans la région de Kidal, dans l'extrême est du pays. Ce mouvement de contestation n'a toutefois pas l'ampleur de celui des Touaregs du Niger et semble être très marginal.
Le gouvernement a signé le 4 juillet 2006 un accord, dit "Accord d’Alger" pour la restauration de la paix, de la sécurité et du développement dans la région de Kidal avec un groupe touareg qui avait repris le maquis.
Mais le 14 septembre 2007, un petit groupe emmené par Ibrahim Ag Bahanga a attaqué la garnison de Tinzaoutène et pris des militaires en otages. Le gouvernement qui compte régler cette question par des moyens pacifiques a entamé des négociations pour obtenir leur libération.
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Economie, social : un travail de titan …

L’économie du Mali repose essentiellement sur l’agriculture, le coton, et les recettes d’exploitation de l’or. Elle a connu une croissance moyenne annuelle de 4,9 % sur la période 2002-2006, en dépit d’une conjoncture économique marquée par des fluctuations importantes des prix du pétrole.
En 2007, la croissance a été de 4 % contre une prévision de 5,2 % et une croissance de 5,3 en 2006. Selon les autorités, ce ralentissement a été dû à la hausse du prix des hydrocarbures, à la baisse des cours de coton et la mauvaise pluviométrie.
En clair, et c'est bien là le problème du Mali : il n'a aucune emprise sur les fondamentaux de son économie. Tout se joue à l'extérieur - cours mondiaux des matières premières - ou au-dessus de sa tête : le bon vouloir du ciel.
Autrefois essentiellement axée sur la culture du coton, l'économie malienne s'est diversifiée avec l'extraction de l'or. Le Mali en a produit 55 tonnes en 2007 et il est devenu le 3e producteur d'or en Afrique après l'Afrique du Sud et le Ghana.
Même si ce secteur a été décrié par des ONG comme la FIDH qui a dénoncé dans un rapport en septembre 2007 le code minier jugé trop favorable aux entreprises productrices, la production aurifère a tout de même rapporté à l'Etat 75,8 milliards Fcfa en recettes fiscales en 2007.
Le Mali a d'autres espoirs dans le domaine des mines. Un projet dénommé Sysmyn de recherches géologiques et d'études du secteur minier, financé par le Fonds Européen de Développement (FED) a abouti en décembre 2007 à des conclusions prometteuses.
Sysmyn a identifié quelque 941 indices miniers dont un potentiel pétrolier et même diamantifère avec des indices de kimberlites dans la région de Bougouni.
Plusieurs compagnies pétrolières ont déjà investi dans la prospection, attirées par les sérieux indices de présence d’hydrocarbures dans le sous-sol, et un Code pétrolier attractif.
En tout cas, si le Mali décroche le jackpot, un autre défi attend le gouvernement : conjurer la "malédiction" du pétrole. Au Nigeria, son exploitation a plus alimenté les comptes des dirigeants à l’étranger, et exacerbé les tensions politico-ethniques, que profiter au développement économique et social du pays.
Le Mali n’est pas à l’abri de telles dérives. La corruption reste très présente dans l’administration et les cercles du pouvoir, malgré les efforts menés pour la combattre.
Les bassins prometteurs se trouvant au Nord, la découverte de pétrole pourrait également réveiller les tensions dans cette région, hier foyer de la rébellion touarègue, aujourd’hui théâtre d’accrochages entre les forces de sécurité et des éléments proches de la mouvance terroriste islamiste, comme le GSPC algérien.
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champ de coton Mais pour l'heure, c'est toujours le coton qui fait vivre tant bien que mal 4 millions de Maliens.
Le coton, c'est un "calvaire, le supplice de Tantale", selon le bon mot du président Amadou Toumani Touré devant le Congrès américain.
Tant que les Etats-Unis continueront à subventionner à coups de milliards de dollars leurs propres producteurs de coton qui produisent à perte, cette culture ne sera jamais rentable pour les pays africains producteurs de coton comme le Mali, les cours mondiaux étant artificiellement maintenus en dessous du prix de revient de la production.
Malgré tout le Mali continue la culture : 414 965 tonnes pour la campagne 2006/2007, et mise sur le développement d'une industrie locale de filatures pour donner de la valeur ajoutée à ce maudit coton.
Dans les années à venir, le gouvernement aura aussi à achever un vaste programme de privatisation des sociétés étatiques, dont la fameuse CMDT (Compagnie malienne pour le développement des textiles) avec le risque d'avoir a affronté des mouvement sociaux d'envergure tant le secteur est sensible.
Le programme prévoit l’ouverture du capital aux associations de producteurs, la création d’une bourse du coton et la création de coopératives cotonnières régionales. Pour l'heure, les acteurs du secteur coton, se montre plus que réservés à la perspective du démantèlement de la CMDT, qui assurait, à coups de subventions de l'Etat, la survie du secteur cotonnier. Qu'en sera-t-il l'avenir, si seule compte la "rentabilité" ?
Sur ce dossier, le gouvernement se retrouve écartelé entre les injonctions des institutions de Bretton Woods, qui conditionnent leur aide au respect de trois principes : libéralisation de l’économie, augmentation des dépenses sociales et maintien des équilibres budgétaires - , et la nécessité de limiter les conséquences sociales de " réformes " opérées sur fond de commerce inéquitable.
De fait, la libéralisation de la filière coton entraînera l’ajustement du prix d’achat aux producteurs en fonction des cours mondiaux.
C’est toute l’organisation rurale qui pourrait être menacée, avec pour conséquence l’exode vers les villes et la montée du chômage. Un risque que le gouvernement ne peut se permettre de prendre. La situation sociale est en effet fragile, comme l’ont révélé des émeutes empreintes de vandalisme, en novembre 2004, à Bamako.

