Mali Articles de la revue Afrique-Express - Année 1997 (Première partie)
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N° 161 Jeudi 11 décembre 1997

Mesure en faveur de 21 condamnés à mort, dont l'ancien président Moussa Traoré

Le président Alpha Oumar Konaré a annoncé le 8 décembre qu’il avait commué la peine de mort touchant au Mali 21 détenus, dont l’ancien président Moussa Traoré, en détention à perpétuité. Outre l’ancien président Moussa Traoré, renversé par un coup d’Etat en 1991, des anciens dignitaires de son régime sont concernés par cette mesure : le général Sékou Ly, ancien ministre de l’Intérieur, le général Mamadou Coulibaly, ancien ministre de la Défense et le colonel Ousmane Coulibaly, ancien chef d’Etat-major.
“Je suis de façon absolue contre la peine de mort et je demande à Dieu de ne jamais me donner la force de l’appliquer”, a déclaré le chef de l’Etat dans un discours télévisé prononcé à l’occasion du 49e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme.
Le président a par ailleurs déclaré qu’il veillerait à ce que les travaux forcés soient bannis du code pénal malien, et a invité les associations de défense des droits de l’Homme à se rendre au Mali pour voir que “les droits de l’Homme y sont respectés”.

N° 160 Jeudi 4 décembre 1997

Rentré des Etats-Unis, le milliardaire Sissoko distribue des “pourboires”

Le milliardaire malien Babani Sissoko, retenu aux Etats-Unis pendant plusieurs mois pour une affaire de tentative de corruption de douaniers à New York à propos de l’achat d’un hélicoptère, est rentré à Bamako, où il a commencé à distribuer de nombreux “pourboires”.
Cet homme de 53 ans, père de plus de 30 enfants, qui a reconstruit plus de mille maisons dans son village natal de Dabia, a été accueilli en “héros” à Bamako, où il assure avoir offert cinq kilos d’or à une cantatrice malienne, 20 millions de F Cfa (200.000 FF) à un groupe de jeunes et 15 millions à une admiratrice.
La maison du milliardaire, dont la fortune a une réputation sulfureuse, ne désemplit pas et des centaines de personnes attendent dehors dans l’espoir de profiter de ses générosités.
“C’est Dieu qui m’a donné tout cet argent”, a-t-il déclaré à quelques journalistes qui l’interrogeaient sur l’origine de sa fortune. “Je peux tout faire sauf le trafic de drogue”, a-t-il ajouté pour ceux qui l’accusent de posséder des “narco-dollars.
Propriétaire de la compagnie aérienne “Dabia”, basée en Gambie et évaluée à plus de 40 milliards de F Cfa, Babani Sissoko affiche son amitié avec plusieurs chefs d’Etats africains, notamment le Togolais Eyadema, le Gambien Yaya Jameh et autrefois le Zaïrois Mobutu.
“Je ne connais rien de l’or de Mobutu supposé caché en Gambie”, affirme-t-il.
Depuis son retour, Babani fait la Une de la presse malienne : “L’aventure de Babani”, titre l’hebdomadaire “Le Malien”, “L’un des hommes les plus riches du monde”, affirme de son côté “Le soir”. (AFP)

L’opposition radicale pose ses conditions à sa participation aux municipales

L’opposition radicale a affirmé qu’elle ne participerait pas aux élections communales “tant que les listes électorales ne seront pas fiables et tant que le fichier électorale ne sera pas repris”.
Cette position a été exprimée par son porte-parole, M. Mohamed Lamine Traoré, au cours d’un meeting à Bamako, qui marquait la rentrée politique du collectif de l’opposition regroupant 18 partis.
Ces partis avaient boycotté les législatives et les présidentielles de mai et de juillet dénonçant leur mauvaise organisation et réclamant la dissolution de la commission nationale électorale, la démission du gouvernement et la suspension du processus électoral.
Au cours du rassemblement, qui a réuni près de 3.000 personnes, M. Traoré a également affirmé que le préalable à la poursuite des négociations avec le pouvoir était la libération des militants de l’opposition encore détenus, sans en préciser le nombre.
Une quarantaine de militants de l’opposition, arrêtés après les troubles survenus avant et après les présidentielles et législatives de mai et de juillet, ont déjà été graciés par le président Alpha Oumar Konaré.
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N° 156 Jeudi 30 octobre 1997

Nouvelle grâce présidentielle pour 16 opposants

Le président Alpha Oumar Konaré a gracié 16 nouveaux militants de l'opposition arrêtés et condamnés à la suite d'incidents électoraux. Cette mesure, interprétée comme une tentative de décrispation de la vie politique et une volonté de dialogue du pouvoir avec l'opposition, porte à 26 le nombre d'opposants libérés ces derniers jours, dix autres l'ayant été après avoir été condamnés pour les mêmes raisons. Il en reste 25 en prison.
Début octobre, les dix principaux leaders de l'opposition radicale, emprisonnés depuis le 14 août à la suite du meurtre d'un policier lors d'un meeting qu'ils avaient organisé, ont été remis en liberté provisoire sur décision du procureur de la République, mais ils doivent encore passer en justice.
Dans un communiqué publié pour annoncer ces grâces, le président Konaré a lancé un appel "à l'ensemble de la classe politique et à la société civile pour trouver une solution à la crise qui secoue le Mali". Début octobre, il a reçu une délégation du collectif de l'opposition qui lui avait demandé la libération de ses 51 militants incarcérés.
Depuis le premier tour -annulé- des législatives en avril, l'opposition radicale réclamait la suspension du processus électoral en cours (législatives, présidentielle et municipales) et la démission du gouvernement.
Affirmant ne pas reconnaître les institutions issues de ces élections et notamment la réélection du président Konaré, elle demandait la dissolution de la Commission électorale indépendante (CENI), jugée responsable de la mauvaise organisation du scrutin.
Devant le refus des autorités, l'opposition radicale, regroupant une vingtaine de partis, avait boycotté les élections législatives et présidentielle, organisant de nombreuses manifestations, parfois violentes, pour s'opposer à leur tenue.
La dernière étape de ce processus de réconciliation pourrait être la libération de l'ancien président Moussa Traore.

