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Articles de la revue afrique-express sur le Sénégal - Années 1993-1994

Afrique-Express N° 15 Jeudi 30 septembre  1993

Deux syndicats et les partis politiques d'opposition vont lancer un mot d'ordre de grève

Deux des principaux syndicats, opposés à la baisse des salaires décidée par le gouvernement, ont lancé mercredi une grève de 72 heures, avec le soutien des partis politiques d'opposition.
L'Union nationale des syndicats autonomes du Sénégal (UNSAS) qui avait quitté vendredi les négociations devant le maintien de la réduction des revenus, a rejoint l'Union des travailleurs démocratiques du Sénégal (UTDS), majoritaire dans le secteur des transports.
M. Alioune Sow, secrétaire général de l'UTDS, a déclaré : "Nous allons paralyser le pays. En aucun cas, les salariés ne peuvent être tenus pour responsables de la crise économique. Le slogan +touche pas à mon salaire+ reste d'actualité".
L'UTDS, qui n'avait pas été admise aux négociations, avait retiré le mot d'ordre de grève qu'elle avait lancé les 22 et 23 septembre, soutenue par les partis d'opposition, en raison de la poursuite des pourparlers entre le gouvernement et l'intersyndicale.
Trois autres syndicats, la CNTS, affiliée au Parti socialiste (au pouvoir), la CSA et le SYNPICS poursuivaient les négociations, dans la nuit de samedi à dimanche, sur une "modulation" de la baisse des salaires et des mesures d'accompagnement, a-t-on indiqué de source officielle.
La décision de l'UNSAS et de l'UTDS devrait permettre aux partis d'opposition de reprendre l'initiative. "L'indépendance par rapport aux partis politiques que l'intersyndicale mettait en avant pour s'opposer à notre participation, n'existe plus", a déclaré Landing Savané, secrétaire général du Parti africain pour la démocratie et le socialisme (PADS).
Les partis d'opposition se sont regroupés au sein d'une "Coordination des forces démocratiques", pour mener "une lutte ouverte" contre le pouvoir et le contraindre à négocier avec l'opposition, a précisé M. Savané.
Parallèlement à la grève de 72 heures, les partis d'opposition organiseront des "journées villes mortes", a-t-il dit.

Rupture des négociations

Le gouvernement sénégalais et les trois syndicats qui avaient accepté une réduction des salaires ont rompu dimanche leurs négociations, aucun accord n'ayant pu être obtenu sur les mesures d'accompagnement du plan d'austérité.
La rupture est intervenue après le refus du gouvernement d'inclure le riz, le sucre et l'huile d'importation parmi les produits de première nécessité qui devaient bénéficier d'une baisse des prix.
"Le gouvernement a considéré qu'inclure ces produits dans les mesures d'accompagnement reviendrait à remettre en cause le plan d'austérité", ont affirmé les représentants des syndicats, au cours d'une conférence de presse.
Les trois syndicats qui participaient aux négociations avaient accepté au préalable le principe d'une réduction des salaires.
Pour sa part, le gouvernement avait donné son accord pour que les baisses des revenus, fixées initialement à 15% pour les fonctionnaires, soient moindres. Il avait proposé un seuil d'exonération pour les salaires jusqu'à 50.000 FCFA (1.000 FF) et fixé un taux s'échelonnant entre 11 et 18% pour les autres.
Au titre des mesures d'accompagnement, le gouvernement proposait une baisse des loyers, de 5 à 15%, et de l'électricité (5%).
Avant la rupture des négociations, l'UNSAS et l'Union des travailleurs démocratiques du Sénégal (UTDS), écartée des négociations, avaient annoncé qu'ils lanceraient mercredi un mot d'ordre de grève de 72 heures.
Les cinq partis politiques d'opposition leur avaient apporté leur soutien, en annonçant une "opération villes mortes" pendant la grève.
M. Madia Diop, secrétaire général de la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (CNTS), affiliée au Parti socialiste (au pouvoir), avait affirmé dimanche soir que les syndicats allaient "s'engager dans une nouvelle bataille".

Afrique-Express N° 16 Jeudi 7 octobre 1993

Rigueur économique
Pas d’accord syndicats-gouvernement

Le gouvernement et les syndicats sénégalais ont échoué samedi, pour la deuxième fois en moins d'une semaine, dans la recherche d'un accord sur les mesures d'austérité, plaçant le président Abdou Diouf devant un choix difficile.
Face à ce nouvel échec, deux solutions s'offrent à lui: imposer le plan d'urgence au risque de déclencher une explosion sociale ou y renoncer et ne plus être soutenu par les bailleurs de fonds qui ont fait de son application le préalable à une nouvelle aide financière.
"La rupture est cette fois irréversible", a affirmé Madia Diop, secrétaire général de la Confédération nationale des travailleurs sénégalais (CNTS), affiliée au Parti socialiste (au pouvoir).
La CNTS et la Coordination des syndicats autonomes (CSA), elle aussi proche du gouvernement, étaient les seules centrales à avoir repris les négociations après la première rupture du 26 septembre.
Le plus dur semblait fait: la CNTS qui regroupe 60 syndicats, et la CSA avaient accepté, contrairement aux autres centrales, le principe d'une "réduction modulée" des salaires, initialement fixée à 15%, et les négociations portaient sur les baisses des prix de denrées de première nécessité.
"Le gouvernement proposait 20 FCFA (4O centimes) de réduction sur le sucre et l'huile importée, nous en réclamions 40", a indiqué M. Diop.
Les syndicats s'étaient également vu opposer une fin de non recevoir à leur demande d'inclure le riz dans les mesures d'accompagnement.
Un front uni
Après ce second échec, le gouvernement se retrouve de nouveau face à un front syndical uni et la perspective d'une grève de 72 heures devrait se concrétiser rapidement, indiquait-on dimanche de source syndicale.
L'ampleur d'une première grève, le 2 septembre, autour du thème "touche pas à mon salaire", avait été à l'origine de l'ouverture des négociations.
Les partis politiques d'opposition, écartés des pourparlers, avaient annoncé qu'ils organiseraient des "journées villes mortes" pendant la grève de 72 heures. Pour eux, il s'agit désormais de "chasser du pouvoir le président Diouf et son gouvernement socialiste".
L'enjeu du plan d'urgence se situe à deux niveaux: d'un côté, les bailleurs de fonds conditionnent toute nouvelle aide financière à une réduction drastique du déficit budgétaire estimé à 180 milliards de FCFA (3,6 milliards de FF). De l'autre, l'échec des négociations et l'opposition des syndicats à une baisse des salaires ne laissent plus de marge de manoeuvre au gouvernement.
Avant la rupture de samedi, faute d'un début d'application du plan d'urgence, le Sénégal n'avait pu obtenir, fin septembre, l'accord des bailleurs de fonds pour un rééchelonnement d'une partie de sa dette extérieure estimée à 3,5 milliards de dollars.
En outre, le Sénégal doit trouver d'ici la fin de l'année 60 milliards de FCFA (1,2 milliard de FF) pour faire face à ses engagements, notamment le paiement des salaires des 66.000 fonctionnaires qui, depuis deux ans, est assuré par des emprunts.
Sur les 60 milliards de FCFA, il avait la certitude d'en recevoir les deux tiers mais, là aussi, à condition que les mesures du plan d'urgence, incluant une importante augmentation des recettes fiscales, soient effectives.
Le gouvernement a affirmé samedi que les mesures d'accompagnement compensent la baisse des salaires et garantissent une "grande stabilité du pouvoir d'achat".
Selon un document chiffré, les fonctionnaires gagnant jusqu'à 1.000 FF par mois auront un pouvoir d'achat en hausse de 5,7%. Ceux, dont les salaires vont de 1.400 FF à 4.500 FF subiront une perte de 1,8% à 10,9%. En revanche, les salariés du secteur privé verront leur pouvoir d'achat augmenter de 1,7% à 10%.
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Le désarroi dans les universités

