Pays
sahélien enclavé, le Mali, ancienne colonie
française, devenue indépendante le 22
septembre 1960, a souffert de sécheresses à
répétition (68-74 et 83-85), dun
long conflit interne avec une rébellion touareg
qui na véritablement pris fin quen
mars 1996, avec la cérémonie de la "Flamme
de la paix" à Tombouctou, et de 23 ans de
régime militaire.
Politique : calme à tous
les étages, ou presque
La démocratisation et le multipartisme ont été
"arrachés" en 1991 par larmée
sur fond de révolte populaire, et non sans victime
(plus de cent morts).
Le 26 mars, soutenue par la rue, une partie des forces
militaires, avec à sa tête le lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré (ATT),
destitue le général Moussa Traoré
et ATT dirige un gouvernement de transition.
Fait remarquable dans une Afrique où les putschistes
ont lhabitude de sinstaller durablement
au pouvoir après leurs coups dEtat, Amadou
Toumani Touré organise une Conférence
nationale (août 1991), puis une élection
présidentielle pluraliste. Le 8 juin 1992, Alpha
Oumar Konare lui succède à
la tête de lEtat, à lissue
du premier scrutin démocratique du pays.
Ce nest quà loccasion des dernières
élections de 2002 (présidentielle et législatives)
que le pluralisme politique a pleinement acquis ses
lettres de noblesses avec lélection à
la présidence du général Amadou
Toumani Touré, qui a succédé à
Alpha Oumar Konaré.
Celui-ci ne sest pas représenté,
respectant ainsi la Constitution qui limite à
deux mandats lexercice du pouvoir présidentiel,
tandis que les législatives ont mis fin à
la domination sur le pays de son parti, lAdema,
depuis 1992.
Lors de son premier mandat (2002-2007), ATT a dirigé
le pays sans majorité ni véritable opposition
parlementaire, la scène politique évoluant
au gré des dissensions et recompositions internes
aux partis, et des alliances éphémères
entre ceux-ci.
A l'approche de la présidentielle de 2007, un Front pour la Démocratie et la République (FDR) regroupant 16 partis et associations politiques
a été créé et s'est situé
clairement dans l'opposition au président ATT.
Le principal parti du FDR est le Rassemblement
pour le Mali (RPM) de l'ancien président
de l'Assemblée nationale (2002-2007) Ibrahim
Boubacar Keita.
Toutefois, le président Amadou Toumani Touré
a facilement été réélu,
et ce, dès le premier tour, lors de l'élection
présidentielle d'avril 2007, avec 68,31 % des
suffrages. Selon la constitution, il ne pourra se représenter
pour un troisième mandat en 2012.
Les élections législatives de juillet
2007 ont été remportées à
une écrasante majorité par lAlliance
pour le développement et le progrès (ADP), coalition qui soutient le président.
Les priorités de ses deux mandats sont la lutte
contre la pauvreté et le développement
des infrastructures, même si la sécurité
intérieure s'est invitée dans le débat
avec la résurgence d'activistes touaregs, qui
ont pris en otages des militaires dans la région
de Kidal, dans l'extrême est du pays. Ce mouvement
de contestation n'a toutefois pas l'ampleur de celui
des Touaregs du Niger et semble être très
marginal.
Le gouvernement a signé le 4 juillet 2006 un
accord, dit "Accord dAlger"
pour la restauration de la paix, de la sécurité
et du développement dans la région de
Kidal avec un groupe touareg qui avait repris le maquis.
Mais le 14 septembre 2007, un petit groupe emmené
par Ibrahim Ag Bahanga a attaqué
la garnison de Tinzaoutène et pris des militaires
en otages. Le gouvernement qui compte régler
cette question par des moyens pacifiques a entamé
des négociations pour obtenir leur libération.

Economie, social : un travail
de titan
Léconomie du Mali repose essentiellement
sur lagriculture, le coton, et
les recettes dexploitation de lor.
Elle a connu une croissance moyenne annuelle de 4,9
% sur la période 2002-2006, en dépit dune
conjoncture économique marquée par des
fluctuations importantes des prix du pétrole.
