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N° 176 Jeudi 29 octobre 1998
Début du procès pour “crimes économiques”
contre l’ex-président Moussa Traoré
L’ancien président malien Moussa Traoré
et son épouse, Mariam, accusés d’avoir détourné
2 milliards de francs CFA (20 millions de FF), sont jugés
pour “crimes économiques” devant la cour
d’assises de Bamako.
Au pouvoir pendant 23 ans et en détention depuis son
renversement, il y a sept ans, par un coup d’état
militaire, l’ex-chef d’Etat, 62 ans, est poursuivi,
ainsi que son épouse, pour “atteinte ou complicité
d’atteinte aux biens publics et enrichissement illicite”.
Il comparaît en même temps que quatre de ses proches
collaborateurs : Abraham Douah Cissoko, son beau-frère
et ex-directeur des Douanes, Tiéna Coulibaly, ex-ministre
des Finances, le général Sékou Ly, ex-ministre
de l’administration territoriale et Moussa Koné,
ex-directeur de l’agence de la Banque du développement
du Mali en France.
Moussa Traoré et Sékou Ly avaient déjà
été condamnés à mort en 1992 à
l’issue d’un premier procès pour “assassinat,
coups et blessures” lors de la répression des émeutes
de janvier et mars 1991, qui avaient provoqué la chute
du régime. Cette répression avait fait plus de
deux cents morts.
Les condamnations des deux hommes avaient été
commuées en décembre 1997 en peine de prison à
perpétuité par l’actuel président,
Alpha Omar Konaré.
Mariam Traoré, 55 ans, également en détention
depuis la chute du régime Traoré, a toujours clamé
son innocence, affirmant que la fortune du couple présidentiel
provient d’un don de 250 millions FCFA octroyé
par le président ivoirien Houphouët-Boigny.
Le couple Traoré, actuellement en détention dans
l’enceinte de l’Ecole de gendarmerie de Bamako,
risque la peine de mort s’il est reconnu coupable. Mais
le président Konare s’est engagé à
ne jamais faire appliquer cette mesure du temps de son mandat.
En dépit de son caractère “économique”,
le procès qui est présidé par un conseiller
à la Cour suprême du Mali, le juge Illo Cissoko,
a de forts relents politiques.
Le Mouvement Patriotique pour le Renouveau (MPR, qui se réclame
de l’ex-président) a toujours demandé un
procès allant dans le sens de la réconciliation
nationale.
De son côté, le Premier ministre, Ibrahim Boubakar
Keita, a indiqué que “le procès se déroulera
dans des conditions absolument conformes au droit”.
Quant au ministre de la Justice Amidou Diabaté, il a
reconnu que “sept ans pour un procès, c’est
trop”, expliquant la longueur de l’instruction par
le fait que la justice malienne, “confrontée pour
la première fois à un dossier pareil, a mis beaucoup
plus de temps que la normale pour réunir des preuves”.
Le président Konaré aurait, selon de bonnes sources,
demandé une accélération de la procédure
et souligné qu’il n’était pas question
d’en faire un procès politique.
Depuis la première audience, le 12 octobre, le procès
a été déjà reporté plusieurs
fois pour des questions de procédure soulevées
par les avocats de la défense. Moussa Traoré est
apparu très combatif, tenant à la main un Coran
à la main dont il lisait les versets à voix basse.
L’acte d’accusation reproche notamment au couple
Traoré de s’être illicitement enrichi d’une
somme de deux milliards de FCFA (20 millions FF, 3,7 millions
USD) et, personnellement au général Moussa Traoré,
d’avoir personnellement accaparé 181 millions FCFA.
Selon cet acte, la ferme du couple présidentiel aurait
bénéficé d’une électrification,
aux frais de l’Etat, pour un montant de 134 millions CFA.
N° 175 du Jeudi 8 octobre 1998
Un forum national sur la démocratie
Le président Alpha Oumar Konaré a annoncé
la tenue prochaine d’un forum national pour “chercher
les voies et moyens de consolider” la démocratie
malienne. Dans un message à la nation à l’occasion
du 38e anniversaire de l’indépendance du Mali,
célébré le 22 septembre, le chef de l’Etat
a indiqué qu’au cours de ce forum, la démocratie
consensuelle sera “à l’honneur pour définitivement
se convaincre que le changement ne viendra pas de la rue, mais
du dialogue”, a-t-il ajouté. Le financement
des partis politiques, le statut de l’opposition et la
crise politique née des contestations par l’opposition
du processus électoral, seront abordés au cours
du forum, selon le président. Le chef de l’Etat
a insisté sur la nécessité d’une
réconciliation nationale, de lutter contre la pauvreté,
contre la corruption et l’insécurité, ainsi
que sur l’approfondissement de la politique de décentralisation.
