Mali Articles de la revue Afrique-Express - Année 1996
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N° 130 du Lundi 30 décembre 1996

Les Touaregs réfugiés au Burkina Faso hésitent à rentrer dans leur pays

Les quelque 21.000 Touaregs maliens réfugiés dans le nord du Burkina Faso seraient encore très réticents à retourner dans leur pays, dix mois après l'opération "Flamme de la paix" qui a marqué symboliquement la fin des hostilités.
"Le départ des réfugiés se fera comme leur arrivée: cela dépendra de la conviction de chaque réfugié sur le processus de paix. Pour l'instant, ils sont réticents", a estimé un responsable de l'Association des réfugiés touaregs, M. Mohamed Issouf.
La majorité de ces réfugiés se sont installés dans le nord du Burkina Faso, dans les provinces du Seno, du Soum et de l'Oudalan (280 km au nord-est de Ouagadougou).
Arrivés dès le déclenchement de la rébellion touarègue au début des années 90, ils ont érigé sept camps. Avec ses 10.559 habitants, venus de Gao et Tombouctou, le plus important est celui de Ferelio, perdu dans le Sahel, à quelques kilomètres de la frontière malienne, dans la préfecture de Déou (350 km au nord-est de Ouagadougou).
Selon M. Issouf les différents accords de paix signés par la rébellion et le gouvernement malien ont fait la part belle aux combattants, oubliant les réfugiés. "Nous sommes les victimes innocentes d'une révolution déclenchée par le mouvement Azawad. Ceux qui ont déclenché la crise ont été intégrés dans l'armée et à la fonction publique", déplore-t-il.
Même credo pour le chef du camp de Gagafabou, où quelque 4.250 personnes sont accueillies: Mohamed Abdul Ag Mohamed rejette tout espoir de retour. "Ils nous faut du temps pour oublier nos biens pillés, nos enfants morts", a-t-il déclaré à l'AFP.
Pour lui, la paix restera "précaire" tant qu'une "justice impartiale" ne sanctionnera pas les responsables d'exactions.
De leur côté, les autorités maliennes affirment que toutes les conditions sont réunies pour le retour des réfugiés, la communauté internationale pouvant témoigner de la pacification du pays.
Pour M. Moulaye Bokoum, premier conseiller à l'ambassade du Mali au Burkina Faso, l'assistance apportée par le HCR contribue à freiner ce retour. "Dites au HCR de ne plus les ravitailler, vous ne trouverez pas un seul Touareg dans les mois prochains", dit-il.
Le HCR, tout en soulignant que le rapatriement doit être volontaire, souhaite lui-aussi un retour rapide des réfugiés dans leur pays et l'assistance au Burkina devrait être bientôt réduite au profit du Mali.
Le HCR a lancé la semaine dernière une opération de recensement afin de planifier le rapatriement des réfugiés pour 1997. L'évaluation du HCR à 21.000 réfugiés, est contestée par les deux parties. Les bailleurs de fonds et le gouvernement malien les trouvent "surestimés", alors que les Touaregs jugent le contraire.
En quatre vagues de rapatriement du Burkina vers le Mali depuis décembre 1995, seulement 2.500 réfugiés sont rentrés.

N° 128 du lundi 09 décembre 1996

Nouveau projet de code électoral

Le gouvernement a adopté un nouveau projet de code électoral en remplacement du précédent dont certaines dispositions avaient été jugées non conformes à la Constitution par la Cour suprême (Cf. Afrique Express N° 127)
Le nouveau texte, résultat d'un consensus entre l'ADEMA au pouvoir et une partie de l'opposition, prévoit un scrutin majoritaire à deux tours pour l'élection des députés au Mali et non plus un scrutin à la fois majoritaire et proportionnel.
Dans le nouveau projet, le mode de scrutin des communales reste proportionnel et celui de la présidentielle majoritaire à deux tours.
D'autre part, les candidatures indépendantes sont autorisées. Les votes par correspondance ou par ordonnance sont supprimés et le principe du parrainage des candidatures à l'élection présidentielle est abandonné.
Par ailleurs, la Commission électorale nationale indépendante chargée de l'organisation des scrutins sera composée de 30 membres: 14 représentants pour les partis politiques (à raison de sept pour l'opposition et sept pour la majorité), huit pour l'administration et huit pour la société civile.
La composition de la Commission électorale dans l'ancien texte avait été jugée favorable à l'administration, considérée comme dépendante du pouvoir, au détriment des partis de l'opposition.
Ce nouveau texte doit maintenant être soumis au vote des députés.
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N° 127 du lundi 02 décembre 1996

Nouveau Code électoral : la Cour constitutionnelle renvoie le gouvernement à sa copie

La Cour constitutionnelle a déclaré anti-constitutionnels une quinzaine d'articles du nouveau Code électoral adopté en septembre par le parlement.
La Cour a ainsi donné raison au collectif des partis d'opposition qui avait introduit un recours pour demander sa censure. La décision de la Cour doit cependant être confirmée par un arrêt de cette juridiction qui sera publié au Journal officiel.
L'opposition , représentée à l'Assemblée nationale par une quarantaine de députés, avait refusé de voter le nouveau Code, arguant qu'il n'était pas conforme à la Constitution malienne.
Elle protestait également contre les modes de scrutins (trois au total : majoritaire simple uninominal, de liste majoritaire, et proportionnel), la fixation du nombre de députés de la prochaine législature, la composition et les attributions de la Commission nationale électorale indépendante.
La Cour constitutionnelle, présidée par un administrateur à la retraite, M. Abdoulaye Dicko, a estimé que les trois scrutins différents prévus pour les législatives "sont anti-constitutionnels parce qu'ils ne donnent pas la même chance aux candidats alors que la Constitution malienne dit que tous les citoyens sont et demeurent égaux en droits".
La Cour a également donné raison à l'opposition sur la fixation du nombre de députés qui devait passer de 116 à 146 "parce que cela ne saurait se justifier dans la mesure où le résultat du dernier recensement administratif n'est pas encore publié".
La Cour a également suivi l'opposition en déclarant anti-constitutionnelle la suppression, dans le nouveau Code, de la possibilité donnée aux coalitions de partis politiques de présenter chacun un candidat ou une liste de candidats, ajoutant que cela restreint le jeu démocratique.
Enfin, la Cour constitutionnelle a estimé que les dix membres devant représenter l'administration dans la Commission nationale électorale indépendante et jouissant de leur droit de vote, "ne pourraient être indépendants du parti au pouvoir".
Le nouveau Code prévoyait notamment la création d'une Commission nationale électorale indépendante de 30 membres réprésentant l'administration (10), la société civile (10), la majorité présidentielle (5) et l'opposition (5).
Les élections muncipales, législatives et présidentielles auront lieu au premier trimestre 1997.