En 2007, la croissance a été de 4 % contre
une prévision de 5,2 % et une croissance de 5,3
en 2006. Selon les autorités, ce ralentissement
a été dû à la hausse du prix
des hydrocarbures, à la baisse des cours de coton
et la mauvaise pluviométrie.
En clair, et c'est bien là le problème
du Mali : il n'a aucune emprise sur les fondamentaux
de son économie. Tout se joue à l'extérieur
- cours mondiaux des matières premières
- ou au-dessus de sa tête : le bon vouloir du
ciel.
Autrefois essentiellement axée sur la culture
du coton, l'économie malienne s'est diversifiée
avec l'extraction de l'or. Le Mali en a produit 55 tonnes
en 2007 et il est devenu le 3e producteur d'or en Afrique après l'Afrique du Sud et le Ghana.
Même si ce secteur a été décrié
par des ONG comme la FIDH qui a dénoncé
dans un rapport en septembre 2007 le code minier jugé
trop favorable aux entreprises productrices, la production
aurifère a tout de même rapporté
à l'Etat 75,8 milliards Fcfa en recettes fiscales
en 2007.
Le Mali a d'autres espoirs dans le domaine des mines.
Un projet dénommé Sysmyn de recherches
géologiques et d'études du secteur minier,
financé par le Fonds Européen de Développement
(FED) a abouti en décembre 2007 à des
conclusions prometteuses.
Sysmyn a identifié quelque 941 indices miniers
dont un potentiel pétrolier et même diamantifère
avec des indices de kimberlites dans la région
de Bougouni.
Plusieurs compagnies pétrolières ont déjà
investi dans la prospection, attirées par les
sérieux indices de présence dhydrocarbures
dans le sous-sol, et un Code pétrolier attractif.
En tout cas, si le Mali décroche le jackpot,
un autre défi attend le gouvernement : conjurer
la "malédiction" du pétrole.
Au Nigeria, son exploitation a plus alimenté
les comptes des dirigeants à létranger,
et exacerbé les tensions politico-ethniques,
que profiter au développement économique
et social du pays.
Le Mali nest pas à labri de telles
dérives. La corruption reste très présente
dans ladministration et les cercles du pouvoir,
malgré les efforts menés pour la combattre.
Les bassins prometteurs se trouvant au Nord, la découverte
de pétrole pourrait également réveiller
les tensions dans cette région, hier foyer de
la rébellion touarègue, aujourdhui
théâtre daccrochages entre les forces
de sécurité et des éléments
proches de la mouvance terroriste islamiste, comme le
GSPC algérien.

Mais pour l'heure, c'est toujours le coton qui fait
vivre tant bien que mal 4 millions de Maliens.
Le coton, c'est un "calvaire, le supplice de
Tantale", selon le bon mot du président
Amadou Toumani Touré devant le Congrès
américain.
Tant que les Etats-Unis continueront à subventionner
à coups de milliards de dollars leurs propres
producteurs de coton qui produisent à perte,
cette culture ne sera jamais rentable pour les pays
africains producteurs de coton comme le Mali, les cours
mondiaux étant artificiellement maintenus en
dessous du prix de revient de la production.
Malgré tout le Mali continue la culture : 414
965 tonnes pour la campagne 2006/2007, et mise sur le
développement d'une industrie locale de filatures
pour donner de la valeur ajoutée à ce
maudit coton.
Dans les années à venir, le gouvernement
aura aussi à achever un vaste programme de privatisation
des sociétés étatiques, dont la
fameuse CMDT (Compagnie malienne pour
le développement des textiles) avec le risque
d'avoir a affronté des mouvement sociaux d'envergure
tant le secteur est sensible.
Le programme prévoit louverture du capital
aux associations de producteurs, la création
dune bourse du coton et la création de
coopératives cotonnières régionales.
Pour l'heure, les acteurs du secteur coton, se montre
plus que réservés à la perspective
du démantèlement de la CMDT, qui assurait,
à coups de subventions de l'Etat, la survie du
secteur cotonnier. Qu'en sera-t-il l'avenir, si seule
compte la "rentabilité" ?
