N°
161 Jeudi 11 décembre 1997
Mesure en faveur de 21 condamnés à mort, dont
l'ancien président Moussa Traoré
Le président Alpha Oumar Konaré a annoncé
le 8 décembre qu’il avait commué la peine
de mort touchant au Mali 21 détenus, dont l’ancien
président Moussa Traoré, en détention à
perpétuité. Outre l’ancien président
Moussa Traoré, renversé par un coup d’Etat
en 1991, des anciens dignitaires de son régime sont concernés
par cette mesure : le général Sékou Ly,
ancien ministre de l’Intérieur, le général
Mamadou Coulibaly, ancien ministre de la Défense et le
colonel Ousmane Coulibaly, ancien chef d’Etat-major.
“Je suis de façon absolue contre la peine de mort
et je demande à Dieu de ne jamais me donner la force
de l’appliquer”, a déclaré le chef
de l’Etat dans un discours télévisé
prononcé à l’occasion du 49e anniversaire
de la Déclaration universelle des droits de l’Homme.
Le président a par ailleurs déclaré qu’il
veillerait à ce que les travaux forcés soient
bannis du code pénal malien, et a invité les associations
de défense des droits de l’Homme à se rendre
au Mali pour voir que “les droits de l’Homme y sont
respectés”.
N° 160 Jeudi 4 décembre
1997
Rentré des Etats-Unis, le milliardaire Sissoko distribue
des “pourboires”
Le milliardaire malien Babani Sissoko, retenu aux Etats-Unis
pendant plusieurs mois pour une affaire de tentative de corruption
de douaniers à New York à propos de l’achat
d’un hélicoptère, est rentré à
Bamako, où il a commencé à distribuer de
nombreux “pourboires”.
Cet homme de 53 ans, père de plus de 30 enfants, qui
a reconstruit plus de mille maisons dans son village natal de
Dabia, a été accueilli en “héros”
à Bamako, où il assure avoir offert cinq kilos
d’or à une cantatrice malienne, 20 millions de
F Cfa (200.000 FF) à un groupe de jeunes et 15 millions
à une admiratrice.
La maison du milliardaire, dont la fortune a une réputation
sulfureuse, ne désemplit pas et des centaines de personnes
attendent dehors dans l’espoir de profiter de ses générosités.
“C’est Dieu qui m’a donné tout cet
argent”, a-t-il déclaré à quelques
journalistes qui l’interrogeaient sur l’origine
de sa fortune. “Je peux tout faire sauf le trafic de drogue”,
a-t-il ajouté pour ceux qui l’accusent de posséder
des “narco-dollars.
Propriétaire de la compagnie aérienne “Dabia”,
basée en Gambie et évaluée à plus
de 40 milliards de F Cfa, Babani Sissoko affiche son amitié
avec plusieurs chefs d’Etats africains, notamment le Togolais
Eyadema, le Gambien Yaya Jameh et autrefois le Zaïrois
Mobutu.
“Je ne connais rien de l’or de Mobutu supposé
caché en Gambie”, affirme-t-il.
Depuis son retour, Babani fait la Une de la presse malienne
: “L’aventure de Babani”, titre l’hebdomadaire
“Le Malien”, “L’un des hommes les plus
riches du monde”, affirme de son côté “Le
soir”. (AFP)
L’opposition radicale pose ses conditions à
sa participation aux municipales
L’opposition radicale a affirmé qu’elle ne
participerait pas aux élections communales “tant
que les listes électorales ne seront pas fiables et tant
que le fichier électorale ne sera pas repris”.
Cette position a été exprimée par son porte-parole,
M. Mohamed Lamine Traoré, au cours d’un meeting
à Bamako, qui marquait la rentrée politique du
collectif de l’opposition regroupant 18 partis.
Ces partis avaient boycotté les législatives et
les présidentielles de mai et de juillet dénonçant
leur mauvaise organisation et réclamant la dissolution
de la commission nationale électorale, la démission
du gouvernement et la suspension du processus électoral.
Au cours du rassemblement, qui a réuni près de
3.000 personnes, M. Traoré a également affirmé
que le préalable à la poursuite des négociations
avec le pouvoir était la libération des militants
de l’opposition encore détenus, sans en préciser
le nombre.
Une quarantaine de militants de l’opposition, arrêtés
après les troubles survenus avant et après les
présidentielles et législatives de mai et de juillet,
ont déjà été graciés par
le président Alpha Oumar Konaré.

N° 156 Jeudi 30 octobre 1997
Nouvelle grâce présidentielle pour 16 opposants
Le président Alpha Oumar Konaré a gracié
16 nouveaux militants de l'opposition arrêtés et
condamnés à la suite d'incidents électoraux.
Cette mesure, interprétée comme une tentative
de décrispation de la vie politique et une volonté
de dialogue du pouvoir avec l'opposition, porte à 26
le nombre d'opposants libérés ces derniers jours,
dix autres l'ayant été après avoir été
condamnés pour les mêmes raisons. Il en reste 25
en prison.
Début octobre, les dix principaux leaders de l'opposition
radicale, emprisonnés depuis le 14 août à
la suite du meurtre d'un policier lors d'un meeting qu'ils avaient
organisé, ont été remis en liberté
provisoire sur décision du procureur de la République,
mais ils doivent encore passer en justice.
Dans un communiqué publié pour annoncer ces grâces,
le président Konaré a lancé un appel "à
l'ensemble de la classe politique et à la société
civile pour trouver une solution à la crise qui secoue
le Mali". Début octobre, il a reçu une délégation
du collectif de l'opposition qui lui avait demandé la
libération de ses 51 militants incarcérés.
Depuis le premier tour -annulé- des législatives
en avril, l'opposition radicale réclamait la suspension
du processus électoral en cours (législatives,
présidentielle et municipales) et la démission
du gouvernement.
Affirmant ne pas reconnaître les institutions issues de
ces élections et notamment la réélection
du président Konaré, elle demandait la dissolution
de la Commission électorale indépendante (CENI),
jugée responsable de la mauvaise organisation du scrutin.
Devant le refus des autorités, l'opposition radicale,
regroupant une vingtaine de partis, avait boycotté les
élections législatives et présidentielle,
organisant de nombreuses manifestations, parfois violentes,
pour s'opposer à leur tenue.
La dernière étape de ce processus de réconciliation
pourrait être la libération de l'ancien président
Moussa Traore.
Le dernier grand retour des réfugiés touaregs
du Burkina Faso vers le Mali
Quelque 1.000 réfugiés touaregs du camp de Ferelio
(nord) ont entamé le 27 octobre, après avoir plié
leurs abris de fortune, un retour massif vers le Mali, qu'ils
avaient quitté il y a six ans.