Le dernier grand retour des réfugiés touaregs du Burkina Faso vers le Mali

Quelque 1.000 réfugiés touaregs du camp de Ferelio (nord) ont entamé le 27 octobre, après avoir plié leurs abris de fortune, un retour massif vers le Mali, qu'ils avaient quitté il y a six ans.
Ferelio, situé dans la province de l'Oudalan, à plus de 400 km au nord-est de Ouagadougou et proche de la frontière malienne, a été le plus important site de réfugiés touaregs du Burkina, comptant un moment près de 9.000 réfugiés touaregs du Mali.
Ce site presque déserté aujourd'hui et où seuls subsistent quelques bâtiments érigés par le HCR était dirigé par Mohamed Issouf, responsable des réfugiés touaregs du Burkina et ancien chef de faction.
"Nous vivons aujourd'hui un grand jour, celui où la peine se mêle à la joie", a déclaré à l'occasion de la cérémonie d'adieux Mohamed Issouf, lui-même passager du dernier convoi.
Vêtus de beaux et grands boubous, les réfugiés ont embarqué dans une dizaine de camions affrétés par le HCR.
Leurs femmes, debout à une distance respectable, selon leur tradition qui interdit de voir les femmes en public à côté des hommes, ont suivi la cérémonie sans y participer.
Symboliquement, ce rapatriement comptait beaucoup, puisqu'il marque le départ du chef.
Ce départ a été motivé par la situation de paix qui règne au Mali. "J'y suis allé voir moi-même et j'ai constaté l'amélioration de la situation", a expliqué M. Issouf.
Depuis le début de l'opération en 1995, le PAM, qui a fourni plus de 4.000 tonnes de nourriture aux réfugiés.
De son côté, le représentant malien, Blonkoro Samaké, a assuré que des sites de retour ont été aménagés et que des infrastructures sociales et scolaires et des points d'eau ont été mis en place pour les accueillir.
La crise entre les populations touarègues et le gouvernement malien avait provoqué l'arrivée des premiers réfugiés maliens au Burkina Faso en 1991.
Le conflit a perduré de 1992 à 1993, provoquant un nouvel afflux de réfugiés.
En 1994, le HCR a dénombré 40.000 réfugiés dans le nord du Burkina Faso, dans les camps de Gandafabou, Déou, Mentao et Ferelio. Ces camps jouxtent les villes maliennes de Tombouctou, Gao, Mopti, région d'origine des Touaregs.
Un plan pilote mis en place par le HCR a permis plusieurs rapatriements par vagues d'octobre 1995 à septembre 1997.
Avec ce départ, il ne reste plus que 6.000 réfugiés éparpillés au Burkina qui, avant la fin de l'année, doivent regagner leurs villages au Mali par petits groupes. (avec AFP)

N° 155 Jeudi 23 octobre 1997

Décrispation : grâce présidentielle pour les 10 opposants condamnés

Le président Alpha oumar Konaré a accordé une grâce à dix personnes arrêtées et condamnées à la suite des incidents post-électoraux, selon un décret publié le 19 octobre.
Cette mesure est considérée par les observateurs comme une tentative de décrispation de la situation politique et une volonté de dialogue des autorités avec l'opposition.
Dans le communiqué annonçant les "grâces", le président Konaré lance un nouvel appel "à l'ensemble de la classe politique et à la société civile pour trouver une solution à la crise qui secoue le Mali".
M. Konaré avait reçu le 8 octobre une délégation du collectif de l'opposition qui lui a demandé la libération de 38 de ses militants incarcérés après les divers incidents post-électoraux.
Les divergences entre le pouvoir et l'opposition portent sur le processus électoral. Après le premier tour des législatives en avril, l'opposition avait demandé notamment la suspension de ce processus (législatives, présidentielles et municipales) et la démission du gouvernement.
Elle réclamait en outre la dissolution de la commission électorale nationale indépendante (CENI), jugée responsable de la mauvaise organisation du scrutin.
Devant le refus des autorités, l'opposition radicale, regroupant une vingtaine de partis, avait boycotté les élections et organisé de nombreuses manifestations, parfois violentes, pour s'opposer à la tenue des scrutins.
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Libération de Moussa Traoré ?

Le président Alpha Oumar Konaré pourrait jeter une pierre dans le camp de l'opposition en faisant libérer d'ici peu l'ancien président Moussa Traoré, renversé en 1991 et condamné à mort "pour crimes de sang".
Le second procès "économique" pour lequel devait comparaître Moussa Traoré n'a jamais eu lieu.
Pourraient être libérés également selon nos informations les auteurs présumés d'une tentative de coup d'Etat d'octobre 1996, parmi lesquels Mady Diallo, ancien ministre des Finances de Moussa Traoré.
Sept militaires avaient également été arrêtés dans cette affaire, dont le capitaine de l'armée de l'air Amara Berthé, deux sergents, Abdou Kéménani et Roger Alfred Dao, et des commandos parachutistes de la base de Koulouba.
Mady Diallo était l'un des responsables du Mouvement Patriotique pour le Renouveau (MPR), qui revendique l'héritage de l'ancien parti unique de l'ex-président Traoré, l'UDPM (Union démocratique du peuple malien).
Condamné à mort avec trois dignitaires de son régime, Moussa Traoré se trouve actuellement en prison, mais le président Konaré, hostile à la peine de mort, a toujours déclaré qu'il ne serait pas exécuté.
M. Choguel Maiga, actuel secrétaire général du MPR, fait aujourd'hui partie de l'opposition dite "radicale" mais n'a pas été arrêté lors des mouvements de contestation de la dernière élection présidentielle.
En faisant libérer Moussa Traoré, le président Konaré calmerait sans doute pour un bon bout de temps les "sympathisants" de l'ancien régime de Traoré, qui restent encore nombreux et actifs.

Retour d'un guerrier touareg au bercail

L'ancien chef de la rébellion touarègue, Rhissa Ag Sidi Mohamed, qui avait boycotté en mars 1996 la cérémonie de la Flamme de la Paix ayant marqué à Tombouctou la réconciliation dans le Nord du Mali, est rentré dans son pays pour participer à l'effort de paix.
"Je suis rentré pour consolider la paix et faire la guerre au sous-développement", a déclaré à Gao le chef du FPLA, la seule branche rebelle qui n'avait pas participé à la cérémonie de Tombouctou.
Selon lui, la guerre civile, qui a ensanglanté le Nord du Mali pendant plusieurs années, était due, en partie, à l'état de sous développement qui y régnait.

