N°
130 du Lundi 30 décembre 1996
Les Touaregs réfugiés au Burkina Faso hésitent
à rentrer dans leur pays
Les quelque 21.000 Touaregs maliens réfugiés dans
le nord du Burkina Faso seraient encore très réticents
à retourner dans leur pays, dix mois après l'opération
"Flamme de la paix" qui a marqué symboliquement
la fin des hostilités.
"Le départ des réfugiés se fera comme
leur arrivée: cela dépendra de la conviction de
chaque réfugié sur le processus de paix. Pour
l'instant, ils sont réticents", a estimé
un responsable de l'Association des réfugiés touaregs,
M. Mohamed Issouf.
La majorité de ces réfugiés se sont installés
dans le nord du Burkina Faso, dans les provinces du Seno, du
Soum et de l'Oudalan (280 km au nord-est de Ouagadougou).
Arrivés dès le déclenchement de la rébellion
touarègue au début des années 90, ils ont
érigé sept camps. Avec ses 10.559 habitants, venus
de Gao et Tombouctou, le plus important est celui de Ferelio,
perdu dans le Sahel, à quelques kilomètres de
la frontière malienne, dans la préfecture de Déou
(350 km au nord-est de Ouagadougou).
Selon M. Issouf les différents accords de paix signés
par la rébellion et le gouvernement malien ont fait la
part belle aux combattants, oubliant les réfugiés.
"Nous sommes les victimes innocentes d'une révolution
déclenchée par le mouvement Azawad. Ceux qui ont
déclenché la crise ont été intégrés
dans l'armée et à la fonction publique",
déplore-t-il.
Même credo pour le chef du camp de Gagafabou, où
quelque 4.250 personnes sont accueillies: Mohamed Abdul Ag Mohamed
rejette tout espoir de retour. "Ils nous faut du temps
pour oublier nos biens pillés, nos enfants morts",
a-t-il déclaré à l'AFP.
Pour lui, la paix restera "précaire" tant qu'une
"justice impartiale" ne sanctionnera pas les responsables
d'exactions.
De leur côté, les autorités maliennes affirment
que toutes les conditions sont réunies pour le retour
des réfugiés, la communauté internationale
pouvant témoigner de la pacification du pays.
Pour M. Moulaye Bokoum, premier conseiller à l'ambassade
du Mali au Burkina Faso, l'assistance apportée par le
HCR contribue à freiner ce retour. "Dites au HCR
de ne plus les ravitailler, vous ne trouverez pas un seul Touareg
dans les mois prochains", dit-il.
Le HCR, tout en soulignant que le rapatriement doit être
volontaire, souhaite lui-aussi un retour rapide des réfugiés
dans leur pays et l'assistance au Burkina devrait être
bientôt réduite au profit du Mali.
Le HCR a lancé la semaine dernière une opération
de recensement afin de planifier le rapatriement des réfugiés
pour 1997. L'évaluation du HCR à 21.000 réfugiés,
est contestée par les deux parties. Les bailleurs de
fonds et le gouvernement malien les trouvent "surestimés",
alors que les Touaregs jugent le contraire.
En quatre vagues de rapatriement du Burkina vers le Mali depuis
décembre 1995, seulement 2.500 réfugiés
sont rentrés.
N° 128 du lundi 09 décembre
1996
Nouveau projet de code électoral
Le gouvernement a adopté un nouveau projet de code électoral
en remplacement du précédent dont certaines dispositions
avaient été jugées non conformes à
la Constitution par la Cour suprême (Cf. Afrique Express
N° 127)
Le nouveau texte, résultat d'un consensus entre l'ADEMA
au pouvoir et une partie de l'opposition, prévoit un
scrutin majoritaire à deux tours pour l'élection
des députés au Mali et non plus un scrutin à
la fois majoritaire et proportionnel.
Dans le nouveau projet, le mode de scrutin des communales reste
proportionnel et celui de la présidentielle majoritaire
à deux tours.
D'autre part, les candidatures indépendantes sont autorisées.
Les votes par correspondance ou par ordonnance sont supprimés
et le principe du parrainage des candidatures à l'élection
présidentielle est abandonné.
Par ailleurs, la Commission électorale nationale indépendante
chargée de l'organisation des scrutins sera composée
de 30 membres: 14 représentants pour les partis politiques
(à raison de sept pour l'opposition et sept pour la majorité),
huit pour l'administration et huit pour la société
civile.
La composition de la Commission électorale dans l'ancien
texte avait été jugée favorable à
l'administration, considérée comme dépendante
du pouvoir, au détriment des partis de l'opposition.
Ce nouveau texte doit maintenant être soumis au vote des
députés.

N° 127 du lundi 02 décembre
1996
Nouveau Code électoral : la Cour constitutionnelle renvoie
le gouvernement à sa copie
La Cour constitutionnelle a déclaré anti-constitutionnels
une quinzaine d'articles du nouveau Code électoral adopté
en septembre par le parlement.
La Cour a ainsi donné raison au collectif des partis
d'opposition qui avait introduit un recours pour demander sa
censure. La décision de la Cour doit cependant être
confirmée par un arrêt de cette juridiction qui
sera publié au Journal officiel.
L'opposition , représentée à l'Assemblée
nationale par une quarantaine de députés, avait
refusé de voter le nouveau Code, arguant qu'il n'était
pas conforme à la Constitution malienne.
Elle protestait également contre les modes de scrutins
(trois au total : majoritaire simple uninominal, de liste majoritaire,
et proportionnel), la fixation du nombre de députés
de la prochaine législature, la composition et les attributions
de la Commission nationale électorale indépendante.
La Cour constitutionnelle, présidée par un administrateur
à la retraite, M. Abdoulaye Dicko, a estimé que
les trois scrutins différents prévus pour les
législatives "sont anti-constitutionnels parce qu'ils
ne donnent pas la même chance aux candidats alors que
la Constitution malienne dit que tous les citoyens sont et demeurent
égaux en droits".
La Cour a également donné raison à l'opposition
sur la fixation du nombre de députés qui devait
passer de 116 à 146 "parce que cela ne saurait se
justifier dans la mesure où le résultat du dernier
recensement administratif n'est pas encore publié".
La Cour a également suivi l'opposition en déclarant
anti-constitutionnelle la suppression, dans le nouveau Code,
de la possibilité donnée aux coalitions de partis
politiques de présenter chacun un candidat ou une liste
de candidats, ajoutant que cela restreint le jeu démocratique.
Enfin, la Cour constitutionnelle a estimé que les dix
membres devant représenter l'administration dans la Commission
nationale électorale indépendante et jouissant
de leur droit de vote, "ne pourraient être indépendants
du parti au pouvoir".