Ferelio, situé dans la province de l'Oudalan, à
plus de 400 km au nord-est de Ouagadougou et proche de la frontière
malienne, a été le plus important site de réfugiés
touaregs du Burkina, comptant un moment près de 9.000
réfugiés touaregs du Mali.
Ce site presque déserté aujourd'hui et où
seuls subsistent quelques bâtiments érigés
par le HCR était dirigé par Mohamed Issouf, responsable
des réfugiés touaregs du Burkina et ancien chef
de faction.
"Nous vivons aujourd'hui un grand jour, celui où
la peine se mêle à la joie", a déclaré
à l'occasion de la cérémonie d'adieux Mohamed
Issouf, lui-même passager du dernier convoi.
Vêtus de beaux et grands boubous, les réfugiés
ont embarqué dans une dizaine de camions affrétés
par le HCR.
Leurs femmes, debout à une distance respectable, selon
leur tradition qui interdit de voir les femmes en public à
côté des hommes, ont suivi la cérémonie
sans y participer.
Symboliquement, ce rapatriement comptait beaucoup, puisqu'il
marque le départ du chef.
Ce départ a été motivé par la situation
de paix qui règne au Mali. "J'y suis allé
voir moi-même et j'ai constaté l'amélioration
de la situation", a expliqué M. Issouf.
Depuis le début de l'opération en 1995, le PAM,
qui a fourni plus de 4.000 tonnes de nourriture aux réfugiés.
De son côté, le représentant malien, Blonkoro
Samaké, a assuré que des sites de retour ont été
aménagés et que des infrastructures sociales et
scolaires et des points d'eau ont été mis en place
pour les accueillir.
La crise entre les populations touarègues et le gouvernement
malien avait provoqué l'arrivée des premiers réfugiés
maliens au Burkina Faso en 1991.
Le conflit a perduré de 1992 à 1993, provoquant
un nouvel afflux de réfugiés.
En 1994, le HCR a dénombré 40.000 réfugiés
dans le nord du Burkina Faso, dans les camps de Gandafabou,
Déou, Mentao et Ferelio. Ces camps jouxtent les villes
maliennes de Tombouctou, Gao, Mopti, région d'origine
des Touaregs.
Un plan pilote mis en place par le HCR a permis plusieurs rapatriements
par vagues d'octobre 1995 à septembre 1997.
Avec ce départ, il ne reste plus que 6.000 réfugiés
éparpillés au Burkina qui, avant la fin de l'année,
doivent regagner leurs villages au Mali par petits groupes.
(avec AFP)
N° 155 Jeudi 23 octobre 1997
Décrispation : grâce présidentielle pour
les 10 opposants condamnés
Le président Alpha oumar Konaré a accordé
une grâce à dix personnes arrêtées
et condamnées à la suite des incidents post-électoraux,
selon un décret publié le 19 octobre.
Cette mesure est considérée par les observateurs
comme une tentative de décrispation de la situation politique
et une volonté de dialogue des autorités avec
l'opposition.
Dans le communiqué annonçant les "grâces",
le président Konaré lance un nouvel appel "à
l'ensemble de la classe politique et à la société
civile pour trouver une solution à la crise qui secoue
le Mali".
M. Konaré avait reçu le 8 octobre une délégation
du collectif de l'opposition qui lui a demandé la libération
de 38 de ses militants incarcérés après
les divers incidents post-électoraux.
Les divergences entre le pouvoir et l'opposition portent sur
le processus électoral. Après le premier tour
des législatives en avril, l'opposition avait demandé
notamment la suspension de ce processus (législatives,
présidentielles et municipales) et la démission
du gouvernement.
Elle réclamait en outre la dissolution de la commission
électorale nationale indépendante (CENI), jugée
responsable de la mauvaise organisation du scrutin.
Devant le refus des autorités, l'opposition radicale,
regroupant une vingtaine de partis, avait boycotté les
élections et organisé de nombreuses manifestations,
parfois violentes, pour s'opposer à la tenue des scrutins.

Libération de Moussa Traoré ?
Le président Alpha Oumar Konaré pourrait jeter
une pierre dans le camp de l'opposition en faisant libérer
d'ici peu l'ancien président Moussa Traoré, renversé
en 1991 et condamné à mort "pour crimes de
sang".
Le second procès "économique" pour lequel
devait comparaître Moussa Traoré n'a jamais eu
lieu.
Pourraient être libérés également
selon nos informations les auteurs présumés d'une
tentative de coup d'Etat d'octobre 1996, parmi lesquels Mady
Diallo, ancien ministre des Finances de Moussa Traoré.
Sept militaires avaient également été arrêtés
dans cette affaire, dont le capitaine de l'armée de l'air
Amara Berthé, deux sergents, Abdou Kéménani
et Roger Alfred Dao, et des commandos parachutistes de la base
de Koulouba.
Mady Diallo était l'un des responsables du Mouvement
Patriotique pour le Renouveau (MPR), qui revendique l'héritage
de l'ancien parti unique de l'ex-président Traoré,
l'UDPM (Union démocratique du peuple malien).
Condamné à mort avec trois dignitaires de son
régime, Moussa Traoré se trouve actuellement en
prison, mais le président Konaré, hostile à
la peine de mort, a toujours déclaré qu'il ne
serait pas exécuté.
M. Choguel Maiga, actuel secrétaire général
du MPR, fait aujourd'hui partie de l'opposition dite "radicale"
mais n'a pas été arrêté lors des
mouvements de contestation de la dernière élection
présidentielle.
En faisant libérer Moussa Traoré, le président
Konaré calmerait sans doute pour un bon bout de temps
les "sympathisants" de l'ancien régime de Traoré,
qui restent encore nombreux et actifs.
Retour d'un guerrier touareg au bercail
L'ancien chef de la rébellion touarègue, Rhissa
Ag Sidi Mohamed, qui avait boycotté en mars 1996 la cérémonie
de la Flamme de la Paix ayant marqué à Tombouctou
la réconciliation dans le Nord du Mali, est rentré
dans son pays pour participer à l'effort de paix.
"Je suis rentré pour consolider la paix et faire
la guerre au sous-développement", a déclaré
à Gao le chef du FPLA, la seule branche rebelle qui n'avait
pas participé à la cérémonie de
Tombouctou.
Selon lui, la guerre civile, qui a ensanglanté le Nord
du Mali pendant plusieurs années, était due, en
partie, à l'état de sous développement
qui y régnait.
N° 154 Jeudi 2 octobre 1997
Liberté provisoire pour les leaders de l'opposition radicale
Les dix leaders de l'opposition "radicale" emprisonnés
depuis le 14 août ont été remis en liberté
provisoire le 3 octobre, sur décision du procureur de
la République.
