Mali Articles de la revue Afrique-Express - Année 2004
Autres années : 2003-2002 (1/2) 2003-2002 (2/2) 2001 2000-1999 1998 1997 (1/2) 1997 (2/2) 1996 1995 1994

N° 290 du 23/03/2004
Les formations politiques et les grandes alliances au Mali

Au Mali, quand on veut situer un parti sur l’échiquier politique national, mieux vaut préciser "au moment où nous mettions sous presse" tant les alliances sont fragiles et fluctuent au gré de chaque élection.
Donc "au moment où nous mettions sous presse", voici dans un rapide schéma les principaux partis politiques et les alliances qu’ils ont forgées au Parlement. La vie politique malienne tourne pour l’heure autour de quatre pôles majeurs :
Le président de la République, Amadou Toumani Touré (ATT)
Il a été soutenu à la présidentielle de 2002 par une kyrielle de petits partis et de personnalité indépendantes, et par un mouvement dénommé le Mouvement des citoyens, qui se sont tous retrouvés aux législatives pour former la coalition "Convergence pour l’alternance et le changement" (ACC), dont l’objectif déclaré était de soutenir l’action du président de la République nouvellement élu.
On retrouvait dans l’ACC des partis comme le Bloc pour la démocratie et l’intégration africaine (BDIA) d’Ibrahim Bocar Bah, le Mouvement pour l’indépendance, la renaissance et l’intégration africaine (MIRIA) de l’actuel ministre de l’Education nationale, Mohamed Lamine Traoré, l’Union soudanaise-Rassemblement démocratique africain (US-RDA - parti fondé par Modibo Keita, père de l’indépendance du Mali, mais qui a éclaté en diverses tendances), le Parti progressiste soudanais (PSP), le Parti pour la renaissance nationale (PARENA) de Tiébilé Dramé ou encore le Parti écologiste pour l’intégration (PEI).
A l’Assemblée, les partisans "déclarés" d’ATT se sont regroupés autour d’un groupe parlementaire dénommé "Bloc présidentiel" (BP). Au départ, ce sont 11 députés de la Convergence pour l’alternance et le changement (ACC) et de huit députés indépendants qui ont formé ce groupe parlementaire "BP". Ils ont été rejoints depuis par d’autres députés.
L’Alliance pour la démocratie au Mali - Parti Africain pour la Solidarité et la Justice (Adéma- PASJ)
L’ADEMA, parti de l’ancien président Alpha Oumar Konaré, a finalement bien résisté à l’arrivée sur la scène politique de Toumani Touré et aux multiples fractures qu’il a subies ces dernières années.
Son président actuel est Dioncounda Traoré, mais l’on s’accorde à penser que l’homme qui tire les ficelles du parti est son premier vice-président Boubey Maïga Soumeyilou.
Après une période difficile, l’ADEMA a récupéré dans ses rangs en novembre 2003 quelques personnalités importantes qui l’avaient quitté pour rejoindre le RPM d’IBK et le MIRIA de Lamine Traoré. Parmi ces personnalités qui ont renoué avec l’ADEMA, il y avait par exemple le professeur Boubacar Sall, qui était le 1er vice président du RPM ou encore le professeur Mahamadoun Dicko, qui était le 2ème vice-président du MIRIA.

La coalition "Espoir 2002"
Cette coalition a été forgée pour la présidentielle et les législatives de 2002 par entre autres :
- le Rassemblement pour le Mali (RPM) du président de l’Assemblée, Ibrahim Boubakar Keita (IBK).
- le Congrès national d’initiative démocratique (CNID) de Me Mountaga Tall.
- le Mouvement patriotique pour le renouveau (MPR) de Choguel Maïga.
- le groupe parlementaire URD-UDD
Ce groupe s’est forgé autour de l’Union pour la république et la démocratie (URD), parti créé en juin 2003 par les partisans de Soumaïla Cissé qui a quitté l’ADEMA dont il avait été le candidat à la présidentielle de 2002. C’est Younoussi Touré, ancien Premier ministre, qui préside l’URD depuis sa création, mais tout le monde sait que c’est Soumaïla Cissé qui tire les ficelles de ce parti. Soumaïla Cissé s’est d’ailleurs mis en retrait de la vie politique locale, en se faisant nommer commissaire à l’UEMOA, mais c’est sans doute pour attendre son heure pour la présidentielle de 2012.
En juillet 2003, 15 députés de l’ADEMA, un député du RPM d’IBK, et un autre de l’Union pour la démocratie et le développement (UDD, de Moussa Balla Coulibaly) ont rejoint le groupe parlementaire de l’URD et c’est à ce moment que ce groupe parlementaire a pris la dénomination "URD-UDD".
haut


N° 289 du 09/03/2004
Dans une Afrique de l’Ouest déchirée par de multiples conflits,
il est un pôle de stabilité où l’on risque de s’ennuyer
jusqu’en ... 2012. Bienvenue au Mali
(Première partie)