Le retour des Touaregs réfugiés en Mauritanie s'accélère

Des milliers de Maliens, en majorité des Touarges qui s'étaient réfugiés en Mauritanie au début des années 1990, ont accélèré leur retour depuis le mois dernier et la totalité d'entre eux devraient avoir été rapatriés à la fin de l'an prochain, selon le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).
Trois cents Maliens qui avaient fui la guerre civile entre les Touaregs et le gouvernement malien viennent de quitter le centre de transit d'Aratène, à la frontière avec la Mauritanie, pour les villes d'Assidi, Tombouctou, Tindjambane et Akoumbou. Près de 700 réfugiés maliens les avaient précèdés dans le cadre d'un rapatriement entamé le 30 septembre.
La plupart des 28.000 réfugiés maliens de Mauritanie ont dit vouloir regagner leur pays avec le retour à la paix au Mali. Plus de 6.000 sont déjà rentrés en un mois de l'unique camp de Mberra.
Le HCR estime que l'opération devrait être totalement achevée d'ici fin 1997.

N° 124 du Jeudi 24 octobre1996

Vrai-faux complot ? Des militaires et un civil arrêtés

Moins d'une demi-douzaine de militaires et un civil, Madi Diallo, ont été arrêtés dans le week-end du 27 octobre à Bamako.
M. Madi Diallo fut ministre de l'Agriculture et des Finances sous le régime de l'ancien président Mouassa Traore. Il était actuellement un membre actif du parti d'opposition, le MPR, dirigé par Choguel Maïga.
Le MPR a été forgé sur les cendres de l'ancien parti unique de Moussa Traore, mais il a fait la preuve depuis 1995 qu'il était devenu une réelle force d'opposition dans le pays.
Selon Choguel Maïga, que nous avons contacté au téléphone, ces arrestations participent de la volonté du pouvoir de bloquer une éventuelle candidature de son parti aux prochaines élections présidentielles de 1997.
A Bamako, les milieux informés ne semblaient guère croire au moment où nous mettions sous presse à la réalité d'une tentative de putsch. Au mieux, serait-il reproché à Madi Diallo d'avoir incité des militaires à mettre la pagaille au sein de l'armée, indiquaient ces mêmes sources.

Détenus depuis un mois à Bamako : 14 retraités entament une grève de la faim

Quatorze détenus, membres d’une association de retraités de la Fonction publique et arrêtés il y a un mois après un sit-in à Bamako suivi d’affrontements avec la police, ont annoncé observer une grève de la faim depuis le 16 octobre.
Ils ont expliqué, dans une lettre au procureur du Tribunal correctionnel de Bamako, qu’ils entendent ainsi protester contre le fait que la justice ne statue toujours pas sur leur cas.
Arrêtés le 18 septembre dernier, après un sit-in devant la Primature, destiné à obtenir le paiement de leurs droits, et qui avait entraîné des incidents avec la police, ces retraités sont détenus depuis à la Maison d’arrêt de Bamako. Plus de 13 personnes avaient été blessés et 36 autres arrêtés lors de cette manifestation.
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N° 123 du jeudi 17 octobre 1996

400 Touaregs maliens réfugiés dans le Sahara algérien regagnent leur pays

Quatre cents Touaregs maliens réfugiés dans le centre d'acceuil de Bordj Badji Mokhtar, près d'Adrar (sud algérien), ont regagné leur pays le 19 octobre.
Deux autres centres d'accueil de réfugiés maliens et nigériens se trouvent à Tamanrasset et Illizi.
Ces personnes, volontaires au rapatriement, ont rejoint les localités maliennes de Tombouctou, Gao et Kidal.
Ce rapatriement entre dans le cadre du Pacte national de paix signé en avril 1992 à Bamako par le gouvernement malien et la rebellion touarègue sous l' égide de l'Algérie. Les opérations de rapatriement n'ont pas eu le résultat escompté en raison de problèmes financiers du Mali, qui avait demandé l'aide internationale. Moins de deux mille personnes ont été rapatriés jusqu'ici sur une population de réfugiés maliens estimée à plus de 35.000.
Plusieurs milliers de touaregs nigériens vivent également dans le sud algérien. Le reste des réfugiés se trouve en Mauritanie et au Burkina Faso.
La compagnie aérienne Air Algérie va ouvrir dans les prochains jours au public une ligne aérienne reliant, deux fois par semaine, Tamanrasset (sud algérien) à Gao, au Mali et Agadès, au Niger.

N° 122 du jeudi 10 octobre 1996

Plus de 1.400 ex-rebelles touaregs intègrent l'armée

1.435 ex-rebelles touaregs ont intégré l'armée malienne le 5 octobre lors d'une cérémonie présidée par le ministre des Forces Armées et des Anciens Combattants, M. Mamadou Bâ.
Avant d'être intégrés au sein de l'armée, les membres de ce contingent d'ex-rebelles - dont seize femmes - ont été formés au centre d'instruction de Banancoro (sud du Mali) où ils ont reçu "une formation commune de base" suivie d'une formation "d'intégration dans les corps militaires et paramilitaires à savoir l'armée de terre, la garde nationale, la gendarmerie, la police, la douane et le service des eaux et forêts".
En février, plus de trois mille combattants de la rébellion touarègue avaient déposé les armes à la suite d'accords signés avec le pouvoir.
Les combattants démobilisés qui n'ont pas été jugés aptes à intégrer l'armée "bénéficient d'indemnités de réinsertion socio-économique".
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N° 121 du jeudi 03 octobre 1996

Adoption par l'Assemblée nationale d'un nouveau code électoral contesté par l'opposition