Cette décision fait suite à une demande de Me
Oumar Baba Diarra, président du collectif des avocats
des opposants, qui réclamait outre l'accélération
de la procédure judiciaire, le regroupement des dix leaders
dans une même prison.
Les dix leaders étaient en effet emprisonnés dans
plusieurs localités du pays.
MM. Mohamed Lamine Traoré, Oumar Kanouté et Tiémoko
Sossoko, initialement détenus à Bla, à
320 km de Bamako, avaient été ramenés à
la prison de Koulikoro à une soixantaine de km de la
capitale, où ils ont rejoint MM. Seydou Badian Kouyaté,
Almamy Sylla et le colonel Youssouf Traoré.
Ils ont été ensuite convoyés au camp 1
de la gendarmerie où se trouvaient déjà
Me Mountaga Tall, Fanta Diarra, Bandiougou Gueye et Yancouba
Traoré, avant d'être présentés au
procureur de la République qui leur a annoncé
leur libération provisoire.
Me Baba Diarra, président du collectif de leurs avocats
a estimé "que la décision du procureur est
une réponse favorable à notre requête et
ne gêne en rien la demande de non-lieu, formulée
par nos clients".
Pour leur part, les autorités ont indiqué que
"cette décision vise à privilégier
le droit sur la passion politique qui entoure ce dossier".
Les dix leaders de l'opposition malienne avaient été
arrêtés et inculpés à la suite du
lynchage à mort d'un policier le 9 août dernier
par des manifestants présumés membres de l'opposition.
Le président Alpha Oumar Konaré avait engagé
le nouveau gouvernement "à nouer le dialogue avec
toute la classe politique", lors du premier conseil extraordinaire
du gouvernement formé le 16 septembre.
M. Konaré a également demandé à
ce gouvernement de 22 membres de "convenir avec les composantes
de la classe politique malienne des cadres appropriés
de rencontre pour la poursuite des concertations visant à
un affermissement du jeu politique". Il a notamment affirmé
que "l'existence de l'opposition est une exigence démocratique".
Le chef de l'Etat malien a par ailleurs indiqué que le
nouveau cabinet ministériel n'est pas un "gouvernement
de transition, provisoire ou partisan ni d'essence ou d'inspiration
ethnique ou régionaliste", démentant ainsi
des rumeurs circulant à Bamako qui ne donnent à
ce gouvernement qu'une durée de six mois.

N° 153 du Jeudi 25 septembre 1997
Le président appelle ses compatriotes à "un
sursaut"
Le président Alpha Oumar Konaré a appelé
le 22 septembre à Bamako ses concitoyens à "un
sursaut", dans un message radiotélévisé
à l'occasion du 37e anniversaire de l'indépendance
du Mali.
"A mi-parcours d'une année électorale éprouvante
pour tous, je souhaite que le Mali soit aujourd'hui le seul
gagnant et que chaque Malien retire de cette expérience
en démocratie le sentiment non de désespoir, mais
de sursaut", a déclaré le président
Konaré.
Le chef de l'Etat a par ailleurs souhaité que la date
du 22 septembre soit "un jour de grâce qui réconcilie
le cœur et les esprits", avant de s'engager à
consolider la démocratie malienne.
Reconnaissant que la démocratie malienne a enregistré
"des ratés", M. Konaré a affirmé
qu'il reste persuadé que "les partis politiques
doivent aussi être des écoles de formation, sinon
les ambitions déçues deviennent des canons".
Le Mali est le théâtre d'une agitation sociale
et politique depuis le premier tour des législatives
du 13 avril dernier, annulé par la Cour constitutionnelle.
L'opposition "radicale", qui conteste toujours les
résultats des élections générales
(présidentielle du 11 mai et législatives du 20
juillet) qu'elle a boycottées, réclame actuellement
la libération sans condition de dix de ses leaders.
Ceux-ci ont été arrêtés et inculpés
après le lynchage à mort en juillet dernier d'un
sergent-chef de police par des opposants, au cours d'un meeting
de l'opposition.
Le nouveau gouvernement à la tâche pour clore
la crise politique
Le nouveau gouvernement aura la lourde tâche de clore
la crise politique qui secoue le pays depuis près de
huit mois.
Dirigée par M. Ibrahim Boubacar Keita, reconduit au poste
de Premier ministre par le président Alpha Oumar Konaré,
la nouvelle équipe gouvernementale compte 22 membres,
issus de sept des huit partis représentés à
l'Assemblée élue en juillet. Les autres postes
ont été confiés à des personnalités
issues de la "société civile".
Aucune personnalité de l'opposition radicale n'entre
au cabinet.
Les trois formations de la Mouvance présidentielle héritent
de dix ministères contre cinq postes à quatre
partis de l'opposition modérée. Une seule formation
de cette opposition modérée, la Convention démocratique
et sociale, ne participe pas au gouvernement.
Son leader Blaise Sangaré a refusé de proposer
un autre que lui-même pour siéger dans le gouvernement.
Les proches du président Konaré détiennent
les postes clés : Modibo Keita (Affaires étrangères),
Soumaïla Cissé (Finances), colonel Sada Samaké
(Administration territoriale et Sécurité).
L'absence de l'opposition radicale s'explique par son refus
de participer au gouvernement tant que ses dix dirigeants, emprisonnés
après le lynchage à mort en août d'un policier
au cours d'un meeting à Bamako, n'auront pas été
libérés.
Ce lynchage s'inscrivait dans la ligne des manifestations violentes
et des turbulences politiques qui ont précédé
et suivi la réélection, le 11 mai, du président
Konaré.
Ce dernier a été réélu à
une écrasante majorité, mais avec un fort taux
d'abstention, à l'issue d'une présidentielle boycottée
par l'opposition radicale, composée de 18 partis disparates.
Dans la foulée, cette opposition radicale, qui ne reconnaît
pas la légitimité du président Konaré,
a également boycotté les législatives,
en faisant tout pour perturber le scrutin (manifestations de
rue, recours à la violence, campagne "anti-vote").
Si le chef de l'Etat parvient à un accord avec l'opposition
radicale, il n'est pas exclu qu'il l'associe au gouvernement
dans quelques mois. Outre la recherche d'une solution à
la crise politique, le nouveau gouvernement devra dans l'immédiat,
selon les orientations fixées par le président,
s'attacher à développer des actions vigoureuses
contre l'exclusion et la pauvreté, à assurer le
redécollage de l'économie perturbée.