N° 154 Jeudi 2 octobre 1997

Liberté provisoire pour les leaders de l'opposition radicale

Les dix leaders de l'opposition "radicale" emprisonnés depuis le 14 août ont été remis en liberté provisoire le 3 octobre, sur décision du procureur de la République.
Cette décision fait suite à une demande de Me Oumar Baba Diarra, président du collectif des avocats des opposants, qui réclamait outre l'accélération de la procédure judiciaire, le regroupement des dix leaders dans une même prison.
Les dix leaders étaient en effet emprisonnés dans plusieurs localités du pays.
MM. Mohamed Lamine Traoré, Oumar Kanouté et Tiémoko Sossoko, initialement détenus à Bla, à 320 km de Bamako, avaient été ramenés à la prison de Koulikoro à une soixantaine de km de la capitale, où ils ont rejoint MM. Seydou Badian Kouyaté, Almamy Sylla et le colonel Youssouf Traoré.
Ils ont été ensuite convoyés au camp 1 de la gendarmerie où se trouvaient déjà Me Mountaga Tall, Fanta Diarra, Bandiougou Gueye et Yancouba Traoré, avant d'être présentés au procureur de la République qui leur a annoncé leur libération provisoire.
Me Baba Diarra, président du collectif de leurs avocats a estimé "que la décision du procureur est une réponse favorable à notre requête et ne gêne en rien la demande de non-lieu, formulée par nos clients".
Pour leur part, les autorités ont indiqué que "cette décision vise à privilégier le droit sur la passion politique qui entoure ce dossier".
Les dix leaders de l'opposition malienne avaient été arrêtés et inculpés à la suite du lynchage à mort d'un policier le 9 août dernier par des manifestants présumés membres de l'opposition.
Le président Alpha Oumar Konaré avait engagé le nouveau gouvernement "à nouer le dialogue avec toute la classe politique", lors du premier conseil extraordinaire du gouvernement formé le 16 septembre.
M. Konaré a également demandé à ce gouvernement de 22 membres de "convenir avec les composantes de la classe politique malienne des cadres appropriés de rencontre pour la poursuite des concertations visant à un affermissement du jeu politique". Il a notamment affirmé que "l'existence de l'opposition est une exigence démocratique".
Le chef de l'Etat malien a par ailleurs indiqué que le nouveau cabinet ministériel n'est pas un "gouvernement de transition, provisoire ou partisan ni d'essence ou d'inspiration ethnique ou régionaliste", démentant ainsi des rumeurs circulant à Bamako qui ne donnent à ce gouvernement qu'une durée de six mois.
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N° 153 du Jeudi 25 septembre 1997

Le président appelle ses compatriotes à "un sursaut"

Le président Alpha Oumar Konaré a appelé le 22 septembre à Bamako ses concitoyens à "un sursaut", dans un message radiotélévisé à l'occasion du 37e anniversaire de l'indépendance du Mali.
"A mi-parcours d'une année électorale éprouvante pour tous, je souhaite que le Mali soit aujourd'hui le seul gagnant et que chaque Malien retire de cette expérience en démocratie le sentiment non de désespoir, mais de sursaut", a déclaré le président Konaré.
Le chef de l'Etat a par ailleurs souhaité que la date du 22 septembre soit "un jour de grâce qui réconcilie le cœur et les esprits", avant de s'engager à consolider la démocratie malienne.
Reconnaissant que la démocratie malienne a enregistré "des ratés", M. Konaré a affirmé qu'il reste persuadé que "les partis politiques doivent aussi être des écoles de formation, sinon les ambitions déçues deviennent des canons".
Le Mali est le théâtre d'une agitation sociale et politique depuis le premier tour des législatives du 13 avril dernier, annulé par la Cour constitutionnelle.
L'opposition "radicale", qui conteste toujours les résultats des élections générales (présidentielle du 11 mai et législatives du 20 juillet) qu'elle a boycottées, réclame actuellement la libération sans condition de dix de ses leaders.
Ceux-ci ont été arrêtés et inculpés après le lynchage à mort en juillet dernier d'un sergent-chef de police par des opposants, au cours d'un meeting de l'opposition.

Le nouveau gouvernement à la tâche pour clore la crise politique

Le nouveau gouvernement aura la lourde tâche de clore la crise politique qui secoue le pays depuis près de huit mois.
Dirigée par M. Ibrahim Boubacar Keita, reconduit au poste de Premier ministre par le président Alpha Oumar Konaré, la nouvelle équipe gouvernementale compte 22 membres, issus de sept des huit partis représentés à l'Assemblée élue en juillet. Les autres postes ont été confiés à des personnalités issues de la "société civile".
Aucune personnalité de l'opposition radicale n'entre au cabinet.
Les trois formations de la Mouvance présidentielle héritent de dix ministères contre cinq postes à quatre partis de l'opposition modérée. Une seule formation de cette opposition modérée, la Convention démocratique et sociale, ne participe pas au gouvernement.
Son leader Blaise Sangaré a refusé de proposer un autre que lui-même pour siéger dans le gouvernement.
Les proches du président Konaré détiennent les postes clés : Modibo Keita (Affaires étrangères), Soumaïla Cissé (Finances), colonel Sada Samaké (Administration territoriale et Sécurité).
L'absence de l'opposition radicale s'explique par son refus de participer au gouvernement tant que ses dix dirigeants, emprisonnés après le lynchage à mort en août d'un policier au cours d'un meeting à Bamako, n'auront pas été libérés.
Ce lynchage s'inscrivait dans la ligne des manifestations violentes et des turbulences politiques qui ont précédé et suivi la réélection, le 11 mai, du président Konaré.
Ce dernier a été réélu à une écrasante majorité, mais avec un fort taux d'abstention, à l'issue d'une présidentielle boycottée par l'opposition radicale, composée de 18 partis disparates.
Dans la foulée, cette opposition radicale, qui ne reconnaît pas la légitimité du président Konaré, a également boycotté les législatives, en faisant tout pour perturber le scrutin (manifestations de rue, recours à la violence, campagne "anti-vote").
Si le chef de l'Etat parvient à un accord avec l'opposition radicale, il n'est pas exclu qu'il l'associe au gouvernement dans quelques mois. Outre la recherche d'une solution à la crise politique, le nouveau gouvernement devra dans l'immédiat, selon les orientations fixées par le président, s'attacher à développer des actions vigoureuses contre l'exclusion et la pauvreté, à assurer le redécollage de l'économie perturbée.
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Le gouvernement du Mali formé le 16 septembre 1997