Un nouveau code électoral dont certaines dispositions sont contestées par l'opposition, a été adopté soir par les seuls députés de l'ADEMA (Alliance pour la Démocratie au Mali, au pouvoir) à l'Assemblée nationale.
Les députés de l'opposition ont boycotté la séance et n'ont pris part ni au débat, ni au vote sur le projet de loi.
La nouvelle loi prévoit trois modes de scrutin:
- scrutin proportionnel pour les élections municipales ou communales
- scrutin majoritaire à un tour pour les législatives dans les circonscriptions élisant 1 à 3 députés
- scrutin proportionnel pour les circonscriptions élisant 4 députés et plus.
Quant à l'élection présidentielle, elle aura lieu à deux tours sauf si le candidat arrivé en tête au premier tour obtient plus de 51 % des suffrages exprimés.
Le collectif des députés de l'opposition, dans une lettre au Président de la République, rejette le mode variable de scrutin aux législatives et propose pour l'ensemble des circonscriptions administratives le scrutin proportionnel intégral "plus juste, plus équitable", selon lui.
Par ailleurs, le collectif dénonce la composition de la Commission nationale électorale qui, selon lui, "prêche par le manque d'équité entre la majorité représentée par son administration et ses alliés et l'opposition sous représentée".
Dans le nouveau code, la commission sera composée de 30 membres, dont 10 pour l'administration, 10 pour la société civile, 5 pour la majorité et 5 pour tous les partis de l'opposition. (AFP)

N° 119 du 19 septembre 1996

Une manifestation de retraités dégénère: 3 blessés

Une manifestation pacifique de l'Association des travailleurs partants Volontaires à la retraite (ATVR), regroupant d'anciens membres de la Fonction Publique malienne, a dégénéré en affrontements qui ont fait trois blessés.
Les manifestants qui effectuaient un sit-in devant la primature, ont été dispersés par la police et la garde nationale à coups de gaz lacrymogènes et de grenades.
Les organisateurs étaient venus protester contre le retard dans le paiement de leurs droits après leur départ volontaire à la retraite et ont affirmé que les délégués de l'ATVR n'ont pas été reçus par le directeur de cabinet du Premier ministre, M. Ibrahim Boubacar Keita.
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N° 118 du 12 septembre 1996

L'opposition rejette le projet de code électoral

Douze partis de l'opposition, dont neufs sont représentés à l'Assemblée, viennent de rejetter le projet de code électoral qualifié "d'inacceptable" et "de coup de force du pouvoir".
Le projet adopté par le gouvernement après approbation de l'Assemblée nationale, prévoit le maintien du scrutin proportionnel pour les élections municipales, un scrutin majoritaire à deux tours pour les présidentielles et un scrutin mixte pour les législatives.
Ce code électoral prévoit en outre une commission nationale électorale indépendante de 30 membres dont 5 seront issus de l'Adema (parti au pouvoir), 5 de l'opposition, 10 de la société civile et 10 de l'administration territoriale (ministère de l'intérieur).
Pour l'opposition le code électoral proposé favorise le parti au pouvoir et "fausse l'indépendance" de la commission électorale en accordant le droit de vote aux dix représentants de l'administration membre de la dite Commission.
Selon M.Tiémoko Sangaré, porte-parole des partis de l'opposition "le gouvernement se trouve en porte-à-faux avec l'ensemble de la classe politique à propos du code électoral".
Selon lui des divergences existent entre le parti au pouvoir qui réclamme le scrutin majoritaire à deux tours pour les legislatives et l'opposition qui prône un scrutin proportionnel pour les prochaines élections prévues en 1997.
Lors des premières élections pluralistes de 1992 qui avaient été remportées par le président Alpha Oumar Konaré et son parti, 114 députés avaient été élus, dont 72 de l'ADEMA, 9 du Congrès national d'initiative démocratique (CNID) et 8 de l'USRDA (Union soudanaise-Rassemblement démocratique africain).
751 conseillers municipaux, dont 214 à l'ADEMA, 130 à l'USRDA et 96 au CNID de Me Mountaga Tall, avaient également été élus lors de ces consultations.

Arrestation d'un député de l'opposition accusé de diffamation

Député de l'opposition, le colonel à la retraite Youssouf Traoré, a été arrêté début août à San, dans le sud du Mali, et placé sous mandat de dépôt par le procureur de la République.
Cette arrestation intervient après la levée, le 13 juin dernier, de son immunité parlementaire, à la demande de l'administration locale de San.
Il est reproché au colonel Traoré, qui est également secrétaire général de l'Union des forces pour la démocratie et le progrès (UFDP - opposition), d'avoir sans cesse accusé depuis 1993 l'administration locale de San, sa circonscription électorale, de corruption après le renouvellement d'un conseil de village.
Les responsables de l'administration locale se sont déclarés offensés et ont demandé et obtenu que l'immunité parlementaire du colonel Traoré soit levée afin d'intenter contre lui un procès en diffamation.
C'est Me Mountaga Tall, député de Ségou et président du Congrès national d'initiative démocratique (CNID - opposition), qui assurera sa défense.
Condamnation d'un député aux travaux forcés pour détournement de deniers publics
N'Golo Sanogo, député de Sikasso (Sud du Mali), a été condamné à cinq ans de travaux forcés et 20.000 francs CFA (200 FF) pour détournement de deniers publics.
Son co-accusé, M. Karim Koné, a été pour sa part condamné à la peine de mort et à une amende de 100.000 francs CFA (1000 FF).
Les personnes, qui étaient jugées devant la cour d'assises du Mali, étaient accusées d'avoir détourné en 1992, respectivement la somme de 33 millions de francs CFA et 42 millions de francs CFA au détriment de leur employeur, la Compagnie malienne de Développement.
Le député avait remboursé la totalité de la somme détournée avant son jugement.
La loi malienne punit de la peine capitale les auteurs de détournement d'un montant supérieur à dix millions de FCFA.
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N° 117 du 25 juillet 1996

Léger remaniement ministériel

Un léger remaniement qui se traduit par la création de deux nouveaux ministères et l'arrivée au gouvernement de deux responsables du Parti pour le Renouveau National (PARENA).
M. Yoro Diakité, président du PARENA, est nommé ministre d'Etat à l'Intégration africaine, et M. Tiébilé Dramé, ministre des zones arides et semi-arides.
Cette décision fait suite à une alliance signée il y a un an entre le parti au pouvoir, l'ADEMA (Alliance pour la Démocratie au Mali) et le PARENA, en vue des élections présidentielle et législatives qui auront lieu en 1997.
Le PARENA est né il y a deux ans d'une dissidence au sein du Congrès National d'Initiative Démocratique (CNID), qui dispose de neuf députés à l'Assemblée nationale.
Ce remaniement se traduit également par un changement au ministère de la Jeunesse et des Sports, où M. Adama Diarra devient commissaire à la promotion des Jeunes, tandis que M. Boubacar Karamoko Coulibaly conserve le portefeuille des Sports.