Le nouveau Code prévoyait notamment la création
d'une Commission nationale électorale indépendante
de 30 membres réprésentant l'administration (10),
la société civile (10), la majorité présidentielle
(5) et l'opposition (5).
Les élections muncipales, législatives et présidentielles
auront lieu au premier trimestre 1997.
Le retour des Touaregs réfugiés en Mauritanie
s'accélère
Des milliers de Maliens, en majorité des Touarges qui
s'étaient réfugiés en Mauritanie au début
des années 1990, ont accélèré leur
retour depuis le mois dernier et la totalité d'entre
eux devraient avoir été rapatriés à
la fin de l'an prochain, selon le Haut commissariat de l'ONU
pour les réfugiés (HCR).
Trois cents Maliens qui avaient fui la guerre civile entre les
Touaregs et le gouvernement malien viennent de quitter le centre
de transit d'Aratène, à la frontière avec
la Mauritanie, pour les villes d'Assidi, Tombouctou, Tindjambane
et Akoumbou. Près de 700 réfugiés maliens
les avaient précèdés dans le cadre d'un
rapatriement entamé le 30 septembre.
La plupart des 28.000 réfugiés maliens de Mauritanie
ont dit vouloir regagner leur pays avec le retour à la
paix au Mali. Plus de 6.000 sont déjà rentrés
en un mois de l'unique camp de Mberra.
Le HCR estime que l'opération devrait être totalement
achevée d'ici fin 1997.
N° 124 du Jeudi 24 octobre1996
Vrai-faux complot ? Des militaires et un civil arrêtés
Moins d'une demi-douzaine de militaires et un civil, Madi Diallo,
ont été arrêtés dans le week-end
du 27 octobre à Bamako.
M. Madi Diallo fut ministre de l'Agriculture et des Finances
sous le régime de l'ancien président Mouassa Traore.
Il était actuellement un membre actif du parti d'opposition,
le MPR, dirigé par Choguel Maïga.
Le MPR a été forgé sur les cendres de l'ancien
parti unique de Moussa Traore, mais il a fait la preuve depuis
1995 qu'il était devenu une réelle force d'opposition
dans le pays.
Selon Choguel Maïga, que nous avons contacté au
téléphone, ces arrestations participent de la
volonté du pouvoir de bloquer une éventuelle candidature
de son parti aux prochaines élections présidentielles
de 1997.
A Bamako, les milieux informés ne semblaient guère
croire au moment où nous mettions sous presse à
la réalité d'une tentative de putsch. Au mieux,
serait-il reproché à Madi Diallo d'avoir incité
des militaires à mettre la pagaille au sein de l'armée,
indiquaient ces mêmes sources.
Détenus depuis un mois à Bamako : 14 retraités
entament une grève de la faim
Quatorze détenus, membres d’une association de
retraités de la Fonction publique et arrêtés
il y a un mois après un sit-in à Bamako suivi
d’affrontements avec la police, ont annoncé observer
une grève de la faim depuis le 16 octobre.
Ils ont expliqué, dans une lettre au procureur du Tribunal
correctionnel de Bamako, qu’ils entendent ainsi protester
contre le fait que la justice ne statue toujours pas sur leur
cas.
Arrêtés le 18 septembre dernier, après un
sit-in devant la Primature, destiné à obtenir
le paiement de leurs droits, et qui avait entraîné
des incidents avec la police, ces retraités sont détenus
depuis à la Maison d’arrêt de Bamako. Plus
de 13 personnes avaient été blessés et
36 autres arrêtés lors de cette manifestation.
N° 123 du jeudi 17 octobre 1996
400 Touaregs maliens réfugiés dans le Sahara algérien
regagnent leur pays
Quatre cents Touaregs maliens réfugiés dans le
centre d'acceuil de Bordj Badji Mokhtar, près d'Adrar
(sud algérien), ont regagné leur pays le 19 octobre.
Deux autres centres d'accueil de réfugiés maliens
et nigériens se trouvent à Tamanrasset et Illizi.
Ces personnes, volontaires au rapatriement, ont rejoint les
localités maliennes de Tombouctou, Gao et Kidal.
Ce rapatriement entre dans le cadre du Pacte national de paix
signé en avril 1992 à Bamako par le gouvernement
malien et la rebellion touarègue sous l' égide
de l'Algérie. Les opérations de rapatriement n'ont
pas eu le résultat escompté en raison de problèmes
financiers du Mali, qui avait demandé l'aide internationale.
Moins de deux mille personnes ont été rapatriés
jusqu'ici sur une population de réfugiés maliens
estimée à plus de 35.000.
Plusieurs milliers de touaregs nigériens vivent également
dans le sud algérien. Le reste des réfugiés
se trouve en Mauritanie et au Burkina Faso.
La compagnie aérienne Air Algérie va ouvrir dans
les prochains jours au public une ligne aérienne reliant,
deux fois par semaine, Tamanrasset (sud algérien) à
Gao, au Mali et Agadès, au Niger.
N° 122 du jeudi 10 octobre 1996
Plus de 1.400 ex-rebelles touaregs intègrent l'armée
1.435 ex-rebelles touaregs ont intégré l'armée
malienne le 5 octobre lors d'une cérémonie présidée
par le ministre des Forces Armées et des Anciens Combattants,
M. Mamadou Bâ.
Avant d'être intégrés au sein de l'armée,
les membres de ce contingent d'ex-rebelles - dont seize femmes
- ont été formés au centre d'instruction
de Banancoro (sud du Mali) où ils ont reçu "une
formation commune de base" suivie d'une formation "d'intégration
dans les corps militaires et paramilitaires à savoir
l'armée de terre, la garde nationale, la gendarmerie,
la police, la douane et le service des eaux et forêts".
En février, plus de trois mille combattants de la rébellion
touarègue avaient déposé les armes à
la suite d'accords signés avec le pouvoir.
Les combattants démobilisés qui n'ont pas été
jugés aptes à intégrer l'armée "bénéficient
d'indemnités de réinsertion socio-économique".
N° 121 du jeudi 03 octobre 1996
Adoption par l'Assemblée nationale d'un nouveau code
électoral contesté par l'opposition
Un nouveau code électoral dont certaines dispositions
sont contestées par l'opposition, a été
adopté soir par les seuls députés de l'ADEMA
(Alliance pour la Démocratie au Mali, au pouvoir) à
l'Assemblée nationale.
Les députés de l'opposition ont boycotté
la séance et n'ont pris part ni au débat, ni au
vote sur le projet de loi.
La nouvelle loi prévoit trois modes de scrutin:
- scrutin proportionnel pour les élections municipales
ou communales
- scrutin majoritaire à un tour pour les législatives
dans les circonscriptions élisant 1 à 3 députés
- scrutin proportionnel pour les circonscriptions élisant
4 députés et plus.