La grève de 48 heures des professeurs d'université, vendredi et samedi, pour des revendications sectorielles, dissimule un malaise plus profond, celui d'une institution sénégalaise paralysée par la faiblesse chronique de moyens financiers et un flux considérable d'étudiants.
72% du budget annuel de l'université de Dakar d'un montant de 5 milliards de FCFA (100 millions de FF), est réservé au paiement des salaires et des primes du personnel enseignant et administratif.
L'achat de documents et livres ne représente que 0,6% de ce budget. 
"Le désarroi des professeurs est aussi bien moral que financier", affirme M. Moussa Samb, secrétaire général du Syndicat autonome de l'enseignement supérieur (SAES), à l'origine de la grève.
"Tant que l'on se limitera à scolariser moins de 30% des enfants sénégalais, il est évident qu'il sera difficile de parler de perspectives d'avenir au travers du système éducatif", ajoute-t-il.
Une "Concertation nationale", réunissant syndicalistes, enseignants et représentants des pouvoirs publics, a publié en août, après 16 mois de travaux, un rapport dont les conclusions remettent en cause le "statut" de l'enseignant et de l'étudiant.
Premières mesures: tout maître-assistant aurait six ans pour accomplir un cursus normal et effectuer les recherches justifiant le statut qu'il convoite. Dans le cas contraire, il devrait quitter l'université. Tout étudiant aurait deux ans pour réussir la première année sinon il ne pourrait plus poursuivre ses études. Enfin, une sélection aurait lieu avant l'entrée à l'université et le niveau du baccalauréat serait rehaussé.
"Il faut faire pression sur eux. Etudiants et professeurs doivent livrer un véritable parcours du combattant", souligne M. Diagne pour qui la vocation de l'université n'est en aucun cas de "résoudre les problèmes du chômage".
Les autorités sénégalaises, conscientes du "poids de contestation" que représentent des étudiants sans emploi, pratiquent une politique sociale qui en fait des "étudiants à temps plein toute leur vie".
Les maîtres-assistants représentent 65% du corps enseignant à l'université de Dakar.
Selon des chiffres officiels, plus de 40% des étudiants redoublent au moins une fois, 30% deux fois et seuls 8% accomplissent un cursus sans connaître d'échec dont le taux, en première année, s'élève à 87%.
Conçue pour recevoir 3.500 étudiants, l'université de Dakar, la plus ancienne d'Afrique francophone, en accueille 24.000. Si l'augmentation du nombre de bacheliers (6.000 par an) se poursuit, celui des étudiants doublera d'ici cinq ans.

Inculpation d'Abdoulaye Wade pour "atteinte à la sûreté de l'Etat"

M. Abdoulaye Wade, secrétaire général du Parti démocratique sénégalais (PDS, opposition), a été inculpé vendredi 1er octobre à Dakar pour "atteinte à la sûreté de l'Etat" et "complicité d'assassinat" dans le cadre de l'enquête sur le meurtre du vice-président du Conseil constitutionnel.
Son épouse, Mme Viviane Wade, d'origine française, et M. Abdoulaye Faye, député du PDS, ont également été inculpés. Tous trois ont été laissés en liberté.
Me Babacar Seye avait été assassiné par balles le 13 mai dans sa voiture par trois hommes qui circulaient à bord d'un véhicule. Son garde du corps avait été blessé.

L'affaire Babacar Seye: beaucoup de zones d'ombre

L'inculpation de "complicité d'assassinat et d'atteinte à la sûreté de l'Etat" de M. Abdoulaye Wade, principal opposant du président Abdou Diouf, souligne les zones d'ombre qui entourent l'assassinat, en mai, du vice-président du Conseil constitutionnel du Sénégal.
Qui a tué Me Babacar Seye et pourquoi ? Cinq mois après le meurtre, aucun mobile n'a été avancé par les enquêteurs alors que l'une des trois personnes qui ont reconnu avoir participé à l'assassinat, s'est rétractée sur les prétendus commanditaires, désignant d'abord M. Wade, puis un dirigeant du Parti socialiste (PS au pouvoir) agissant pour le compte du Premier ministre sénégalais Habib Thiam.
M. Wade, qui avait été interpellé puis relâché le jour de la mort du vice-président du Conseil constitutionnel, n'a cessé de protester de son innocence, accusant le pouvoir de vouloir "éliminer un adversaire politique".
Arrivé second au scrutin présidentiel de février, il réclame un gouvernement d'union nationale et le départ du président Diouf dont l'opposition conteste la réélection.
Le Premier ministre qui avait affirmé, en juin, devant l'Assemblée nationale, que la justice avait les preuves de la culpabilité de M. Wade, n'a jamais été interrogé par les enquêteurs et les magistrats chargés d'instruire l'affaire Seye.
M. Wade, ministre d'Etat du président Diouf d'avril 1991 à août 1992, affirme que son inculpation est "dictée uniquement par un pouvoir aux abois (...) face à la difficile conjoncture politique et sociale". 
Quel mobile ?
Les enquêteurs n'ont pas établi pour quels motifs Me Seye qui n'exerçait aucune activité politique, a été assassiné.
Seule hypothèse avancée: il s'agissait de déstabiliser l'Etat et créer le chaos au moment où le Conseil constitutionnel venait de rejeter le recours des partis d'opposition, et d'entériner la réélection du président Diouf.
Le 13 mai, jour de l'assassinat, il lui restait quatre jours pour se prononcer sur les résultats des élections législatives, eux aussi contestés par l'opposition.
A ce jour, cinq personnes ont été inculpées et incarcérées. Trois d'entre elles, connues des services de police, ont avoué avoir été mandatées pour faire peur à Me Seye, non pas pour le tuer.
Les deux autres personnes inculpées sont le député Mody Sy, ancien représentant du PDS en France, et Samuel Sarr, conseiller financier de M. Wade. Tous deux nient être impliqués. Ils seraient notamment accusés d'avoir fourni l'argent pour acheter le véhicule qui a servi à perpétrer le meurtre.
Quel serait alors le rôle de M. Wade, de son épouse et du député PDS Abdoulaye Faye, qui ont été inculpés vendredi de "complicité d'assassinat et d'atteinte à la sûreté de l'Etat" et laissés en liberté ?
"Il y a des éléments positifs contre eux. Ils ne pouvaient ignorer qu'un attentat se préparait", disent les enquêteurs.
"Faux. Le dossier est vide", rétorquent leurs avocats en soulignant que l'inculpation de M. Wade résulte de leur requête en annulation de la procédure. Celle-ci demandait à la chambre d'accusation comment on pouvait ne pas inculper M. Wade et sa femme et garder en détention MM. Sy et Sarr puisque tous les quatre sont accusés par les mêmes prévenus.
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Afrique-Express N° 17 Jeudi 14 octobre 1993

