Mali Articles de la revue Afrique-Express - Années 2003-2002 (1/2)
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N° 274 du 16/07/2003
17 députés changent de groupe parlementaire

L’Assemblée nationale malienne, où aucun parti ou bloc politique ne détient la majorité absolue, s’est recomposée avec le départ de 17 députés de 3 formations politiques de leur groupe pour celui d’un parti créé début juin.
15 députés de l’Alliance pour la démocratie au Mali (ADEMA, ex-parti au pouvoir), un député du Rassemblement pour le Mali (RPM, d’Ibrahima Boubacar Keïta), et un autre de l’Union pour la démocratie et le développement (UDD, de Moussa Balla Coulibaly) ont tous rejoint le groupe parlementaire de l’Union pour la république et la démocratie (URD), parti formé par des dissidents de l’ADEMA menés par Soumaïla Cissé, ancien candidat à l’élection présidentielle d’avril-mai 2002.
Le nouveau groupe parlementaire se présente sous la dénomination "URD-UDD" et se réclame officiellement de la mouvance présidentielle, à l’instar de l’ADEMA, du RPM et de l’UDD.
L’URD, dont les rangs se sont par ailleurs grossis de deux autres petites formations n’ayant aucun député à l’Assemblée, devient ainsi la troisième force politique du Mali (après le RPM et l’ADEMA).

N° 271 du 03/06/2003
Scission de l’ADEMA, l’ancien parti présidentiel : création de l’URD par Soumaïla Cissé

L’Alliance pour la démocratie au Mali (ADEMA), l’ancien parti au pouvoir, s’est scindée le 1er juin avec la naissance de l’Union pour la république et la démocratie (URD), formée par des dissidents menés par Soumaïla Cissé, ancien candidat à l’élection présidentielle de 2002.
La nouvelle formation a élu comme "président provisoire" Younoussi Touré, ancien Premier ministre du pays.
Dans un discours, M. Touré a réaffirmé le soutien de l’URD à la laïcité de l’Etat, et évoqué la "nouvelle vision du Mali" promue par le parti. "Nous voulons un Mali fort, uni du nord au sud, de l’est à l’ouest, un Mali solidaire où les inégalités se réduiront de plus en plus, un Mali actif et productif où l'on n’attendra plus les aides extérieures", a-t-il déclaré sous les vivats des partisans.
Les responsables de l’URD, qui se disent contre "un libéralisme sauvage", espèrent le ralliement d’autres formations politiques pour former "un grand parti d’avenir".
Aucun parti ou bloc politique ne détient la majorité absolue à l’Assemblée nationale, issue des législatives de juillet 2002.
Soumaïla Cissé n’a pas été élu président de l’URD en raison de son statut de fonctionnaire international à l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), où il occupe le poste de Commissaire du Mali.
Candidat officiel de l’ADEMA à la présidentielle disputée des 28 avril et 12 mai 2002, M. Cissé avait été "lâché" par une partie de sa formation et avait été battu au second tour par le général Amadou Toumani Touré.
L’URD servira donc de rampe de lancement à Soumaïla Cissé pour une éventuelle candidature à la prochaine élection présidentielle, prévue en 2007.
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N°258 du 04/11/2002
Un nouveau gouvernement