Le gouvernement du Mali formé le 16 septembre 1997
Premier ministre : Ibrahim Boubacar Keita
Ministre des Mines et de l’Energie : Yoro Diakité
Ministre de l’Environnement : Mohamed Ag Erlaf
Ministre des Affaires étrangères et des Maliens
de l’extérieur : Modibo Sidibé
Ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat
: Fatou Haïdara
Ministre de la Promotion de la Jeunesse : Boubacar Karamoko
Coulibaly
Ministre des FinancesÊ: Soumaïla Cissé
Ministre de l’Administration territoriale et de la Sécurité
: colonel Sada Samaké
Ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat: Sy Kadiatou
Sow
Ministre du Développement rural et de l’Eau: Modibo
Traoré
Ministre des Enseignements secondaire, supérieur et de
la Recherche scientifique: Younouss Hamèye Dicko
Ministre de la Justice: Hamidou Diabaté
Ministre de l’Emploi de la Fonction publique et du Travail:
Ousmane Oumarou Sidibé
Ministre de l’Economlie, du Plan et de l’Intégration:
Ahmed El Madani Diallo
Ministre de l’Education de base: Adama Samasékou
Ministre de la Santé, des Personnes âgées
et de la Solidarité: Diakité Fatoumata N’Diaye
Ministre de la Culture et du Tourisme: Aminata Dramé
Traoré
Ministre des Forces armées et des Anciens combattants:
Mohamed Salia Sokona
Ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de
la Famille: Diarra Hafsatou Thierro
Ministre des Travaux publics et Transports: Ibréhima
Siby
Ministre des Relations avec les Institutions et les Partis politiques:
Hassane Barry
Ministre de la Communication: Ascofaré Ouleymatou Tamboura
Ministre des Sports: Adama KonéN° 153 du Jeudi 25
septembre 1997

La Suisse rend des fonds détournés par l'ex-président
Moussa Traoré
L'argent des présidents du tiers-monde trouve souvent
le chemin des banques suisses mais il est rare qu'il fasse le
trajet inverse. C'est pourtant ce qui s'est passé avec
la restitution au Mali de plusieurs millions de dollars détournés
sous l'ancien président Moussa Traoré.
Après une procédure de six ans, la Suisse a remis
aux autorités de la République du Mali 3,9 millions
de FS (2,6 millions de dollars), intérêts compris,
provenant des comptes dans des banques helvétiques d'un
proche de Moussa Traoré.
Il s'agit d'une première historique, au moins avec l'Afrique,
a souligné un porte-parole de l'Office fédéral
de la police qui n'a pas été en mesure de citer
immédiatement des précédents de restitution
de fonds mal acquis.
Le cas est suffisamment rare pour être noté, surtout
en regard de la longue liste de noms de chefs de l'Etat ou responsables
politiques accusés d'avoir placé en Suisse de
l'argent provenant du pillage de fonds publics, de l'aide internationale
ou de différents trafics.
L'ancien Premier ministre du Pakistan Benazir Bhutto est venue
rejoindre l'ex-président zaïrois Mobutu Sese Seko
et l'ex-dictateur philippin Ferdinand Marcos parmi les dirigeants
dont des comptes ont été bloqués en Suisse
à la suite d'accusation de corruption dans leur pays.
La demande de restitution des nouvelles autorités de
Kinshasa concernant Mobutu est trop récente pour avoir
une chance d'aboutir. Mais dans le cas de Marcos, quelque 500
millions de dollars sont toujours bloqués dans des banques
de Zurich. Leur restitution est au centre d'une polémique
qui dure depuis plus de dix ans entre la famille Marcos, l'Etat
philippin et des victimes du régime renversé en
1986.
Dans ce contexte, le cas du Mali est cité comme exemplaire.
"La justice malienne a apporté un soin énorme
au respect des droits de l'homme des accusés, ce qui
nous a permis d'avoir gain de cause devant les tribunaux"
où les défenseurs des accusés avaient fait
appel, a dit Me Alain Tripod, membre du cabinet d'avocats chargé
du dossier.
En novembre 1991, le Mali avait demandé la coopération
judiciaire de la Suisse après le renversement de Moussa
Traoré, accusé avec d'autres responsables du régime
de détournement de fonds publics, corruption et autres
délits.
Une condamnation de proches de Traore est survenue en mars 1995.
L'ancien directeur de l'entreprise nationale de tabac Sontanam,
Boubacar Dembele, a été reconnu coupable de détournement
de fonds publics pour 3,2 millions de FS sur des comptes en
Suisse.
La justice suisse a alors décidé la remise de
la somme au Mali, augmenté des intérêts.
Un tribunal cantonal a rejeté un premier recours en décembre
1996 et la cour suprême un second et dernier appel en
mars dernier.
La presse malienne avait estimé que 1,5 milliard de FS
auraient dû se trouver sur des comptes bancaires suisses
au début des années 1990. Mais l'office de police
suppose que "la Suisse a uniquement servi de pays de transit
pour les avoirs détournés".
Le succès du Mali ne signifie pourtant pas que d'autres
suivront rapidement, note le porte-parole de la police, Folco
Galli.
D'abord parce plusieurs demandes n'ont pas abouti, pour différentes
raisons, dit-il, citant le cas de l'empereur Jean-Bedel Bokassa
de Centrafrique, du chef de l'Etat Siad Barré de Somalie
et du président du Burundi Jean-Baptiste Bagaza.
D'une part, les accusés doivent être condamnés
dans leur pays. D'autre part, le procès doit respecter
les normes européennes des droits de l'homme. Enfin,
l'Etat requérant doit être déclaré
l'ayant droit économique des sommes revendiquées.
N° 152 du jeudi 11 septembre 1997
Troubles post-électoraux
Après le lynchage d'un policier, dix responsables de
l'opposition en détention
Ils ont été arrêtés et inculpés
après le lynchage le 10 août, d'un sergent-chef
de la police lors d'un meeting de l'opposition à Bamako.
Ces dix opposants de l'opposition dite "radicale",
ont été inculpés de "violence et voies
de fait ayant entraîné la mort d'une personne"
après le lynchage à mort de l'officier de police,
M. Moussa Diarra.
Cinq d'entre eux ont été transférés
dans des prisons de l'intérieur du pays et les autres
à la prison centrale de Bamako.
Me Mountaga Tall, président du CNID et M. Almamy Sylla,
président du collectif de l'opposition, ont été
transférés à Koulikoro (50 km de Bamako),
MM. Youssouf Traoré de l'UFDP et Seydou badian Kouyaté
de l'US-RDA, à Kati (15 km de Bamako) et M. Mohamed Lamine
Traoré, ancien ministre de l'Intérieur, leader
du MIRIA, à Bla à 240 km de la capitale. Mme Fanta
Diarra, présidente des femmes du Congrès national
d'initiative démocratique (CNID) et seule femme du groupe,
est détenue à la maison d'arrêt de Bamako.