Rigueur économique
Grève les 19, 20 et 21 octobre

L'Union nationale des syndicats autonomes du Sénégal (UNSAS) et l'UNACOIS, le principal syndicat du secteur formel, appellent à une grève les 19, 20 et 21 octobre sur le thème "touche pas à mon salaire" pour s'opposer à la réduction de 15% des revenus appliquée depuis le début du mois par le gouvernement sénégalais.
"Les salariés ne sont pas responsables de la crise économique. Ça fait 30 ans que les mêmes dirigeants sont au pouvoir", a affirmé Mademba Sock, secrétaire général de l'UNSAS.
C'est la première fois que l'UNACOIS, qui regroupe essentiellement les commerçants, s'associe à une centrale syndicale pour une grève. "Quand les salaires sont touchés, c'est le pouvoir d'achat qui est remis en cause. Dès lors, nous sommes concernés", dit-on au siège de ce syndicat.
Deux autres syndicats, dont la Confédération nationale des travailleurs sénégalais (CNTS), affiliée au Parti socialiste (au pouvoir), ont confirmé au président Abdou Diouf leur refus de reprendre les négociations avec le gouvernement, interrompues le 2 octobre.
La CNTS et la Coordination des syndicats autonomes (CSA), elle aussi proche du gouvernement, avaient été les seuls syndicats à accepter une modulation sur la baisse des salaires en échange de mesures d'accompagnement destinées à maintenir le pouvoir d'achat.
Mais, contre toute attente, l'échec est venu du refus du gouvernement de négocier le prix du riz et d'accepter la baisse sollicitée par les syndicats sur le sucre et l'huile importée.
Ces trois produits, aliments de base de la nourriture des Sénégalais, rapportent 17 milliards de FCFA (340 millions de FF) par an au Sénégal, au titre des recettes fiscales qui devraient enregistrer une "moins value" de 30 milliards de FCFA (600 millions de FF) en 1993.
Les 23 et 24 août, l'UNACOIS avait paralysé l'activité au Sénégal lors d'une grève pour protester contre l'instauration de nouvelles taxes, notamment à l'importation, dans le cadre du plan d'urgence destiné à réduire un déficit budgétaire de 180 milliards de FCFA (3,6 milliards de FF).
Le 2 septembre, l'UNSAS, la CNTS, la CSA et le SYNPICS avaient observé une grève de 24 heures dont l'ampleur avait été à l'origine de la suspension de la baisse des salaires et de l'ouverture des négociations syndicats-gouvernement.

Opération ville morte
Les partis politiques d'opposition ont d'ores et déjà annoncé qu'ils organiseraient des "journées villes mortes" pendant la grève de 72 heures pour soutenir les syndicats. Ils entendent obtenir "le départ du pouvoir du président Diouf et du gouvernement socialiste".
L'UNSAS et l'UNACOIS estiment que l'Union démocratique des travailleurs sénégalais (UDTS), opposée à une ponction sur les salaires, se joindra à eux. L'UDTS, syndicat majoritaire dans le secteur des transports (aérien, routier et maritime), s'était prononcée pour une grève les 12, 13 et 14 octobre.
La CNTS, qui regroupe 60 syndicats, et la CSA n'ont pas pris officiellement position mais, au cours d'une assemblée générale commune, mardi, les délégués des deux centrales se sont prononcés pour la "poursuite de la bataille contre la réduction des salaires". Les syndicats estiment qu'une ponction sur les revenus n'entraînera qu'une économie de 7 milliards de FCFA (140 millions de FF).
Le Sénégal doit trouver d'ici la fin de l'année 60 milliards de FCFA (1,2 milliard de FF) pour faire face à ses engagements, notamment le paiement des 66.000 fonctionnaires dont les revenus représentent 130 milliards de FCFA (2,6 milliards de FF) par an, soit l'équivalent de 60% des recettes fiscales et 50% du budget de fonctionnement de l'Etat.
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La tendance dure semble l'emporter dans les syndicats

Pour obliger le président Abdou Diouf à revenir sur sa décision de réduire les salaires de 15%, les syndicats sénégalais ont créé une nouvelle intersyndicale où la tendance dure devrait prévaloir après l'échec des négociations entre la précédente structure et le gouvernement,.
L'"intersyndicale nouvelle formule" qui regroupe plus des 4/5 des salariés syndiqués, a été constituée samedi et comprend la Confédération nationale des travailleurs sénégalais (CNTS), affiliée au Parti socialiste (au pouvoir), la Coordination des syndicats autonomes (CSA), elle aussi proche du gouvernement, et l'Union démocratique des travailleurs sénégalais (UDTS).
L'UDTS, favorable aux partis politiques d'opposition, n'appartenait pas à la première intersyndicale qui, après avoir organisé avec succès une grève générale, le 2 septembre, s'était disloquée quand la CNTS et la CSA avaient accepté une modulation des salaires en échange de mesures d'accompagnement destinées à maintenir le pouvoir d'achat.

Plan d'urgence : scepticisme des bailleurs, colère des syndicats

Les 66.000 fonctionnaires sénégalais ont perçu  leur salaire du mois de septembre amputé de 15% mais accompagné d'un prêt équivalent, marquant l'entrée en vigueur du plan d'urgence du gouvernement qui provoque scepticisme chez les bailleurs de fonds et colère parmi les syndicats.
Ceux-ci ont ainsi qualifié d"inadmissible" le "prêt" équivalant à 15% du salaire remboursable en trois mois, attribué à chaque fonctionnaire sans qu'aucun d'entre eux ne l'ait sollicité.
"Comment peut-on vous prêter de l'argent que vous ne réclamez pas pour ensuite vous le reprendre, ce qui entraînera les mois suivants une diminution plus élevée que celle de 15%", s'insurgent aujourd'hui les syndicats.