La proposition de tenir un forum sur la démocratie est
une nouvelle ouverture en direction de l’opposition “radicale”
qui a boycotté les élections législatives,
présidentielle et municipales.
Amadou Toumani Touré candidat en 2002 ?
L’ancien président Amadou Toumani Touré
a vivement démenti avoir déclaré à
la presse qu’il “ne sera pas candidat”
à l’élection présidentielle de 2OO2.
Le mensuel malien “Mali Kunnafoni”, édité
par les Maliens de France, lui avait attribué de tels
propos dans son numéro de septembre. “Je me
réserve le droit de ne pas répondre à une
telle question" : telle est, selon un communiqué
de presse publié par l’intéressé
à Bamako, la réponse exacte qu’il a fournie
à la question de la revue. Cette sortie du général
Touré a relancé les rumeurs sur sa candidature
à la présidentielle de 2OO2. Le deuxième
quinquennat du président Konaré prendra fin cette
année-là, et selon la constitution, il ne peut
pas briguer de troisième mandat.

N° 174 du Jeudi 10 septembre 1998
Neuf morts après l’assassinat d’un juge par
des membres d’une secte musulmane
Le juge Oumar Bah qui officiait Djoïla (250 km à
l’est de Bamako) a été assassiné
début août par des individus appartenant à
la secte islamiste dénommée les “pieds nus”.
Il a été tué à coups de couteau
à son domicile par les “pieds nus” qui ont
auparavant libéré leurs coreligionnaires emprisonnés
dans cette ville pour divers motifs, notamment des actes de
violence.
Les “pieds nus” fondent leur doctrine sur l’islam
et le “refus de tout modernisme”. Ils ont
leur base dans la région de Ségou et s’attaquent
à ceux qui fréquentent ou envoient leurs fils
à l’école, ceux qui parlent français
ou vivent dans le luxe.
Neuf personnes ont été tuées par la population
après l’assassinat du juge. “La population,
excédée par l’assassinat du juge, a pris
pour cible les intégristes de la secte des pieds nus”,
selon un officiel malien.
Ibrahima Ndiaye, élu maire central de Bamako sur fond
de division au sein du parti au pouvoir
M. Ibrahima Ndiaye, secrétaire général
de l’ADEMA, parti au pouvoir, a été élu
le 25 août maire central de la ville de Bamako, aux dépens
de son rival du même parti Boubacar Bâ.
Cette élection consacre la lutte de clan ouverte au sein
de l’ADEMA pour la succession du président Konaré
dont le deuxième et dernier mandat s’achève
en l’an 2002.
M. Bâ, considéré comme le candidat des supporters
du Premier ministre Ibrahim Boubacar Keita, candidat “naturel”
de l’ADEMA pour les prochaines élections, a présenté
sa candidature en dépit des consignes du parti qui avait
désigné un seul candidat.
Le maire central de Bamako reprendra les attributions actuelles
du gouverneur de la capitale, poste clé pour les prochaines
élections présidentielles.

En Côte d’Ivoire
Victimes de représailles, près d’un millier
de Maliens rentrent au pays
Victimes d’attaques des populations locales, près
d’un millier de pêcheurs bozos, originaires du Mali
et qui vivaient dans la région d’Ayamé à
une centaine de kilomètres d’Abidjan, ont été
rapatriés fin août dans leur pays. Ces pêcheurs
étaient installés depuis près de 30 ans
aux alentours du barrage d’Ayamé, près de
la frontière avec le Ghana. Au début du mois d’août,
ils avaient été attaqués par de jeunes
agnis, une ethnie locale, armés de fusils de chasse.
Une vingtaine de campements bozos avaient été
incendiés et tout leur matériel de pêche
détruit.
Les Agnis accusent les pêcheurs maliens de ne pas respecter
un arrêté préfectoral interdisant la pêche
pour trois mois afin de permettre une reproduction des réserves
halieutiques.
La plupart de ces “expulsés” n’hésitent
pas à dénoncer “la xénophobie”
qui se développe, selon eux, ces dernières années
en Côte d’Ivoire.
Vivant autrefois le long du fleuve Niger, les Bozos du Mali
se sont installés dans cette région en 1959, date
de mise en eau du barrage d’Ayamé. Ils cohabitaient
depuis, en plus en moins bonne harmonie, avec la population
locale qui pratique également la pêche.
Les autochtones attribuent aux Bozos des pratiques de sorcellerie,
et les soupçonnent de faire de sacrifices humains pour
faire fructifier leur pêche.