Pays frontalier de la Côte d’Ivoire qui n’en finit plus de s’enliser dans un conflit politico-ethnique, à quelques encablures d’un Liberia qui souffre encore des soubresauts de la guerre civile, base arrière d’une Algérie meurtrie, le Mali bénéficie d’une incroyable - si ce n’est insolente - stabilité politique qui confine à l’ennui. Chercher les raisons de cette exception africaine renvoie à l’histoire politique du pays, mais aussi aux ambitions des chefs de partis, qui restent pour le moment en stand by sur leur starting-block en attendant leur heure, et de préférence dans le sens du vent, c’est-à-dire dans le dos du président de la République, Amadou Toumani Touré. Ne cherchez pas un opposant au régime. Il n’y en a pas. Ou plutôt si. Un seul, qui vient de se déclarer comme tel, mais dont l’audience ne risque pas de troubler le sommeil du président. Retour en arrière.22 septembre 1960 : on proclame, à Bamako la capitale, l’indépendance de la République soudanaise qui prend le nom de Mali. Modibo Keïta est nommé président de la République.
En septembre de cette même année, un congrès extraordinaire du parti au pouvoir, l’Union soudanaise-RDA (Rassemblement démocratique africain) opte pour un Etat socialiste. Le régime n’est pas tendre et les crises politiques successives, ponctuées de la mort de plusieurs opposants, aboutissent en 1968 à un coup d’Etat militaire orchestré par le lieutenant Moussa Traoré.
Nouvelle constitution, nouveau parti unique, l’Union démocratique du peuple malien (UDPM), Moussa Traoré s’installe durablement au pouvoir. Modibo Keïta meurt en détention le 16 mai 1977. Moussa Traoré, devenu colonel, se fait élire président de la République en juin 1979. L’année suivante, première alerte avec des manifestations étudiantes. Réélu président en 1985, Moussa Traoré freine des deux pieds quand pointe à l’horizon la question du multipartisme dans les années 90, alors qu’il a en plus déjà à faire avec la rébellion touarègue.
Le Bénin tout proche, dirigé, comme le Mali, par un militaire, Mathieu Kérékou, adopte à la fin de l’année 1990 une nouvelle constitution garantissant le multipartisme. La première Conférence nationale à se tenir en Afrique, qui a débouché sur cette ouverture au Bénin, ne pouvait laisser des pays comme le Mali en marge du mouvement.
Ainsi, le 25 octobre 1990, au Mali cette fois, se crée une association dénommée Alliance pour la Démocratie au Mali (ADEMA). En fait, l’ADEMA n’était rien d’autre que la vitrine légale de plusieurs partis politiques clandestins puisqu’interdits, qui avaient créé, dès 1986, un front unitaire dénommé Front National Démocratique et Populaire (FNDP).
Si Moussa Traoré arrive à conclure un accord de paix avec la rébellion touarègue qui s’était manifestée dès les années 62/64, il doit faire face, entre janvier et mars 1991, à une agitation politique sans précédent. Le fer de lance de cette contestation, c’est le monde universitaire et étudiant.
Le 26 mars 1991, le régime est renversé par un coup d’Etat militaire, les forces armées s’étant constituées en Conseil de réconciliation nationale (CRN), un CNR dirigé par un certain lieutenant-colonel ... Amadou Toumani Touré.
Le Comité de transition pour le salut du peuple
Les événements vont vite. Toumani Touré prend la tête d’un Comité de transition pour le salut du peuple (CTSP) et le multipartisme est autorisé dès le 6 avril.
Un an plus tard, en janvier 1992, une nouvelle constitution qui officialise le multipartisme et un système présidentiel est adoptée par référendum.
haut

Entre temps, le 25 mai 1991, l’ADEMA s’est transformée en parti politique, dénommé Adema-Parti Africain pour la Solidarité et la Justice (Adéma-P.A.S.J).
Le régime de Moussa Traoré est donc tombé très rapidement, non sans avoir joué de la répression : plus de 100 morts en mars 1991 lorsqu’ordre fut donné à l’armée de tirer sur les manifestants. Le régime est tombé grâce à deux acteurs qui ont travaillé de concert : l’ADEMA, qui a soulevé la rue, et Amadou Toumani Touré, qui a refusé la répression.
C’est donc sans peine que l’Adéma-P.A.S.J remportera les premières élections législatives "démocratiques", en mars 1992. Comme il s’y était engagé en prenant la tête du régime de transition, et au grand étonnement du monde entier, le "militaire" Amadou Toumani Touré laissera le pouvoir à un président civil, démocratiquement élu en avril 1992. Alpha Oumar Konaré puisqu’il s’agit de lui, et son parti l’ADEMA, prennent les commandes d’un pays qui sort d’une longue crise politique, mais aussi d’une incroyable transition à l’issue de laquelle l’armée ne s’est pas incrustée au pouvoir. En cette Afrique des années 90, la donne est importante et à de quoi marquer les esprits, alors qu’au Togo, on ne compte plus les années du régime du général Eyadéma, ou qu’au Zaïre, on se désespère de voir un jour le maréchal Mobutu quitter le pouvoir.
Amadou Toumani Touré, "ATT", puisque c’est ainsi qu’on le surnomme, ne manquait pas d’appuis dans l’armée si d’aventure il avait voulu s’éterniser au pouvoir. Lorsqu’il a mis aux arrêts le président Moussa Traoré, il venait tout juste de prendre le commandement du bataillon de parachutistes, après avoir été commandant de la garde présidentielle. Redonner le pouvoir aux civils était donc un acte volontaire d’ATT, et non pas un geste effectué sous la pression ou en position de faiblesse.
Ce bref rappel historique est indispensable pour qui veut comprendre l’absence d’avis de tempête qui prévaut aujourd’hui au Mali. On passe rapidement sur les années "Alpha" (Alpha Oumar Konaré), réélu président dans des conditions difficiles en 1997. Difficiles, car son opposition de l’époque avait vivement contesté la préparation des scrutins législatifs et présidentiel, à tel point que les législatives ont été annulées une première fois, et que l’ensemble des véritables opposants avait boycotté la présidentielle.
Le second mandat du président Alpha Oumar Konaré arrivant à son terme en avril 2002, ce dernier ne se représentera pas, respectant en cela une clause constitutionnelle qui limite à deux le mandat du président. Encore une exception malienne, à l’heure où, du Gabon à la Guinée en passant par le Tchad, sans parler du Togo, les présidents s’accrochent au pouvoir comme les chauves-souris, quand vient le soir, aux branches des arbres. Bien fermement.
Mais, et c’est là que l’histoire de la vie politique est importante pour tenter de comprendre le présent, non seulement "Alpha" ne se présente pas, mais il n'appuie ni ne soutient aucun "présumé" dauphin. Son parti, l’ADEMA, déjà miné par le départ fracassant de son ancien président, Ibrahim Boubacar Keita, qui a créé en juin 2001 le Rassemblement pour le Mali (RPM), n’en finit pas d’exploser à l’approche de la présidentielle de 2002. Et "Alpha" semble laisser faire avec un malin plaisir. Les militants et autres cadres de l’ADEMA s’entre-déchirent face à la pléthore de postulants à l’investiture du parti, qui, faut-il le noter, est quand même à l’époque le parti au pouvoir. A Bamako ou dans le Mali profond, l’homme de la rue a tôt fait d’ironiser sur l’attitude du président sortant : "Alpha" ferait tout pour que la présidence revienne à ATT, qui en cette année 2002 s’est déclaré candidat à la présidence. Comme si, dès 1992, les deux hommes avaient passé un "deal". Le militaire "ATT" laissant le civil "Alpha" prendre le pouvoir à l’issue de la transition, à charge pour ce dernier de le lui "remettre" dix ans plus tard.
Aussi, lorsqu’arrive le scrutin présidentiel, en avril 2002, ATT a passé dix ans à faire le facilitateur pour tenter de régler divers conflits en Afrique, et a acquis une image d’homme qui met les mains dans l’humanitaire, en s’étant engagé très tôt dans un vaste programme de lutte contre la maladie du ver de Guinée, avec la Fondation Carter.
Sans aucun parti politique, tout juste une association de soutien, dénommée le Mouvement des Citoyens, il va affronter une kyrielle de vieux briscards de la politique, et non des moindres. Au total, 24 candidats sont en lice pour cette présidentielle inédite où l’on retrouve, un ancien chef d’Etat (ATT), un ancien Premier ministre, Ibrahim Boubacar Keita (dit " IBK", Premier ministre sous l’étiquette ADEMA de février 1994 à février 2000), mais aussi Soumaïla Cissé, candidat officiel et non sans peine de l’ADEMA. Dès le départ, on sait que la bataille se jouera entre ces trois-là.
Les seconds rôles sont tenus par Me Mountaga Tall, président du Congrès national d’initiative démocratique (CNID), qui avait obtenu 11,41% des voix à la présidentielle de 1992, Tiébilé Dramé, président du Parti Renaissance nationale (PARENA) mais aussi Choguel Maïga, président du Mouvement patriotique pour le renouveau (MPR), la formation qui se réclame "héritière" du général Moussa Traoré.