Sur ce dossier, le gouvernement se retrouve écartelé
entre les injonctions des institutions de Bretton Woods,
qui conditionnent leur aide au respect de trois principes
: libéralisation de léconomie, augmentation
des dépenses sociales et maintien des équilibres
budgétaires - , et la nécessité
de limiter les conséquences sociales de "
réformes " opérées sur fond
de commerce inéquitable.
De fait, la libéralisation de la filière
coton entraînera lajustement du prix dachat
aux producteurs en fonction des cours mondiaux.
Cest toute lorganisation rurale qui pourrait
être menacée, avec pour conséquence
lexode vers les villes et la montée du
chômage. Un risque que le gouvernement ne peut
se permettre de prendre. La situation sociale est en
effet fragile, comme lont révélé
des émeutes empreintes de vandalisme, en novembre
2004, à Bamako.
Des indicateurs sociaux encore
très bas
Malgré ses taux de croissance positifs, le Mali
reste lun des pays les plus pauvres au monde,
avec un taux de natalité prévisionnel
de 3 % jusqu'en 2015.
Selon lIndice de développement humain établi
par le PNUD, le Mali se situait en 2007 au 173e rang
sur 177, suivi juste par le Niger, la Guinée-Bissau,
le Burkina Faso et la Sierra Leone qui sort à
peine d'une longue guerre civile.
Aussi, le gouvernement s'est engagé dans un nouveau Document stratégique de croissance et de réduction
de la pauvreté (DSCRP) qui couvrira la période
2007-2011.
Le pourcentage de population vivant dans la pauvreté
est tombé, selon les estimations de la Banque
mondiale (BM), de 55,6 à 47,4 % entre 2001 et
2006. Mais la BM note d'ores et déjà que
"le pays ne parviendra pas à atteindre
dici 2015 lensemble des Objectifs de développement
pour le Millénaire (ODM)".
Lengagement de l'État dans le domaine social
se poursuit quand même comme en témoigne
la promotion de logements sociaux avec un programme
de 2 500 logements sur la période 2008-2009.

Les grands chantiers
Parmi
les grands chantiers du gouvernement, il y a le développement
des infrastructures, volet qui conditionne lexpansion
et la modernisation de léconomie malienne.
Le coût et les temps de transports entravent le
développement des filières porteuses à
lexportation (riz, canne à sucre, Karité,
fruits et légumes), des activités de transformation
(textile, viande, matériaux de construction).
La faiblesse des infrastructures est également
un frein au tourisme, secteur dans lequel le Mali dispose
dun réel potentiel, avec trois sites classés
au patrimoine mondial de lhumanité par
lUnesco.
En matière dinfrastructures, lÉtat
a engagé des investissements importants visant
le désenclavement du pays. Dans ce domaine, la
crise ivoirienne a servi délectrochoc et
accéléré la construction de corridors
routiers vers les ports de Dakar (Sénégal),
de Téma (Ghana), de Lomé (Togo), et de
Nouakchott (Mauritanie).
Une fois ces travaux achevés, le Mali pourra
tirer parti de son appartenance à lUnion
économique et monétaire ouest africaine
(UEMOA) et à la communauté économiques
des Etats de lAfrique de lOuest (CEDEAO),
qui, avec 70 millions dhabitants pour la première,
et 210 millions pour la seconde, lui donne accès
à leurs marchés à des conditions
avantageuses.
Par ailleurs, 2 000 km de routes intérieures
ont été réhabilitées.
Tombouctou devrait être mieux desservie grâce
à la route prévue entre Nioro et Tonka
(410 km), qui permettra aussi dacheminer dans
le Nord les produits de la zone gérée
par lOffice du Niger.
Sur le plan énergétique, la construction
dun barrage à Taoussa,
sur le fleuve Niger, d'un coût de près
de 100 milliards de Fcfa, participe ainsi dune
volonté double : améliorer loffre
énergétique et étendre les surfaces
irriguées (objectif : 200 000 hectares irrigués
à lhorizon 2015).