Quant à l'élection présidentielle, elle
aura lieu à deux tours sauf si le candidat arrivé
en tête au premier tour obtient plus de 51 % des suffrages
exprimés.
Le collectif des députés de l'opposition, dans
une lettre au Président de la République, rejette
le mode variable de scrutin aux législatives et propose
pour l'ensemble des circonscriptions administratives le scrutin
proportionnel intégral "plus juste, plus équitable",
selon lui.
Par ailleurs, le collectif dénonce la composition de
la Commission nationale électorale qui, selon lui, "prêche
par le manque d'équité entre la majorité
représentée par son administration et ses alliés
et l'opposition sous représentée".
Dans le nouveau code, la commission sera composée de
30 membres, dont 10 pour l'administration, 10 pour la société
civile, 5 pour la majorité et 5 pour tous les partis
de l'opposition. (AFP)
N° 119 du 19 septembre 1996
Une manifestation de retraités dégénère:
3 blessés
Une manifestation pacifique de l'Association des travailleurs
partants Volontaires à la retraite (ATVR), regroupant
d'anciens membres de la Fonction Publique malienne, a dégénéré
en affrontements qui ont fait trois blessés.
Les manifestants qui effectuaient un sit-in devant la primature,
ont été dispersés par la police et la garde
nationale à coups de gaz lacrymogènes et de grenades.
Les organisateurs étaient venus protester contre le retard
dans le paiement de leurs droits après leur départ
volontaire à la retraite et ont affirmé que les
délégués de l'ATVR n'ont pas été
reçus par le directeur de cabinet du Premier ministre,
M. Ibrahim Boubacar Keita.
N° 118 du 12 septembre 1996
L'opposition rejette le projet de code électoral
Douze partis de l'opposition, dont neufs sont représentés
à l'Assemblée, viennent de rejetter le projet
de code électoral qualifié "d'inacceptable"
et "de coup de force du pouvoir".
Le projet adopté par le gouvernement après approbation
de l'Assemblée nationale, prévoit le maintien
du scrutin proportionnel pour les élections municipales,
un scrutin majoritaire à deux tours pour les présidentielles
et un scrutin mixte pour les législatives.
Ce code électoral prévoit en outre une commission
nationale électorale indépendante de 30 membres
dont 5 seront issus de l'Adema (parti au pouvoir), 5 de l'opposition,
10 de la société civile et 10 de l'administration
territoriale (ministère de l'intérieur).
Pour l'opposition le code électoral proposé favorise
le parti au pouvoir et "fausse l'indépendance"
de la commission électorale en accordant le droit de
vote aux dix représentants de l'administration membre
de la dite Commission.
Selon M.Tiémoko Sangaré, porte-parole des partis
de l'opposition "le gouvernement se trouve en porte-à-faux
avec l'ensemble de la classe politique à propos du code
électoral".
Selon lui des divergences existent entre le parti au pouvoir
qui réclamme le scrutin majoritaire à deux tours
pour les legislatives et l'opposition qui prône un scrutin
proportionnel pour les prochaines élections prévues
en 1997.
Lors des premières élections pluralistes de 1992
qui avaient été remportées par le président
Alpha Oumar Konaré et son parti, 114 députés
avaient été élus, dont 72 de l'ADEMA, 9
du Congrès national d'initiative démocratique
(CNID) et 8 de l'USRDA (Union soudanaise-Rassemblement démocratique
africain).
751 conseillers municipaux, dont 214 à l'ADEMA, 130 à
l'USRDA et 96 au CNID de Me Mountaga Tall, avaient également
été élus lors de ces consultations.
Arrestation d'un député de l'opposition accusé
de diffamation
Député de l'opposition, le colonel à la
retraite Youssouf Traoré, a été arrêté
début août à San, dans le sud du Mali, et
placé sous mandat de dépôt par le procureur
de la République.
Cette arrestation intervient après la levée, le
13 juin dernier, de son immunité parlementaire, à
la demande de l'administration locale de San.
Il est reproché au colonel Traoré, qui est également
secrétaire général de l'Union des forces
pour la démocratie et le progrès (UFDP - opposition),
d'avoir sans cesse accusé depuis 1993 l'administration
locale de San, sa circonscription électorale, de corruption
après le renouvellement d'un conseil de village.
Les responsables de l'administration locale se sont déclarés
offensés et ont demandé et obtenu que l'immunité
parlementaire du colonel Traoré soit levée afin
d'intenter contre lui un procès en diffamation.
C'est Me Mountaga Tall, député de Ségou
et président du Congrès national d'initiative
démocratique (CNID - opposition), qui assurera sa défense.
Condamnation d'un député aux travaux forcés
pour détournement de deniers publics
N'Golo Sanogo, député de Sikasso (Sud du Mali),
a été condamné à cinq ans de travaux
forcés et 20.000 francs CFA (200 FF) pour détournement
de deniers publics.
Son co-accusé, M. Karim Koné, a été
pour sa part condamné à la peine de mort et à
une amende de 100.000 francs CFA (1000 FF).
Les personnes, qui étaient jugées devant la cour
d'assises du Mali, étaient accusées d'avoir détourné
en 1992, respectivement la somme de 33 millions de francs CFA
et 42 millions de francs CFA au détriment de leur employeur,
la Compagnie malienne de Développement.
Le député avait remboursé la totalité
de la somme détournée avant son jugement.
La loi malienne punit de la peine capitale les auteurs de détournement
d'un montant supérieur à dix millions de FCFA.
N° 117 du 25 juillet 1996
Léger remaniement ministériel
Un léger remaniement qui se traduit par la création
de deux nouveaux ministères et l'arrivée au gouvernement
de deux responsables du Parti pour le Renouveau National (PARENA).
M. Yoro Diakité, président du PARENA, est nommé
ministre d'Etat à l'Intégration africaine, et
M. Tiébilé Dramé, ministre des zones arides
et semi-arides.
Cette décision fait suite à une alliance signée
il y a un an entre le parti au pouvoir, l'ADEMA (Alliance pour
la Démocratie au Mali) et le PARENA, en vue des élections
présidentielle et législatives qui auront lieu
en 1997.
Le PARENA est né il y a deux ans d'une dissidence au
sein du Congrès National d'Initiative Démocratique
(CNID), qui dispose de neuf députés à l'Assemblée
nationale.
Ce remaniement se traduit également par un changement
au ministère de la Jeunesse et des Sports, où
M. Adama Diarra devient commissaire à la promotion des
Jeunes, tandis que M. Boubacar Karamoko Coulibaly conserve le
portefeuille des Sports.