Assassinat Me Seye
Inculpation d'un député de l'opposition

L'avocat Ousmane Ngom, député du Parti démocratique sénégalais (PDS - opposition), a été inculpé de "complicité d'assassinat et d'atteinte à la sûreté de l'Etat" dans le cadre de l'enquête sur le meurtre du vice-président du Conseil constitutionnel, Me Babacar Seye, le 13 mai dernier.
M. Abdoulaye Wade, secrétaire général du PDS et principal opposant du président Abdou Diouf, son épouse et le député PDS Abdoulaye Faye avaient également été inculpés .
Tous ont nié être impliqués dans l'assassinat. Ils ont été laissés en liberté.
M. Wade, ministre d'Etat d'avril 1991 à août 1992, a avait affirmé qu'il s'agissait d'une "machination" contre lui et le PDS ourdie par "un pouvoir aux abois".
Cinq personnes sont détenues dans le cadre de cette affaire. Trois d'entre elles, connues des services de police, ont reconnu leur participation à l'attentat. En revanche, MM. Mody Sy, député du PDS, et Samuel Sarr, conseiller financier de M. Wade, nient leur implication.

Afrique-Express N° 18 Jeudi 21 octobre 1993

Difficile fin de mois
Grèves du 19 au 21 et du 26 au 28

Pour obliger le président Abdou Diouf à revenir sur sa décision de réduire les salaires de 15%, les syndicats observeront deux grèves de 72 heures d'ici la fin du mois d'octobre.
La première aura lieu les 19, 20 et 21 octobre à l'appel de l'Union nationale des syndicats autonomes du Sénégal (UNSAS) et de l'UNACOIS, le principal syndicat du secteur informel regroupant commerçants et industriels.
La deuxième, décidée par l'"intersyndicale nouvelle formule", se déroulera les 26, 27 et 28 octobre.
L'"intersyndicale nouvelle formule", constituée samedi dernier, regroupe plus des 4/5 des salariés syndiqués. Elle comprend la Confédération nationale des travailleurs sénégalais (CNTS), affiliée au Parti socialiste (au pouvoir), la Coordination des syndicats autonomes (CSA), elle aussi proche du gouvernement, et l'Union démocratique des travailleurs sénégalais (UDTS).
Ces deux mots d'ordre  confirment le durcissement des syndicats autour du thème "touche pas à mon salaire" et leur opposition au plan d'urgence du gouvernement, arrêté en août et destiné à résorber un déficit budgétaire de 180 milliards de FCFA (bien 180 milliards de FCFA, 3,6 milliards de FF).
"Si +touche pas à mon salaire+ est le dénominateur commun de notre revendication, nous y ajoutons, désormais, la défense du pouvoir d'achat et la préservation de l'emploi", a indiqué Alioune Sow, secrétaire général de l'UDTS.
Le président Diouf avait affirmé, début septembre, lors des négociations gouvernement-syndicats, qu'un rejet du plan entraînerait soit le licenciement de 13.200 des 66.000 fonctionnaires, soit la dévaluation du franc CFA.
Les négociations ont échoué après le refus du gouvernement d'accepter la baisse, sollicitée par les syndicats, des prix du riz, du sucre et de l'huile importée. Ces trois produits, aliments de base des Sénégalais, rapportent 17 milliards de FCFA (340 millions de FF) par an à l'Etat au titre des recettes fiscales.

Rappel : le plan d'urgence, demandé par les bailleurs de fonds, prévoit, la réduction des salaires, de nouvelles taxes à l'importation, la suppression des exonérations douanières, la généralisation de la TVA et l'augmentation du prix des carburants.
Le Sénégal doit trouver d'ici la fin de l'année 60 milliards de FCFA pour faire face à ses engagements, notamment payer les salaires des fonctionnaires qui représente 130 milliards de FCFA (2,6 milliards de FF) par an, soit l'équivalent de 50% du budget de fonctionnement de l'Etat.
La Banque mondiale et le FMI exigent une "application totale" du plan pour, en accord avec les autres bailleurs de fonds, dont la France, l'octroi de nouveaux prêts et un rééchelonnement de la dette extérieure du Sénégal qui s'élève à 3,5 milliards de dollars.
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Afrique-Express N° 19 Jeudi 28 octobre 1993

Grève: succès mitigé pour le premier test

Le succès mitigé de la première grève de 72 heures, du 19 au 21, pour obtenir l'abrogation de la baisse des salaires et la fin des monopoles d'Etat sur le sucre et le riz, pourrait renforcer la détermination du gouvernement à imposer les mesures d'austérité sollicitées par les bailleurs de fonds.
Début octobre, après l'échec des négociations avec le gouvernement, les syndicats avaient radicalisé leur position autour du slogan "touche pas à mon salaire", mais montré leur division en appelant en ordre dispersé à deux grèves de 3 jours chacune.
La deuxième, annoncée pour les 26, 27 et 28 octobre par les principaux syndicats, dont la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (CNTS), regroupant 80% des salariés syndiqués, sera un test déterminant pour le gouvernement, à quelques jours du paiement des salaires d'octobre qui devraient subir, comme en septembre, une ponction de 15% dans la fonction publique.
L'Union nationale des commerçants et industriels sénégalais (UNACOIS), le plus important syndicat du secteur informel, n'a pas réussi à paralyser l'activité économique: la plupart des magasins d'alimentation sont restés ouverts et les transports publics ont fonctionné normalement.
Le soutien de l'Union nationale des syndicats autonomes du Sénégal (UNSAS), essentiellement représentée dans les secteurs de la santé, de l'enseignement, des postes et de l'électricité, n'a eu aucune répercussion sur la vie quotidienne des Sénégalais.
L'UNACOIS et l'UNSAS, dont le mot d'ordre était "non à toute baisse des salaires, oui à la suppression des monopoles", n'en ont pas moins considéré jeudi que la grève avait répondu à leurs objectifs.
Le gouvernement  va donc se retrouver face aux syndicats les plus représentatifs, la CNTS, affiliée au parti socialiste (au pouvoir), la Coordination des syndicats autonomes (CSA), elle aussi proche du gouvernement, et l'Union démocratique des travailleurs sénégalais (UDTS), favorable aux partis d'opposition.
Les deux premiers avaient été à l'origine de la grève du 2 septembre dont l'ampleur avait contraint le président Abdou Diouf à ouvrir des négociations.

Rappel : le plan d'urgence arrêté en août par le gouvernement tend à résorber le déficit budgétaire de l'Etat, évalué à 180 milliards de FCFA (3,6 milliards de FF). Outre une ponction de 15% sur les salaires des 66.000 fonctionnaires et de 2,7% sur ceux du secteur privé, il prévoit l'instauration de taxes douanières, la généralisation de la TVA et des prélèvements obligatoires sur les bénéfices des entreprises.
Les bailleurs de fonds en réclament une "application totale" avant l'octroi de nouveaux prêts au moment où le Sénégal a besoin de 60 milliards de FCFA (1,2 milliard de FF) d'ici la fin de l'année pour faire face à ses engagements.