Ibrahim Boubacar Keita (RPM), Me Mountaga Tall (CNID), et Choguel Maïga (MPR), s’ils vont en ordre dispersé à la présidentielle, sont toutefois membres d’une coalition dénommée "Espoir 2002", qui regroupe une quinzaine de partis. Tous se sont engagés dans cette alliance pour soutenir celui d’entre eux qui parviendra éventuellement au deuxième tour.
Au premier tour de cette présidentielle, disputée le 28 avril 2002, "ATT" arrive en tête avec 28,7% des voix. Il devance Soumaïla Cissé (21,32%), candidat de l’ADEMA mais qui s’est battu quasiment seul, non sans bénéficier toutefois d’importants moyens financiers.
"IBK", très colère à l’époque, n’est crédité que de la troisième position avec seulement 21% des suffrages.
Entre le premier tour (28 avril) et le second (12 mai), l’on va assister à un formidable jeu d’artistes de la politique au sortir duquel l’électeur de base ne comprendra pas grand-chose.
Après avoir tant décrié la candidature d’ATT, arguant du retour des militaires au pouvoir, Ibrahim Boubacar Keïta appellera finalement ses électeurs à voter pour le général Toumani Touré au second tour, non sans avoir entre temps menacé de faire "bouger" le pays lors d’un meeting dans un stade de Bamako, meeting où tous les membres de la coalition "Espoir 2002" étaient venus dénoncer les "fraudes" du premier tour. Étonnamment, c’est à la suite d’un voyage éclair à Libreville où il a rencontré le président Omar Bongo (il s’appelait encore ainsi à l’époque), que "IBK" a changé d’avis, cessé de menacer d’empêcher le second tour et appelé à voter pour "ATT".
Quoi de plus surprenant encore, que de voir Choguel Maïga soutenir lui aussi "ATT", le tombeur de Moussa Traoré dont Choguel Maïga revendique l’héritage ?
C’est donc un président sans parti, sans majorité parlementaire (les législatives étaient prévues en juillet), qui accède au pouvoir dans un pays désespérément pauvre, et dont la seule richesse, le coton (voire l’or) semble avoir surtout bénéficié à la nomenklatura de l’ADEMA.
Mais le jeu n’est pas fini. Il va devenir grandiose au moment des législatives. Tous derrière le président Toumani Touré à la présidentielle, mais chacun pour soi aux législatives. Quand arrive ce scrutin, en juillet 2002, il existe en gros trois grandes coalitions.
La première, Convergence pour l’alternance et le changement (ACC), regroupe 28 partis de faible envergure qui affirment sans ambages leur soutien au président "ATT".
La seconde, Espoir 2002, regroupe les principaux poids lourds de l’opposition du régime Alpha Konaré, le RPM d’IBK, le MPR de Choguel Maïga et le CNID de Me Mountaga Tall. Leur objectif : la majorité au Parlement pour obliger le président à choisir parmi eux le futur Premier ministre.
haut

Enfin, la troisième grande coalition, l’Alliance pour la république et la démocratie (ARD), s’est forgée autour de l’ADEMA et son candidat battu à la présidentielle, Soumaïla Cissé. Sur le papier, le jeu politique semble clair. Trois grands groupes politiques qui vont s’affronter. Celui du président fraîchement élu, celui de l’ancien régime et celui des opposants historiques. Sur le papier seulement, car dans les faits, les pauvres électeurs ont de quoi s’arracher les cheveux.
Ainsi par exemple, le parti PARENA de Tiébilé Dramé, membre de la coalition ACC, a formé dans certaines circonscriptions des listes communes avec l’ADEMA, chef de file de la coalition URD.
Au final, après le deuxième tour et de multiples alliances et mésalliances, aucun parti ou groupe de partis n’a obtenu la majorité absolue. Le Rassemblement pour le Mali (RPM), de l’ancien Premier ministre Ibrahim Boubacar Kéita arrive en tête avec 46 députés contre 45 à l’Alliance pour la démocratie au Mali (Adéma, majorité sortante).
Au niveau des alliances, "Espoir 2002", piloté par le RPM, totalise 66 sièges contre 51 à son rival, l’Alliance pour la République et la Démocratie (ARD) dirigée par l’ADEMA.