Premier ministre : Ibrahim Boubacar Keita
Ministre des Mines et de l’Energie : Yoro Diakité
Ministre de l’Environnement : Mohamed Ag Erlaf
Ministre des Affaires étrangères et des Maliens de l’extérieur : Modibo Sidibé
Ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat : Fatou Haïdara
Ministre de la Promotion de la Jeunesse : Boubacar Karamoko Coulibaly
Ministre des FinancesÊ: Soumaïla Cissé
Ministre de l’Administration territoriale et de la Sécurité : colonel Sada Samaké
Ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat: Sy Kadiatou Sow
Ministre du Développement rural et de l’Eau: Modibo Traoré
Ministre des Enseignements secondaire, supérieur et de la Recherche scientifique: Younouss Hamèye Dicko
Ministre de la Justice: Hamidou Diabaté
Ministre de l’Emploi de la Fonction publique et du Travail: Ousmane Oumarou Sidibé
Ministre de l’Economlie, du Plan et de l’Intégration: Ahmed El Madani Diallo
Ministre de l’Education de base: Adama Samasékou
Ministre de la Santé, des Personnes âgées et de la Solidarité: Diakité Fatoumata N’Diaye
Ministre de la Culture et du Tourisme: Aminata Dramé Traoré
Ministre des Forces armées et des Anciens combattants: Mohamed Salia Sokona
Ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille: Diarra Hafsatou Thierro
Ministre des Travaux publics et Transports: Ibréhima Siby
Ministre des Relations avec les Institutions et les Partis politiques: Hassane Barry
Ministre de la Communication: Ascofaré Ouleymatou Tamboura
Ministre des Sports: Adama KonéN° 153 du Jeudi 25 septembre 1997
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La Suisse rend des fonds détournés par l'ex-président Moussa Traoré

L'argent des présidents du tiers-monde trouve souvent le chemin des banques suisses mais il est rare qu'il fasse le trajet inverse. C'est pourtant ce qui s'est passé avec la restitution au Mali de plusieurs millions de dollars détournés sous l'ancien président Moussa Traoré.
Après une procédure de six ans, la Suisse a remis aux autorités de la République du Mali 3,9 millions de FS (2,6 millions de dollars), intérêts compris, provenant des comptes dans des banques helvétiques d'un proche de Moussa Traoré.
Il s'agit d'une première historique, au moins avec l'Afrique, a souligné un porte-parole de l'Office fédéral de la police qui n'a pas été en mesure de citer immédiatement des précédents de restitution de fonds mal acquis.
Le cas est suffisamment rare pour être noté, surtout en regard de la longue liste de noms de chefs de l'Etat ou responsables politiques accusés d'avoir placé en Suisse de l'argent provenant du pillage de fonds publics, de l'aide internationale ou de différents trafics.
L'ancien Premier ministre du Pakistan Benazir Bhutto est venue rejoindre l'ex-président zaïrois Mobutu Sese Seko et l'ex-dictateur philippin Ferdinand Marcos parmi les dirigeants dont des comptes ont été bloqués en Suisse à la suite d'accusation de corruption dans leur pays.
La demande de restitution des nouvelles autorités de Kinshasa concernant Mobutu est trop récente pour avoir une chance d'aboutir. Mais dans le cas de Marcos, quelque 500 millions de dollars sont toujours bloqués dans des banques de Zurich. Leur restitution est au centre d'une polémique qui dure depuis plus de dix ans entre la famille Marcos, l'Etat philippin et des victimes du régime renversé en 1986.
Dans ce contexte, le cas du Mali est cité comme exemplaire.
"La justice malienne a apporté un soin énorme au respect des droits de l'homme des accusés, ce qui nous a permis d'avoir gain de cause devant les tribunaux" où les défenseurs des accusés avaient fait appel, a dit Me Alain Tripod, membre du cabinet d'avocats chargé du dossier.
En novembre 1991, le Mali avait demandé la coopération judiciaire de la Suisse après le renversement de Moussa Traoré, accusé avec d'autres responsables du régime de détournement de fonds publics, corruption et autres délits.
Une condamnation de proches de Traore est survenue en mars 1995. L'ancien directeur de l'entreprise nationale de tabac Sontanam, Boubacar Dembele, a été reconnu coupable de détournement de fonds publics pour 3,2 millions de FS sur des comptes en Suisse.
La justice suisse a alors décidé la remise de la somme au Mali, augmenté des intérêts. Un tribunal cantonal a rejeté un premier recours en décembre 1996 et la cour suprême un second et dernier appel en mars dernier.
La presse malienne avait estimé que 1,5 milliard de FS auraient dû se trouver sur des comptes bancaires suisses au début des années 1990. Mais l'office de police suppose que "la Suisse a uniquement servi de pays de transit pour les avoirs détournés".
Le succès du Mali ne signifie pourtant pas que d'autres suivront rapidement, note le porte-parole de la police, Folco Galli.
D'abord parce plusieurs demandes n'ont pas abouti, pour différentes raisons, dit-il, citant le cas de l'empereur Jean-Bedel Bokassa de Centrafrique, du chef de l'Etat Siad Barré de Somalie et du président du Burundi Jean-Baptiste Bagaza.
D'une part, les accusés doivent être condamnés dans leur pays. D'autre part, le procès doit respecter les normes européennes des droits de l'homme. Enfin, l'Etat requérant doit être déclaré l'ayant droit économique des sommes revendiquées.

N° 152 du jeudi 11 septembre 1997

Troubles post-électoraux
Après le lynchage d'un policier, dix responsables de l'opposition en détention