Sucre et riz: le monopole d'Etat en cause

Les syndicats et commerçants ont ajouté à leurs doléances une revendication jugée "inacceptable" par le gouvernement: la fin du monopole d'Etat sur le riz et le sucre qui lui rapporte 15 milliards de FCFA (300 millions de FF) par an.
L'Union nationale des commerçants et industriels sénégalais (UNACOIS), le plus important syndicat du secteur informel, a observé mercredi la grève pour "briser" ces monopoles d'importation et de vente, qualifiés de "rente de situation" pour le pouvoir.
"Alors que son cours mondial est de 100 FCFA (2FF) le kilo, le sucre est vendu 340 FCFA (6,80 FF) au Sénégal, un profit qui se fait au détriment des intérêts des consommateurs", dit-on à l'UNACOIS.
Les négociations entre le gouvernement et les syndicats sur le plan d'urgence pour relancer l'économie, ont échoué, le 2 octobre, devant le refus de l'Etat de baisser le prix du riz et de consentir une réduction supérieure à 20 FCFA (40 centimes) sur ceux du sucre et de l'huile de soja importée.
Le Sénégal est producteur de riz et de sucre mais dans une proportion insuffisante pour satisfaire les besoins nationaux. Ainsi il doit importer, chaque mois, autant de riz qu'il en produit, soit entre 25.000 et 30.000 tonnes. Pour le sucre, l'importation est estimée à 25.000 tonnes par an alors que la production nationale est de l'ordre de 75.000 tonnes.
L'UNACOIS sollicite de pouvoir importer librement les quantités nécessaires pour faire "la soudure" avec la production nationale. "Nous pourrions vendre le sucre 175 FCFA (3,50 FF) le kilo", indique ce syndicat.
Le président Abdou Diouf a accepté la création, la semaine dernière, de trois commissions réunissant des représentants de l'Etat, des syndicats et des commerçants afin d'étudier les modalités d'application du plan de redressement économique, incluant la "question des monopoles".
Toutefois, il a rappelé que les mesures de libéralisation acceptées en 1982 par le gouvernement, à la demande des commerçants, s'étaient traduites par une pénurie puis une hausse des prix du riz et du sucre.
Le riz, d'abord essentiellement cultivé en Casamance (sud), connaît depuis les troubles indépendantistes dans cette région, d'importants développements dans la région du fleuve Sénégal (nord), où près de 200.000 hectares sont irrigués ou en cours de l'être.
L'Etat vend aussi sur le marché sénégalais, outre le riz importé, celui que lui attribuent le Japon et les Etats-Unis au titre de leurs aides bilatérales.
Le sucre est produit au Sénégal depuis 1970 avec l'installation, près du fleuve du même nom, de la Compagnie sucrière sénégalaise (CSS), une société étrangère, qui, après avoir investi 75 milliards de FCFA (1,5 milliard de FF), a obtenu de l'Etat sénégalais le monopole de la production et de l'importation.
La CSS qui emploie 6.800 personnes dont 4.000 permanents, soit une masse salariale de 8 milliards de FCFA (160 millions de FF) par an, affirme donner 60% de sa marge brute à l'Etat. En contre partie, elle bénéficie d'exonérations fiscales et de l'usage de 7.500 hectares de terres irriguées contre un franc symbolique, selon une convention valable jusqu'en 2005.
Les syndicats affirment que si l'Etat achetait le sucre aux cours mondiaux et le revendait au prix pratiqué par la CSS, il réaliserait un bénéfice de 22 milliards de FCFA (440 millions de FF) par an.
L'Etat rétorque que, face à un taux de chômage de 27%, il ne peut se permettre de supporter le licenciement de plusieurs milliers d'ouvriers.
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Décès de Jean Collin

M. Jean Collin, Sénégalais d'origine française, ancien numéro deux du régime sénégalais, est mort dimanche 17 à Paris à l'âge de 69 ans, des suites d'une courte maladie.
M. Collin a été de 1981 à 1990 le plus proche collaborateur du président Abdou Diouf, qui, dès son accession au pouvoir en 1981 en remplacement du président Léopold Sedar Senghor, l'avait nommé ministre d'Etat, secrétaire général de la présidence de la République.
Ancien administrateur des colonies, M. Collin, qui avait adopté la nationalité sénégalaise et était marié à une Sénégalaise, a été, sous le régime de l'ancien président Senghor, ministre des Finances, puis de l'Intérieur de 1964 à 1981.
Il était le père de la réforme administrative et de la décentralisation du pouvoir au Sénégal.
M. Collin, qui a été élu à plusieurs reprises maire de Joal-Fadiouth (sud-ouest), a été également l'un des hauts dirigeants du Parti socialiste (au pouvoir depuis l'indépendance).
A la fin des années 80, son rôle était très contesté par l'opposition et certaines personnalités de son parti, qui le considéraient comme le principal auteur du blocage de tout dialogue entre le régime et ses opposants. 
C'est après sa mise à l'écart en mars 1990 que la première expérience de cohabitation avec l'opposition avait été tentée par le président Diouf qui avait fait appel notamment à son principal opposant, Me Abdoulaye Wade.
M. Collin était devenu l'un des conseillers du président Eyadema du Togo.

Afrique-Express N° 20 Jeudi 4 novembre 1993

Islam et affaire Seye
Interpellation d'un dirigeant musulman

Le guide moral de la jeunesse islamique de la Confrérie des Tidjanes, la plus importante numériquement au Sénégal, Cheikh Moustapha Sy, a été interpellé samedi à Dakar par la police.
M. Sy, qui était toujours en garde à vue dimanche, a été interpellé par des éléments de la Division des investigations criminelles pour être interrogé pour des propos qu'il a tenus récemment à Dakar lors d'une réunion publique du principal parti d'opposition, le Parti démocratique sénégalais (PDS) de M. Abdoulaye Wade, qu'il soutient et en faveur duquel il a fait campagne durant les élections présidentielle et législatives de février dernier au Sénégal.
Il y a huit jours, M. Sy avait notamment déclaré au cours de cette réunion publique qu'il "savait où, quand, comment et par qui" l'ancien vice-président du Conseil constitutionnel sénégalais, Me Babacar Sèye, avait été tué et qu'il détenait à ce sujet des "preuves et des documents".
Me Sèye avait été tué par balles en mai dernier et plusieurs personnes, auteurs ou commanditaires présumés proches du PDS, avaient été arrêtées et inculpées dans cette affaire. Début octobre, M. Abdoulaye Wade et son épouse Viviane ainsi que deux autres députés de son parti ont été à leur tour inculpés de "complicité d'assassinat et d'atteinte à la sûreté de l'Etat", mais ont été laissés en liberté.
M. Sy avait d'autre part déclaré au cours de ce meeting qu'il "pouvait tuer le chef de l'Etat sénégalais, M. Abdou Diouf, mais que cela ne l'intéressait pas" et que le "pouvoir est dans la rue au Sénégal".
Dans un communiqué remis à la presse à Dakar, le PDS a dénoncé l'arrestation de M. Sy et exigé sa "libération immédiate et sans condition".