M. Hamaciré N'Douré à la présidence
du parti d'opposition BDIA
Hamaciré N'Douré, 79 ans, avocat, a été
élu président du Bloc pour la Démocratie
et l'Intégration Africaine (BDIA) à l'issue du
premier congrès de ce parti d'opposition.
M. N'Douré, qui fut ministre du Commerce sous le régime
du président Modibo Keita et ministre de la Justice sous
le régime militaire, est secondé par M. Mamadou
Sarr, 73 ans, vétérinaire, nommé secrétaire
général par le congrès.
Le BDIA a réaffirmé dans une résolution
son appartenance à l'opposition et son option libérale
proclamée par son leader Tiéoulé Mamadou
Konaté, adversaire malheureux du président Alpha
Oumar Konaré aux présidentielles de 1992, mort
en octobre 1995 dans un accident de la route.
N° 113 du Jeudi 20 juin 1996
Prévoyant ? Le président réaffirme son
opposition à toute prise de pouvoir par la force
Le président Alpha Oumar Konaré a réaffirmé
son opposition à toute prise de pouvoir par la force,
lors d’un entretien de plus de deux heures avec la presse
à l’occasion du quatrième anniversaire de
son investiture.
“Il n’est souhaité nulle part que la prise
du pouvoir s’effectue par la force”, a déclaré
le chef de l’Etat, ajoutant: “En dehors de la voie
démocratique, je ne vois pas d’autre porte de salut
pour les peuples africains.”
Le président Konaré s’est par ailleurs prononcé
en faveur de la création d’une Commission nationale
électorale indépendante au Mali pour “assurer
les conditions de régularité et de crédibilité
des élections à venir”, appelant les partis
politiques au dialogue pour que cette commission soit mise en
place dès juillet 1996.
Il s’est félicité du consensus national
qui a permis de régler la crise scolaire et d’apaiser
la rébellion touarègue dans le nord du Mali où,
a-t-il dit, sur 9.000 combattants rebelles, plus de 6.000 aujourd’hui
sont en voie de démobilisation.
Le président a rappelé que plus de 3.000 rebelles
ont déposé les armes et que plus de 2.000 personnes
ont été intégrées dans l’armée
et les forces de sécurité, 150 devant l’être
dans la fonction publique.
Appel aux bailleurs pour stabiliser le Nord
Il a appelé les bailleurs de fonds partenaires du Mali
à concrétiser leurs promesses d’aides en
faveur du nord malien. “Si l’économie ne
démarre pas dans le Nord, la sécurité peut
être remise en cause”, a-t-il dit.
Cinq milliards de francs CFA-sont nécessaires à
la réinsertion socio-économique des ex-combattants
du nord, mais 1,5 milliard seulement ont pu être dégagés
à ce jour.
Le chef de l’Etat s’est réjoui par ailleurs
du redémarrage de l’économie, affirmant
que le produit intérieur brut s’est accru et que
l’inflation engendrée par la dévaluation
du franc CFA en 1994 “est en voie d’être maîtrisée”.
Elle pourrait être “aux environs de 5% en 1996”
contre 24,8 % en 1994 et 12,4 % en 1995, a-t-il estimé.
Evoquant enfin de récents mouvements sociaux dans les
mines d’or du sud du pays, le président Konaré
a plaidé en faveur d’un dialogue social et insisté
sur la nécessité d’assurer la sécurité
des entreprises étrangères qui investissent au
Mali.
Trente huit syndicalistes, travaillant à la mine d’or
de Syama dans le sud du Mali, exploitée par la compagnie
austro-américaine BHP Utah limited, ont été
licenciés à la mi-mai, pour avoir, selon des sources
syndicales, organisé une grève en mars. (afp)
N° 110 du Jeudi 16 mai 1996
Touaregs : 112 Maliens regagnent volontairement leur pays
Basés dans le centre d'accueil de Tin-Zaouatine (extrême
sud algérien), ils ont regagné les régions
de Kidal et de Gao dans le cadre d'un programme de rapatriement
volontaire.
Au total 1.112 réfugiés ont rejoint le Mali depuis
le mois d'octobre dernier. Une faible proportion d'entre eux
ont rejoint leur pays dans le cadre du programme de rapatriement,
élaboré en avril 1994 par les gouvernements du
Mali et de l'Algérie en colaboration avec le FIDA et
le HCR.
Quelques 30.000 Maliens, fuyant les affrontements entre l'armée
et la rébellion touarègue dans le nord du pays,
ainsi que la sècheresse, se sont installés au
sud de l'Algérie.
Prochaine réinsertion socio-économique de 8.000
anciens rebelles
Une campagne d'explication nationale pour la réinsertion
socio-économique de 8.000 anciens rebelles touaregs a
été lancée à l'issue d'une réunion
sur le programme d'appui à la réinsertion des
ex-rebelles (PAREN) qui n'ont pas été intégrés
dans les forces armées et de sécurité.
Le PAREN, conçu par le gouvernement et le Programme des
nations unies pour le développement.
Le PAREN a pour objectif d'assurer la formation de plusieurs
anciens rebelles, dont certains âgés de 15 ans,
et de faciliter la création de micro-projets de développement.
N° 108 du Jeudi 02 mai 1996
Le régime de Moussa Traoré, toujours sur la sellette
: arrestation d'un ancien ministre à la Défense
Le général à la retraite Abdoulaye Ouologuem,
ministre de la Défense de 1988 à 1989 sous le
régime de Moussa Traoré, a été arrêté
mercredi 3 avril et placé sous mandat de dépôt
pour des malversations commises alors qu'il était au
pouvoir.
Le général a été arrêté
et transféré au camp des parachutistes de Djicoroni
à Bamako, dans le cadre d'une enquête sur des détournements
de fonds commis sous le régime de Moussa Traoré.
Selon la presse malienne, ces malversations, qui entrent dans
le cadre de "l'Affaire de l'intendance militaire",
auraient porté sur 6 à 8 milliards de FCFA (60
à 80 millions de FF) sous forme de faux frais de mission,
salaires fictifs, marchés frauduleux ou bons de transports
surévalués. Le général Ouologuem
devra également répondre de malversations dans
des contrats passés au nom de l'armée.
Dans le cadre de la même affaire, l'ancien intendant général
de l'armée Djibi Dia, le lieutenant Djiby Coulibaly et
un opérateur économique, Abdoulaye Traoré,
ont été arrêtés en juillet 1993.
Les trois prévenus sont toujours en prison, n'ayant pu
s'acquitter du paiement de leur caution, soit respectivement
10 millions, 20 millions et 75 millions de FCFA.
Ces enquêtes en cours rentrent dans le cadre d'un procès,
très attendu à Bamako, pour "crimes économiques"
impliquant l'ex-président Traoré et des dignitaires
de son régime.