Fin politicien, le président "ATT" n’a pas une minute affiché sa préférence à l’un ou l’autre des blocs politiques qui se sont forgés au gré de ces élections. En ce mois d’août 2002, il se retrouve face à un Parlement où aucun parti ni aucun groupe ne peuvent lui imposer un Premier ministre. ATT n’a aussi surtout pas commis l’erreur de créer son propre parti avant ces législatives. Il est donc le grand chef d’orchestre d’une classe politique qui sort quelque peu éprouvée de cette période électorale. L’ancien parti au pouvoir, l’ADEMA, a certes résisté au naufrage, mais, fait rare en Afrique, doit se plier à l’alternance. Les opposants d’hier n’en sont plus vraiment, mais ils n’ont pas non plus accédé aux marches du pouvoir. Quant aux partis qui se réclament du président, ils sont minoritaires à l’Assemblée.
Outre cet imbroglio fabuleux, un autre fait est à souligner à l’issue de ces périodes électorales de 2002. Au sortir de la présidentielle, le président ATT en personne s’était inquiété du faible taux de participation.
Au second tour de la présidentielle, comme pour le premier tour, la Cour constitutionnelle avait annulé 268.216 bulletins de vote, soit plus de la moitié des suffrages obtenus par le perdant, Soumaïla Cissé, qui a été crédité de 498.503 voix. Rien n’indique évidemment que les suffrages annulés se seraient portés sur M. Cissé, mais une telle proportion montre l’ampleur du problème, et l’on n’ose en imaginer les conséquences si l’écart entre les deux candidats avait été réduit.
Pour mémoire, au premier tour, la Cour constitutionnelle avait déjà annulé plus de 500.000 votes. Sur seulement 5,7 millions d’inscrits, cela faisait beaucoup.
Est-ce pour cette raison aussi que les Maliens ne se sont guère passionnés pour ce deuxième tour ? Toujours est-il que le taux de participation était encore descendu : 29,99% contre environ 38% au premier tour.
Dans son arrêt justifiant ses annulations, la Cour constitutionnelle avait bien résumé l’ensemble des problèmes rencontrés à l’occasion de cette élection : présence de "bureaux de vote fictifs", "manipulation frauduleuse" de chiffres, "absence de signature sur des procès verbaux" et la "distribution anarchique" de cartes d’électeurs.
Même le Centre Carter, ONG basée aux Etats-Unis, spécialisée sur les processus électoraux, n’avait pu que souligner dans son rapport d’observation que "les deux tours des élections ont été caractérisés par de nombreuses irrégularités de procédure", et de conclure : "La conséquence a été qu’un grand nombre d’électeurs a été privé de son droit de vote du fait de l’ampleur des irrégularités électorales".

Aux législatives qui ont suivi en juillet, sur environ cinq millions d’électeurs inscrits, 1.2O5.238 personnes seulement ont voté soit un taux de participation de 23%.
Ainsi, en 2002, dix ans après avoir pris le pouvoir par un coup de force militaire pour éviter un bain de sang à son pays, le général Toumani Touré revient aux commandes. De toute évidence, le pays est encore très pauvre, et le modèle démocratique malien a pas mal de défauts et de faiblesses. On y vote, certes, mais dans quelles conditions ? Mauvaises. Le recensement des électeurs, la distribution des cartes électorales, les modalités de décompte des suffrages, tout est à revoir.
C’est sans doute un tel désordre qui a découragé les électeurs. Au 2ème tour des législatives, la participation n’a été que de 14 % à Bamako. Inquiétant. Et au sortir des législatives, un seul parti, le PARENA, réclame que soit changé le mode de scrutin, en proposant la proportionnelle. Un peu normal car le mode de scrutin - majoritaire à deux tours – n’avait pas manqué de léser le parti de Tiébilé Dramé. Avec environ 85.000 voix, le PARENA se classait comme la troisième force politique du pays, mais in fine, il n’a obtenu qu’un seul siège de député sur les 147 en compétition.
Voilà autant de bons sujets sur lesquels pourra donc plancher la classe politique malienne, peut-on penser à l’époque.
Le président n’a pas de parti, donc pas de majorité parlementaire. Avec qui va-t-il gouverner ? Et bien avec tout le monde, même avec l’ADEMA dont, rappelons-le, le candidat à la présidentielle, Soumaïla Cissé, était l’adversaire d’ATT au second tour. Comment faire pour ne froisser personne et s’assurer un consensus ? Une fois élu, ATT va alors chercher comme Premier ministre quelqu’un qui ne fera de l’ombre à personne et qui n’aura aucune ambition politique présumée.
Qui sera cet homme introuvable ? Mohamed Ag Amani. Ancien ambassadeur, Mohamed Ag Amani est nommé Premier ministre le 9 juin, au lendemain de l’investiture du président Toumani Touré. Agé de 60 ans, économiste-statisticien de formation, il fut plusieurs fois ministre (Jeunesse, Tourisme, Sport) sous le régime du général Moussa Traoré. Ag Amani a également été Haut Commissaire de l'Organisation de Mise en valeur du Fleuve Sénégal (OMVS) et il avait pris sa retraite après son dernier poste d’ambassadeur en Belgique. Pas de parti, retiré du monde politique, il est l’homme qu’il faut pour diriger le gouvernement jusqu’aux législatives de juillet 2002. Mais, et c’est là déjà une situation bien étrange, le premier gouvernement formé par Ag Amani comprend aussitôt toutes les sensibilités politiques qui vont devoir s’affronter aux législatives.
On y trouve des ministres apparentés à la coalition Espoir 2002 d’IBK, d’autres de la coalition ARD, pilotée par l’ADEMA, et bien sûr des "pro-ATT" déclarés, membres de la coalition ACC. Mieux, dès son investiture, ATT nomme comme secrétaire général de la présidence, Modibo Sidibé, qui était le ministre des Affaires étrangères du dernier gouvernement ADEMA, avant la présidentielle.
haut