Grève
Pas de paralyse l'activité économique

Pour la deuxième fois en cinq jours, les syndicats n'ont pas réussi mardi 26 à paralyser l'activité économique, lors de la première des trois journées d'une grève destinée à obtenir du gouvernement l'annulation de la réduction des salaires dans la fonction publique et le secteur privé.
La plupart des commerces étaient ouverts et les transports publics étaient assurés presque normalement, les rues de Dakar, la capitale, retrouvant au fil des heures une animation habituelle.
Le trafic aérien et l'activité dans la zone industrielle étaient arrêtés. Aucun bilan n'était toutefois disponible dans la Fonction publique en fin de matinée.
Les partis politiques d'opposition qui soutenaient les syndicats, appelaient à des "journées villes mortes" pour obtenir l'annulation du "plan d'urgence" du gouvernement, arrêté à la mi-août, en vue de réduire un déficit budgétaire de 180 milliards de FCFA.
Une forte présence policière était visible à proximité des marchés de Dakar pour assurer "la liberté du droit au travail" après que le ministre du Travail eut déclaré lundi soir la grève "illégale" et menacé de sanctionner les fonctionnaires qui cesseraient le travail.
La grève était organisée à l'appel de la Confédération nationale des travailleurs sénégalais (CNTS), affiliée au Parti socialiste (au pouvoir), qui regroupe 80% des salariés syndiqués, la Coordination des syndicats autonomes (CSA), elle aussi proche du gouvernement, et l'Union démocratique des travailleurs sénégalais (UDTS), favorables aux partis d'opposition.
L'Union nationale des commerçants et des industriels sénégalais (UNACOIS), le plus important syndicat du secteur commercial avec 70.000 adhérents, et la Fédération des transporteurs privés ne s'y associaient pas. L'Union nationale des syndicats autonomes du Sénégal (UNSAS), le deuxième syndicat sénégalais, apportait un "soutien de principe".
L'UNACOIS et l'UNSAS avaient appelé à une grève, les 19, 20 et 21 octobre qui, elle aussi, avait été partiellement suivie.
Divisés, les syndicats ne sont pas parvenus à mobiliser comme les 23 et 24 août et le 2 septembre, où l'ampleur des grèves avait amené le président Abdou Diouf à ouvrir des négociations.
Celles-ci, qui avaient vu des syndicats dont la CNTS accepter le principe d'une modulation de la réduction des salaires, avaient échoué devant le refus du gouvernement de baisser les prix du riz, du sucre et de l'huile importée, aliments de base des Sénégalais, qui rapportent 17 milliards de FCFA par an à l'Etat.
Le Sénégal doit trouver d'ici la fin de l'année 60 milliards de FCFA  pour faire face à ses engagements. Les bailleurs de fonds conditionnent l'octroi de nouveaux prêts et un rééchelonnement de la dette extérieure (3,5 milliards de dollars), à une "application totale" du plan d'urgence.
Cette seconde grève constituait un test probant pour le gouvernement, à quelques jours du paiement des salaires d'octobre qui devraient subir, comme en septembre, une ponction de 15% dans la fonction publique.
Le plan d'urgence prévoit aussi une baisse de 2,7% sur les revenus du secteur privé, l'instauration de taxes douanières, la généralisation de la TVA et des prélèvements obligatoires sur les bénéfices des entreprises.

Afrique-Express N° 21 Jeudi 11 novembre 1993

Inculpation du religieux Moustapha Sy

Le guide d'un mouvement de jeunesse islamique a été inculpé et mis sous mandat de dépôt mercredi.
M. Sy, 36 ans, membre de la famille dirigeante de la confrérie tidjane, la plus importante au Sénégal, était gardé à vue depuis samedi. Il a été inculpé d' "actes et manoeuvres de nature à troubler l'ordre public", indique-t-on de même source.
M. Sy, qui soutient le principal parti d'opposition, le Parti démocratique sénégalais (PDS) de M. Abdoulaye Wade, en faveur duquel il avait fait campagne aux dernières législatives et présidentielles, avait déclaré au cours d'une récente réunion publique qu'il pouvait "tuer le chef de l'Etat sénégalais, M. Abdou Diouf, mais que cela ne l'intéressait pas".
M. Sy avait aussi affirmé lors d'un meeting de soutien au PDS, qu'il "savait où, quand, comment et par qui" avait été tué, en mai dernier, le vice-président du Conseil constitutionnel, Me Babacar Seye.
Plusieurs dirigeants du PDS ont été inculpés de "complicité d'assassinat et d'atteinte à la sûreté de l'Etat" dans la cadre de cette enquête, mais ont été laissés en liberté.
Des manifestations s’en suivent
Deux manifestations distinctes réunissant environ 500 personnes pour protester contre le plan d'austérité et l'arrestation d'un jeune dirigeant musulman, ont été dispersées par les forces de l'ordre, vendredi à Dakar.
La première manifestation, à l'appel du PADS, entendait demander l'annulation du plan d'urgence, arrêté en août par le gouvernement.
La seconde avait pour but de réclamer la libération de M. Moustapha Sy, jeune dirigeant musulman, arrêté et inculpé lundi d'"actes et manoeuvres de nature à troubler l'ordre public". 
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Trois leaders de l’opposition gardés à vue

Interpellés  lors des manifestations qualifiées d'"illégales" par le gouvernement, ils étaient toujours gardés à vue dimanche soir à Dakar. Il s’agit de MM. Landing Savané, secrétaire général du Parti africain pour la démocratie et le socialisme (PADS), Ousmane Ngom et Abdoulaye Faye, respectivement numéro deux et député du Parti démocratique sénégalais (PDS). Une centaine de manifestants ont aussi été arrêtés et il y aurait eu une trentaine de blessés, a-t-on indiqué de sources sûres. L'un des parents de M. Sy, de la confrérie religieuse tidjane, l'une des plus importantes du Sénégal, est également gardé à vue.
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Afrique-Express N° 22 Jeudi 18 novembre 1993

Durcissement
Six mois de prison avec sursis pour 87 opposants, dont trois députés

Trois députés de l'opposition et 84 personnes interpellés il y a une semaine à Dakar et inculpés de "participation à une manifestation non autorisée", ont été condamnés vendredi à six mois de prison avec sursis par le Tribunal départemental à l'issue d'un procès émaillé d'incidents, a-t-on appris de source judiciaire.
Les trois députés, MM. Landing Savané du Parti africain pour la démocratie et le socialisme (PADS), Ousmane Ngom et Abdoulaye Faye du Parti démocratique sénégalais (PDS), avaient été interpellés alors qu'ils manifestaient pour l'annulation d'une réduction de 15% des salaires des 66.000 fonctionnaires, décidée par le gouvernement. Ils réclamaient aussi la libération d'un dirigeant musulman, M. Moustapha Sy, guide moral d'un mouvement de jeunesse islamique.
M. Sy avait été interpellé et inculpé le 29 octobre d'"actes et manoeuvres de nature à troubler l'ordre public". Il doit être jugé prochainement.
Plusieurs membres du mouvement des jeunes musulmans de M. Sy, et deux de ses parents, font partie des 87 personnes condamnées vendredi.
Les 87 condamnés, qui ont été remis en liberté peu après la sentence, ont un mois pour faire appel.
Le procès a été émaillé d'incidents, a-t-on appris de source judiciaire. Le président du tribunal n'a pas pu appeler à la barre tous les prévenus, qui ont été condamnés sans avoir été entendus et sans que la parole ait été donnée à la trentaine d'avocats de la défense.
Les membres de la jeunesse musulmane, venus nombreux soutenir les prévenus ont notamment entonné des chants religieux. Le président a été obligé de suspendre l'audience et de faire évacuer la salle à plusieurs reprises. Il a alors condamné tous les prévenus à six mois de prison avec sursis.