Des indicateurs sociaux encore très bas

Malgré ses taux de croissance positifs, le Mali reste l’un des pays les plus pauvres au monde, avec un taux de natalité prévisionnel de 3 % jusqu'en 2015.
Selon l’Indice de développement humain établi par le PNUD, le Mali se situait en 2007 au 173e rang sur 177, suivi juste par le Niger, la Guinée-Bissau, le Burkina Faso et la Sierra Leone qui sort à peine d'une longue guerre civile.
Aussi, le gouvernement s'est engagé dans un nouveau Document stratégique de croissance et de réduction de la pauvreté (DSCRP) qui couvrira la période 2007-2011.
Le pourcentage de population vivant dans la pauvreté est tombé, selon les estimations de la Banque mondiale (BM), de 55,6 à 47,4 % entre 2001 et 2006. Mais la BM note d'ores et déjà que "le pays ne parviendra pas à atteindre d’ici 2015 l’ensemble des Objectifs de développement pour le Millénaire (ODM)".
L’engagement de l'État dans le domaine social se poursuit quand même comme en témoigne la promotion de logements sociaux avec un programme de 2 500 logements sur la période 2008-2009.
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Les grands chantiers

Mali TransportParmi les grands chantiers du gouvernement, il y a le développement des infrastructures, volet qui conditionne l’expansion et la modernisation de l’économie malienne.
Le coût et les temps de transports entravent le développement des filières porteuses à l’exportation (riz, canne à sucre, Karité, fruits et légumes), des activités de transformation (textile, viande, matériaux de construction). La faiblesse des infrastructures est également un frein au tourisme, secteur dans lequel le Mali dispose d’un réel potentiel, avec trois sites classés au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco.
En matière d’infrastructures, l’État a engagé des investissements importants visant le désenclavement du pays. Dans ce domaine, la crise ivoirienne a servi d’électrochoc et accéléré la construction de corridors routiers vers les ports de Dakar (Sénégal), de Téma (Ghana), de Lomé (Togo), et de Nouakchott (Mauritanie).
Une fois ces travaux achevés, le Mali pourra tirer parti de son appartenance à l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) et à la communauté économiques des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui, avec 70 millions d’habitants pour la première, et 210 millions pour la seconde, lui donne accès à leurs marchés à des conditions avantageuses.
Par ailleurs, 2 000 km de routes intérieures ont été réhabilitées.
Tombouctou devrait être mieux desservie grâce à la route prévue entre Nioro et Tonka (410 km), qui permettra aussi d’acheminer dans le Nord les produits de la zone gérée par l’Office du Niger.