Ils ont été arrêtés et inculpés après le lynchage le 10 août, d'un sergent-chef de la police lors d'un meeting de l'opposition à Bamako.
Ces dix opposants de l'opposition dite "radicale", ont été inculpés de "violence et voies de fait ayant entraîné la mort d'une personne" après le lynchage à mort de l'officier de police, M. Moussa Diarra.
Cinq d'entre eux ont été transférés dans des prisons de l'intérieur du pays et les autres à la prison centrale de Bamako.
Me Mountaga Tall, président du CNID et M. Almamy Sylla, président du collectif de l'opposition, ont été transférés à Koulikoro (50 km de Bamako), MM. Youssouf Traoré de l'UFDP et Seydou badian Kouyaté de l'US-RDA, à Kati (15 km de Bamako) et M. Mohamed Lamine Traoré, ancien ministre de l'Intérieur, leader du MIRIA, à Bla à 240 km de la capitale. Mme Fanta Diarra, présidente des femmes du Congrès national d'initiative démocratique (CNID) et seule femme du groupe, est détenue à la maison d'arrêt de Bamako.
Un mandat d'arrêt international a été lancé contre M. Oumar Mariko, dirigeant d'un des partis membres du collectif de l'opposition. Selon la presse proche du pouvoir, M. Mariko, ancien dirigeant du mouvement des élèves et étudiants maliens, a joué un rôle dans la mort du policier lynché au cours d'un meeting.
Ces dix opposants ont observé une courte une grève de la faim à laquelle ils ont mis fin "pour montrer au gouvernement qu'ils sont toujours ouverts au dialogue".
Malgré les appels au dialogue du président Alpha Oumar Konaré, la situation semble bloquée, le pouvoir ne voulant pas laisser s'instaurer un climat de violence après la contestation des élections présidentielle et législatives.
Au cours d'un entretien radio-télévisé, le chef de l'Etat, qui a estimé que l'incarcération de ces opposants constituait "un échec qu'il faut dépasser", a annoncé certaines réformes pour calmer le jeu, mais écarté la possibilité de libérer les détenus, affirmant qu'il fallait "laisser la justice suivre son cours".
Le collectif de l'opposition a pour sa part écarté toute idée de participation à un gouvernement de "large ouverture" proposé par le président
"Nous ne sommes pas des affamés de pouvoir et le discours du président n'incite pas au dialogue et tant que nos camarades seront en prison, nous ne négocieront pas", a déclaré M. Bamou Touré, leader de l'Union soudanaise/ Rassemblement démocratique africain (US-RDA).
Il a rappelé les revendications de l'opposition qui portent notamment sur la démission du gouvernement, la dissolution de la CENI (Commission électorale indépendante), un accès équitable des partis politiques aux médias et l'arrêt du processus électoral qui s'est pourtant achevé en juillet par des législatives boycottées par l'opposition.
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Les "concessions" de l'ADEMA

Au cours d'une conférence de presse début septembre à Paris, le secrétaire général de l'Alliance pour la démocratie au Mali (ADEMA, au pouvoir), Iba N'Diaye, a exclu toute libération avant leur jugement des opposants, sans préjuger de ce que pourra décider ensuite le président de la République qui dispose du droit de grâce.
M. Iba N'Diaye a précisé que la majorité présidentielle était prête à reprendre les négociations avec l'opposition, à condition que celle-ci renonce à ses exigences, à savoir la démission du gouvernement et celle du président de la Commission électorale indépendante (CENI).
Accompagné de Me Demba Diallo, président de l'Union des Forces pour la Démocratie (UFD- majorité présidentielle), Iba N'Diaye, a tenté de justifier ce qui peut paraît "inacceptable, vu de l'extérieur", a-t-il dit, à savoir des élections en l'absence de l'opposition et l'arrestation des principaux opposants.
Ces opposants devraient être jugés pour "non assistance à personne en danger", ayant vu et laissé mourir le policier lynché par la foule sans avoir rien fait pour le sauver, a-t-il insisté.
Les réformes envisagées par le pouvoir - réforme du mode de scrutin pour les élections à venir, report des municipales à décembre 1997 ou plus tard, un statut des partis d'opposition, entraînant le financement des partis politiques par l'Etat - devraient être suffisantes pour renouer le dialogue avec l'opposition, a-t-il estimé.
Par ailleurs, Iba N'Diaye a écarté toute médiation extérieure pour résoudre la crise politique, se disant très "satisfait" de l'actuelle médiation menée par la société civile malienne et notamment par les religieux.
Sur une éventuelle dissolution de la nouvelle Assemblée, le secrétaire général du parti présidentiel a rappelé que celle-ci ne peut en aucun cas avoir lieu avant un an d'existence de ladite Assemblée.

Législatives : l'ADEMA remporte tous les sièges au second tour

L'Alliance pour la Démocratie (ADEMA, au pouvoir) a remporté tous les huit sièges restant en compétition lors du second tour des législatives, début août.
Avec cette victoire, l'ADEMA conforte la majorité absolue déjà obtenue après le premier tour du 20 juillet, boycotté par l'opposition radicale, et détiendra 130 des 147 sièges de la future l'Assemblée nationale.
Le PARENA (Parti pour le renouveau national) et la CDS (Convention démocratique et sociale), deux partis de mouvance présidentielle, obtiennent respectivement 8 et 4 sièges et trois petites formation de l'opposition modérée 5 sièges.

Elus députés, deux ministres quittent le gouvernement

Les ministres, Diacounda Traoré (Affaires étrangères) et Thiébilé Dramé (Zones arides) ont démissionné de leur poste après avoir été élus députés.
Les fonctions de député sont incompatibles avec celles de ministre.
L'intérim des Affaires étrangères sera assuré M. Yoro Diakité, ministre de l'Intégration africaine et celle des Zones arides par M. Modibo Traoré, ministre du développement, jusqu'à la formation prochaine du nouveau gouvernement.

Un ex-directeur condamné pour détournement de fonds extradé du Sénégal

La justice sénégalaise a extradé vers le Mali Boubacar Dembélé, ex-directeur de la Société nationale des Tabacs du Mali (SONATAM), condamné à mort en 1995 pour détournement de deniers publics.
Après un procès en mars 1995, M. Dembélé avait été reconnu coupable du transfert dans un compte en Suisse d'un chèque de 1,2 milliard de F CFA destiné à la SONATAM et avait été condamné à mort. Il s'était évadé de la prison de Bamako après un an de détention, dans des conditions non encore élucidées, pour se réfugier à Dakar.
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N° 151 du Jeudi 24 juillet 1997

Législatives : écrasante victoire du parti au pouvoir en l'absence de l'opposition