Un mandat d'arrêt international a été lancé
contre M. Oumar Mariko, dirigeant d'un des partis membres du
collectif de l'opposition. Selon la presse proche du pouvoir,
M. Mariko, ancien dirigeant du mouvement des élèves
et étudiants maliens, a joué un rôle dans
la mort du policier lynché au cours d'un meeting.
Ces dix opposants ont observé une courte une grève
de la faim à laquelle ils ont mis fin "pour montrer
au gouvernement qu'ils sont toujours ouverts au dialogue".
Malgré les appels au dialogue du président Alpha
Oumar Konaré, la situation semble bloquée, le
pouvoir ne voulant pas laisser s'instaurer un climat de violence
après la contestation des élections présidentielle
et législatives.
Au cours d'un entretien radio-télévisé,
le chef de l'Etat, qui a estimé que l'incarcération
de ces opposants constituait "un échec qu'il faut
dépasser", a annoncé certaines réformes
pour calmer le jeu, mais écarté la possibilité
de libérer les détenus, affirmant qu'il fallait
"laisser la justice suivre son cours".
Le collectif de l'opposition a pour sa part écarté
toute idée de participation à un gouvernement
de "large ouverture" proposé par le président
"Nous ne sommes pas des affamés de pouvoir et le
discours du président n'incite pas au dialogue et tant
que nos camarades seront en prison, nous ne négocieront
pas", a déclaré M. Bamou Touré, leader
de l'Union soudanaise/ Rassemblement démocratique africain
(US-RDA).
Il a rappelé les revendications de l'opposition qui portent
notamment sur la démission du gouvernement, la dissolution
de la CENI (Commission électorale indépendante),
un accès équitable des partis politiques aux médias
et l'arrêt du processus électoral qui s'est pourtant
achevé en juillet par des législatives boycottées
par l'opposition.

Les "concessions" de l'ADEMA
Au cours d'une conférence de presse début septembre
à Paris, le secrétaire général de
l'Alliance pour la démocratie au Mali (ADEMA, au pouvoir),
Iba N'Diaye, a exclu toute libération avant leur jugement
des opposants, sans préjuger de ce que pourra décider
ensuite le président de la République qui dispose
du droit de grâce.
M. Iba N'Diaye a précisé que la majorité
présidentielle était prête à reprendre
les négociations avec l'opposition, à condition
que celle-ci renonce à ses exigences, à savoir
la démission du gouvernement et celle du président
de la Commission électorale indépendante (CENI).
Accompagné de Me Demba Diallo, président de l'Union
des Forces pour la Démocratie (UFD- majorité présidentielle),
Iba N'Diaye, a tenté de justifier ce qui peut paraît
"inacceptable, vu de l'extérieur", a-t-il dit,
à savoir des élections en l'absence de l'opposition
et l'arrestation des principaux opposants.
Ces opposants devraient être jugés pour "non
assistance à personne en danger", ayant vu et laissé
mourir le policier lynché par la foule sans avoir rien
fait pour le sauver, a-t-il insisté.
Les réformes envisagées par le pouvoir - réforme
du mode de scrutin pour les élections à venir,
report des municipales à décembre 1997 ou plus
tard, un statut des partis d'opposition, entraînant le
financement des partis politiques par l'Etat - devraient être
suffisantes pour renouer le dialogue avec l'opposition, a-t-il
estimé.
Par ailleurs, Iba N'Diaye a écarté toute médiation
extérieure pour résoudre la crise politique, se
disant très "satisfait" de l'actuelle médiation
menée par la société civile malienne et
notamment par les religieux.
Sur une éventuelle dissolution de la nouvelle Assemblée,
le secrétaire général du parti présidentiel
a rappelé que celle-ci ne peut en aucun cas avoir lieu
avant un an d'existence de ladite Assemblée.
Législatives : l'ADEMA remporte tous les sièges
au second tour
L'Alliance pour la Démocratie (ADEMA, au pouvoir) a remporté
tous les huit sièges restant en compétition lors
du second tour des législatives, début août.
Avec cette victoire, l'ADEMA conforte la majorité absolue
déjà obtenue après le premier tour du 20
juillet, boycotté par l'opposition radicale, et détiendra
130 des 147 sièges de la future l'Assemblée nationale.
Le PARENA (Parti pour le renouveau national) et la CDS (Convention
démocratique et sociale), deux partis de mouvance présidentielle,
obtiennent respectivement 8 et 4 sièges et trois petites
formation de l'opposition modérée 5 sièges.
Elus députés, deux ministres quittent le gouvernement
Les ministres, Diacounda Traoré (Affaires étrangères)
et Thiébilé Dramé (Zones arides) ont démissionné
de leur poste après avoir été élus
députés.
Les fonctions de député sont incompatibles avec
celles de ministre.
L'intérim des Affaires étrangères sera
assuré M. Yoro Diakité, ministre de l'Intégration
africaine et celle des Zones arides par M. Modibo Traoré,
ministre du développement, jusqu'à la formation
prochaine du nouveau gouvernement.
Un ex-directeur condamné pour détournement
de fonds extradé du Sénégal
La justice sénégalaise a extradé vers le
Mali Boubacar Dembélé, ex-directeur de la Société
nationale des Tabacs du Mali (SONATAM), condamné à
mort en 1995 pour détournement de deniers publics.
Après un procès en mars 1995, M. Dembélé
avait été reconnu coupable du transfert dans un
compte en Suisse d'un chèque de 1,2 milliard de F CFA
destiné à la SONATAM et avait été
condamné à mort. Il s'était évadé
de la prison de Bamako après un an de détention,
dans des conditions non encore élucidées, pour
se réfugier à Dakar.

N° 151 du Jeudi 24 juillet 1997
Législatives : écrasante victoire du parti au
pouvoir en l'absence de l'opposition
L'Alliance pour la Démocratie au Mali (ADEMA, au pouvoir)
a remporté sans surprise les législatives du 20
juillet, boycottées par les principaux partis d'opposition,
et disposera de la majorité absolue dans la nouvelle
Assemblée nationale.
Selon un décompte portant sur 50 des 55 circonscriptions
électorales du pays, l'ADEMA a obtenu 110 des 147 sièges
de députés, deux partis de la mouvance présidentielle
onze sièges, contre cinq pour l'opposition modérée,
selon des résultats provisoires fournis par la CENI (Commission
électorale indépendante).
En outre, l'ADEMA était en ballottage favorable dans
deux circonscriptions de l'intérieur du pays (Koutiala
et Banamba), pour un deuxième tour le 3 août qui
sera une simple formalité.
Cette large victoire est atténuée par le faible
taux de participation qui n'est que de 12 % à Bamako,
où toutes les circonscriptions ont été
remportées par l'ADEMA, et de l'ordre de 22 % à
l'intérieur du pays.