N° 169 du Lundi 27 avril 1998
Prochain procès de l’épouse de l’ancien
président Moussa Traoré
Le procès de Mariam Traoré, épouse de l’ancien
président du Mali, inculpée “pour crimes
économiques” et détenue depuis sept ans
sans jugement, se tiendra bientôt, a annoncé début
avril; le ministre de la Justice, Hamidou Diabaté, pour
qui le dossier de Mariam Traoré est “complexe”.
Non-lieu pour des leaders de l’opposition accusés
de complicité d’assassinat
Une dizaine de responsables du collectif des partis d’opposition,
accusés d’incitation à la violence et “de
complicité d’assassinat” à la suite
de la mort d’un policier au cours d’un meeting,
ont bénéficié d’un non-lieu.
Plusieurs de ces opposants - Me Mountaga Tall, Chogel Maiga,
Youssouf Traoré, Almamy Sylla - avaient été
inculpés le 8 juin dernier “d’incitation
à la violence” pour avoir troublé la cérémonie
de prestation de serment du président réélu.
Le 9 août, ces mêmes dirigeants de l’opposition
et d’autres avaient été inculpés
et incarcérés pour “complicité d’assassinat”
après la mort d’un sergent de police lynché
au cours du meeting.
Tous avaient été remis en liberté provisoire
par souci d’apaisement et ce non-lieu se situe dans “la
lignée de schéma de sortie de crise” voulue
par le président Konaré. Un avocat de l’opposition
a invité d’autres responsables, en fuite à
l’étranger, à rentrer au pays pour être
entendus par le juge et pouvoir bénéficier d’un
non-lieu.
N° 166 du Jeudi 12 mars 1998
Début du procès des présumés putschistes
de 1996
Le procès en assises de six militaires et d’un
civil maliens accusés d’avoir tenté un coup
d’Etat en 1996 contre le régime du président
Alpha Oumar Konaré s’est ouvert lundi 9 mars au
tribunal de Bamako.
Les six militaires auront à répondre du crime
de “complot contre le gouvernement légal”,
la justice ayant préféré ce chef d’accusation
à celui d’avoir voulu “déstabiliser
les institutions de la République”, dont ils étaient
accusés par le gouvernement.
Les accusés, dont un capitaine de l’armée
ainsi que M. Maddy Diallo, ancien ministre de l’ex-président
Moussa Traoré et membre du Mouvement patriotique pour
le renouveau (MPR, opposition se réclamant de l’ex-président),
sont défendus par une dizaine d’avocats, en présence
de responsables d’Amnesty International.
Dans une autre affaire qui vient de passer en justice, Maddy
Diallo a été reconnu coupable de détournement
d’au moins 72 000 dollars, à l’époque
où il était ministre et condamné à
trois ans d’emprisonnement.
Rapatriements de réfugiés
Quelque 350 réfugiés touaregs maliens au Niger
ont quitté la région de Banibangou (180 km au
nord de Niamey au Niger) pour Menaka au Mali. Quelque 24.000
réfugiés maliens vivent au Niger après
avoir fui les combats ente l’armée et les rebelles
touaregs.

N° 163 du Jeudi 15 janvier 1998
Le président propose un forum national en 1998 pour régler
la vie politique
L’opposition préfère des négociations
directes
Le président Alpha Oumar Konaré a fait cette annonce
à l’occasion du nouvel an, déclarant : “Je
souhaite que la classe politique participe avec l’ensemble
du gouvernement, à la structuration et la bonne conduite
du Forum national autour des questions politiques déjà
identifiées".
Pour le président, ces assises devraient aboutir à
une “relecture de la charte des partis politiques,
du code électoral pour un scrutin de partage et l’adoption
d’un véritable statut de l’opposition pour
un financement public des partis”.
En outre, M. Konaré a insisté sur la nécessité
d’améliorer les listes électorales en vue
des futures communales et “l’engagement égal
de tous” au sein de la Commission Electorale Nationale
Indépendante (CENI).
Le collectif des dix-huit partis de l’opposition a refusé
de participer à ce Forum national, affirmant néanmoins
qu’il était prêt à rencontrer le chef
de l’Etat dans le cadre “de négociations
directes”.
Estimant que ce serait “un forum de lynchage médiatico-politique”,
Oumar Hamadoun Dicko, leader du PSP (Parti progressiste soudanais),
a déclaré qu’il n’était pas
question “d’aller s’asseoir”
avec les autres partis de la mouvance présidentielle.
“Nous risquerions d’être noyés,
nous voulons des négociations directes entre Alpha et
nous”, a-t-il dit.
Enfin, Almamy Sylla, président du collectif, a également
accepté la discussion dans le cadre de “négociations
directes”, tout en soulignant la volonté de
dialogue de l’opposition.