L'Alliance pour la Démocratie au Mali (ADEMA, au pouvoir) a remporté sans surprise les législatives du 20 juillet, boycottées par les principaux partis d'opposition, et disposera de la majorité absolue dans la nouvelle Assemblée nationale.
Selon un décompte portant sur 50 des 55 circonscriptions électorales du pays, l'ADEMA a obtenu 110 des 147 sièges de députés, deux partis de la mouvance présidentielle onze sièges, contre cinq pour l'opposition modérée, selon des résultats provisoires fournis par la CENI (Commission électorale indépendante).
En outre, l'ADEMA était en ballottage favorable dans deux circonscriptions de l'intérieur du pays (Koutiala et Banamba), pour un deuxième tour le 3 août qui sera une simple formalité.
Cette large victoire est atténuée par le faible taux de participation qui n'est que de 12 % à Bamako, où toutes les circonscriptions ont été remportées par l'ADEMA, et de l'ordre de 22 % à l'intérieur du pays.
Dans un pays où le taux d'abstention est généralement élevé, cette très faible participation est due, selon les observateurs, au boycott de l'opposition radicale qui a tout mis en œuvre (manifestations de rue, recours à la violence, campagne "anti-vote") pour perturber ces législatives, et au manque d'enjeu d'une élection qui était gagnée d'avance par l'ADEMA.
L'élection a donné lieu à de graves incidents, notamment à Bamako où le siège de l'ADEMA et une mairie ont été incendiés. Mais les plus sérieux se sont produits à San (Sud), où deux personnes ont été tuées par balle et plusieurs autres blessées.
L'opposition radicale, un collectif de 18 partis disparates qui n'a jamais désarmé pour réclamer la suspension du processus électoral, a affirmé qu'elle ne reconnaîtra pas la nouvelle Assemblée nationale.
Elle a accusé le gouvernement et le président malien Alpha Oumar Konaré, dont elle ne reconnaît toujours pas la légitimité après sa réélection le 11 mai, "d'avoir imposé au peuple malien une nouvelle mascarade électorale aux conséquences graves".

L'opposition radicale annonce qu'elle ne reconnaîtra pas la future Assemblée

L'opposition radicale, qui a boycotté le premier tour des législatives, a affirmé qu'elle ne reconnaîtra pas la future Assemblée nationale issue de ce scrutin.
"Aucune démocratie ne saurait accepter de telles élections et l'opposition radicale ne reconnaîtra pas la future Assemblée nationale", a indiqué un communiqué émanant de l'opposition radicale, publié au lendemain du premier tour.
L'opposition radicale a accusé le président malien Alpha Oumar Konaré, dont elle ne reconnaît toujours pas la légitimité depuis sa réélection le 11 mai dernier, et son gouvernement "d'avoir imposé au peuple malien une nouvelle mascarade électorale aux conséquences graves".

Création d'un nouveau parti politique, le RND

Un nouveau parti politique, le Rassemblement national pour la démocratie (RND), a été créé à Bamako où s'est tenu son congrès constitutif.
Fondé par les dissidents du Rassemblement pour la démocratie et le progrès (RDP) de M. Almamy Sylla, président du collectif de l'opposition radicale, le RND porte à 63 le nombre de partis politiques autorisés à fonctionner au Mali.
"Le RND se situe sur l'échiquier politique au sein de l'opposition démocratique modérée", a déclaré son président, M. Abdoulaye Garba Tapo.
De profondes dissensions étaient apparues au sein du RDP à propos de la participation ou non de ce parti au premier tour des législatives du 20 juillet prochain et avaient mis en minorité son leader, M. Sylla, qui a introduit un recours auprès de la Cour constitutionnelle pour empêcher son parti de prendre part à ces élections.
Ce parti pourrait appeler ses militants à participer "massivement" au vote, que l'opposition radicale, forte de 18 formations politiques, a décidé de boycotter et de perturber.
L'opposition radicale estime notamment "que les conditions de transparence ne sont pas réunies" et qu'il ne peut y avoir d'"élections crédibles sans une révision des listes électorales".
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N° 150 du Jeudi 10 juillet 1997

Législatives : campagne électorale tendue

A quelques jours du premier tour des législatives le 20 juillet, une certaine tension, créée par un bras de fer entre l'opposition et le parti au pouvoir, domine la campagne électorale.
L'opposition, qui a décidé de boycotter cette élection, a fait monter la tension d'un cran en affirmant implicitement sa volonté d'empêcher la tenue de ces élections, rendues nécessaires après l'annulation du premier tour le 13 avril dernier.
L'ADEMA (Alliance pour la démocratie au Mali, parti du président Alpha Oumar Konaré) a mis en garde ceux qui voudront entraver la tenue du scrutin.
"Ceux qui ne veulent pas aller aux élections peuvent rester chez eux. Mais ceux qui veulent empêcher les autres d'y aller trouveront la loi sur leur chemin", a prévenu le Premier ministre Ibrakima Boubacar Keita.
Le climat a été aggravé par la révélation de la création de part et d'autre de "commandos de choc" faite cette semaine par la presse malienne et confirmée par des responsables de l'opposition et de la majorité présidentielle.
Selon l'ADEMA, ces commandos ne sont pas armés et ont pour mission de protéger les responsables du parti. L'opposition affirme qu'ils montent la garde devant les domiciles de ses leaders. Certains Maliens craignent déjà que ces commandos se transforment en milices comme à Brazzaville.
Le climat s'est aussi détérioré après l'annonce de l'échec de plusieurs médiations entreprises par la société civile, des responsables religieux et un collectif d'ONG visant à réconcilier majorité et opposition.
Un réseau d'appui au processus électoral, regroupant 41 ONG, a annoncé avoir échoué dans sa médiation.
La médiation des chefs religieux, conduite par l'archevêque de Bamako, Mgr Luc Sangaré, piétine aussi.
Ces négociations ont achoppé à propos notamment du maintien en détention de militants de l'opposition qui sont accusés d'avoir jeté une grenade sur un marché le 11 mai, jour de l'élection présidentielle, tuant une personne et blessant plusieurs autres.
L'opposition exige leur libération sans condition, alors que le gouvernement veut que la justice suive son cours et punisse les auteurs de l'attentat.
Dix-sept partis politiques, dont cinq représentant l'opposition modérée, et 23 candidats indépendants sont en lice pour ces élections. Trois partis de l'opposition modérée --Parti pour la démocratie et le progrès (PDP), le COPP et l'Union pour la démocratie et le développement (UDD)-- ayant fait des listes communes avec l'ADEMA, au pouvoir, dans plusieurs localités, sont assurés d'avoir des sièges à l'Assemblée nationale dissoute début mars.