Passées les législatives, ATT reconduit Mohamed Ag Amani au poste de Premier ministre. Ce dernier forme un nouveau gouvernement dans lequel cette fois des grosses pointures politiques font leur entrée : Choguel Maïga (MPR), l’"héritier politique" du général Moussa Traoré, est nommé ministre de l'Industrie et du Commerce. Les autres poids lourds ne sont pas en reste. Ibrahim Boubacar Keita (RPM) est élu … président de l’Assemblée nationale et Me Mountaga Tall (CNID), 1er vice-président du Parlement.
Dès son élection à la tête de l'Assemblée, IBK déclare qu'il présidera le Parlement "sans exclusion". "Le peuple malien vient encore d'étonner. La démocratie malienne est faite de consensus, et non d'animosité", ajoute-t-il. Et pour être bien compris par tous, il précise qu'il n'entend pas "s'opposer" au chef de l'Etat Amadou Toumani Touré, mais "travailler côte à côte avec lui". Fini donc, et bel et bien fini, le temps où, dans un stade de Bamako, les ténors d’Espoir 2002 dénonçaient le premier tour de la présidentielle comme n’ayant été qu’une "pure mascarade qui n'avait pour ambition que de procéder à la nomination d'un homme à la présidence de la République".
Pour que le Mali soit un havre de paix approchant la perfection, il ne manquait qu’une petite touche au tableau. C’est Alpha Oumar Konaré qui s’en chargea. Son dernier acte en tant que président, avant qu’il ne passe le flambeau à ATT, fut d’accorder la grâce à l’ancien président Moussa Traoré au nom de la "réconciliation nationale". Gracié le 29 mai 2002, Moussa Traoré aura passé plus de dix ans en détention. Il avait été condamné à mort en 1992, pour crimes "politiques", puis de nouveau condamné à la peine capitale en 1999 pour crimes "économiques". Son épouse, Mariam, avait été également condamnée à mort pour crimes économiques. Alpha Oumar Konaré, hostile à la peine de mort, avait dans un premier temps commué la peine des époux Traoré en prison à perpétuité. Voilà pour l'histoire.
R-J Lique à Bamako

N° 290 du 23/03/2004
Dans une Afrique de l’Ouest déchirée par de multiples conflits,
il est un pôle de stabilité où l’on risque de s’ennuyer
jusqu’en ... 2012. Bienvenue au Mali (deuxièmepartie et fin)


Dans un premier article (Afrique Express N° 289), nous avons vu tenter d'expliquer commet et pourquoi la vie politique au Mali est d'un calme plat qui confine à l'ennui. L'histoire, tout d'abord, mais aussi les ambitions futures des principaux leaders de partis, font, qu'en cette année 2004 et sans doute pour longtemps, il n'y aura pas d'affrontements politiques sérieux. Tout un chacun se place dans l'ombre du président de la République, Amadou Toumany Touré, en attendant l'élection présidentielle de ...2012, car il est pratiquement acquis que "ATT", comme on le surnomme à Bamako, rempilera pour un second mandant présidentiel.
Dans ce havre de paix, il est bien difficile de trouver un opposant. Mais en cherchant bien, nous en avons quand même trouvé un. Les mauvaises langues estiment en fait que le professeur Yoro Diakité, puisque c'est de lui qu'il s'agit, se serait déclaré "opposant" afin de bénéficier qu'un quota de représentants au sein de la Commission électorale indépendante (CENI), en perspective des élections locales qui doivent avoir lieu en mai.
Le professeur Diakité, qui dirige le Bloc des Alternatives pour le Renouveau Africain (BARA), dément bien évidemment cette intention, et en veut pour preuve différents actes qu'il a posés depuis l'arrivée au pouvoir d'ATT. En fait, son "action" politique se limite à quelques conférences de presse, dont une "bien salée" lors de la visite du président français Jacques Chirac au Mali, en octobre 2003. A l'époque, le professeur Diakité avait fustigé ce qu'il avait perçu comme un "soutien" de Jacques Chirac à la "démocratie consensuelle" malienne, estimant que d'applaudir un régime où l'opposition n'existe guère, c'est faire montre d'un certain mépris pour les Africains. Les véritables démocraties ne seraient-elles bonnes que pour les pays occidentaux ?, s'était interrogé le leader du BARA.
Homme de gauche convaincu, le professeur Yoro Diakite est un vieux routier de la politique puisqu'il a successivement été au CNID aujourd'hui dirigé par Me Mountaga Tall, puis président de 1995 à 1999 du Parti pour la renaissance nationale (PARENA -aujourd'hui dirigé par Tiébilé Dramé).
Il a fondé le BARA en décembre 1999 et sa base électorale se confine aujourd'hui à la région de Bougouni (ville située sur la route qui descend de Bamako en direction de la Côte d'Ivoire).
Mais si aujourd'hui le Pr Diakite se veut le chantre d'une réelle opposition, les Maliens n'ont pas oublié qu'il fut aussi plusieurs fois ministre sous le régime du président Alpha Konaré, et même aux périodes les plus tendues de l'ère Konaré. Quand en 1997, dix leaders de l'opposition étaient en prison à la suite de leur contestation de la réélection d'Alpha Konaré à la présidence, le professeur Diakité était ministre d'un gouvernement pour le moins fort contesté et fort peu "légitime". Qu'à cela ne tienne, le professeur est resté ministre jusqu'au départ de la primature d'Ibrahim Boubacar Keita, en février 2000.
Aussi, lorsque en 2003, notre professeur (il est diplômé de l'Université de Strasbourg en mathématiques), s'est déclaré "opposant" au régime d'ATT, une partie de la presse malienne n'a pas manqué d'ironiser. "De qui se moque le Bara ?", a pu titrer le journal malien Le Reflet, ajoutant : "Le Bara du Professeur Yoro Diakité se veut aujourd'hui le seul "parti politique" de l'opposition ! Du CNID au Bara en passant par le Parena, on imaginait que le professeur avait acquis une certaine maturité et lucidité politique pour savoir qu'on ne se proclame pas de l'opposition à son réveil. On ne se lève pas un bon matin pour décréter son opposition à un régime. L'appartenance à l'opposition requiert des critères que le Bara est loin de remplir. Ce regroupement s'oppose d'abord par rapport à qui ? À quelle idéologie ? Quel est le projet de société qu'il présente comme alternative au programme d'ATT ? Quelle est sa place et sa force sur l'échiquier politique national ? Est-il une force de proposition crédible ?
N'est-ce pas prétentieux de vouloir se positionner dans l'opposition alors que son parti ne peut se prévaloir d'aucun député et d'aucun conseiller municipal ? De qui se moque alors le Bara et son président ? La réalité, c'est que le professeur veut sortir de l'oubli et se repositionner par rapport au remaniement ministériel fort longtemps annoncé.
"
La critique valait sans doute pour la faiblesse de la représentation du BARA, bien que ce dernier revendique "près de 200 conseillers" locaux, la mairie de la ville de Bougouni et une dizaine de maires ruraux.
Pour le reste, il est vrai qu'il est difficile de percevoir au Bara comme ailleurs, un programme "clair" qui trancherait avec celui des autres partis si tant est que ces derniers aient des programmes politiques. Dans ses interventions, le professeur Diakite reproche avant tout au président ATT de ne pas avoir créé son propre parti politique et déplore de ne pas être traité sur le même pied d'égalité que les autres partis, notamment par les médias d'Etat.
En fait, le seul véritable "moteur" qui semble faire tourner le Bara, c'est sa dénonciation d'une démocratie qu'il juge "factice" puisqu'elle repose sur un consensus derrière le président ATT. En résumé, le Bara ne serait que le petit grain de sable qui tenterait d'enrayer une mécanique bien huilée pour " tourner" sans problème jusqu'à la présidentielle de 2012.
haut