Dans un pays où le taux d'abstention est généralement
élevé, cette très faible participation
est due, selon les observateurs, au boycott de l'opposition
radicale qui a tout mis en œuvre (manifestations de rue,
recours à la violence, campagne "anti-vote")
pour perturber ces législatives, et au manque d'enjeu
d'une élection qui était gagnée d'avance
par l'ADEMA.
L'élection a donné lieu à de graves incidents,
notamment à Bamako où le siège de l'ADEMA
et une mairie ont été incendiés. Mais les
plus sérieux se sont produits à San (Sud), où
deux personnes ont été tuées par balle
et plusieurs autres blessées.
L'opposition radicale, un collectif de 18 partis disparates
qui n'a jamais désarmé pour réclamer la
suspension du processus électoral, a affirmé qu'elle
ne reconnaîtra pas la nouvelle Assemblée nationale.
Elle a accusé le gouvernement et le président
malien Alpha Oumar Konaré, dont elle ne reconnaît
toujours pas la légitimité après sa réélection
le 11 mai, "d'avoir imposé au peuple malien une
nouvelle mascarade électorale aux conséquences
graves".
L'opposition radicale annonce qu'elle ne reconnaîtra pas
la future Assemblée
L'opposition radicale, qui a boycotté le premier tour
des législatives, a affirmé qu'elle ne reconnaîtra
pas la future Assemblée nationale issue de ce scrutin.
"Aucune démocratie ne saurait accepter de telles
élections et l'opposition radicale ne reconnaîtra
pas la future Assemblée nationale", a indiqué
un communiqué émanant de l'opposition radicale,
publié au lendemain du premier tour.
L'opposition radicale a accusé le président malien
Alpha Oumar Konaré, dont elle ne reconnaît toujours
pas la légitimité depuis sa réélection
le 11 mai dernier, et son gouvernement "d'avoir imposé
au peuple malien une nouvelle mascarade électorale aux
conséquences graves".
Création d'un nouveau parti politique, le RND
Un nouveau parti politique, le Rassemblement national pour la
démocratie (RND), a été créé
à Bamako où s'est tenu son congrès constitutif.
Fondé par les dissidents du Rassemblement pour la démocratie
et le progrès (RDP) de M. Almamy Sylla, président
du collectif de l'opposition radicale, le RND porte à
63 le nombre de partis politiques autorisés à
fonctionner au Mali.
"Le RND se situe sur l'échiquier politique au sein
de l'opposition démocratique modérée",
a déclaré son président, M. Abdoulaye Garba
Tapo.
De profondes dissensions étaient apparues au sein du
RDP à propos de la participation ou non de ce parti au
premier tour des législatives du 20 juillet prochain
et avaient mis en minorité son leader, M. Sylla, qui
a introduit un recours auprès de la Cour constitutionnelle
pour empêcher son parti de prendre part à ces élections.
Ce parti pourrait appeler ses militants à participer
"massivement" au vote, que l'opposition radicale,
forte de 18 formations politiques, a décidé de
boycotter et de perturber.
L'opposition radicale estime notamment "que les conditions
de transparence ne sont pas réunies" et qu'il ne
peut y avoir d'"élections crédibles sans
une révision des listes électorales".

N° 150 du Jeudi 10 juillet 1997
Législatives : campagne électorale tendue
A quelques jours du premier tour des législatives le
20 juillet, une certaine tension, créée par un
bras de fer entre l'opposition et le parti au pouvoir, domine
la campagne électorale.
L'opposition, qui a décidé de boycotter cette
élection, a fait monter la tension d'un cran en affirmant
implicitement sa volonté d'empêcher la tenue de
ces élections, rendues nécessaires après
l'annulation du premier tour le 13 avril dernier.
L'ADEMA (Alliance pour la démocratie au Mali, parti du
président Alpha Oumar Konaré) a mis en garde ceux
qui voudront entraver la tenue du scrutin.
"Ceux qui ne veulent pas aller aux élections peuvent
rester chez eux. Mais ceux qui veulent empêcher les autres
d'y aller trouveront la loi sur leur chemin", a prévenu
le Premier ministre Ibrakima Boubacar Keita.
Le climat a été aggravé par la révélation
de la création de part et d'autre de "commandos
de choc" faite cette semaine par la presse malienne et
confirmée par des responsables de l'opposition et de
la majorité présidentielle.
Selon l'ADEMA, ces commandos ne sont pas armés et ont
pour mission de protéger les responsables du parti. L'opposition
affirme qu'ils montent la garde devant les domiciles de ses
leaders. Certains Maliens craignent déjà que ces
commandos se transforment en milices comme à Brazzaville.
Le climat s'est aussi détérioré après
l'annonce de l'échec de plusieurs médiations entreprises
par la société civile, des responsables religieux
et un collectif d'ONG visant à réconcilier majorité
et opposition.
Un réseau d'appui au processus électoral, regroupant
41 ONG, a annoncé avoir échoué dans sa
médiation.
La médiation des chefs religieux, conduite par l'archevêque
de Bamako, Mgr Luc Sangaré, piétine aussi.
Ces négociations ont achoppé à propos notamment
du maintien en détention de militants de l'opposition
qui sont accusés d'avoir jeté une grenade sur
un marché le 11 mai, jour de l'élection présidentielle,
tuant une personne et blessant plusieurs autres.
L'opposition exige leur libération sans condition, alors
que le gouvernement veut que la justice suive son cours et punisse
les auteurs de l'attentat.
Dix-sept partis politiques, dont cinq représentant l'opposition
modérée, et 23 candidats indépendants sont
en lice pour ces élections. Trois partis de l'opposition
modérée --Parti pour la démocratie et le
progrès (PDP), le COPP et l'Union pour la démocratie
et le développement (UDD)-- ayant fait des listes communes
avec l'ADEMA, au pouvoir, dans plusieurs localités, sont
assurés d'avoir des sièges à l'Assemblée
nationale dissoute début mars.
Rappel : l'opposition dite "radicale" regroupe
une vingtaine de partis dont huit en constituent le noyau dur,
avec notamment le PSP (Parti progressiste soudanais), le MIRIA
(Mouvement pour l'indépendance, la renaissance et l'intégration
africaine), l'US/RDA (Union soudanaise-Rassemblement démocratique
africain), le BDIA (Bloc pour la démocratie et l'intégration
africaine), le CNID (Congrès national d'initiative démocratique)
de Me Mountaga Tall, l'UFPD (Union des forces démocratiques
pour le progrès) du colonel Youssouf Traoré, le
RDP et le MPR (Mouvement patriotique pour le renouveau) de Choguel
Kokala Maïga.