Sur le plan énergétique, la construction d’un barrage à Taoussa, sur le fleuve Niger, d'un coût de près de 100 milliards de Fcfa, participe ainsi d’une volonté double : améliorer l’offre énergétique et étendre les surfaces irriguées (objectif : 200 000 hectares irrigués à l’horizon 2015).
Le Mali et le Niger, aussi partie prenante de ce projet, ont obtenu en décembre 2007 des promesses de financements à hauteur de 157,8 millions de dollars, sur des besoins estimés à 165 millions de dollars. C'est la Banque islamique de développement (BID) qui est le chef de file du pool bancaire des bailleurs.
Ce barrage de Taoussa sera situé sur le fleuve Niger entre les villes de Bamba et Bourem.
Le démarrage effectif des travaux est conditionné à un rapport d'études d'impact environnemental et social qui doit être bouclé en octobre 2008.
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La dépendance des aides extérieures

village MaliLe Mali reste extrêmement dépendant de l’aide au développement, qui couvrait 80 % des dépenses d’investissements de l’Etat en 2004.
Les capacités financières de l’Etat sont en effet limitées par l’étroitesse de l’assiette fiscale, mais aussi par le poids de la dette. Son encours représentait 74 % du PIB en 2004, et son service 6,2 % des recettes d’exportations.
Dans le cadre de l’initiative PPTE (Pays pauvre très endetté), Bamako a bénéficié d’une annulation de dette de 675 millions de dollars, échelonnée sur 30 ans. A une condition : que les ressources rendues disponibles soient affectées aux secteurs sociaux prioritaires (éducation, santé).
En 2007, le Mali a mobilisé 575 milliards de Fcfa en prêts ou de subventions.
A Genève en mars 2004, les autorités maliennes avaient lancé un double appel aux bailleurs de fonds, réunis pour la troisième table ronde des donateurs : appel à un passage rapide à l’appui budgétaire direct, et surtout à plus de dons et moins de prêts, seul moyen de financer le CSLP sans alourdir le fardeau de la dette.
Le CSLP (Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté) a couvert la période 2002-2006 et était évalué à 2 707 milliards de Fcfa (1664 milliards de Fcfa de contribution malienne et 1 043 milliards de FCFA de financements extérieurs).
Ce plan a visé à coordonner l’ensemble des actions de l’Etat et des partenaires du développement autour de trois axes prioritaires :
1) la consolidation du processus démocratique et l’amélioration des performances publiques ;
2) le renforcement de l’accès aux services de base (éducation, santé, eau) ;
3) le développement des infrastructures, volet qui conditionne l’expansion et la modernisation de l’économie malienne.

Enfin, les autorités cherchent aussi à relancer les investissements des Maliens de l’étranger. Les transferts financiers annuels de la diaspora constituent l’une des principales sources de devises du pays.

Reste que le défi de la diversification demandera plusieurs années pour être relevé.
Si l’amélioration des infrastructures dépend de la mobilisation des ressources financières, en revanche, lever certain obstacle au développement, comme par exemple la faiblesse de la main d’œuvre, demande du temps, et pas seulement de l’argent. Faute de moyens humains et techniques, l’administration a ainsi du mal à absorber l’aide destinée à l’éducation et à la santé. Dans ces secteurs, les taux d’exécution budgétaire ne dépassent parfois pas les 20 %. La construction d’écoles a progressé, mais les objectifs de recrutement de professeurs n’ont pu être atteints, par manque de personnel qualifié.
Les efforts pour améliorer l’accès au financement sont également récents. Le secteur de la micro-finance se développe, mais lever des fonds pour créer une société, ou simplement acheter du matériel agricole, demeure difficile. Le crédit du secteur bancaire à l’économie ne dépasse pas 18 % du PIB, et les taux sont parmi les plus hauts de la région.
La diversification de l’économie est donc indispensable pour éviter la répétition du scénario 2004, année où le Mali a accumulé les chocs : mauvaise pluviométrie, invasion acridienne, chute des cours du coton, problèmes techniques dans l’industrie extractive, dégradation de la situation en Côte d’Ivoire, flambée du prix du pétrole, qui a renchéri un peu plus le coût des transports. Résultat, la croissance était tombée de 7,4 % en 2003 à 1,4 %.
R-J Lique

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