Afrique-Express N° 28 Jeudi 30 décembre 1993

Casamance
La région n'était pas autonome pendant la période coloniale, selon un expert français

La Casamance, région sud du Sénégal confrontée depuis dix ans à une revendication indépendantiste, "n'existait pas en tant que territoire autonome avant la colonisation" française, a affirmé un expert français, Jacques Charpie.
M. Charpie, qui présentait au nom de la France les résultats de ses investigations qui ont porté sur la période allant de 1817 à 1960, a également déclaré qu'au moment de l'indépendance du Sénégal en 1960 aucune région n'avait émis le souhait de bénéficier de l'autonomie.
Cette thèse a été présentée à Ziguinchor, capitale de la région, en présence de délégations du gouvernement sénégalais et du MFDC, de la Guinée-Bissau, partie garante de l'accord de cessez-le-feu.
Le témoignage historique de la France sur la Casamance avait été requis par le gouvernement sénégalais et le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC, indépendantiste), lors de la signature d'un accord de cessez-le-feu en juillet.
Les résultats des investigations de M. Charpie, battent en brèche les thèses défendues par le MFDC qui soutenait que des documents de la période coloniale stipulaient que la France s'était prononcée en faveur de l'indépendance de la Casamance.
Auparavant, le dirigeant du MFDC, l'abbé Augustin Diamacoune Senghor, s'était prononcé pour l'indépendance de la Casamance : "Refuser l'indépendance à la Casamance c'est contraindre les Casamançais à reprendre encore les armes".
L'ambassadeur de France, René Ala, qui assistait à la cérémonie de présentation, a précisé que son pays "n'entend pas se substituer aux deux parties, mais ne saurait non plus se dérober à son devoir de contribuer à la clarification du passé".

Année 1994

Afrique-Express N° 31 Jeudi 20 janvier 1994

Moustapha Sy condamné à un an de prison

Le dirigeant musulman sénégalais Moustapha Sy a été condamné par défaut à Dakar à un an de prison ferme et à une amende de 200.000 F CFA (2.000 FF).
Le Tribunal correctionnel de Dakar, devant lequel M. Sy devait comparaître, a également ordonné la confiscation de son matériel de duplication et d'enregistrement.
Comme il l'avait déjà fait le 6 janvier, M. Sy, qui est le responsable d'un mouvement de jeunes musulmans sénégalais, ne s'est pas présenté à l'audience et a été condamné par défaut.
Il était jugé pour "manoeuvre et actes de nature à compromettre la sécurité publique ou à occasionner des troubles politiques graves, à jeter le discrédit sur les institutions politiques ou leur fonctionnement, et à enfreindre les lois du pays".
Il avait été arrêté le 2 octobre à Dakar pour des propos tenus au cours d'une réunion publique du principal parti d'opposition, le Parti démocratique sénégalais (PDS) qu'il avait soutenu lors des élections présidentielles (février 1993) et législatives (mai 1993).
Son arrestation avait provoqué une manifestation des jeunes musulmans de son mouvement et d'opposants. Plus de 80 personnes, dont trois députés de l'opposition, arrêtées au cours de cette manifestation non autorisée avaient été jugées en novembre et condamnées à six mois de prison avec sursis.

Afrique-Express N° 32 Jeudi 27 janvier 1994

Les pleins pouvoirs pour Abdou Diouf
Le gouvernement adopte une loi permettant au président de légiférer par décret

En se donnant les pleins pouvoirs pour six mois, éventuellement reconductibles, dans le domaine économique, le président Abdou Diouf entend démontrer que la dévaluation du franc CFA qu'il a combattue, peut être bénéfique pour l'économie du Sénégal, l'une des plus meurtries des 14 Etats africains membres de la Zone Franc.
Cette montée en première ligne, attendue par la majorité des Sénégalais, n'est pas sans risques. Le président Diouf va devoir non seulement justifier le bien fondé de la dévaluation, une mesure qu'il a toujours décriée, mais aussi faire oublier que le plan d'austérité qu'il avait lancé en août dernier, avait notamment pour but d'empêcher la décote du franc CFA.
En appelant les Sénégalais à "l'urgence d'une mobilisation majeure", il a tracé le contour de son action future qui s'articulera autour d'une "discipline budgétaire, monétaire et salariale" et d'une "vigilance de tous les instants et à tous les niveaux pour éviter la spirale de l'inflation".

Afrique-Express N° 36 Jeudi 24 février 1994

Dakar en état de choc après de violentes manifestations

La capitale sénégalaise était, jeudi17 février, en état de choc après les violentes manifestations de la veille, qui ont tourné en émeutes et fait 7 morts, cinq policiers et deux civils.
Ces manifestations, dont la violence a surpris, sont les premières manifestations meurtrières enregistrées après la dévaluation de 50% du franc CFA, le 11 janvier, en Afrique francophone.
Le calme était revenu en début de soirée de mercredi, à l'heure de l'Iftar, le repas marquant la rupture du jeûne pendant le mois de Ramadan.
Jeudi matin, quelques traces des manifestations étaient encore visibles et la population vaquait calmement à ses occupations. Les transports et les commerces fonctionnaient normalement à Dakar, où les analystes politiques s'interrogeaient encore sur la spontanéité ou non de ces manifestations.
Les manifestants, armés de bâtons, de barres de fer, de gourdins et parfois d'armes blanches, le visage caché par des cagoules, avaient déferlé mercredi 16 dans les grandes rues de Dakar, à l'issue d'une réunion publique organisée par une coordination de cinq partis d'opposition.
Cette réunion avait pour objectif de dénoncer les conséquences néfastes de la dévaluation du F CFA sur le niveau de vie de la population et protester contre l'interdiction des marches que la coordination comptait organiser vendredi.
Les manifestants ont tué après avoir agressé sur leur passage quatre policiers qui tentaient de s'opposer à leur marche vers le centre-ville et incendié leur fourgon avant de poursuivre leur route. Un cinquième policier est décédé des suites de ses blessures. On compte également 22 blessés graves parmi les forces de l'ordre.
Les manifestants étaient même parvenus jusqu'aux abords du palais présidentiel en traversant le quartier commercial et administratif, brisant les pare-brise de plusieurs dizaines de véhicules en stationnement et les vitrines de magasins.
Des voitures et des pneus incendiés, des poubelles et des tas d'ordures barraient les rues et gênaient considérablement l'intervention des forces de l'ordre, qui pendant plus de deux heures, ont poursuivi les émeutiers.
Des scènes d'émeutes identiques ont eu lieu presque simultanément dans plusieurs localités de la banlieue de Dakar.
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Réactions
Le gouvernement a réagi rapidement  "condamnant énergiquement les actes de vandalisme" et a affirmé sa volonté d'arrêter et punir les responsables de ces actes.
La France condamne les violences
Paris a condamné les violences et rendu hommage "au sang froid des autorités sénégalaises" et à "l'esprit de dialogue" du président Abdou Diouf.