Le président Amadou Toumani Touré, “sur proposition du Premier ministre” Ahmed Mohamed Ag Hamani, a formé un nouveau gouvernement de 28 membres, qualifié par l’entourage du président de “gouvernement d’union nationale”, tous les groupements politiques représentés à l’Assemblée en faisant partie.
La plupart des principaux ministères (Affaires étrangères, Défense, Administration territoriale, Sécurité intérieure) ne changent pas de titulaire par rapport à la précédente équipe. Le département des Finances et de l’Economie a toutefois été confié à Bassari Touré, précédemment fonctionnaire à la Banque mondiale.
Choguel Maïga, ancien candidat à la présidentielle d’avril-mai dernier et président du Mouvement patriotique pour le renouveau (MPR) fait son entrée au poste de ministre de l’Industrie et du Commerce.
Le cinéaste malien Cheick Oumar Sissoko, président du parti de la Solidarité africaine pour le développement et l’indépendance (SADI), détient le portefeuille de la Culture.
Un nouveau poste de ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères, chargé des Maliens de l’extérieur et de l’Intégration africaine, est attribué à Oumar Hamadoun Dicko, président du Parti progressiste soudanais (PSP), dont la formation avait soutenu la candidature d’Amadou Toumani Touré à la présidentielle.
Le fauteuil de ministre de la Communication et des Nouvelles technologies est occupé par Gaoussou Drabo, précédemment directeur du quotidien national L’Essor.
Commentaire : ce gouvernement fait la part belle aux partisans du président Toumani Touré, qui avait pourtant promis de gouverner avec la majorité sortie des urnes. Les “pro-ATT”, comme on les appelle à Bamako, ont obtenu 16 ministères, alors que les deux grandes coalitions politiques qui dominent l’Assemblée nationale, n’ont obtenu que six ministères pour “Espoir-2002” et quatre pour l’ARD.

Le gouvernement du Mali, formé le 16 octobre 2002

Président : Amadou Toumani Touré
Premier ministre : Ahmed Mohamed Ag
Ministres
Santé : Mme Keita Rokiatou N’Diaye (nouveau)
Economie et des finances : Basssari Touré (nouveau)
Artisanat et tourisme : Bah N’Diaye (ancien)
Domaines de l’Etat, affaires foncières et habitat: Boubacar Sidiki Touré (ancien)
Industrie et commerce : Choguel Kokala Maïga (nouveau)
Agriculture, élevage et pêche : Seydou Traoré (ancien)
Éducation nationale: Mamadou Lamine Traoré (ancien)
Equipement et transports : Ousmane Issoufi Maïga (ex-ministre de l’Economie)
Affaires Etrangères et coopération internationale : Lassana Traoré (ancien)
Défense et anciens combattants : Mahamane Kalil Maïga (ancien)
Administration territoriale et collectivités locales : Général Kafougouna Koné (ancien)
Mines, de l’énergie et eau : Hamed Diane Sémega (ancien)
Environnement : Nancouma Keita (nouveau)
Sécurité intérieure et protection civile: Colonel Souleymane Sidibé (ancien)
Communication et nouvelles technologies de l’information : Gaoussou Drabo (nouveau)
Développement social, solidarité et personnes âgées : Mme N’Diaye Fatoumata Coulibaly (ancien)
Travail et fonction publique : Modibo Diakité (nouveau)
Promotion de la femme, de l’enfant et de la famille : Mme Berthé Aïssata Bengaly (nouveau)
Culture : Cheick Oumar Sissoko (nouveau)
Justice, Garde des Sceaux : Me Abdoulaye Garba Tapo (nouveau)
Jeunesse et sports : Djibril Tangara (ancien)
Ministres délégués
auprès du Premier ministre, chargé de la réforme de l’Etat des relations avec les institutions : Badi Ould Ganfoud (nouveau)
auprès du Premier ministre, chargé du plan : Marimatia Diarra (nouveau)
auprès du ministre de l’Agriculture, chargé de la sécurité alimentaire : Ibrahima Oumar Touré (nouveau)
auprès du ministre de l’Economie, chargé de la promotion des investissements et du secteur privé: Ousmane Thiam (nouveau)
auprès du ministre des Affaires étrangères, chargé des Maliens de l’extérieur et de l’intégration africaine : Oumar Hamadoun Dicko (nouveau)
auprès du ministre de l’Equipement et des transports, chargé des transports : Ousmane Amion Guindo (nouveau)
auprès du ministre du Travail, chargé de l’emploi et de la formation professionnelle: Dramane Haïdara
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N° 257 du 17/10/2002
Démission du gouvernement
Ahmed Mohamed Ag Hamani reconduit au poste de Premier ministre