Le général Traoré, déchu en mars
1991 après 23 ans de pouvoir, avait été
condamné à la peine capitale pour "crimes
de sang" pour avoir fait tuer une centaine d'étudiants
lors des émeutes de 1991. L'actuel président Alpha
Oumar Konaré, hostile à la peine de mort, a récemment
déclaré à l'AFP que l'ancien chef de l'Etat
ne serait pas exécuté.
"Je suis hostile à la peine de mort, a-t-il affirmé,
et, durant mon mandat présidentiel, personne ne sera
exécuté".
L'un des trois autres condamnés à mort, le général
Mamadou Coulibaly, ancien ministre de la Défense, se
trouve actuellement en France où il est soigné
dans un hôpital.
Commentaire : le pouvoir à Bamako ne semble pas
pressé de l'ouverture de ce procès "pour
crimes économiques", se gardant une précieuse
carte en vue des futures échéances électorales.
D'autant que l'exemple du Bénin voisin prouve que les
"nouveaux régimes" issus de la démocratisation
des années 1990, ne sont pas à l'abri d'un revirement
de leur opinion publique. Le parti du président Konaré,
l'ADEMA, et lui-même, ont du souci à se faire,
face à la montée en puissance du Mouvement patriotique
pour le renouveau (MPR - opposition), l'héritier de l'ancien
parti unique, l'UDPM, qui avait été dissous après
le renversement de Moussa Traoré. Fin novembre 1995,
des centaines de militants du MPR avaient répondu à
l'appel de leur dirigeant, M. Choguel Maïga, pour commémorer
à Bamako une autre date symbolique pour eux, le 19 novembre
1968, jour de l'arrivée au pouvoir du général
Traoré par un coup d'Etat militaire contre le premier
président Modibo Keita.
Cette manifestation ayant été empêchée
par les forces de l'ordre, le MPR a gagné en sympathie
dans les rangs de l'opposition, qui ont fait corps avec lui
pour dénoncer un abus du pouvoir actuel.
Bamako entretient aussi le "culte de la démocratisation"
du pays. Le 26 mars dernier, on a commémoré en
grande pompes à Bamako, le 5-ème anniversaire
du renversement du régime de Moussa Traoré.
Fête légale dans le pays, la journée a été
marquée par des marches et par l'inauguration d'un monument
élevé à la mémoire des martyrs de
la répression qui avait fait, de janvier à mars
1991, plus de 2OO morts parmi les manifestants pour la plupart
des élèves et étudiants.
Par ailleurs, "des journées du souvenir et du recueillement,
dénommées semaine nationale des martyrs",
ont été instituées par le chef de l'Etat
Alpha Konaré. Elles auront lieu dorénavant chaque
année du 17 au 25 mars. Durant cette période,
les drapeaux seront mis en berne et des hommages rendus aux
victimes du régime de Moussa Traoré. C'est toujours
bon à rappeler, en attendant l'élection présidentielle
de l'année prochaine.

N° 108 du Jeudi 02 mai 1996
Tombouctou : les armes ont brûlé pour une paix
encore fragile
Après quatre années de rébellion touarègue,
qui a fait plus d'un millier de morts, le Mali a célébré
mercredi 27 mars , dans Tombouctou en liesse, le retour à
la paix par une cérémonie symbolique, la "Flamme
de la paix".
Aux portes du désert et dans la nuit tombante, 3.000
armes de guerre, des fusils d'assaut et des mortiers, ont brûlé
pour exorciser à jamais le spectre de la guerre civile
entre populations touarègues et arabes d'une part, l'armée
malienne et les sédentaires noirs du fleuve d'autre part.
La cérémonie s'est déroulée en présence
des présidents malien Alpha Oumar Konaré et ghanéen
Jerry Rawlings, qui ont invité tous les pays africains
encore en butte à la guerre civile à organiser
à leur tour leurs flammes de la paix. Munis d'une torche,
ils ont allumé le bûcher de la paix, accompagnés
des dirigeants de l'ancienne rébellion.
Mais à peine les hautes flammes du bûcher déchirant
le ciel de Tombouctou s'étaient-elles éteintes
que des voix se faisaient entendre pour souligner que la paix
reste fragile et que seuls des "actes concrets" pourront
la consolider.
Une paix encore fragile…
Ainsi les responsables des Mouvements et Fronts unifiés
de l'AZAWAD (MFUA, Touaregs et Arabes) et du Mouvement patriotique
Ghanda Koy (Noirs sédentaires) ont recommandé,
dans une déclaration conjointe, "l'application correcte,
diligente et équitable du Pacte national de paix (signé
en avril 1992) et des accords complémentaires au profit
des populations des régions du nord".
La consolidation de la paix, déclarent-ils, passe par
"la création de conditions morales, matérielles
et psychologiques pour le retour des populations déplacées
du fait de l'insécurité". Ils demandent également
l'intensification des actions de développement "pour
une intégration socio-économique réelle
des régions du nord au reste du pays".
"Ce sont la misère, la famine et la sécheresse
qui ont poussé les populations du nord à cette
stupide réflexion qu'est la guerre", a expliqué
à l'AFP Firoun Maiga, secrétaire aux relations
extérieures du Ghanda Koy. Pour lui, la paix restera
incertaine si le gouvernement et les partenaires au développement
du Mali ne créent pas des mesures d'accompagnement dans
les secteurs de l'éducation, de la santé et du
développement.
Partisan convaincu de la paix, Azaz Ag, sociologue touareg,
estime que les jalons posés sont solides mais qu'il faudra
viabiliser rapidement les sites chargés d'accueillir
les réfugiés touaregs de Mauritanie, d'Algérie
et du Burkina-Faso. "Le HCR, accuse-t-il, n'a jamais réussi
à mettre en place un rapatriement organisé des
réfugiés, dont les attentes ont été
ainsi déçues".
Pour sa part, le président Konaré a déclaré
que "le processus de la paix devra être irréversible
malgré les difficultés qui surgiront". "La
paix se gagne chaque jour", a-t-il souligné en demandant
à tous de "privilégier le dialogue dans un
esprit de tolérance".
"Le Mali, par ma voix, a-t-il ajouté, invite tous
ses fils à rentrer au bercail pour qu'ensemble nous bâtissions
la paix et l'unité nationale car il ne saurait y avoir
pour le Mali de développement clé en mains".
"Que pouvons recevoir de meilleur et de mieux que la paix
?", a-t-il conclu en demandant à ses compatriotes
d'éliminer tout esprit de revanche. AFP
N°
106 du vendredi 1er mars 1996
Alliance : l’ADEMA et le PARENA se concertent
Le parti majoritaire ADEMA (Alliance pour la démocratie
au Mali) et le Parti pour la renaissance nationale (PARENA),
né d’une scission du plus important parti d’opposition
(le CNID), ont signé le 13 février une plate-forme
d’alliance politique.
