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| Mali |
| Tombouctou |
Voyager
c'est rêver un peu. Et qui n'a pas rêvé
de franchir les murailles de Tombouctou, ville mythique, symbole
du désert, des caravanes de sel, des empires lointains
? Sans y être allé, on l'imagine sans peine,
Tombouctou.
Tombouctou ? On la voit ocre, mystérieuse, on la devine
labyrinthe de ruelles incertaines, de maisons aux volets clos
renfermant des pans d'histoire sagement gardés à
l'abri des importuns.
Tombouctou, autrefois interdite aux étrangers, a assuré
la gloire des explorateurs britannique, français et
allemand qui, voici plus de cent ans, ont forcé son
intimité. Les Gordon Laing, René Caillié
et Heinrich Barth l'ont immortalisée.
La ville de 30.000 habitants, posée sur le sable, est
de toute beauté. De vastes maisons en banco d'un étage,
le toit en terrasse, s'ouvrent sur le désert ou serpentent
d'une venelle à l'autre, à l'ombre des mosquées,
dont Djinguereber, la plus ancienne, date du 14e siècle.
"Tombouctou ? J'y suis allé", dira-t-on
avec fierté. A tel point que des Américains
ont créé un club très fermé des
"visiteurs de Tombouctou". Il faut montrer son "visa"
tamponné à Tombouctou même pour pouvoir
en être membre.
Les touristes européens y cherchent les maisons où
vécurent Laing, Caillié et Barth. La Grande-Bretagne
a restauré à grands frais la maison du major
Laing, premier Européen à avoir découvert
Tombouctou, et à y vivre pendant un mois. Il fut assassiné
le jour de son départ, à 50 km de la ville,
payant de sa vie d'avoir transgressé l'interdiction
des chefs religieux qui avaient banni l'accès à
tout étranger. Ses ossements ont été
retrouvés en 1910 par un officier français.
C'est le 20 avril 1828 que René Caillié, se
faisant passer pour un voyageur musulman, est entré
dans Tombouctou. Déçu de ne point y trouver
les fastes décrits trois siècles auparavant
par le voyageur arabe Léon l'Africain, il s'est consolé
à l'idée d'être le premier Européen
à pénétrer dans la cité sacrée.
Joie de courte durée quand il apprit que Laing l'avait
précédé de deux ans.
Malade, atteint du scorbut, René Caillié y resta
quinze jours. Son récit sur la ville est passé
cependant à la postérité même si
son témoignage n'a peut-être pas la rigueur historique
qu'on lui prête. Le 18e siècle avait déjà
marqué le déclin de Tombouctou, victime des
incursions de Marocains, Peuhls et Touaregs.
L'âge d'or de Tombouctou, lieu privilégié
d'échanges, ce fut aux 15e et 16e siècles.
Au 15e siècle, Tombouctou qui comptait alors 100 000
habitants dont 25 000 étudiants qui fréquentaient
l'université de Sankoré devenue mosquée,
fut aussi capitale du savoir.
Des milliers de manuscrits, certains remontant au 13e siècle,
y ont été écrits à la main par
des copistes qui retranscrivaient les enseignements des savants
musulmans.
Ces écrits que l'on a récupérés
patiemment sont conservés au Centre de documentation
et de recherches Ahmed-Baba (Cedrab), créé par
le gouvernement malien à l'initiative de l'Unesco en
1970. Il en reste encore des dizaines de milliers, menacés
de périr, jalousement gardés par des familles.
Ces manuscrits ont apporté un éclairage précieux
sur l'histoire de l'Afrique subsaharienne. Et ce travail n'est
pas fini, même si les moyens manquent.
Aujourd'hui, les caravanes de sel arrivent toujours à
Tombouctou, témoignage d'une ville à la lisière
de deux mondes, le Sahara et le fleuve Niger. Le premier ne
cesse d'avancer. En 20 ans, l'eau s'est retirée 15
km plus au sud, trace tangible d'un passé qui s'évanouit.
Même à l'ombre des venelles, on ressent les brûlures
de l'harmattan. Avril et mai sont les mois les plus chauds
à Tombouctou, propices aux tempêtes de sable
qui, en quelques secondes, recouvrent la ville d'un filtre
orange, sombre, opaque.
Sa population actuelle est une mosaïque des différentes
ethnies qui tout à tour l'ont conquise. Les Songhaïs,
les Touaregs, les Bella, descendants d'esclaves, les Peuls,
les pêcheurs Bozos.
Les années 90 ont été sombres dans la
région, avec la révolte des Touaregs, un temps
soutenus par les Songhaïs. Puis ce fut un conflit inter-ethnique,
que seul le temps a apaisé. Puis ce fut la réconciliation,
le 27 mars 1996 précisément, jour de la cérémonie
de la Flamme de la Paix, au cours laquelle les rebelles touaregs
ont brûlé 3000 de leurs armes.
Aujourd'hui, Tombouctou mène un autre combat. Tout
aussi douloureux et contre un ennemi d'envergure : le désert.
Grâce à un vaste programme de lutte anti-désertification
financé par la Commission européenne, on tente
tant bien que mal de "fixer" les dunes de sable
et l'on plante des arbres. Tombouctou ne veut pas mourir.
R-J
Lique
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