Le gouvernement, dirigé par Ahmed Mohamed Ag Hamani et formé le 14 juin dernier, a présenté sa démission le 12 octobre. M. Hamani qui avait été nommé à la tête d’un “gouvernement de mission” au lendemain de l’arrivée au pouvoir du président Touré, élu le 12 mai dernier, a aussitôt été reconduit dans son poste.
Le changement de gouvernement était attendu depuis la mise en place d’une nouvelle Assemblée nationale.
Les législatives de juillet avaient permis une reconfiguration du paysage politique, mais aucun des grands blocs qui s’étaient formés pour briguer les suffrages des électeurs n’a réussi à obtenir la majorité absolue.
Après plusieurs tergiversations et tractations, Ibrahim Boubacar Keita, ex-Premier ministre (1994 à 2000) sous le régime de l’ancien président Alpha Oumar Konaré, a fini par remporter la présidence de l’Assemblée, 115 députés sur 138 ayant voté pour lui le 16 septembre dernier.
M. Keita était à la tête d’une coalition d’opposition, “Espoir 2002”, conduite par sa formation politique le Rassemblement pour le Mali (RPM).
Espoir 2002 avait, aux législatives, devancé de très peu l’autre grand bloc formé autour de la majorité sortante de l’Alliance pour la démocratie au Mali (Adéma).

N° 255 du 17/09/2002
Visite officielle du président Toumani Touré en France
Coopération et immigration au programme


Le président malien Amadou Toumani Touré s’est montré embarrassé par le difficile problème posé par l’immigration, souvent illégale, de ses compatriotes en France, mais s’est déclaré satisfait dans le domaine de la coopération, à l’issue de sa visite officielle à Paris du 9 au 12 septembre.
Le président a abordé la question importante, pour les autorités françaises, de l’immigration et des sans-papiers, au cours d’une conférence de presse, après avoir rencontré à ce sujet le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy.
M. Sarkozy a été invité à Bamako, nous entendrons ce que veulent nous dire les Français et nous leur dirons ce que nous en pensons”, a-t-il déclaré.
A l’issue de leur réunion, le ministre français, qui doit se rendre prochainement à Bamako, avait annoncé que la France apporterait son aide au Mali, notamment pour “sécuriser” les documents administratifs, en particulier les documents d’identité, et “aider à l’organisation de la police malienne” pour “une meilleure gestion des flux migratoires”.
Nous avons abordé la question de la réadmission” des immigrés en situation irrégulière, “c’est une question sensible”, a affirmé M. Sarkozy, “les Maliens ont parfois mal ressenti des initiatives unilatérales, mais ils sont prêts à accepter des réadmissions si cela se fait dans le cadre d’un partenariat”.
Je n’ai donné un accord sur rien. Les discussions auront lieu avec M. Sarkozy à Bamako (...) Je comprends leur désarroi (des Maliens, ndlr), ce sont mes frères et sœurs, je suis à leur écoute. J’ai le devoir de protéger tout le monde, qu’ils soient ou non des sans papiers. Nous n’avons pas discuté de qui doit rester ou non en France, et qui doit retourner au Mali”, a expliqué “ATT”, visiblement ennuyé par les questions sur le sujet.
Mais, a-t-il poursuivi, nous parlerons aussi de ceux qui sont bien intégrés, depuis deux ou trois générations, et de ceux qui sont nés en France. Nous parlerons aussi de la polygamie et du co-développement”.
Le président s’est prononcé en faveur de la création d’un ministère chargé de l’intégration africaine et des Maliens de l’extérieur.
Environ 60.000 Maliens vivent en situation irrégulière en France, selon le consulat, le double du nombre des Maliens en situation régulière.
Sur le plan de la coopération, le président malien s’est montré nettement plus enthousiaste sur sa visite à Paris.
Le Mali a obtenu un effacement de 40% de sa dette monétaire envers Paris. La dette monétaire du Mali vis-à-vis de la France s’élève à environ 200 millions d’euros, sur une dette globale de 520 millions d’euros.
Cette dette avait été contractée par Bamako en 1984 lors de sa réintégration dans la zone CFA.
Paris s’est également engagé à “effectuer l’étude technique de l’impact sur l’environnement pour le projet du barrage de Tossaye, sur le fleuve Niger”.
La France va également intervenir, en coopération avec la Belgique, dans le domaine hospitalier.
La France est le premier bailleur de fonds bilatéral du Mali avec environ 60 millions d’euros par an.
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Formation d’un groupe parlementaire dénommé “Bloc présidentiel”