Le Jeu de la transhumance ...

Si l'on voulait faire fortune et sans gros investissement, il suffirait de lancer sur le marché des jeux de société, un nouveau jeu que l'on pourrait appeler le "Jeu de la transhumance". Tout le monde connaît le Jeu de l'oie, où l'on avance sur une piste numérotée au gré des coups de dés et des embûches semées sur le tapis de jeu. Le Jeu de la transhumance consisterait à placer sur la case départ, une bonne dizaine de figurines représentants des hommes politiques maliens et à les faire cheminer sur un parcours semé de cases "ruptures" ou de cases "alliances", qui renverraient les figurines sur d'autres destinations. Le vainqueur pourrait être celui qui parviendrait à savoir dans quelle formation politique se trouve réellement sa figurine, à un moment donné. Bon courage ...
Il faut en effet une patience digne du champion du monde de montage de puzzles pour pouvoir à l'heure actuelle être capable de recenser noir sur blanc la position des partis politiques en fonction des alliances existantes, et ce serait encore plus délicat si d'aventure l'on voulait recenser le positionnement des hommes politiques en tant qu'individus.
Un très grand nombre de partis politiques sont issus de fractures successives et ce dans une proportion assez remarquable.
Un parti comme le Parti Renaissance nationale (PARENA) a été créé en 1995 par neuf personnes qui ont claqué la porte du CNID de Me Mountaga Tall. Par la suite le PARENA a lui aussi subi une dissidence qui a permis la naissance du Bara du professeur Diakité.
L'ADEMA, le parti qui a dirigé le pays pendant une décennie avec le président Alpha Konare, a subi deux ruptures importantes : la première, lorsqu'en 2001, Ibrahim Boubacar Keita (IBK), a créé le RPM (Rassemblement pour le Mali) emmenant avec lui des cadres importants de l'ADEMA.
La seconde fracture au sein de l'ADEMA a eu lieu lorsque Soumaïla Cissé, candidat malheureux à la présidentielle de 2002 sous les couleurs de l'ADEMA, a finalement créé son propre parti, l'Union pour la république et la démocratie (URD) en juin 2003. Simple ? Un arbre à deux branches, avec à sa tête l'ADEMA et puis deux dérivations, l'une menant au RPM d'IBK et l'autre à l'URD de Soumaïla Cissé.
Simple, cela aurait pu l'être si l'on n'était pas au Mali. Car ce bel arbre va à nouveau se fissurer mais dans l'autre sens.
En novembre 2003, c'est au tour de l'ADEMA de récupérer dans ses rangs une bonne poignée de ses anciens dissidents qui retournent au bercail, pour des raisons qui échappent à l'homme de la rue. Ainsi, des membres importants du RPM d'IBK et d'autres du parti MIRIA (parti de l'actuel ministre de l'Education nationale, Mohamed Lamine Traoré) reviennent à leurs premières amours et sont accueillis à bras ouverts par l'ADEMA. Juste pour information et pour ne pas trop embrouiller le lecteur, il faut savoir que le MIRIA est aussi un parti qui a été créé par d'anciens cadres de l'ADEMA.
Simple quand même, pourrait-on penser. Des dissidents d'un parti le quittent puis y reviennent quelques années plus tard. Oui, mais pas au Mali. Car une autre question se pose pour tout observateur sensé de la vie politique d'un pays. Dans quelle mouvance se situe un parti ? Dans la majorité présidentielle ? Dans l'opposition ? Dans une alliance qui serait située à mi-chemin entre le pourvoir présidentiel et l'opposition ?
haut