Le Premier ministre dénonce une "volonté
de déstabilisation
Le Premier ministre, Ibrahim Boubacar Keita, qui est également
président de l'ADEMA, a fait état d'une "volonté
délibérée de déstabilisation du
Mali" et a accusé une partie de l'opposition de
vouloir "décrédibiliser le gouvernement à
l'extérieur".
Au cours d'une conférence de presse à Bamako en
présence du corps diplomatique, il n'a toutefois fourni
aucune indication sur les auteurs de cette déstabilisation,
mais a accusé une partie de l'opposition de vouloir "décrédibiliser
le gouvernement à l'extérieur par les actes regrettables
qu'elle pose".
Bien qu'il ait affirmé que "la politique malienne
ne se définissait ni à Washington, ni à
Bonn, ni à Paris", M. Keita a dit clairement qu'il
n'accusait pas ces pays de vouloir déstabiliser le Mali.
Il a par ailleurs réaffirmé qu'il n'était
pas possible de repousser la date du premier tour des législatives.
"Même si nous l'avions voulu, nous ne pourrons pas
le faire à cause des délais constitutionnels",
a-t-il dit.
Prorogation du mandat des maires
Le mandat des conseillers municipaux a été prorogé
jusqu'au 18 juillet, en raison du "bouleversement"
du calendrier électoral qui n'a pu permettre la tenue
des consultations municipales initialement prévues pour
le 1er juin.
Après le 18 juillet, des délégations spéciales
seront mises en place dans les mairies pour gérer les
communes jusqu'à la prévision de nouvelles dates
pour les élections.

N° 149 du Jeudi 26 juin 1997
Législatives : la Cour constitutionnelle valide la candidature
de 19 partis
La Cour constitutionnelle a validé la candidature de
19 partis politiques sur les 21 qui voulaient participer aux
élections législatives du 20 juillet prochain.
Trois listes indépendantes ont également été
validées, tandis que les candidatures de deux petits
partis, le PEI et le PARI, ont été rejetées
pour "non conformité avec la loi".
Par ailleurs, trois partis de l'opposition modérée,
dont le PDP (Parti pour la Démocratie et le Progrès),
ont annoncé qu'ils constituaient une liste commune dans
trois des 55 circonscriptions électorales.
Les huit partis de l'opposition "modérée"
en lice, parmi lesquels le Parti pour la démocratie et
le progrès (PDP), l'Union pour la démocratie et
le développement (UDD) et le Rassemblement pour la démocratie
et le progrès (RDP), sont de "petits partis".
Aucun parti de l'opposition radicale, tels le Congrès
national d'initiative démocratique (CNID) de Me Mountaga
Tall ou le Mouvement patriotique pour le renouveau (MPR) ou
encore l'Union soudanaise-Rassemblement démocratique
africain (US/RDA), ne participera à cette consultation.
Les autres partis de l'opposition radicale qui ne prendront
également pas part à ces législatives sont
le MIRIA (Mouvement pour l'indépendance, la renaissance
et l'intégration africaine), le BDIA (Bloc pour la démocratie
et l'intégration africaine), le PSP (Parti progressiste
soudanais) et l'UFDP (Union des forces démocratiques
pour le progrès).
Cinq leaders de l'opposition, remis en liberté provisoire,
doivent comparaître incessamment devant la justice malienne
pour "attroupement non armé de nature à troubler
la tranquillité publique", "destruction d'édifice",
"opposition à l'autorité de l'Etat"
et "incendies volontaires".
Il s'agit de MM. Choguel Maïga du MPR, Almamy Sylla, président
du collectif de l'opposition, Me Mountaga Tall du CNID, Moussa
Koné, président des jeunes du collectif de l'opposition,
et du colonel Youssouf Traoré, leader de l'UFDP.
Arrêtés lors d'une manifestation de protestation
le 8 juin, jour de l'investiture du président Konaré,
ils avaient été inculpés et placés
sous mandat de dépôt. Ils encourent une peine de
cinq ans de prison ferme.
L'opposition radicale réclame toujours la suspension
du processus électoral, la dissolution de la Commission
électorale nationale indépendante (CENI) et la
démission du gouvernement au Mali.
Le premier tour de ces nouvelles législatives se déroulera
le 20 juillet, le second tour aura lieu le 3 août.
Le premier tour de précédentes élections
législatives avait eu lieu le 13 avril avant d'être
annulé par la Cour constitutionnelle.

N° 148 du Jeudi 19 juin 1997
Vives tensions politiques
Une dizaine de militants de l'opposition, arrêtés
à Bamako et à Ségou (Centre) à la
suite de manifestations interdites, ont bénéficié
d'une mise en liberté provisoire le 17 juin et plusieurs
autres ont été relaxés,.
Leur libération était exigée par cinq leaders
de l'opposition, arrêtés eux aussi une semaine
plus tôt et qui ont également été
remis le 16 juin en liberté provisoire. Ils menaçaient
de se constituer à nouveau prisonniers, si leurs militants
n'étaient pas libérés.
L'opposition a salué ces libérations et réaffirmé
sa "disponibilité au dialogue". Elle a exigé
cependant la libération "totale et sans conditions"
de tous ses militants encore détenus, avant d'entamer
des négociations avec le pouvoir.
L'opposition, qui conteste l'élection présidentielle
du 11 mai remportée par le président Konaré,
maintient toutes ses revendications: démission du gouvernement,
dissolution de la CENI (Commission électorale indépendante),
suspension du processus électoral en cours (législatives,
municipales).
Pour sa part, l'ADEMA, parti au pouvoir, se déclare "disposée
au dialogue", mais demande que les "scènes
de violence soient proscrites".
Ces mesures d'apaisement devraient permettre un retour au calme,
tandis que la société civile, représentée
par Mgr Luc Sangaré, archevêque de Bamako, a entrepris
une médiation entre le pouvoir et l'opposition. "
Les cinq dirigeants de l'opposition, incarcérés
après leur inculpation, et qui ont bénéficié
d'une liberté provisoire sont :
- M. Choguel Maïga, président du Mouvement patriotique
pour le renouveau (MPR),
- Almamy Sylla, président du collectif de l'opposition
- Me Mountaga Tall, président du Congrès national
d'initiative démocratique (CNID)
- Moussa Koné, président des jeunes du collectif
de l'opposition
- le colonel Youssouf Traoré, leader de l'Union des forces
démocratiques pour le progrès (UFDP).
Arrêtés à Bamako après une manifestation
de protestation lors de l'investiture du président Alpha
Oumar Konaré, ils ont été inculpés
pour "attroupement non armé de nature à troubler
la tranquillité publique", "destruction d'édifice",
"opposition à l'autorité de l'Etat",
et "incendies volontaires".
"Cette liberté provisoire, a estimé l'un
de leurs avocats, est une étape vers un non-lieu parce
que nos clients n'ont commis aucune faute réprimée
par la loi".