Les deux partis sont convenu de la création d’une
commission permanente de concertation, de la mise en œuvre
d’un programme commun de gouvernement et d’une alliance
électorale.
Le PARENA n’a pas de député, mais il compte
dans ses rangs d’importantes personnalités comme
Tiebilé Dramé, ancien ministre des Affaires étrangères,
et Hamidou Diabaté, ancien ministre de la Justice.
Plus de 3.000 ex-rebelles touaregs ont déposé
les armes
Plus de 3.000 ex-combattants des mouvements touaregs et du mouvement
noir Ghanda Koy, ont été cantonnés au cours
des trois derniers mois dans les sites prévus au nord
du Mali, selon le président de la Commission de cantonnement
des anciens rebelles, le lieutenant-colonel Sadio Gassama, chef
d’état-major de l’armée de terre.
Par ailleurs, 2.648 armes de différents types et 30.000
munitions ont été récupérées.
Les opérations de cantonnement devaient prendre fin le
31 janvier mais ont dû être prolongées en
raison de l’arrivée tardive d’ex-combattants
dans les sites, a déclaré M. Gassama. L’officier
s’est déclaré par ailleurs convaincu de
la volonté de beaucoup d’anciens rebelles de rejoindre
les sites de cantonnement, bien que “la méfiance
de certains d’entre eux ne soit pas encore vaincue”.
De source informée, on indique que les sites de cantonnement
souffrent de manque d’eau, d’infrastructures et
de problèmes alimentaires.
N° 105 du vendredi 9 février
1996
Une expérience touristique inédite : Gao à
moins de cinq heures de Lyon
Gao a de la chance. Depuis toujours, l’ancienne capitale
de l’empire songhaï, vit les pieds dans l’eau
du fleuve Niger, qui arrive par l’ouest de Tombouctou
et Mopti puis repart plein sud vers Niamey, et la tête
dans le désert. Le vrai désert, de montagne et
de sable mêlés. Le plus secret aussi certainement
que les atlas désignent de trois mots qui font rêver:
massif de l’Adrar et des Ifoghas. Le pays des Tamasehq.
Gao la blanche et noire. Noire comme les Songhaï qui la
fondèrent il y a plusieurs siècles. Noire comme
les bella et les bozo qui la servirent et la peuplent. Blanche
comme les Touaregs, cette minorité berbère qu’au
début du siècle, les colons se plurent à
appeler les hommes bleus. Ces nomades qui n’aiment rien
autant que la liberté qui leur sert de devise et de loi.
Des hommes dignes qui paraissent aussi solides que la montagne
qui les abrite en cas de danger. Mais depuis quelques semaines,
pour les gens de Gao, l’espoir vient du ciel. Il a un
nom, “Point Afrique”. Une ambition: transporter
130 touristes par semaine qui prendront le chemin de Tombouctou,
Mopti, Kidal, ou fileront sur le pays dogon pour un tourisme
différent, plus sobre, moins prédateur, en prenant
le temps de parler, de dialoguer avec les gens.
Succès garanti car les populations du nord du Mali savent
faire la fête à leurs étrangers pour peu
que ceux-ci sachent les respecter et les considérer.
Elles savent recevoir les visiteurs qui viennent à leur
rencontre.
Alors, folie ou coup de génie ? Ou les deux à
la fois ? Réponse dans quelques mois. En attendant, Maurice
Freund qui, avec quelques copains, a monté l’opération
de toutes pièces en accord avec les autorités
maliennes et le soutien discret d’Air Afrique, a gagné
son premier pari. Les trois vols expérimentaux des 21
et 28 décembre 1995 et celui du 4 janvier dernier furent
un succès total. Les touristes sont contents, ils payent
trois a quatre fois moins cher. Les responsables locaux, gouverneur
en tête, n’ont eux, qu’une question : "
A quand le prochain vol ? " Tous ont bien compris “l’autre”
enjeu. Le plus important. Au-delà des devises apportées
par les touristes, une ligne régulière reliant
Gao à la France permettrait de désenclaver durablement
ce grand nord que 1200 km séparent de Bamako et donnerait
à l’économie et la production locales, des
perspectives de débouchés sans précédent.
C’est précisément le deuxième pari
de Maurice Freund. Comment compte-t-il le réussir ?
Entretien
Afrique Express : Quel est votre programme pour l’année
96 ?
Maurice Freund : Nous poursuivons les vols vers Gao à
partir du 22 février jusqu’au 4 avril 96, avec
un départ chaque jeudi.
Nous reprenons le programme en juillet et août et nous
souhaitons pérenniser cette ligne à partir de
fin octobre, par un vol hebdomadaire avec un programme élargi
en y intégrant tous les autres volets du développement
(agrobiologie, artisanat et autres activités économiques…).
En rythme de croisière, il nous faudra trouver 3 000
personnes par an.
A.E. : Vous parlez d’un tourisme différent.
Quelles garanties les populations et responsables locaux ont-ils
que les touristes du POINT AFRIQUE respecteront davantage les
hommes et l’environnement ?
M. F. : Le touriste n’est que rarement responsable
du respect de l’environnement car il est dépendant
du circuit proposé par les organisateurs. Ce sont ces
derniers, en concevant un “produit” qui sont les
seuls maîtres de ce qui se passe sur le terrain. Tout
est donc dans l’esprit et les contacts avec les responsables
sur place. C’est là que les choses se décident.
Nous voulons que toute la population bénéficie
des retombées, en accord et en collaboration avec le
chef du village et nous voulons aussi éviter qu’un
privé ne s’approprie seul le profit d’une
activité lucrative.
A.E. : Par exemple ?
M.F. : Dans un village d’accueil, “nos touristes”
ne distribuent pas individuellement des crayons aux enfants…
Mais le directeur d’école devient notre partenaire
et reçoit autant de crayons, cahiers et autres matériels
pédagogiques qu’il y a d’enfants. Il est
responsable de la bonne utilisation de cette dotation, il explique
aux enfants le rôle du touriste, il parle de notre culture
et apprend aux enfants à ne pas quémander.
Ce n’est qu’après l’accord du chef
du village et de son conseil que nous retenons le principe et
les modalités de travail, et décidons de l’affectation
communautaire de retombées économiques.
A.E. : Vos prix pour le pays dogon ou Tombouctou sont
trois fois inférieurs à ceux du marché.
Comment est-ce possible ?
M.F. : Il est vrai que ces deux destinations sont habituellement
entre 11 000 et 18 000 FF par les agences de voyage. Nous proposons
des produits similaires à moitié prix, voire trois
fois moins cher. Pourquoi ?