Dix-neuf députés ont formé officiellement début septembre un groupe parlementaire appelé “Bloc présidentiel” (BP), dont l’objectif est de “contribuer à la formation d’une majorité présidentielle stable”. Le BP est composé de 11 députés de la Convergence pour l’alternance et le changement (ACC, partisans déclarés du président Amadou Toumani Touré) et de huit députés indépendants.
A l’issue des législatives de juillet, aucun parti ou regroupement de partis n’a obtenu la majorité absolue des 139 sièges de députés pourvus, pour former seul un gouvernement.
Tiébilé Dramé dont le parti (PARENA) est membre du Bloc présidentiel, a déclaré que le BP souhaitait “un gouvernement d’ouverture, de rassemblement au sein duquel toutes les sensibilités politiques du Mali trouveront leur place”.
Deux blocs dominent la vie politique malienne : “Espoir 2002”, piloté par le Rassemblement pour le Mali (RPM) de l’ancien Premier ministre Ibrahim Boubacar Keïta, et l’Alliance pour la république et la démocratie (ARD), dirigée par l’ADEMA (majorité sortante).

N° 254 du 02/09/2002
Législatives : aucun parti ou alliance de partis n’obtient la majorité absolue

Aucun parti ou alliance de partis n’a obtenu la majorité absolue, selon les résultats définitifs des élections législatives proclamés le 10 août par la Cour constitutionnelle. Le Rassemblement pour le Mali (RPM), de l’ancien Premier ministre Ibrahim Boubacar Kéita (“IBK”) arrive en tête avec 46 sièges de députés contre 45 à l’Alliance pour la démocratie au Mali (Adéma, majorité sortante).
Au niveau des alliances, “Espoir 2002”, piloté par le RPM, totalise 66 sièges contre 51 à son rival, l’Alliance pour la République et la Démocratie (ARD) dirigée par l’ADEMA.
Finalement, 139 sièges ont été pourvus, la cour ayant annulé les résultats des circonscriptions électorales de Sikasso au sud et Tine-Essako dans le nord, soit un total de huit sièges, respectivement pour “vice de procédure” et pour “fraude massive”. Des partielles y seront à nouveau organisées dans un délai de trois mois.
Par ailleurs, l’annulation de plusieurs dizaines de milliers de voix pour diverses irrégularités (fraude, corruption, intimidation) a modifié les résultats provisoires publiés par le ministère malien de l’Administration territoriale, qui donnaient l’ADEMA et ses partisans vainqueurs.
Les autres résultats : le Congrès d’Initiative démocratique (CNID) enlève 13 sièges alors que le SADI de l’ex-leader estudiantin Oumar Mariko obtient six sièges. Cinq autres partis politiques maliens, partisans déclarés du président Amadou Toumani Touré et regroupés au sein de l’alliance dénommée “ACC” totalisent 10 sièges alors que des candidats indépendants enlèvent six sièges. Enfin, des petites formations alliées à Espoir 2002 et à l’ARD ont remporté treize sièges.
Les résultats définitifs indiquent un effondrement de l’ADEMA qui détenait dans l’ancienne Assemblée 127 des 147 sièges de députés. Cet effondrement est le fruit des divisions au sein de l’ancien parti au pouvoir, de l’invalidation d’une vingtaine de ses candidats avant le scrutin, et peut-être surtout d’un faible bilan socio-économique à mettre en avant.
En revanche, le RPM de “IBK” a fait une entrée remarquée, de même que son allié du CNID de Me Mountaga Tall dont c’est le “grand retour” à l’Assemblée nationale après avoir boycotté les élections législatives de 1997.Créé il y a à peine sept mois, le Sadi de l’ex-leader estudiantin Oumar Mariko (qui n’a pas été élu) fait une aussi une entrée remarquée au Parlement avec six députés.
Sans parti politique, le président Amadou Toumani Touré, a toujours déclaré qu’il gouvernera avec la majorité qui se dégagera de l’assemblée.