M. Hamaciré N'Douré à la présidence du parti d'opposition BDIA

Hamaciré N'Douré, 79 ans, avocat, a été élu président du Bloc pour la Démocratie et l'Intégration Africaine (BDIA) à l'issue du premier congrès de ce parti d'opposition.
M. N'Douré, qui fut ministre du Commerce sous le régime du président Modibo Keita et ministre de la Justice sous le régime militaire, est secondé par M. Mamadou Sarr, 73 ans, vétérinaire, nommé secrétaire général par le congrès.
Le BDIA a réaffirmé dans une résolution son appartenance à l'opposition et son option libérale proclamée par son leader Tiéoulé Mamadou Konaté, adversaire malheureux du président Alpha Oumar Konaré aux présidentielles de 1992, mort en octobre 1995 dans un accident de la route.

N° 113 du Jeudi 20 juin 1996

Prévoyant ? Le président réaffirme son opposition à toute prise de pouvoir par la force

Le président Alpha Oumar Konaré a réaffirmé son opposition à toute prise de pouvoir par la force, lors d’un entretien de plus de deux heures avec la presse à l’occasion du quatrième anniversaire de son investiture.
“Il n’est souhaité nulle part que la prise du pouvoir s’effectue par la force”, a déclaré le chef de l’Etat, ajoutant: “En dehors de la voie démocratique, je ne vois pas d’autre porte de salut pour les peuples africains.”
Le président Konaré s’est par ailleurs prononcé en faveur de la création d’une Commission nationale électorale indépendante au Mali pour “assurer les conditions de régularité et de crédibilité des élections à venir”, appelant les partis politiques au dialogue pour que cette commission soit mise en place dès juillet 1996.
Il s’est félicité du consensus national qui a permis de régler la crise scolaire et d’apaiser la rébellion touarègue dans le nord du Mali où, a-t-il dit, sur 9.000 combattants rebelles, plus de 6.000 aujourd’hui sont en voie de démobilisation.
Le président a rappelé que plus de 3.000 rebelles ont déposé les armes et que plus de 2.000 personnes ont été intégrées dans l’armée et les forces de sécurité, 150 devant l’être dans la fonction publique.

Appel aux bailleurs pour stabiliser le Nord

Il a appelé les bailleurs de fonds partenaires du Mali à concrétiser leurs promesses d’aides en faveur du nord malien. “Si l’économie ne démarre pas dans le Nord, la sécurité peut être remise en cause”, a-t-il dit.
Cinq milliards de francs CFA-sont nécessaires à la réinsertion socio-économique des ex-combattants du nord, mais 1,5 milliard seulement ont pu être dégagés à ce jour.
Le chef de l’Etat s’est réjoui par ailleurs du redémarrage de l’économie, affirmant que le produit intérieur brut s’est accru et que l’inflation engendrée par la dévaluation du franc CFA en 1994 “est en voie d’être maîtrisée”. Elle pourrait être “aux environs de 5% en 1996” contre 24,8 % en 1994 et 12,4 % en 1995, a-t-il estimé.
Evoquant enfin de récents mouvements sociaux dans les mines d’or du sud du pays, le président Konaré a plaidé en faveur d’un dialogue social et insisté sur la nécessité d’assurer la sécurité des entreprises étrangères qui investissent au Mali.
Trente huit syndicalistes, travaillant à la mine d’or de Syama dans le sud du Mali, exploitée par la compagnie austro-américaine BHP Utah limited, ont été licenciés à la mi-mai, pour avoir, selon des sources syndicales, organisé une grève en mars. (afp)
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N° 110 du Jeudi 16 mai 1996

Touaregs : 112 Maliens regagnent volontairement leur pays

Basés dans le centre d'accueil de Tin-Zaouatine (extrême sud algérien), ils ont regagné les régions de Kidal et de Gao dans le cadre d'un programme de rapatriement volontaire.
Au total 1.112 réfugiés ont rejoint le Mali depuis le mois d'octobre dernier. Une faible proportion d'entre eux ont rejoint leur pays dans le cadre du programme de rapatriement, élaboré en avril 1994 par les gouvernements du Mali et de l'Algérie en colaboration avec le FIDA et le HCR.
Quelques 30.000 Maliens, fuyant les affrontements entre l'armée et la rébellion touarègue dans le nord du pays, ainsi que la sècheresse, se sont installés au sud de l'Algérie.
Prochaine réinsertion socio-économique de 8.000 anciens rebelles
Une campagne d'explication nationale pour la réinsertion socio-économique de 8.000 anciens rebelles touaregs a été lancée à l'issue d'une réunion sur le programme d'appui à la réinsertion des ex-rebelles (PAREN) qui n'ont pas été intégrés dans les forces armées et de sécurité.
Le PAREN, conçu par le gouvernement et le Programme des nations unies pour le développement.
Le PAREN a pour objectif d'assurer la formation de plusieurs anciens rebelles, dont certains âgés de 15 ans, et de faciliter la création de micro-projets de développement.

N° 108 du Jeudi 02 mai 1996

Le régime de Moussa Traoré, toujours sur la sellette : arrestation d'un ancien ministre à la Défense

Le général à la retraite Abdoulaye Ouologuem, ministre de la Défense de 1988 à 1989 sous le régime de Moussa Traoré, a été arrêté mercredi 3 avril et placé sous mandat de dépôt pour des malversations commises alors qu'il était au pouvoir.
Le général a été arrêté et transféré au camp des parachutistes de Djicoroni à Bamako, dans le cadre d'une enquête sur des détournements de fonds commis sous le régime de Moussa Traoré.
Selon la presse malienne, ces malversations, qui entrent dans le cadre de "l'Affaire de l'intendance militaire", auraient porté sur 6 à 8 milliards de FCFA (60 à 80 millions de FF) sous forme de faux frais de mission, salaires fictifs, marchés frauduleux ou bons de transports surévalués. Le général Ouologuem devra également répondre de malversations dans des contrats passés au nom de l'armée.
Dans le cadre de la même affaire, l'ancien intendant général de l'armée Djibi Dia, le lieutenant Djiby Coulibaly et un opérateur économique, Abdoulaye Traoré, ont été arrêtés en juillet 1993. Les trois prévenus sont toujours en prison, n'ayant pu s'acquitter du paiement de leur caution, soit respectivement 10 millions, 20 millions et 75 millions de FCFA.
Ces enquêtes en cours rentrent dans le cadre d'un procès, très attendu à Bamako, pour "crimes économiques" impliquant l'ex-président Traoré et des dignitaires de son régime.
Le général Traoré, déchu en mars 1991 après 23 ans de pouvoir, avait été condamné à la peine capitale pour "crimes de sang" pour avoir fait tuer une centaine d'étudiants lors des émeutes de 1991. L'actuel président Alpha Oumar Konaré, hostile à la peine de mort, a récemment déclaré à l'AFP que l'ancien chef de l'Etat ne serait pas exécuté.
"Je suis hostile à la peine de mort, a-t-il affirmé, et, durant mon mandat présidentiel, personne ne sera exécuté".
L'un des trois autres condamnés à mort, le général Mamadou Coulibaly, ancien ministre de la Défense, se trouve actuellement en France où il est soigné dans un hôpital.