Rappel : l'opposition dite "radicale" regroupe une vingtaine de partis dont huit en constituent le noyau dur, avec notamment le PSP (Parti progressiste soudanais), le MIRIA (Mouvement pour l'indépendance, la renaissance et l'intégration africaine), l'US/RDA (Union soudanaise-Rassemblement démocratique africain), le BDIA (Bloc pour la démocratie et l'intégration africaine), le CNID (Congrès national d'initiative démocratique) de Me Mountaga Tall, l'UFPD (Union des forces démocratiques pour le progrès) du colonel Youssouf Traoré, le RDP et le MPR (Mouvement patriotique pour le renouveau) de Choguel Kokala Maïga.
Le Premier ministre dénonce une "volonté de déstabilisation
Le Premier ministre, Ibrahim Boubacar Keita, qui est également président de l'ADEMA, a fait état d'une "volonté délibérée de déstabilisation du Mali" et a accusé une partie de l'opposition de vouloir "décrédibiliser le gouvernement à l'extérieur".
Au cours d'une conférence de presse à Bamako en présence du corps diplomatique, il n'a toutefois fourni aucune indication sur les auteurs de cette déstabilisation, mais a accusé une partie de l'opposition de vouloir "décrédibiliser le gouvernement à l'extérieur par les actes regrettables qu'elle pose".
Bien qu'il ait affirmé que "la politique malienne ne se définissait ni à Washington, ni à Bonn, ni à Paris", M. Keita a dit clairement qu'il n'accusait pas ces pays de vouloir déstabiliser le Mali.
Il a par ailleurs réaffirmé qu'il n'était pas possible de repousser la date du premier tour des législatives. "Même si nous l'avions voulu, nous ne pourrons pas le faire à cause des délais constitutionnels", a-t-il dit.

Prorogation du mandat des maires

Le mandat des conseillers municipaux a été prorogé jusqu'au 18 juillet, en raison du "bouleversement" du calendrier électoral qui n'a pu permettre la tenue des consultations municipales initialement prévues pour le 1er juin.
Après le 18 juillet, des délégations spéciales seront mises en place dans les mairies pour gérer les communes jusqu'à la prévision de nouvelles dates pour les élections.
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N° 149 du Jeudi 26 juin 1997

Législatives : la Cour constitutionnelle valide la candidature de 19 partis

La Cour constitutionnelle a validé la candidature de 19 partis politiques sur les 21 qui voulaient participer aux élections législatives du 20 juillet prochain.
Trois listes indépendantes ont également été validées, tandis que les candidatures de deux petits partis, le PEI et le PARI, ont été rejetées pour "non conformité avec la loi".
Par ailleurs, trois partis de l'opposition modérée, dont le PDP (Parti pour la Démocratie et le Progrès), ont annoncé qu'ils constituaient une liste commune dans trois des 55 circonscriptions électorales.
Les huit partis de l'opposition "modérée" en lice, parmi lesquels le Parti pour la démocratie et le progrès (PDP), l'Union pour la démocratie et le développement (UDD) et le Rassemblement pour la démocratie et le progrès (RDP), sont de "petits partis".
Aucun parti de l'opposition radicale, tels le Congrès national d'initiative démocratique (CNID) de Me Mountaga Tall ou le Mouvement patriotique pour le renouveau (MPR) ou encore l'Union soudanaise-Rassemblement démocratique africain (US/RDA), ne participera à cette consultation.
Les autres partis de l'opposition radicale qui ne prendront également pas part à ces législatives sont le MIRIA (Mouvement pour l'indépendance, la renaissance et l'intégration africaine), le BDIA (Bloc pour la démocratie et l'intégration africaine), le PSP (Parti progressiste soudanais) et l'UFDP (Union des forces démocratiques pour le progrès).
Cinq leaders de l'opposition, remis en liberté provisoire, doivent comparaître incessamment devant la justice malienne pour "attroupement non armé de nature à troubler la tranquillité publique", "destruction d'édifice", "opposition à l'autorité de l'Etat" et "incendies volontaires".
Il s'agit de MM. Choguel Maïga du MPR, Almamy Sylla, président du collectif de l'opposition, Me Mountaga Tall du CNID, Moussa Koné, président des jeunes du collectif de l'opposition, et du colonel Youssouf Traoré, leader de l'UFDP.
Arrêtés lors d'une manifestation de protestation le 8 juin, jour de l'investiture du président Konaré, ils avaient été inculpés et placés sous mandat de dépôt. Ils encourent une peine de cinq ans de prison ferme.
L'opposition radicale réclame toujours la suspension du processus électoral, la dissolution de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et la démission du gouvernement au Mali.
Le premier tour de ces nouvelles législatives se déroulera le 20 juillet, le second tour aura lieu le 3 août.
Le premier tour de précédentes élections législatives avait eu lieu le 13 avril avant d'être annulé par la Cour constitutionnelle.
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N° 148 du Jeudi 19 juin 1997

Vives tensions politiques

Une dizaine de militants de l'opposition, arrêtés à Bamako et à Ségou (Centre) à la suite de manifestations interdites, ont bénéficié d'une mise en liberté provisoire le 17 juin et plusieurs autres ont été relaxés,.
Leur libération était exigée par cinq leaders de l'opposition, arrêtés eux aussi une semaine plus tôt et qui ont également été remis le 16 juin en liberté provisoire. Ils menaçaient de se constituer à nouveau prisonniers, si leurs militants n'étaient pas libérés.
L'opposition a salué ces libérations et réaffirmé sa "disponibilité au dialogue". Elle a exigé cependant la libération "totale et sans conditions" de tous ses militants encore détenus, avant d'entamer des négociations avec le pouvoir.
L'opposition, qui conteste l'élection présidentielle du 11 mai remportée par le président Konaré, maintient toutes ses revendications: démission du gouvernement, dissolution de la CENI (Commission électorale indépendante), suspension du processus électoral en cours (législatives, municipales).
Pour sa part, l'ADEMA, parti au pouvoir, se déclare "disposée au dialogue", mais demande que les "scènes de violence soient proscrites".
Ces mesures d'apaisement devraient permettre un retour au calme, tandis que la société civile, représentée par Mgr Luc Sangaré, archevêque de Bamako, a entrepris une médiation entre le pouvoir et l'opposition. "
Les cinq dirigeants de l'opposition, incarcérés après leur inculpation, et qui ont bénéficié d'une liberté provisoire sont :

- M. Choguel Maïga, président du Mouvement patriotique pour le renouveau (MPR),
- Almamy Sylla, président du collectif de l'opposition
- Me Mountaga Tall, président du Congrès national d'initiative démocratique (CNID)
- Moussa Koné, président des jeunes du collectif de l'opposition
- le colonel Youssouf Traoré, leader de l'Union des forces démocratiques pour le progrès (UFDP).

Arrêtés à Bamako après une manifestation de protestation lors de l'investiture du président Alpha Oumar Konaré, ils ont été inculpés pour "attroupement non armé de nature à troubler la tranquillité publique", "destruction d'édifice", "opposition à l'autorité de l'Etat", et "incendies volontaires".
"Cette liberté provisoire, a estimé l'un de leurs avocats, est une étape vers un non-lieu parce que nos clients n'ont commis aucune faute réprimée par la loi".