Au Mali, aucun de ces critères ne peut permettre de ranger un parti dans un tiroir bien précis. Quand on entre dans le champ des regroupements politiques, des alliances électorales ou des groupes parlementaires, c'est comme si l'on s'aventure au fond d'une mine de charbon, et sans lumière.
Prenons un exemple récent et pour le moins significatif de ce casse-tête inextricable. Prenons même un "petit" parti, pour ne pas compliquer l'affaire, le Parti de la Solidarité africaine (SADI) dont le secrétaire général, le Dr Oumar Mariko, avait été candidat à l'élection présidentielle de 2002.
Aux législatives de la même année, le SADI a décroché six députés. Jusque-là, cela reste simple. Où se situe le SADI à cette époque ? C'est déjà plus compliqué.
Au lendemain des législatives, comme la plupart des partis représentés au Parlement, le SADI obtient le ministère de la Culture, poste occupé par le cinéaste Cheick Oumar Sissoko.
Le SADI est-il "contre" le président ATT ? Non, pourrait-on penser puisqu'il participe au gouvernement. Le parti est même respecté par le pouvoir puisqu'un de ses députés décroche un poste comme membre de la Haute cour de justice.
Apparemment, et pour tout observateur sensé, le SADI, qui a un ministre, des places dans les institutions, n'est pas dans l'opposition. Pourtant, en octobre 2003, cinq de ses six députés démissionnent du parti et décident de créer un nouveau groupe parlementaire, dénommé "Liberté et justice sociale" (LJS), afin d'apporter leur "soutien" à l'action du président ATT.
Là, ça devient le noir absolu. Car comment expliquer que lorsqu'on a un ministre et des représentants dans les plus hautes institutions de la République, l'on n'apporte pas ce-faisant son " soutien" à l'action du président de la République ?
On plaint fortement les sympathisants du SADI si d'aventure ils essaient de percevoir la ligne politique des responsables du parti pour lesquels ils ont quand même voté.
Mais l'histoire du SADI n'est malheureusement pas un cas isolé que l'on pourrait mettre en exergue pour "noircir" la classe politique malienne. Quand il s'agit de mettre le nez dans le puzzle des grandes alliances entre partis, cela devient quasiment incompréhensible. Seul, peut-être, un schéma peut permettre d'y voir un peu clair (Cf. ci-contre). Quant au fonctionnement et aux objectifs de ces alliances, cela participe du mystère.
Les seuls événements" qui ont animé la vie politique malienne depuis l'arrivée au pouvoir du président Toumani Touré, ont été une empoignade à propos de l'attribution des postes au bureau de l'Assemblée et notamment celui très convoité de questeur, une querelle sur la nécessité ou non de créer un poste de " vérificateur national" (une sorte de cour des comptes), et, tout récemment, une mini-polémique à propos de la composition de la Commission électorale, commission qui n'a pourtant pas un rôle prépondérant dans le processus électoral.
Aussi, quand on parcourt la presse malienne, il faut un guide des sigles pour y comprendre quelque chose. Voici, pour en sourire, un extrait d'une analyse d'un journal de la place, à propos de la bataille pour s'emparer de la questure de l'Assemblée (7 milliards de FCFA à gérer tout de même) :
"En renonçant à la questure et la vice-présidence, le RPM espère en retour récupérer un poste de secrétaire parlementaire dans la proposition de bureau issue de l'accord signé entre l'ADEMA, l'ACC, le CODI, le CNID et le MPR.
Et l'on s'éloigne du consensus tant souhaité lorsque le RPM propose à ses anciens alliés de ramener le débat au sein de Espoir 2002. Ce qui est une manière implicite de demander au MPR et au CNID de revoir leur alliance avec l'ADEMA, l'ACC, le CODI et la LJS. Nous l'écrivions la semaine dernière que ce qui dérange les responsables du RPM, c'est que le CNID ait pris la route de Bamako-Coura après la tentative du RPM de leur imposer l'URD comme allié stratégique".
C'est plaisant mais politiquement parlant, l'on doute que ce type de "débat" redonne goût aux électeurs maliens pour la politique.
Pas de débats sérieux, des querelles d'apothicaires, tout est-il si négatif ? Pas sûr. "On vit une deuxième transition", nous confie un ministre, en faisant référence à la première transition politico-militaire, lorsque le général Toumani Touré a renversé le régime de Moussa Traore en 1991.
Cette situation de "consensus" fait aussi que l'on se parle à nouveau, confie un autre ministre, qui rappelle l'époque 97/98 où toute la classe politique se haïssait à l'envi. Le professeur Yoro Diakité explique aussi cette "particularité" malienne par le fait que les principaux partis d'opposition sous le régime d'Alpha Konaré, regroupés pendant presque dix ans dans la COPPO (Coordination de l'opposition) veulent "arrêter de maigrir" et "se refaire une santé" en participant aux affaires. Ce qui lui fait dire que le Mali vit plus une "démocratie alimentaire" qu'une "démocratie consensuelle".
haut

Qui gouverne ?