Commentaire : le pouvoir à Bamako ne semble pas pressé de l'ouverture de ce procès "pour crimes économiques", se gardant une précieuse carte en vue des futures échéances électorales. D'autant que l'exemple du Bénin voisin prouve que les "nouveaux régimes" issus de la démocratisation des années 1990, ne sont pas à l'abri d'un revirement de leur opinion publique. Le parti du président Konaré, l'ADEMA, et lui-même, ont du souci à se faire, face à la montée en puissance du Mouvement patriotique pour le renouveau (MPR - opposition), l'héritier de l'ancien parti unique, l'UDPM, qui avait été dissous après le renversement de Moussa Traoré. Fin novembre 1995, des centaines de militants du MPR avaient répondu à l'appel de leur dirigeant, M. Choguel Maïga, pour commémorer à Bamako une autre date symbolique pour eux, le 19 novembre 1968, jour de l'arrivée au pouvoir du général Traoré par un coup d'Etat militaire contre le premier président Modibo Keita.
Cette manifestation ayant été empêchée par les forces de l'ordre, le MPR a gagné en sympathie dans les rangs de l'opposition, qui ont fait corps avec lui pour dénoncer un abus du pouvoir actuel.
Bamako entretient aussi le "culte de la démocratisation" du pays. Le 26 mars dernier, on a commémoré en grande pompes à Bamako, le 5-ème anniversaire du renversement du régime de Moussa Traoré.
Fête légale dans le pays, la journée a été marquée par des marches et par l'inauguration d'un monument élevé à la mémoire des martyrs de la répression qui avait fait, de janvier à mars 1991, plus de 2OO morts parmi les manifestants pour la plupart des élèves et étudiants.
Par ailleurs, "des journées du souvenir et du recueillement, dénommées semaine nationale des martyrs", ont été instituées par le chef de l'Etat Alpha Konaré. Elles auront lieu dorénavant chaque année du 17 au 25 mars. Durant cette période, les drapeaux seront mis en berne et des hommages rendus aux victimes du régime de Moussa Traoré. C'est toujours bon à rappeler, en attendant l'élection présidentielle de l'année prochaine.
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N° 108 du Jeudi 02 mai 1996

Tombouctou : les armes ont brûlé pour une paix encore fragile

Après quatre années de rébellion touarègue, qui a fait plus d'un millier de morts, le Mali a célébré mercredi 27 mars , dans Tombouctou en liesse, le retour à la paix par une cérémonie symbolique, la "Flamme de la paix".
Aux portes du désert et dans la nuit tombante, 3.000 armes de guerre, des fusils d'assaut et des mortiers, ont brûlé pour exorciser à jamais le spectre de la guerre civile entre populations touarègues et arabes d'une part, l'armée malienne et les sédentaires noirs du fleuve d'autre part.
La cérémonie s'est déroulée en présence des présidents malien Alpha Oumar Konaré et ghanéen Jerry Rawlings, qui ont invité tous les pays africains encore en butte à la guerre civile à organiser à leur tour leurs flammes de la paix. Munis d'une torche, ils ont allumé le bûcher de la paix, accompagnés des dirigeants de l'ancienne rébellion.
Mais à peine les hautes flammes du bûcher déchirant le ciel de Tombouctou s'étaient-elles éteintes que des voix se faisaient entendre pour souligner que la paix reste fragile et que seuls des "actes concrets" pourront la consolider.

Une paix encore fragile…

Ainsi les responsables des Mouvements et Fronts unifiés de l'AZAWAD (MFUA, Touaregs et Arabes) et du Mouvement patriotique Ghanda Koy (Noirs sédentaires) ont recommandé, dans une déclaration conjointe, "l'application correcte, diligente et équitable du Pacte national de paix (signé en avril 1992) et des accords complémentaires au profit des populations des régions du nord".
La consolidation de la paix, déclarent-ils, passe par "la création de conditions morales, matérielles et psychologiques pour le retour des populations déplacées du fait de l'insécurité". Ils demandent également l'intensification des actions de développement "pour une intégration socio-économique réelle des régions du nord au reste du pays".
"Ce sont la misère, la famine et la sécheresse qui ont poussé les populations du nord à cette stupide réflexion qu'est la guerre", a expliqué à l'AFP Firoun Maiga, secrétaire aux relations extérieures du Ghanda Koy. Pour lui, la paix restera incertaine si le gouvernement et les partenaires au développement du Mali ne créent pas des mesures d'accompagnement dans les secteurs de l'éducation, de la santé et du développement.
Partisan convaincu de la paix, Azaz Ag, sociologue touareg, estime que les jalons posés sont solides mais qu'il faudra viabiliser rapidement les sites chargés d'accueillir les réfugiés touaregs de Mauritanie, d'Algérie et du Burkina-Faso. "Le HCR, accuse-t-il, n'a jamais réussi à mettre en place un rapatriement organisé des réfugiés, dont les attentes ont été ainsi déçues".
Pour sa part, le président Konaré a déclaré que "le processus de la paix devra être irréversible malgré les difficultés qui surgiront". "La paix se gagne chaque jour", a-t-il souligné en demandant à tous de "privilégier le dialogue dans un esprit de tolérance".
"Le Mali, par ma voix, a-t-il ajouté, invite tous ses fils à rentrer au bercail pour qu'ensemble nous bâtissions la paix et l'unité nationale car il ne saurait y avoir pour le Mali de développement clé en mains".
"Que pouvons recevoir de meilleur et de mieux que la paix ?", a-t-il conclu en demandant à ses compatriotes d'éliminer tout esprit de revanche. AFP

N° 106 du vendredi 1er mars 1996

Alliance : l’ADEMA et le PARENA se concertent

Le parti majoritaire ADEMA (Alliance pour la démocratie au Mali) et le Parti pour la renaissance nationale (PARENA), né d’une scission du plus important parti d’opposition (le CNID), ont signé le 13 février une plate-forme d’alliance politique.
Les deux partis sont convenu de la création d’une commission permanente de concertation, de la mise en œuvre d’un programme commun de gouvernement et d’une alliance électorale.
Le PARENA n’a pas de député, mais il compte dans ses rangs d’importantes personnalités comme Tiebilé Dramé, ancien ministre des Affaires étrangères, et Hamidou Diabaté, ancien ministre de la Justice.