Le collectif a aussi réaffirmé sa “volonté
d’aller aux élections communales, si les listes
électorales sont fiables”.
Affrontements entre Touaregs : 5 morts
Des affrontements entre deux communautés touaregs ont
fait cinq morts par balles début janvier dans la région
de Ménaka (extrême nord-est du Mali). Les deux
communautés, daousaks et fourgoumisset, revendiquent
la zone de Tédjerat, une oasis fertile de la région.
Dans un entretien à l’AFP, l’ex-chef rebelle
touareg Rhissa AG Sidi Mohamed a affirmé que les autorités
devaient assurer le développement de la région,
“si l’on ne veut pas que le Nord Mali s’embrase
à nouveau”.
“Sans projets pour un développement durable de
la région, il n’y aura pas de paix durable”,
a-t-il dit, indiquant qu’il allait entreprendre “une
médiation” entre les différentes communautés
du Nord pour les ramener au calme. (avec AFP)
N° 162 du vendredi 2 janvier 1998
Contestation : l’Union Soudanaise (opposition) tempère
ses revendications
L’Union Soudanaise (USRDA), un des principaux partis de
l’opposition, a annoncé fin décembre qu’elle
ne faisait plus de “la démission du gouvernement
et de l’Assemblée nationale une priorité”.
Cette démission est une des revendications de l’opposition
radicale, dont fait partie l’USRDA, pour résoudre
de la crise politique consécutive au boycott des élections
législatives et présidentielle par les principaux
partis d’opposition.
Ce changement de position de l’USRDA a été
annoncé à la clôture de sa conférence
nationale, par souci “de faire avancer les négociations”
entre pouvoir et opposition pour sortir de la crise.
L’USRDA portera dorénavant toute son attention
sur la confection des listes électorales, selon secrétaire
général, Bamou Touré.
Le 28 décembre, les partis du collectif de l’opposition
radicale ont organisé à Bamako une marche dite
“d’avertissement” pour que le pouvoir reprenne
les négociations avec l’opposition.

Ancien ministre de la Défense de Moussa Traoré,
le général Coulibaly gracié
Le général Mamadou Coulibaly, ancien ministre
de la Défense de Moussa Traoré condamné
à mort à la suite des émeutes sanglantes
de 1991, a été gracié par le président
Alpha Oumar Konaré “à titre humanitaire”.
Le président Konaré, souligne un communiqué,
“est résolu à placer son dernier quinquennat
sous le signe du pardon et de la réconciliation nationale”.
Début décembre, le chef de l’Etat malien
avait déjà commué en détention à
perpétuité la peine de mort prononcée contre
21 détenus, dont l’ancien président Moussa
Traoré, renversé par un coup d’Etat, et
plusieurs dignitaires de son régime, dont le général
Coulibaly.
Décès de Mamadou Madeira Keita, une grande
figure du RDA
L’une des plus grandes figures du Rassemblement Démocratique
Africain (RDA) au Mali, Mamadou Madeira Keita, est décédé
le 21 décembre à l’âge de 80 ans.
M. Keita, membre fondateur du RDA, s’était lancé
dans la politique, après des études à l’école
William Ponty de Dakar.
A l’indépendance du Mali, il a occupé plusieurs
postes ministériels avant de devenir membre de la Commission
Nationale de Défense de la révolution (CNDR),
mise en place par Modibo Keita.
M. Aly Nouhoum Diallo, président de l’Assemblée
nationale, a rendu hommage au cours d’une séance
extraordinaire “au grand homme d’Etat” disparu,
dont les “qualités fondamentales”, a-t-il
dit, doivent être aujourd’hui connues. (avec AFP)
Au Burkina Faso
Fermeture définitive des camps de réfugiés
touaregs maliens
Avec le départ des derniers convois de réfugiés
maliens organisés sur les sites de Gandafabou et de Mentao
dans la région de Dori (Nord du Burkina Faso), les camps
de réfugiés sont “déclarés
fermés pour compter du 15 décembre”.
Les autorités du Burkina Faso ont invité les réfugiés
qui se sont soustraits volontairement au rapatriement à
se faire enregistrer avant le 15 janvier 1998. Passé
ce délai, ils seront considérés comme des
“étrangers” et devront se mettre en règle
vis-à-vis de la loi.
20 000 réfugiés maliens ont quitté en un
an les camps du Burkina Faso pour regagner leur pays. En juin
dernier, les camps de réfugiés touaregs maliens
en Mauritanie avaient été également fermés
après le retour au Mali de 42.000 réfugiés.
Quelque 160.000 réfugiés touaregs avaient pris
le chemin de l’exil au Burkina Faso.
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