Le Mali et le Niger, aussi partie prenante de ce projet,
ont obtenu en décembre 2007 des promesses de
financements à hauteur de 157,8 millions de dollars,
sur des besoins estimés à 165 millions
de dollars. C'est la Banque islamique de développement
(BID) qui est le chef de file du pool bancaire des bailleurs.
Ce barrage de Taoussa sera situé sur le fleuve
Niger entre les villes de Bamba et Bourem.
Le démarrage effectif des travaux est conditionné
à un rapport d'études d'impact environnemental
et social qui doit être bouclé en octobre
2008.

La dépendance des aides
extérieures
Le
Mali reste extrêmement dépendant de laide
au développement, qui couvrait 80 % des dépenses
dinvestissements de lEtat en 2004.
Les capacités financières de lEtat
sont en effet limitées par létroitesse
de lassiette fiscale, mais aussi par le poids
de la dette. Son encours représentait 74 % du
PIB en 2004, et son service 6,2 % des recettes dexportations.
Dans le cadre de linitiative PPTE (Pays pauvre
très endetté), Bamako a bénéficié
dune annulation de dette de 675 millions de dollars,
échelonnée sur 30 ans. A une condition
: que les ressources rendues disponibles soient affectées
aux secteurs sociaux prioritaires (éducation,
santé).
En 2007, le Mali a mobilisé 575 milliards de
Fcfa en prêts ou de subventions.
A Genève en mars 2004, les autorités maliennes
avaient lancé un double appel aux bailleurs de
fonds, réunis pour la troisième table
ronde des donateurs : appel à un passage rapide
à lappui budgétaire direct, et surtout
à plus de dons et moins de prêts, seul
moyen de financer le CSLP sans alourdir le fardeau de
la dette.
Le CSLP (Cadre stratégique de lutte contre la
pauvreté) a couvert la période 2002-2006
et était évalué à 2 707
milliards de Fcfa (1664 milliards de Fcfa de contribution
malienne et 1 043 milliards de FCFA de financements
extérieurs).
Ce plan a visé à coordonner lensemble
des actions de lEtat et des partenaires du développement
autour de trois axes prioritaires :
1) la consolidation du processus démocratique
et lamélioration des performances publiques
;
2) le renforcement de laccès aux services
de base (éducation, santé, eau) ;
3) le développement des infrastructures, volet
qui conditionne lexpansion et la modernisation
de léconomie malienne.
Enfin, les autorités cherchent aussi à
relancer les investissements des Maliens de létranger.
Les transferts financiers annuels de la diaspora constituent
lune des principales sources de devises du pays.
Reste que le défi de la diversification demandera
plusieurs années pour être relevé.
Si lamélioration des infrastructures dépend
de la mobilisation des ressources financières,
en revanche, lever certain obstacle au développement,
comme par exemple la faiblesse de la main duvre,
demande du temps, et pas seulement de largent.
Faute de moyens humains et techniques, ladministration
a ainsi du mal à absorber laide destinée
à léducation et à la santé.
Dans ces secteurs, les taux dexécution
budgétaire ne dépassent parfois pas les
20 %. La construction décoles a progressé,
mais les objectifs de recrutement de professeurs nont
pu être atteints, par manque de personnel qualifié.
Les efforts pour améliorer laccès
au financement sont également récents.
Le secteur de la micro-finance se développe,
mais lever des fonds pour créer une société,
ou simplement acheter du matériel agricole, demeure
difficile. Le crédit du secteur bancaire à
léconomie ne dépasse pas 18 % du
PIB, et les taux sont parmi les plus hauts de la région.
La diversification de léconomie est donc
indispensable pour éviter la répétition
du scénario 2004, année où le Mali
a accumulé les chocs : mauvaise pluviométrie,
invasion acridienne, chute des cours du coton, problèmes
techniques dans lindustrie extractive, dégradation
de la situation en Côte dIvoire, flambée
du prix du pétrole, qui a renchéri un
peu plus le coût des transports. Résultat,
la croissance était tombée de 7,4 % en
2003 à 1,4 %.
R-J Lique
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