Premièrement, Bamako est à 6 heures d’avion
de la France, Gao n’est qu’à 4h30. De plus
Bamako est à 1250 km de Gao, d’où un gain
de temps et et un coût moindre pour amener les touristes
au cœur des sites concernés.
Deuxièmement, sur ces deux destinations, nous utilisons
les SOFITEL TOMBOUCTOU et MOPTI, donc pas d’économie
sur la prestation. La seule différence ne peut venir
que de l’absence d’intermédiaires, souvent
nombreux et un peu trop gourmands…
Nous dégagerons, si nos remplissages d’avion sont
confortables, une marge bénéficiaire suffisante
pour permettre le cofinancement avec d’autres organismes
de projets de développement dans cette région
encore totalement enclavée aujourd’hui.
A.E. : Quelle est la position d’AIR AFRIQUE ?
M. F. : Cette action est réalisée en concertation
avec Air Afrique. Et nous aimerions aussi démontrer que
des charters bien positionnés peuvent attirer une réelle
clientèle nouvelle. En évitant les capitales souvent
trop éloignées des lieux touristiques, nous évitons
aussi le détournement d’une clientèle captive.
Nous sommes donc complémentaires et non en concurrence.
Nos 3 premiers vols fin décembre et début janvier
ont permis à 300 personnes, grâce à nos
prix, de découvrir une destination qui leur paraissait
inaccessible.
Propos recueillis par Jean Chevrard
N° 104 du vendredi 26 janvier 1996
Les deux plus anciens partis - l'US-RDA et le PSP - renouvellent
leur direction
L'Union soudanaise (USRDA) et le Parti progressiste soudanais
(PSP), créés tous deux en 1946, viennent de renouveler
au cours de deux congrès distincts leurs cadres dirigeants
dans la perspective des élections de 1997.
Mamadou Bamou Touré, 54 ans, ancien ministre de l'Enseignement
supérieur, a été élu secrétaire
général de l'USRDA en remplacement du Dr Mamadou
El Bechir Gologo, ancien ministre de l'Information sous Modibo
Keita.
Oumar Hammadoun Dicko, 42 ans, professeur de sciences politiques
et consultant pour la Banque africaine de développement
(BAD), a, pour sa part, été confirmé au
poste de secrétaire général du PSP, dont
il assurait l'intérim depuis novembre 1994.
Le PSP avait accédé au pouvoir en 1960 sous la
direction de Modibo Keita, qui dirigea le pays jusqu'au coup
d'Etat militaire de 1968.
Ces deux partis, les deux plus anciens au Mali, ont réaffirmé
leur opposition au régime du président actuel
Alpha Omar Konaré.
Plus de 400 réfugiés Maliens regagnent volontairement
leur pays
Quatre cent quinze réfugiés maliens du sud de
l'Algérie ont regagné leur pays les 11 et 12 janvier
dans le cadre d'un programme de rapatriement volontaire. C'est
la quatrième opération de rapatriement organisée
depuis 1995 dans le cadre de ce programme auquel s'est associé
le Fonds International pour le Développement Agricole
(FIDA).
Les 415 réfugiés, représentant une centaine
de familles, ont quitté les centres de In-Guezzam et
de Tin-Zaouatine, pour se rendre à Kida, Menaka et Talatait,
où ont été installés des centres
d'accueil amnénagés par le Haut Commissariat aux
Réfugiés (HCR-Mali), le FIDA et des ONG.
Quelques 30.000 Maliens, fuyant les affrontements entre l'armée
et la rébellion touarègue dans le nord du pays,
ainsi que la sécheresse, se sont installés au
Sud de l'Algérie.
Toutefois une faible proportion d'entre eux ont rejoint leur
pays dans le cadre du programme de rapatriement, signé
en avril 1994, entre le gouvernement et la rébellion.
Plus de 2700 anciens rebelles déposent leurs armes
2.755 ex-combattants des quatre Mouvements et Fronts unifiés
de l'Azawad (MFUA) et du mouvement noir Ghanda Koy ont déposé
leurs armes dans les sites de cantonnement du nord du Mali en
vue de leur intégration dans l'armée régulière.
Le chef d'état-major de l'armée de terre malienne,
le lieutenant-colonel Sadio Gassama, a précisé
que les quatre sites de cantonnement (Léré, Bourem,
Menaka et Kidal) ont reçu 1.170 fusils semi-automatiques,
130 mitrailleuses, 9 mortiers de 82 et 60 mm, 774 pistolets,
22 fusils mitrailleurs et des fusils de chasse.
Selon les accords de paix signés, l'opération
de cantonnement doit concerner environ 1.600 ex-rebelles.
Si ce chiffre était dépassé, le Commissaire
au Nord chargé de la gestion de la fin de la rébellion,
Mahamadou Diagouraga, a récemment déclaré
que le reste sera pris en charge dans le cadre de la réinsertion
socio-économique des anciens combattants.
Ceux-ci doivent se présenter volontairement dans les
camps et prouver qu'ils savent manier des armes de guerre pour
être considérés comme ex-rebelles.
Mise aux arrêts de rigueur d'un officier supérieur
Le lieutenant colonel Benage Sanogo a été mis
aux arrêts de rigueur pour 60 jours, à la demande
du ministre des Forces armées, Mamadou Bah, a rapporté
le quotidien "l'Essor".
Le lt-colonel Sanogo, qui dirigeait le prytanée militaire
de Kati (à 15 km de Bamako), est accusé d'avoir
permis aux "activistes" de l'Association des élèves
et étudiants du Mali (AEEM) de tenir des réunions
à son domicile, et de s'être personnellement opposé
aux forces de sécurité venus les interpeller.
Il est également reproché au lt-colonel Sanogo,
qui a été relevé de ses fonctions, d'"avoir
utilisé frauduleusement du matériel militaire
dans le but d'organiser ou de provoquer une manifestation contraire
à la discipline militaire".
La crise larvée dans les milieux scolaires
Liberté provisoire pour 59 élèves et étudiants
arrêtés
Cinquante-neuf élèves et étudiants, arrêtés
début janvier et placés sous mandat de dépôt,
ont bénéficié mardi 16 d'une liberté
provisoire avant leur jugement à la demande de leurs
avocats.
Ces prévenus, dont le secrétaire général
de l'Association des élèves et étudiants
du Mali (AEEM), M. Opéri Berthé, étaient
détenus depuis leur arrestation à la maison d'arrêt
de Bamako et de Koulikori ainsi que dans des commissariats de
police.
Ils avaient été interpellés au cours de
nombreux incidents avec les forces de l'ordre qui tentaient
de les empêcher de perturber les cours dans les établissements
non grévistes et de contraindre les élèves
à observer les mots d'ordre de grève de l'AEEM.