Manifestations lors de l'investiture du président
Konaré
Quelques centaines de personnes ont, à l'appel de l'opposition,
organisé dimanche 8 juin à Bamako une manifestation
non loin du lieu de l'investiture du président malien
Alpha Oumar Konaré, réélu le 11 mai, pour
protester contre la mauvaise organisation de cette élection.
Les manifestants ont érigé des barricades et brûlé
des pneus avant d'être dispersé à coups
de grenades lacrymogènes par les forces de l'ordre.
Le président s'est engagé à lutter contre
la pauvreté pendant son dernier mandat de cinq ans, au
cours de son investiture dans ses fonctions de président
de la République du Mali.
"Mon dernier quinquennat sera placé sous le signe
du renforcement du front social et de la lutte contre la pauvreté",
a déclaré M. Konaré dans son serment, avant
d'ajouter qu'"il n'y a pas de paix sociale là où
existe l'injustice".
Les présidents Abdou Diouf du Sénégal,
Blaise Compaoré du Burkina-Faso et Maaouiya Sid'Ahmed
ould Taya de Mauritanie ainsi que le Secrétaire d'Etat
français à la Coopération, Charles Josselin,
ont assisté à cette cérémonie.
Le président Konaré a par ailleurs souligné
la nécessité de la poursuite du processus électoral
dans son pays, en faisant remarquer qu'"il n'y a pas de
démocratie sans opposition" et en appelant "toutes
les forces vives à participer aux élections législatives
et communales" .
Report des élections législatives
Le premier tour des élections législatives initialement
fixé au 6 juillet a été reporté
20 juillet. Le second tour de ces élections est prévu
pour le 3 août.

N° 147 du Jeudi 29 mai 1997
Présidentielle : Alpha Oumar Konaré, vainqueur
sans surprise d'une élection tronquée
La Cour constitutionnelle a proclamé l'élection,
au premier tour, du président Alpha Oumar Konaré
à la tête du Mali pour un nouveau mandat de cinq
ans, à l'issue du scrutin présidentiel du 11 mai.
Dans son arrêt, la Cour a notamment déclaré
que "M. Alpha Oumar Konaré a recueilli la majorité
absolue des suffrages exprimés requis pour être
proclamé élu" président de la République.
La Cour constitutionnelle a annulé 257.300 suffrages
après avoir constaté que dans "certains bureaux
de vote, des irrégularités ont été
commises".
Le président de la Cour, Abdoulaye Dicko, a énuméré
à cette occasion de nombreuses irrégularités,
dont les plus graves ont porté sur "la manipulation
frauduleuse des résultats chiffrés des votes",
"l'absence des procès-verbaux ou des procès-verbaux
non rendus", "la corruption d'électeurs"
et "l'influence sur le vote".
Ces derniers mois, l'opposition, nébuleuse constituée
de petits partis aux intérêts souvent contradictoires,
a tout mis en œuvre pour saborder le processus électoral
en cours (législatives, présidentielle, municipales),
pour lequel elle se savait mal préparée.
Profitant de la mauvaise organisation du premier tour des législatives,
annulé par la Cour constitutionnelle, elle a fait monter
la pression en réclamant en vrac la suspension des élections,
la démission du gouvernement et la dissolution de la
CENI, dont elle avait pourtant exigé la création.
Son principal grief concerne l'établissement des listes
électorales, qu'elle considère comme peu fiables.
Législatives les 6 et 20 juillet 1997
Les élections législatives, dont le premier tour
du 13 avril avait été annulé par la Cour
constitutionnelle en raison de sa mauvaise organisation, auront
lieu les 6 et 20 juillet pour les premier et second tour. La
campagne électorale pour le premier tour sera ouverte
du 15 juin au 4 juillet et celle du second tour du 11 au 18
juillet.
Le collectif des 21 partis d'opposition a ausitôt contesté
la légitimité de la poursuite du processus électoral
après l'annonce de ces nouvelles dates.
Le collectif a déclaré dans un communiqué
qu'"il ne saurait avoir d'élections régulières
et libres au sens de la Constitution malienne sans l'existence
de listes électorales fiables".
Le Collectif a aussi estimé qu'"aucun scrutin organisé
dans les conditions actuelles ne saurait l'engager" et
a rappelé "sa ferme décision de ne reconnaître
ni les résultats, ni les institutions issues de ces consultations".
Depuis ce scrutin, l'opposition réclame la suspension
du processus électoral, la dissolution de Commission
électorale indépendante et la démission
du gouvernement. Elle affirme dans son communiqué ne
pas "comprendre l'acharnement du gouvernement à
organiser des élections dans un contexte de crise politique".
25 militants de l'opposition ont été arrêtés
lors de multiples incidents qui ont émaillé l'élection
présidentielle.
D'ores et déjà, le collectif d'opposition a annoncé
qu'il ne participera pas aux élections communales prévues
le 1er juin au Mali.
Inculpation de Me Mountaga Tall
Me Mountaga Tall, leader du Congrès national d'initiative
démocratique (CNID-opposition) a été inculpé
et mis en liberté provisoire pour "abus de confiance
et complicité de recel de cartes d'électeurs".
Quelques jours avant l'élection présidentielle,
Me Tall avait exhibé des cartes d'électeurs qu'il
avait prétendu avoir achetées à partir
de réseaux clandestins. Selon lui, ces cartes étaient
une preuve du manque de fiabilité du scrutin.
La presse malienne avait également fait état durant
la même période, de l'existence d'un important
lot de cartes d'électeurs, "volées et vendues
clandestinement", ce qui avait obligé Me Kassoum
Tapo, président de la Commission Electorale nationale
indépendante (CENI), chargée de l'organisation
du scrutin, à porter plainte contre X.
Après son inculpation, il a déclaré que
"c'est le début d'un règlement de compte
politique. Mais la dérive autoritaire du régime
malien trouvera sur son chemin les démocrates convaincus
que nous sommes".
Me Tall a de son côté porté plainte contre
X à la suite d'un attentat le visant. Des cocktails molotovs
avaient été lancés dans la nuit du 12 au
13 mai contre son étude, provoquant des dégâts
matériels importants mais sans faire de victimes.
Huit avocats du barreau de Bamako, dont le bâtonnier par
intérim Me Brahima Koné, ont annoncé qu'ils
assureraient sa défense, estimant que son inculpation
"est attentatoire aux droits" de leur confrère.
Ils ont notamment affirmé que, selon la loi régissant
leur profession, "le bâtonnier de l'ordre des avocats
doit être préalablement avisé avant toute
poursuite contre un avocat". Le non-respect de cette formalité
"est une cause de nullité de la procédure"
d'inculpation, ont-ils ajouté. |