N° 253 du 30/07/2002
Législatives : l'ancien parti au pouvoir, l’Adema, en tête du 1er tour marqué par un désintérêt des électeurs

L’Alliance pour la Démocratie au Mali (Adéma, majorité parlementaire sortante) a remporté 9 sièges de députés sur les 23 pourvus au premier tour le 14 juillet des élections législatives, selon les résultats définitifs publiés le 23 juillet par la Cour constitutionnelle à Bamako.
Le Rassemblement pour le Mali (RPM) de l’ancien Premier ministre Ibrahim Boubacar Kéita arrive en seconde position avec quatre sièges.
Le Congrès d’initiative démocratique (CNID) de Me Mountaga Tall obtient trois sièges, le BDIA et le RAMAT deux députés, le Parti de la renaissance nationale (PARENA), le RDT, et le Mouvement patriotique pour le Renouveau (MPR) remportent chacun un siège.
123 sièges restent à pourvoir lors du second tour, prévu le 28 juillet, et l’Adéma est en ballottage favorable dans une vingtaine de circonscriptions électorales
La Cour constitutionnelle a annulé pour “irrégularités” les suffrages exprimés dans “tous les bureaux de votes itinérants du Mali”, ainsi que le scrutin dans la circonscription électorale de Tine-Essako (nord). Ces irrégularités concernent notamment des falsifications de procès-verbaux, la distribution “anarchique” des cartes d’électeurs, des votes multiples, le dépouillement “clandestin” des votes et la “corruption” d’électeurs, a indiqué la cour. Les suffrages exprimés dans les 431 bureaux de votes itinérants ont ainsi été invalidés par la Cour constitutionnelle qui a précisé que cette invalidation n’entraîne pas l’annulation du premier tour des législatives.
En revanche, le vote sera repris dans la circonscription électorale de Tine-Essako, dans un délai de trois mois selon la loi malienne. Au total, ce sont quelque 160 000 voix qui ont été annulées au premier tour de ces législatives. La plupart de ces bureaux de votes itinérants où le scrutin a été annulé pour “irrégularités” (Goundam, Tombouctou, Diré, Kidal, Abeibara...) se trouvent dans le nord du Mali.
Sur environ cinq millions d’électeurs inscrits, 1.2O5.238 personnes ont voté sur le territoire national, soit un taux de participation de 23 %. Un taux de participation qui baisse encore si l’on prend en compte les plus de 160 000 voix annulées.
La cour a confirmé l’élection dès le premier tour de personnalités marquantes de la vie politique malienne comme l’ancien Premier ministre Ibrahim Boubacar Kéita, Me Mountaga Tall et Ali Diallo, président de l’Assemblée nationale sortante.
Divers incidents plus rocambolesques les uns que les autres ont marqué ce scrutin. Quatre des six maires de Bamako ont été “suspendus” pour trois mois pour “faute lourde” par le ministère de l’Administration territoriale, en raison d’une affaire de cartes d’électeurs mystérieusement disparues, 55.000 cartes au total.
Le 14 juillet, jour du scrutin, une trentaine de personnes, dont la plupart étaient en possession de cartes disparues, ont été arrêtées pour “fraude”.
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N° 251 du 18/06/2002
L’ancien président Moussa Traoré gracié au nom de la réconciliation