Pas de débats, pas d'opposition, alors qui est le moteur de la vie politique et de l'action gouvernementale ? Tout le monde s'accorde à reconnaître que tout repose sur la volonté du président. Il est d'ailleurs partout. "C'est lui qui pousse, qui bouge, qui mobilise", admet encore le leader du Bara. Seul le parti SADI avait conditionné sa participation au gouvernement à la mise sur pied d'un programme d'action bien défini. Y-en a-t-il eu un, à part un vague lettre de mission adressée par le président à ses ministres ?
Les grands chantiers, au propre comme au figuré, sont du ressort du président. Comme celui de la construction 1008 logements sociaux qui vient d'être achevé. Ces logements seront destinés en priorité aux fonctionnaires, à revenu intermédiaires, mais aussi à d'autres couches sociales à revenus modestes.
C'est Toumani Touré en personne qui avait posé la première pierre de ce vaste chantier en mai 2003, et c'est encore le président en personne qui vient de réceptionner les premiers appartements fin prêts pour leurs futurs bénéficiaires. Ce premier chantier ne sera d'ailleurs pas le seul : d'autres logements de ce type permettant l'accession à la propriété sont prévus à Kidal et à Ségou par exemple.
C'est sans doute ce "dynamisme" du président qui fait sa popularité. Et les problèmes à résoudre ne manquent pas. Le bilan de l'ère " Alpha" est assez lourd. "Quand le ministre de l'Enseignement supérieur (Lamine Traoré) expose les problèmes de l'Université, on entend les mouches voler en Conseil des ministres", confie un de ses collègues pour souligner à quel point le gouvernement a du travail devant lui.
C'est peut-être aussi ce qui explique en partie cette situation "consensuelle". Il n'y a guère de place pour les débats idéologiques, tant les problèmes sont avant tout "économiques", et que leur résolution dépend aussi et surtout des "cadrages" imposés par les institutions financières internationales. Alors sur quoi juger l'action du président ? Peut-être sur la lutte contre la corruption, qui reste un fléau notoire. Construire des logements sociaux, c'est bien, mais encore faudra-t-il attendre de voir à qui ils seront attribués, avant de juger de leurs caractères vraiment " social " par exemple.
Pour l'heure, le Mali s'apprête à tenir des élections communales prévues fin mai. Et comme les partis n'ont guère de programme, que leurs responsables passent souvent d'un parti à l'autre au gré du vent, l'on se demande bien sur quelle base les électeurs vont pouvoir se décider avant de déposer leurs bulletins de vote dans les urnes ? Ces élections seront surtout un test pour juger de la confiance qu'accordent encore ou non les populations à leurs élus.
R-J Lique à Bamako

N° 287 du 03/02/2004
"Neutralisation" d’islamistes armés du GSPC à la frontière malienne


Des islamistes armés du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) ont été "neutralisés" fin janvier par l’armée algérienne à la frontière algéro-malienne au sud d’In Salah (1.300 km au sud d’Alger). Selon l’agence algérienne APS citant l’état-major de l’armée, "un groupe terroriste", dont le nombre d’éléments n’a pas été précisé, a été intercepté alors qu’ "il tentait de s’infiltrer par la frontière algéro-malienne à bord de 4 véhicules Toyota".
L’armée a aussi saisi lors de cette opération un "lot d’armements acheté à des trafiquants d’armes de pays limitrophes subsahariens avec l’argent de la rançon payée par un pays occidental concerné par la libération de ses otages au Mali en août dernier".
Dans ce lot figurent des mortiers, des mitrailleuses, des lance-roquettes, près de 200 kalachnikovs, des fusils à lunette, des pistolets automatiques avec "un important lot de munitions", selon l’état-major. Des "équipements de liaison" et une dizaine de téléphones satellitaires ont également été saisis.
Le quotidien gouvernemental algérien En-nasr a indiqué qu’au moins quatre islamistes armés ont été tués par l’armée algérienne au sud de Tamanrasset (1.900 km au sud d’Alger) dans la zone frontalière avec le Mali.
Ces islamistes seraient "probablement" des hommes d’Abderrazak "le para", le numéro 2 du GSPC, qui avait pris en otage durant plus de cinq mois 32 touristes européens dans le Sahara algérien et malien en 2003, selon ce journal.
Dix-sept otages (10 Autrichiens, 6 Allemands et un Suisse) avaient été libérés le 13 mai lors d’une opération de l’armée en Algérie au nord de Tamanrasset. Les 14 autres ( 9 Allemands, 4 Suisses et un Néerlandais) l’avaient été le 18 août au Mali dans la région de Kidal, après qu’une otage allemande fut décédée fin juin des suites d’une insolation.
C’est la première fois qu’est affirmé aussi nettement qu’ "un pays occidental", en l’occurrence l’Allemagne, a versé une rançon pour obtenir la libération de ses ressortissants.
Cette rançon, dont Berlin n’a jamais admis le versement, aurait atteint cinq millions d’euros, selon la presse allemande.

N° 285 du 06/01/2004
Le président Toumani Touré dresse un bilan positif de son action socio-économique


Le chef de l’Etat, Amadou Toumani Touré (ATT) a dressé un bilan positif de son action à la tête du pays et a annoncé des mesures, à l’occasion du discours de nouvel an à la Nation. "Il y a satisfaction et espoir", a déclaré Toumani Touré.
Le président s’est fondé notamment sur une récolte céréalière de plus de trois millions de tonnes attendues "soit une progression de 32% par rapport aux cinq dernières années", une récolte cotonnière attendue de 612.500 tonnes de coton plaçant désormais le Mali au rang de 1er pays producteur d’or blanc en Afrique. Il a en outre affirmé vouloir faire de l’agriculture "le moteur de l’économie malienne".
Chiffres à l’appui, Amadou Toumani Touré, a qualifié de positif son bilan depuis son élection en juin 2002 dans les domaines de l’éducation, de la construction d’habitations à caractère social et de l’élevage.
Le chef de l’Etat a aussi annoncé une réduction du prix des communications téléphoniques locales (75 F.CFA pour cinq minutes au lieu de 75 F.CFA pour trois minutes précédemment).
Il a également assuré que dans le domaine de la santé, à très moyen terme, avec le concours de la Banque mondiale qui s’est engagée à octroyer au Mali, un don de dix milliards de FCFA, des Maliens infectés par le VIH/Sida pourront bénéficier gratuitement d’Anti-rétroviraux. ATT a également évoqué la mise sur pied d’une assurance-maladie.
Pour un Mali "plus solidaire", 10.000 nouveaux points d’eau devraient permettre à des milliers de Maliens de bénéficier d’eau potable, a souhaité le président assurant également poursuivre sa politique de désenclavement du pays.
Il a appelé à la poursuite de la lutte contre la corruption et invité les syndicats au "dialogue et la concertation" comme mode de règlement des conflits sociaux. (avec AFP)

haut
© Copyright afrique-express.com
 
pub