Manifestations lors de l'investiture du président Konaré

Quelques centaines de personnes ont, à l'appel de l'opposition, organisé dimanche 8 juin à Bamako une manifestation non loin du lieu de l'investiture du président malien Alpha Oumar Konaré, réélu le 11 mai, pour protester contre la mauvaise organisation de cette élection.
Les manifestants ont érigé des barricades et brûlé des pneus avant d'être dispersé à coups de grenades lacrymogènes par les forces de l'ordre.
Le président s'est engagé à lutter contre la pauvreté pendant son dernier mandat de cinq ans, au cours de son investiture dans ses fonctions de président de la République du Mali.
"Mon dernier quinquennat sera placé sous le signe du renforcement du front social et de la lutte contre la pauvreté", a déclaré M. Konaré dans son serment, avant d'ajouter qu'"il n'y a pas de paix sociale là où existe l'injustice".
Les présidents Abdou Diouf du Sénégal, Blaise Compaoré du Burkina-Faso et Maaouiya Sid'Ahmed ould Taya de Mauritanie ainsi que le Secrétaire d'Etat français à la Coopération, Charles Josselin, ont assisté à cette cérémonie.
Le président Konaré a par ailleurs souligné la nécessité de la poursuite du processus électoral dans son pays, en faisant remarquer qu'"il n'y a pas de démocratie sans opposition" et en appelant "toutes les forces vives à participer aux élections législatives et communales" .

Report des élections législatives

Le premier tour des élections législatives initialement fixé au 6 juillet a été reporté 20 juillet. Le second tour de ces élections est prévu pour le 3 août.
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N° 147 du Jeudi 29 mai 1997

Présidentielle : Alpha Oumar Konaré, vainqueur sans surprise d'une élection tronquée

La Cour constitutionnelle a proclamé l'élection, au premier tour, du président Alpha Oumar Konaré à la tête du Mali pour un nouveau mandat de cinq ans, à l'issue du scrutin présidentiel du 11 mai.
Dans son arrêt, la Cour a notamment déclaré que "M. Alpha Oumar Konaré a recueilli la majorité absolue des suffrages exprimés requis pour être proclamé élu" président de la République.
La Cour constitutionnelle a annulé 257.300 suffrages après avoir constaté que dans "certains bureaux de vote, des irrégularités ont été commises".
Le président de la Cour, Abdoulaye Dicko, a énuméré à cette occasion de nombreuses irrégularités, dont les plus graves ont porté sur "la manipulation frauduleuse des résultats chiffrés des votes", "l'absence des procès-verbaux ou des procès-verbaux non rendus", "la corruption d'électeurs" et "l'influence sur le vote".
Ces derniers mois, l'opposition, nébuleuse constituée de petits partis aux intérêts souvent contradictoires, a tout mis en œuvre pour saborder le processus électoral en cours (législatives, présidentielle, municipales), pour lequel elle se savait mal préparée.
Profitant de la mauvaise organisation du premier tour des législatives, annulé par la Cour constitutionnelle, elle a fait monter la pression en réclamant en vrac la suspension des élections, la démission du gouvernement et la dissolution de la CENI, dont elle avait pourtant exigé la création.
Son principal grief concerne l'établissement des listes électorales, qu'elle considère comme peu fiables.

Législatives les 6 et 20 juillet 1997

Les élections législatives, dont le premier tour du 13 avril avait été annulé par la Cour constitutionnelle en raison de sa mauvaise organisation, auront lieu les 6 et 20 juillet pour les premier et second tour. La campagne électorale pour le premier tour sera ouverte du 15 juin au 4 juillet et celle du second tour du 11 au 18 juillet.
Le collectif des 21 partis d'opposition a ausitôt contesté la légitimité de la poursuite du processus électoral après l'annonce de ces nouvelles dates.
Le collectif a déclaré dans un communiqué qu'"il ne saurait avoir d'élections régulières et libres au sens de la Constitution malienne sans l'existence de listes électorales fiables".
Le Collectif a aussi estimé qu'"aucun scrutin organisé dans les conditions actuelles ne saurait l'engager" et a rappelé "sa ferme décision de ne reconnaître ni les résultats, ni les institutions issues de ces consultations".
Depuis ce scrutin, l'opposition réclame la suspension du processus électoral, la dissolution de Commission électorale indépendante et la démission du gouvernement. Elle affirme dans son communiqué ne pas "comprendre l'acharnement du gouvernement à organiser des élections dans un contexte de crise politique".
25 militants de l'opposition ont été arrêtés lors de multiples incidents qui ont émaillé l'élection présidentielle.
D'ores et déjà, le collectif d'opposition a annoncé qu'il ne participera pas aux élections communales prévues le 1er juin au Mali.

Inculpation de Me Mountaga Tall

Me Mountaga Tall, leader du Congrès national d'initiative démocratique (CNID-opposition) a été inculpé et mis en liberté provisoire pour "abus de confiance et complicité de recel de cartes d'électeurs".
Quelques jours avant l'élection présidentielle, Me Tall avait exhibé des cartes d'électeurs qu'il avait prétendu avoir achetées à partir de réseaux clandestins. Selon lui, ces cartes étaient une preuve du manque de fiabilité du scrutin.
La presse malienne avait également fait état durant la même période, de l'existence d'un important lot de cartes d'électeurs, "volées et vendues clandestinement", ce qui avait obligé Me Kassoum Tapo, président de la Commission Electorale nationale indépendante (CENI), chargée de l'organisation du scrutin, à porter plainte contre X.
Après son inculpation, il a déclaré que "c'est le début d'un règlement de compte politique. Mais la dérive autoritaire du régime malien trouvera sur son chemin les démocrates convaincus que nous sommes".
Me Tall a de son côté porté plainte contre X à la suite d'un attentat le visant. Des cocktails molotovs avaient été lancés dans la nuit du 12 au 13 mai contre son étude, provoquant des dégâts matériels importants mais sans faire de victimes.
Huit avocats du barreau de Bamako, dont le bâtonnier par intérim Me Brahima Koné, ont annoncé qu'ils assureraient sa défense, estimant que son inculpation "est attentatoire aux droits" de leur confrère.
Ils ont notamment affirmé que, selon la loi régissant leur profession, "le bâtonnier de l'ordre des avocats doit être préalablement avisé avant toute poursuite contre un avocat". Le non-respect de cette formalité "est une cause de nullité de la procédure" d'inculpation, ont-ils ajouté.

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