Au nom de la réconciliation nationale l’ancien président malien Moussa Traoré a été gracié le 29 mai 2002 par le président Alpha Oumar Konaré, après plus de dix ans de détention. Officiellement, l’ancien chef d’Etat, 65 ans, et son épouse Mariam, ont été libérés par souci de cohésion nationale et à titre humanitaire.
Porté au pouvoir en novembre 1968 par un coup d’Etat qui avait renversé le régime de Modibo Keita, le général Moussa Traoré a régné sans partage sur le Mali pendant plus de 22 ans. Le 26 mars 1991, après un soulèvement populaire réprimé dans le sang et parachevé par un coup d’Etat, lui et son épouse étaient arrêtés.
En 1992, il était condamné à mort pour crimes “politiques”, puis de nouveau condamné à la peine capitale en 1999 pour crimes “économiques”. Son épouse Mariam était également condamnée à mort pour crimes économiques.
Entre-temps, un des putschistes de 1991, Amadou Toumani Touré (“ATT”), était porté à la tête de l’Etat et organisait la transition vers la démocratie.
En 1992, Alpha Oumar Konaré qui, hostile à la peine de mort, devait ensuite commuer la peine des époux Traoré en prison à perpétuité, était élu président.
Il y a deux ans, M. Konaré avait gracié des proches de l’ancien chef d’Etat, dont Sékou Ly, un ancien ministre, et “Ramos”, frère de Mariam.
Avant le procès engagé en 1999 pour “crimes économiques”, la vox populi disait que Traoré avait “détourné des milliards de dollars”. Par la suite, il a plutôt été question de quelques centaines de millions de F.CFA.
Les conditions de détention du couple ont elles aussi évolué, à chaque étape de la réflexion de Konaré en vue de leur élargissement.
Séparés l’un de l’autre, ils avaient été réunis en 1999, à la veille de leur procès pour “crimes économiques”. Leur première résidence commune de Markala (270 km au nord de Bamako) était délabrée, la dernière en date avait téléphone, radio, télévision.
Moussa Traoré, devenu très religieux, a également changé, parlant ces derniers temps de “pardon” et de réconciliation. Au plan politique, un parti d’opposition se réclamant de Moussa Traoré, le Mouvement patriotique pour le renouveau (MPR, opposition), est maintenant devenu incontournable, bien que son leader, Choguel Maïga ait réalisé un très faible score lors de la dernière présidentielle.
La plupart des 24 candidats à cette élection présidentielle avait également, avec plus ou moins de fermeté, promis la libération de Moussa Traoré, comme gage de leur volonté d’œuvrer à la réconciliation nationale, un des grands thèmes de la campagne électorale.
Interrogé après l’annonce de sa libération, Moussa Traoré a dit qu’il ne savait pas s’il allait “refaire de la politique” et que sa première tâche serait d’aller s’incliner sur les tombes de ses parents.A la question de savoir s’il était “heureux de cette libération?”, l’ex-chef d’Etat a répondu : “Libération! libération! Je dis de toute façon que c’est mon corps qui était privé de liberté, mais mon esprit ne l’était pas”.

Formation d’un gouvernement “de mission”
Mohamed Ag Amani, nouveau Premier ministre