Plus de 3.000 ex-rebelles touaregs ont déposé les armes

Plus de 3.000 ex-combattants des mouvements touaregs et du mouvement noir Ghanda Koy, ont été cantonnés au cours des trois derniers mois dans les sites prévus au nord du Mali, selon le président de la Commission de cantonnement des anciens rebelles, le lieutenant-colonel Sadio Gassama, chef d’état-major de l’armée de terre. Par ailleurs, 2.648 armes de différents types et 30.000 munitions ont été récupérées.
Les opérations de cantonnement devaient prendre fin le 31 janvier mais ont dû être prolongées en raison de l’arrivée tardive d’ex-combattants dans les sites, a déclaré M. Gassama. L’officier s’est déclaré par ailleurs convaincu de la volonté de beaucoup d’anciens rebelles de rejoindre les sites de cantonnement, bien que “la méfiance de certains d’entre eux ne soit pas encore vaincue”.
De source informée, on indique que les sites de cantonnement souffrent de manque d’eau, d’infrastructures et de problèmes alimentaires.
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N° 105 du vendredi 9 février 1996

Une expérience touristique inédite : Gao à moins de cinq heures de Lyon

Gao a de la chance. Depuis toujours, l’ancienne capitale de l’empire songhaï, vit les pieds dans l’eau du fleuve Niger, qui arrive par l’ouest de Tombouctou et Mopti puis repart plein sud vers Niamey, et la tête dans le désert. Le vrai désert, de montagne et de sable mêlés. Le plus secret aussi certainement que les atlas désignent de trois mots qui font rêver: massif de l’Adrar et des Ifoghas. Le pays des Tamasehq. Gao la blanche et noire. Noire comme les Songhaï qui la fondèrent il y a plusieurs siècles. Noire comme les bella et les bozo qui la servirent et la peuplent. Blanche comme les Touaregs, cette minorité berbère qu’au début du siècle, les colons se plurent à appeler les hommes bleus. Ces nomades qui n’aiment rien autant que la liberté qui leur sert de devise et de loi. Des hommes dignes qui paraissent aussi solides que la montagne qui les abrite en cas de danger. Mais depuis quelques semaines, pour les gens de Gao, l’espoir vient du ciel. Il a un nom, “Point Afrique”. Une ambition: transporter 130 touristes par semaine qui prendront le chemin de Tombouctou, Mopti, Kidal, ou fileront sur le pays dogon pour un tourisme différent, plus sobre, moins prédateur, en prenant le temps de parler, de dialoguer avec les gens.
Succès garanti car les populations du nord du Mali savent faire la fête à leurs étrangers pour peu que ceux-ci sachent les respecter et les considérer. Elles savent recevoir les visiteurs qui viennent à leur rencontre.
Alors, folie ou coup de génie ? Ou les deux à la fois ? Réponse dans quelques mois. En attendant, Maurice Freund qui, avec quelques copains, a monté l’opération de toutes pièces en accord avec les autorités maliennes et le soutien discret d’Air Afrique, a gagné son premier pari. Les trois vols expérimentaux des 21 et 28 décembre 1995 et celui du 4 janvier dernier furent un succès total. Les touristes sont contents, ils payent trois a quatre fois moins cher. Les responsables locaux, gouverneur en tête, n’ont eux, qu’une question : " A quand le prochain vol ? " Tous ont bien compris “l’autre” enjeu. Le plus important. Au-delà des devises apportées par les touristes, une ligne régulière reliant Gao à la France permettrait de désenclaver durablement ce grand nord que 1200 km séparent de Bamako et donnerait à l’économie et la production locales, des perspectives de débouchés sans précédent.
C’est précisément le deuxième pari de Maurice Freund. Comment compte-t-il le réussir ?

Entretien

Afrique Express : Quel est votre programme pour l’année 96 ?
Maurice Freund : Nous poursuivons les vols vers Gao à partir du 22 février jusqu’au 4 avril 96, avec un départ chaque jeudi.
Nous reprenons le programme en juillet et août et nous souhaitons pérenniser cette ligne à partir de fin octobre, par un vol hebdomadaire avec un programme élargi en y intégrant tous les autres volets du développement (agrobiologie, artisanat et autres activités économiques…).
En rythme de croisière, il nous faudra trouver 3 000 personnes par an.
A.E. : Vous parlez d’un tourisme différent. Quelles garanties les populations et responsables locaux ont-ils que les touristes du POINT AFRIQUE respecteront davantage les hommes et l’environnement ?
M. F. : Le touriste n’est que rarement responsable du respect de l’environnement car il est dépendant du circuit proposé par les organisateurs. Ce sont ces derniers, en concevant un “produit” qui sont les seuls maîtres de ce qui se passe sur le terrain. Tout est donc dans l’esprit et les contacts avec les responsables sur place. C’est là que les choses se décident.
Nous voulons que toute la population bénéficie des retombées, en accord et en collaboration avec le chef du village et nous voulons aussi éviter qu’un privé ne s’approprie seul le profit d’une activité lucrative.
A.E. : Par exemple ?
M.F. : Dans un village d’accueil, “nos touristes” ne distribuent pas individuellement des crayons aux enfants… Mais le directeur d’école devient notre partenaire et reçoit autant de crayons, cahiers et autres matériels pédagogiques qu’il y a d’enfants. Il est responsable de la bonne utilisation de cette dotation, il explique aux enfants le rôle du touriste, il parle de notre culture et apprend aux enfants à ne pas quémander.
Ce n’est qu’après l’accord du chef du village et de son conseil que nous retenons le principe et les modalités de travail, et décidons de l’affectation communautaire de retombées économiques.
A.E. : Vos prix pour le pays dogon ou Tombouctou sont trois fois inférieurs à ceux du marché. Comment est-ce possible ?
M.F. : Il est vrai que ces deux destinations sont habituellement entre 11 000 et 18 000 FF par les agences de voyage. Nous proposons des produits similaires à moitié prix, voire trois fois moins cher. Pourquoi ?
Premièrement, Bamako est à 6 heures d’avion de la France, Gao n’est qu’à 4h30. De plus Bamako est à 1250 km de Gao, d’où un gain de temps et et un coût moindre pour amener les touristes au cœur des sites concernés.
Deuxièmement, sur ces deux destinations, nous utilisons les SOFITEL TOMBOUCTOU et MOPTI, donc pas d’économie sur la prestation. La seule différence ne peut venir que de l’absence d’intermédiaires, souvent nombreux et un peu trop gourmands…
Nous dégagerons, si nos remplissages d’avion sont confortables, une marge bénéficiaire suffisante pour permettre le cofinancement avec d’autres organismes de projets de développement dans cette région encore totalement enclavée aujourd’hui.
A.E. : Quelle est la position d’AIR AFRIQUE ?
M. F. : Cette action est réalisée en concertation avec Air Afrique. Et nous aimerions aussi démontrer que des charters bien positionnés peuvent attirer une réelle clientèle nouvelle. En évitant les capitales souvent trop éloignées des lieux touristiques, nous évitons aussi le détournement d’une clientèle captive.
Nous sommes donc complémentaires et non en concurrence. Nos 3 premiers vols fin décembre et début janvier ont permis à 300 personnes, grâce à nos prix, de découvrir une destination qui leur paraissait inaccessible.
Propos recueillis par Jean Chevrard
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N° 104 du vendredi 26 janvier 1996