Ces 59 élèves et étudiants ont été
inculpés d'atteinte à la liberté du travail
et d'entrave à la liberté des cours.
Cette remise en liberté provisoire intervient au lendemain
de la reprise des cours dans les établissements secondaires
et supérieurs, suite à l'appel radiotélévisé
du secrétaire général adjoint de l'AEEM,
Sarmoye Boussanga, après douze jours de grève
générale.
Dans cet appel, M. Boussanga avait réclamé la
libération des étudiants arrêtés
et inculpés.
Les élèves et étudiants s'étaient
mis en grève générale illimitée
le 4 janvier à l'appel de l'AEEM pour réclamer
la libération de leurs camarades arrêtés.
Avant le déclenchement de leur grève illimitée,
élèves du secondaire et étudiants des écoles
supérieures avaient observé plusieurs grèves
de 72 heures chacune de novembre à décembre pour
appuyer leurs revendications. Des affrontements violents entre
forces de l'ordre et étudiants grévistes, le 8
décembre à Bamako, avaient fait 25 blessés.
Celles-ci portent notamment sur le paiement des bourses de vacances,
la suppression de l'exclusion automatique frappant tout élève
ayant obtenu une moyenne annuelle inférieure à
7 sur 20, et l'institution de passerelles pour accéder
à l'université.
Le gouvernement, qui est engagé dans un programme drastique
de redressement économique, a accepté de payer
un mois de bourses de vacances sur les trois revendiqués,
ce que les étudiants jugent insuffisant.
Ces débrayages "intempestifs" préoccupent
sérieusement les autorités maliennes, a indiqué
le ministre de l'Enseignement secondaire et supérieur,
M. Moustapha Dicko, estimant que le gouvernement pourrait être
dans l'impossibilité de valider l'année scolaire
si 25 à 30 semaines de cours magistraux n'ont pas été
dispensés.
La France accorde une subvention au système éducatif
élémentaire
La France a accordé au Mali une subvention de 1,7 milliard
de F CFA pour financer l'amélioration du système
éducatif malien.
Cette subvention doit permettre de rendre l'enseignement élémentaire
accessible à davantage de jeunes Maliens, a déclaré
le ministre malien des Affaires étrangères, Dioncounda
Traoré, en signant l'accord en ce sens avec l'ambassadeur
de France au Mali, Gabriel de Bellescize.
L'objectif du gouvernement malien est d'atteindre un taux de
scolarisation de 50% en l'an 2000. N° 103 du vendredi 12
janvier 1996
Mise au point : le Premier ministre dément les rumeurs
de son prochain départ
Ibrahim Boubacar Kéita a démenti des rumeurs sur
son prochain départ et sur des dissensions au sein de
l'Alliance pour la démocratie au Mali (ADEMA, parti majoritaire).
M. Keita, qui ouvrait le 28 décembre une conférence
nationale de l'ADEMA, a affirmé que ces rumeurs sont
véhiculées par des “marchands d'illusions
qui en seront pour leurs frais” et que son parti “est
plus que jamais soudé”.
Touaregs
Poursuite du cantonnement des ex-rebelles
Environ 1.800 à 2000 ex-rebelles touaregs issus des Mouvements
et fronts unifiés de l'Azawad (MFUA) et d'anciens éléments
du mouvement noir Ghanda Koy opposé à la rebellion
touarègue ont été regroupés dans
des camps en vue de leur intégration dans les structures
de l'armée. Quatre camps fonctionnent à cet effet
dans les trois régions du Nord, où des éléments
des MFUA et du mouvement noir, qui se présentent volontairement,
ne sont acceptés que s'ils prouvent qu'ils savent manier
des armes de guerre.
Le commissaire au Nord chargé de la gestion de la fin
de la rebellion a précisé que, selon les accords
de 1994 avec les MFUA, l'opération de cantonnement concerne
“à peu près 1.660 éléments”.
Mais, si ce chiffre était dépassé, a-t-il
dit, le reste sera pris en charge dans le cadre de la réinsertion
socioéconomique des ex-rebelles.
Les MFUA évaluaient à 7.000 le nombre de leurs
combattants dont ils revendiquaient l'incorporation dans l'armée,
la gendarmerie, la garde nationale, la police ou la douane.
Législation foncière : le président
Konaré favorable à une révision
“La révision de la législation foncière
ne saurait tarder” car elle est “un accompagnement
logique de la politique de décentralisation en cours”,
a affirmé le chef de l'Etat. Prenant la parole à
l'occasion de la rentrée judiciaire, dont le thème
était “la problèmatique foncière”,
il a précisé que la prochaine législation
devrait “permettre d'asseoir les nouvelles règles
de la gestion domaniale et foncière, de redéfinir
les compétences et de mieux déterminer les responsabilités”.
M. Konaré répondait à un magistrat estimant
que le Mali connaît une crise foncière “dont
l'ampleur menace à long terme la cohésion nationale”.
Ce magistrat faisait allusion aux nombreux litiges fonciers
(parfois meurtriers) entre éleveurs et agriculteurs,
entre villages voisins ou entre l'Etat et les citoyens. De 1992
à 1995, il a évalué à plus de 300
le nombre de ces conflits, en milieu rural comme urbain.
Ayant demandé aux responsables plus d'équité
dans la gestion domaniale, le chef de l'Etat a indiqué
que le gouvernement entendait engager des opérations
d'assainissement au niveau des sociétés immobilières.
Une Banque de l'habitat verra le jour en 1996 au Mali, où
le gouvernement a entrepris la construction de plusieurs centaines
de logements.
Alpha Oumar Konaré salue la qualité des relations
entre le Mali, la France et le Sénégal
Coup double pour le président malien Alpha Oumar Konaré
qui a jugé à Dakar que la qualité des relations
entre son pays et la France d'une part et avec le Sénégal
d'autre part "n'a jamais été aussi bonne".
"Je pense que la qualité de nos relations n'a jamais
été aussi bonne tant avec la France qu'avec le
Sénégal. Il n'y a jamais eu de nuages d'aucune
nature et nous sommes décidés à aller de
l'avant, main dans la main face aux problèmes qui se
posent", a notamment déclaré M. Konaré,
au terme d'une brève visite d'amitié et de travail
au Sénégal.
Interrogé sur son refus de se rendre en juillet à
Dakar pour y rencontrer le président français
Jacques Chirac durant sa tournée africaine, le président
Konaré a répondu: "c'est une vieille histoire
qui appartient déjà au passé".
A propos du procès pour crimes économiques de
plusieurs anciens dirigeants maliens, dont l'ancien président
Moussa Traoré et son épouse, qui doit avoir lieu
à une date qui n'a pas encore été fixée,
M. Konaré a indiqué que les enquêtes se
poursuivent et que les dossiers sont entre les mains de la justice. |