Ancien ambassadeur du Mali Rabat et à Bruxelles, Mohamed Ag Amani, a été nommé Premier ministre le 9 juin par le président Amadou Toumani Touré. Le nouveau Premier ministre, 60 ans, est économiste-statisticien de formation. Il fut plusieurs fois ministre (Jeunesse, Tourisme, Sport) sous le régime du général Moussa Traoré. Ag Amani a également été Haut Commissaire de l’Organisation de Mise en valeur du Fleuve Sénégal (OMVS, qui regroupe le Mali, le Sénégal et la Mauritanie). Il avait pris sa retraite après avoir représenté son pays en Belgique.
Cette nomination d’un homme “neutre” se justifie sans doute par le fait que le président n’a pas encore de majorité parlementaire, et qu’il doit se préserver une marge de manœuvre assez large pour l’après législatives qui auront lieu le 14 juillet.
Un autre décret présidentiel a nommé le ministre sortant des Affaires étrangères, Modibo Sidibé, secrétaire général de la présidence de la République avec “rang de ministre”.
Qualifié de gouvernement “de mission” par le Premier ministre, cette première équipe de “l’ère Touré” est composée de 21 membres et les portefeuilles-clé sont détenus par des proches du chef de l’Etat.
Au ministère des Affaires étrangères et des Maliens de l’extérieur, on retrouve M. Lassine Traoré, ancien directeur de campagne du général Amadou Toumani Touré. Deux autres proches du chef de l’Etat malien, le général Kafougouna Koné et le colonel Souleymane Sidibé prennent en main respectivement le ministère de l’Administration territoriale et des collectivités locales et celui de la Sécurité et de la Protection civile.
Par ailleurs, dans le nouveau gouvernement, outre les partisans du général Amadou Toumani Touré regroupés au sein de la Convention pour l’alternance et le changement (ACC), figurent au moins six représentants des deux autres principaux regroupements politiques maliens.
Il s’agit de l’alliance “Espoir 2002” dirigé par l’ancien Premier ministre malien Ibrahim Boubacar Kéita, qui compte une quinzaine de partis politiques, et de l’Alliance pour la république de la démocratie (ARD), composée d’une dizaine de formations politiques proches de l’Alliance pour la démocratie au Mali (ADEMA, ancien parti au pouvoir).
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Le nouveau gouvernement du Mali, formé le 14 juin 2002

Premier ministre, ministre de l'Intégration africaine : Ahmed Mohamed Ag Hamani
Ministre de la Santé: Mme Traoré Fatoumata Nafo
Ministre de l'Education nationale: Mamadou Lamine Traoré
Ministre de l'Administration territoriale et des collectivités locales: Kafougouna Koné
Ministre des Affaires étrangères et des Maliens de l'extérieur: Lassine Traoré
Ministre de l'Economie et des finances: Ousmane Issoufi Maïga
Ministre de l'Industrie, du commerce et des transports: Mamadou Dalo Maïga
Ministre de l'Equipement et de l'aménagement du territoire: Lanceni Kéita
Ministre du développement rural et de l'environnement: Seydou Traoré
Ministre de l'Emploi et de la formation professionnelle: Younous Hammey Dicko
Ministre des Forces armées et des anciens combattants: Mahamane Maïga
Ministre de la Justice, Garde des Sceaux: Abdoulaye Ogotimbeli Poudjougou
Ministre du Développement social, de la solidarité et des personnes âgées: Mme N'diaye Fatoumata Coulibaly
Ministre des Mines, de l'énergie et de l'eau: Ahmed Séméga
Ministre des Domaines de l'Etat et des affaires foncières: Aboubacar Sidiki Touré
Ministre de la Culture: André Traoré
Ministre de l'Artisanat et du tourisme: Bah N'diaye
Ministre de la Communication: Mamadou Mallé Cissé
Ministre de la Promotion de la femme, de l'enfant et de la famille: Mme Bah Odette Yattara
Ministre de la Jeunesse et des sports: Djibril Tangara
Ministre de la Sécurité et de la protection civile: Souleymane Sidibé

N° 250 du 24/05/2002
Amadou Toumani Touré, vainqueur (programmé ?) de l’élection présidentielle

L’on disait que le président sortant Alpha Oumar Konaré souhaitait que lui succède à la présidence celui qui lui avait permis d’accéder au pouvoir en 1992, l’ancien général Amadou Toumani Touré. Le souhait présidentiel semble donc se réaliser. Selon les résultats complets proclamés le 16 mai par le ministère de l’Administration territoriale - provisoires jusqu’à leur validation par la Cour constitutionnelle - M. Touré, appelé “ATT” par les Maliens, a obtenu au deuxième tour de l’élection, disputé le 12 mai, 1.099.653 voix soit 64,35 % des suffrages exprimés.
Son adversaire Soumaïla Cissé, candidat de l’Alliance pour la démocratie au Mali (ADEMA) , le parti d’Alpha Konare, au pouvoir ces dix dernières années, a recueilli 609.320 voix (35,65 %). La participation au second tour a été encore plus faible qu’au premier : 30,17 % des quelque 5,7 millions d’inscrits, contre 38 % au premier tour, disputé le 28 avril.