Les deux plus anciens partis - l'US-RDA et le PSP - renouvellent leur direction

L'Union soudanaise (USRDA) et le Parti progressiste soudanais (PSP), créés tous deux en 1946, viennent de renouveler au cours de deux congrès distincts leurs cadres dirigeants dans la perspective des élections de 1997.
Mamadou Bamou Touré, 54 ans, ancien ministre de l'Enseignement supérieur, a été élu secrétaire général de l'USRDA en remplacement du Dr Mamadou El Bechir Gologo, ancien ministre de l'Information sous Modibo Keita.
Oumar Hammadoun Dicko, 42 ans, professeur de sciences politiques et consultant pour la Banque africaine de développement (BAD), a, pour sa part, été confirmé au poste de secrétaire général du PSP, dont il assurait l'intérim depuis novembre 1994.
Le PSP avait accédé au pouvoir en 1960 sous la direction de Modibo Keita, qui dirigea le pays jusqu'au coup d'Etat militaire de 1968.
Ces deux partis, les deux plus anciens au Mali, ont réaffirmé leur opposition au régime du président actuel Alpha Omar Konaré.

Plus de 400 réfugiés Maliens regagnent volontairement leur pays

Quatre cent quinze réfugiés maliens du sud de l'Algérie ont regagné leur pays les 11 et 12 janvier dans le cadre d'un programme de rapatriement volontaire. C'est la quatrième opération de rapatriement organisée depuis 1995 dans le cadre de ce programme auquel s'est associé le Fonds International pour le Développement Agricole (FIDA).
Les 415 réfugiés, représentant une centaine de familles, ont quitté les centres de In-Guezzam et de Tin-Zaouatine, pour se rendre à Kida, Menaka et Talatait, où ont été installés des centres d'accueil amnénagés par le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR-Mali), le FIDA et des ONG.
Quelques 30.000 Maliens, fuyant les affrontements entre l'armée et la rébellion touarègue dans le nord du pays, ainsi que la sécheresse, se sont installés au Sud de l'Algérie.
Toutefois une faible proportion d'entre eux ont rejoint leur pays dans le cadre du programme de rapatriement, signé en avril 1994, entre le gouvernement et la rébellion.
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Plus de 2700 anciens rebelles déposent leurs armes

2.755 ex-combattants des quatre Mouvements et Fronts unifiés de l'Azawad (MFUA) et du mouvement noir Ghanda Koy ont déposé leurs armes dans les sites de cantonnement du nord du Mali en vue de leur intégration dans l'armée régulière.
Le chef d'état-major de l'armée de terre malienne, le lieutenant-colonel Sadio Gassama, a précisé que les quatre sites de cantonnement (Léré, Bourem, Menaka et Kidal) ont reçu 1.170 fusils semi-automatiques, 130 mitrailleuses, 9 mortiers de 82 et 60 mm, 774 pistolets, 22 fusils mitrailleurs et des fusils de chasse.
Selon les accords de paix signés, l'opération de cantonnement doit concerner environ 1.600 ex-rebelles.
Si ce chiffre était dépassé, le Commissaire au Nord chargé de la gestion de la fin de la rébellion, Mahamadou Diagouraga, a récemment déclaré que le reste sera pris en charge dans le cadre de la réinsertion socio-économique des anciens combattants.
Ceux-ci doivent se présenter volontairement dans les camps et prouver qu'ils savent manier des armes de guerre pour être considérés comme ex-rebelles.

Mise aux arrêts de rigueur d'un officier supérieur

Le lieutenant colonel Benage Sanogo a été mis aux arrêts de rigueur pour 60 jours, à la demande du ministre des Forces armées, Mamadou Bah, a rapporté le quotidien "l'Essor".
Le lt-colonel Sanogo, qui dirigeait le prytanée militaire de Kati (à 15 km de Bamako), est accusé d'avoir permis aux "activistes" de l'Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM) de tenir des réunions à son domicile, et de s'être personnellement opposé aux forces de sécurité venus les interpeller.
Il est également reproché au lt-colonel Sanogo, qui a été relevé de ses fonctions, d'"avoir utilisé frauduleusement du matériel militaire dans le but d'organiser ou de provoquer une manifestation contraire à la discipline militaire".

La crise larvée dans les milieux scolaires
Liberté provisoire pour 59 élèves et étudiants arrêtés

Cinquante-neuf élèves et étudiants, arrêtés début janvier et placés sous mandat de dépôt, ont bénéficié mardi 16 d'une liberté provisoire avant leur jugement à la demande de leurs avocats.
Ces prévenus, dont le secrétaire général de l'Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM), M. Opéri Berthé, étaient détenus depuis leur arrestation à la maison d'arrêt de Bamako et de Koulikori ainsi que dans des commissariats de police.
Ils avaient été interpellés au cours de nombreux incidents avec les forces de l'ordre qui tentaient de les empêcher de perturber les cours dans les établissements non grévistes et de contraindre les élèves à observer les mots d'ordre de grève de l'AEEM.
Ces 59 élèves et étudiants ont été inculpés d'atteinte à la liberté du travail et d'entrave à la liberté des cours.
Cette remise en liberté provisoire intervient au lendemain de la reprise des cours dans les établissements secondaires et supérieurs, suite à l'appel radiotélévisé du secrétaire général adjoint de l'AEEM, Sarmoye Boussanga, après douze jours de grève générale.
Dans cet appel, M. Boussanga avait réclamé la libération des étudiants arrêtés et inculpés.
Les élèves et étudiants s'étaient mis en grève générale illimitée le 4 janvier à l'appel de l'AEEM pour réclamer la libération de leurs camarades arrêtés.
Avant le déclenchement de leur grève illimitée, élèves du secondaire et étudiants des écoles supérieures avaient observé plusieurs grèves de 72 heures chacune de novembre à décembre pour appuyer leurs revendications. Des affrontements violents entre forces de l'ordre et étudiants grévistes, le 8 décembre à Bamako, avaient fait 25 blessés.
Celles-ci portent notamment sur le paiement des bourses de vacances, la suppression de l'exclusion automatique frappant tout élève ayant obtenu une moyenne annuelle inférieure à 7 sur 20, et l'institution de passerelles pour accéder à l'université.
Le gouvernement, qui est engagé dans un programme drastique de redressement économique, a accepté de payer un mois de bourses de vacances sur les trois revendiqués, ce que les étudiants jugent insuffisant.
Ces débrayages "intempestifs" préoccupent sérieusement les autorités maliennes, a indiqué le ministre de l'Enseignement secondaire et supérieur, M. Moustapha Dicko, estimant que le gouvernement pourrait être dans l'impossibilité de valider l'année scolaire si 25 à 30 semaines de cours magistraux n'ont pas été dispensés.

La France accorde une subvention au système éducatif élémentaire

La France a accordé au Mali une subvention de 1,7 milliard de F CFA pour financer l'amélioration du système éducatif malien.
Cette subvention doit permettre de rendre l'enseignement élémentaire accessible à davantage de jeunes Maliens, a déclaré le ministre malien des Affaires étrangères, Dioncounda Traoré, en signant l'accord en ce sens avec l'ambassadeur de France au Mali, Gabriel de Bellescize.
L'objectif du gouvernement malien est d'atteindre un taux de scolarisation de 50% en l'an 2000. N° 103 du vendredi 12 janvier 1996

Mise au point : le Premier ministre dément les rumeurs de son prochain départ

Ibrahim Boubacar Kéita a démenti des rumeurs sur son prochain départ et sur des dissensions au sein de l'Alliance pour la démocratie au Mali (ADEMA, parti majoritaire).
M. Keita, qui ouvrait le 28 décembre une conférence nationale de l'ADEMA, a affirmé que ces rumeurs sont véhiculées par des “marchands d'illusions qui en seront pour leurs frais” et que son parti “est plus que jamais soudé”.
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Touaregs

Poursuite du cantonnement des ex-rebelles

Environ 1.800 à 2000 ex-rebelles touaregs issus des Mouvements et fronts unifiés de l'Azawad (MFUA) et d'anciens éléments du mouvement noir Ghanda Koy opposé à la rebellion touarègue ont été regroupés dans des camps en vue de leur intégration dans les structures de l'armée. Quatre camps fonctionnent à cet effet dans les trois régions du Nord, où des éléments des MFUA et du mouvement noir, qui se présentent volontairement, ne sont acceptés que s'ils prouvent qu'ils savent manier des armes de guerre.
Le commissaire au Nord chargé de la gestion de la fin de la rebellion a précisé que, selon les accords de 1994 avec les MFUA, l'opération de cantonnement concerne “à peu près 1.660 éléments”. Mais, si ce chiffre était dépassé, a-t-il dit, le reste sera pris en charge dans le cadre de la réinsertion socioéconomique des ex-rebelles.
Les MFUA évaluaient à 7.000 le nombre de leurs combattants dont ils revendiquaient l'incorporation dans l'armée, la gendarmerie, la garde nationale, la police ou la douane.

Législation foncière : le président Konaré favorable à une révision

“La révision de la législation foncière ne saurait tarder” car elle est “un accompagnement logique de la politique de décentralisation en cours”, a affirmé le chef de l'Etat. Prenant la parole à l'occasion de la rentrée judiciaire, dont le thème était “la problèmatique foncière”, il a précisé que la prochaine législation devrait “permettre d'asseoir les nouvelles règles de la gestion domaniale et foncière, de redéfinir les compétences et de mieux déterminer les responsabilités”.
M. Konaré répondait à un magistrat estimant que le Mali connaît une crise foncière “dont l'ampleur menace à long terme la cohésion nationale”. Ce magistrat faisait allusion aux nombreux litiges fonciers (parfois meurtriers) entre éleveurs et agriculteurs, entre villages voisins ou entre l'Etat et les citoyens. De 1992 à 1995, il a évalué à plus de 300 le nombre de ces conflits, en milieu rural comme urbain.
Ayant demandé aux responsables plus d'équité dans la gestion domaniale, le chef de l'Etat a indiqué que le gouvernement entendait engager des opérations d'assainissement au niveau des sociétés immobilières. Une Banque de l'habitat verra le jour en 1996 au Mali, où le gouvernement a entrepris la construction de plusieurs centaines de logements.

Alpha Oumar Konaré salue la qualité des relations entre le Mali, la France et le Sénégal

Coup double pour le président malien Alpha Oumar Konaré qui a jugé à Dakar que la qualité des relations entre son pays et la France d'une part et avec le Sénégal d'autre part "n'a jamais été aussi bonne".
"Je pense que la qualité de nos relations n'a jamais été aussi bonne tant avec la France qu'avec le Sénégal. Il n'y a jamais eu de nuages d'aucune nature et nous sommes décidés à aller de l'avant, main dans la main face aux problèmes qui se posent", a notamment déclaré M. Konaré, au terme d'une brève visite d'amitié et de travail au Sénégal.
Interrogé sur son refus de se rendre en juillet à Dakar pour y rencontrer le président français Jacques Chirac durant sa tournée africaine, le président Konaré a répondu: "c'est une vieille histoire qui appartient déjà au passé".
A propos du procès pour crimes économiques de plusieurs anciens dirigeants maliens, dont l'ancien président Moussa Traoré et son épouse, qui doit avoir lieu à une date qui n'a pas encore été fixée, M. Konaré a indiqué que les enquêtes se poursuivent et que les dossiers sont entre les mains de la justice.

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