Tous contre l’ADEMA

Cette élection a donné lieu à de multiples paradoxes, dont le moindre n’aura pas été l’absence totale de soutien du président sortant en faveur du candidat de son parti, l’ADEMA. Soumaïla Cissé s’est battu quasiment seul, non sans bénéficier toutefois d’importants moyens financiers. Un des piliers de l’ADEMA, le ministre de la Défense, Soumeylou Boubeye Maiga, ne l’a lui aussi, soutenu que du bout des lèvres, ne cachant qu’à peine sa sympathie pour le général Amadou Toumani Touré dont il fut conseiller spécial lors de la période de transition en 1991-92.
Plus que la victoire d’Amadou Toumani Touré, les Maliens ont semble-t-il voulu signifier par ce vote leur rancœur ou leur désillusion de dix ans de régimes ADEMA. Au premier tour de l’élection, disputé le 28 avril, “ATT” était arrivé en tête des 24 candidats en lice, avec 28,7 % des voix. Il avait ensuite reçu le soutien de l’ancien Premier ministre Ibrahim Boubacar Keïta (“IBK”) , arrivé troisième avec 21 % des suffrages. Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), en appelant à soutenir “ATT”, bien qu’il eut estimé avoir été écarté injustement du deuxième tour, a lui aussi montré qu’il était pressé d’en finir avec l’ère Konaré. Comment expliquer sinon un tel soutien, alors que pendant la campagne du premier tour, les militant du parti d’IBK, le rassemblement pour le Mali n’avaient pas de mots assez ironiques à l’égard du général Touré, un “militaire qui ne connaît rien à la chose politique”.
Comment expliquer aussi cet étonnant soutien à ATT du MPR, le Mouvement patriotique pour le renouveau (MPR, parti dirigé par Choguel Maïga qui se réclame de l’héritage du président Moussa Traoré), délogé du pouvoir par ATT en 1990 ?
Ces retournements de la classe politique malienne ne favoriseront sûrement pas un regain d’enthousiasme pour la chose politique de la part des Maliens qui ont, pour beaucoup, bien du mal à comprendre ces retournements d’alliances incongrues.
C’est donc un président sans parti, sans majorité parlementaire (les législatives sont prévues en juillet), qui accède au pouvoir dans un pays désespérément pauvre, et dont la seule richesse, le coton (voire l’or) semble avoir surtout bénéficié à la nomenklatura de l’ADEMA.
Le futur président devra répondre à une très forte demande sociale des habitants, dont 64 %, selon l’ONU, vivent dans la pauvreté.

Résultats du premier tour de l’élection présidentielle qui a eu lieu le 28 avril

Suite aux recours déposés par plusieurs candidats, la Cour constitutionnel-le a annulé 541.019 bulletins de vote et a pris en compte 1.564.576 voix sur 2.201.154 votants. La Cour constitutionnelle, par la voix de son président, Abdourahmane Baba Touré, a dénoncé “des compositions irrégulières, la distribution des cartes d’électeurs de manière frauduleuse, la non-sécurité des urnes, le vote par procuration illégale, le vote de personnes non inscrites, l’absence de signatures sur les procès verbaux, l’influence sur le vote, l'existence de bureaux fictifs, et le fonctionnement irrégulier de bureaux de vote itinérants”.
Bulletins nuls : 95.359
Participation : 38,31 % des inscrits,
Amadou Toumani Touré : 449.176 voix (28,71 %)
Soumaïla Cissé : 333.525 voix (21,32%)
Ibrahim Boubacar Kéita (“IBK”) : 329.143 voix (21,04 %)
Me Mountaga Tall : 83.168 voix (3,86 %)
Choguel Maïga : 59.304 voix (2,75 %)
Almamy Sylla : 11.660 voix (0,54 %).
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