Arrestations des deux principaux leaders de l’opposition

Me Abdoulaye Wade, président du  Parti démocratique sénégalais (PSD) et Landing Savané, dirigeant du Parti africain pour la démocratie et le socialisme (PADDS),ont été interpellé vendredi 18 pour incitation à la violence et devaient être gardés à vue jusqu’au lundi 21.
Une trentaine de jeunes gens avaient été interpellés pendant les manifestations.
Le mouvement de jeunes musulmans, Dahira Moustarchidine Wal Moustarchidate, proche de l'opposition, qualifié d'"illicite et d'illégal". par le ministre de l'Intérieur a été interdit de "toute activité" sur l'ensemble du Sénégal. (Le responsable moral de ce mouvement, Mustapha Sy, a été arrêté en octobre pour "manoeuvres et actes de nature à troubler l'ordre publique", pour des propos tenus lors d'une réunion de M. Abdoulaye Wade, auquel il avait apporté son soutien à l'élection présidentielle, en février dernier. Devant son refus de comparaître devant le tribunal de Dakar, M. Sy a été condamné par défaut à un an de prison ferme, en janvier.)

La Coordination de forces démocratiques (CFD, qui regroupe cinq partis d'opposition, dont le principal, le PSD de Me Abdoulaye Wade) a rejeté la responsabilité des émeutes sur le gouvernement qu'il accuse de "violer les droits et libertés des citoyens" en n'autorisant pas des manifestations politiques. Les violences sont intervenues le jour même de l'ouverture de négociations entre le gouvernement et les syndicats sur les effets de la dévaluation sur les salaires.

La colère de la jeunesse face aux partis politiques

L'explosion de violence mercredi à Dakar illustre la colère de la jeunesse face à l'incapacité du pouvoir à répondre à ses aspirations et des partis de l'opposition à lui proposer des solutions alternatives.
Les jeunes constituaient le gros des troupes des manifestants qui ont envahi les grandes rues de Dakar.
58% des 7 millions de Sénégalais ont moins de 20 ans et plus de 100.000 jeunes gens, diplômés ou non, arrivent, chaque année, sur le marché du travail sans aucune possibilité d'embauche. Selon des projections d'organismes internationaux, ce chiffre aura doublé en l'an 2000.
Le programme du président Diouf pour la période 1992-1997 porte sur la création de 20.000 emplois par an.
En outre, le faible taux de scolarisation (27%) et l'absence d'enseignement professionnel accentuent la difficulté d'insertion. L'explosion démographique et l'exode rural ont fait de plusieurs quartiers périphériques de la capitale sénégalaise, de véritables bidonvilles où promiscuité et oisiveté ont entraîné une recrudescence de la délinquance.
"Nous n'avons plus rien à perdre", disent souvent les jeunes Sénégalais, en rejetant que leur avenir puisse dépendre de la classe politique.
La dévaluation qui a renchéri d'au moins 30% les produits de première nécessité, a aggravé les difficultés des couches les plus défavorisées. 
A Dakar, où vit un Sénégalais sur cinq et un chômeur sur deux, des milliers de jeunes sont toujours à la charge de familles nombreuses (six enfants en moyenne) qui doivent, chaque jour, s'efforcer de trouver de quoi se nourrir.
Dès lors, les jeunes diplômés restent étudiants le plus tard possible, en raison des bourses qu'ils perçoivent et des logements dont ils disposent sur les campus. Les jeunes sans diplôme s'engagent dans le secteur informel mais sans protection sociale, souvent à la limite de la légalité.
Depuis 1988, date des dernières violentes manifestations de rues, l'écart n'a cessé de se creuser entre la classe dirigeante, l'opposition et les jeunes. Le Parti socialiste du président Diouf ne rallie plus la jeunesse qui l'accuse de pratiquer une politique en faveur des seuls nantis du régime.
L'opposition, notamment le PDS, a longtemps été le catalyseur de ses revendications mais, successivement, la participation au gouvernement de M. Abdoulaye Wade, le principal opposant, d'avril 1991 à août 1992, et les divisions entre les opposants, ont fini par lasser les moins de 30 ans.
Le faible taux de participation aux élections présidentielle et législatives de février et avril 1993, comme le ralliement au pouvoir de Abdoulaye Bathily, proche des étudiants et l'un des plus virulents contestataires, en juin 1993, avaient été les premiers signes du fossé qui existe entre les ambitions des dirigeants politiques et les difficultés de la jeunesse.
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Afrique-Express N° 37 Jeudi 03 mars 1994

Après les émeutes de Dakar
Inculpation des deux principaux dirigeants de l'opposition

MM. Abdoulaye Wade et Landing Savané, ont été inculpés d'"atteinte à la sûreté de l'Etat", dans le cadre de l'enquête sur les émeutes de Dakar qui ont coûté la vie à 8 personnes, dont six policiers.
M. Wade, secrétaire général du Parti démocratique sénégalais (PDS) et M. Savané secrétaire général du Parti africain pour la démocratie et le socialisme (PADS), avaient été interpellés le 18 février, 48 heures après les émeutes.
Ils ont été placés sous mandat de dépôt.
Deux autres dirigeants de l'opposition - MM. Babacar Sané, l'un des responsables du Mouvement pour le socialisme unifié (MSU) et Bocar Kane, député du Parti démocratique sénégalais (PDS) - ont aussi été inculpés, d'"atteinte à la sûreté de l'Etat".

M. Pape Malick Sy, le numéro deux du mouvement de jeunes musulmans, Dahira Moustarchidine Wal Moustarchidate (hommes et femmes de la Vérité), a également été inculpé et placé sous mandat de dépôt,.
Au total, ce sont 75 personnes qui ont été inculpées.
Onze militants du PDS et du PADS, jugés selon la procédure du flagrant délit, ont été condamnés à un mois de prison avec sursis pour "participation à manifestation non autorisée".

Réagissant à l'inculpation de M. Wade, ses quatre avocats ont déclaré "la procédure illégale en raison de l'immunité parlementaire dont jouissent MM. Wade et Savané".
Dans un communiqué, le PDS a dénoncé "la poursuite de la dérive autoritaire du gouvernement", exigeant "la libération immédiate" de MM. Wade et Savané.

Les enquêteurs ont établi que les "incitations à la violence" sont parties du meeting organisé par la Coordination des forces démocratiques (CFD), avant que ne débute la marche de protestation vers le palais présidentiel.
La CFD qui regroupe cinq partis d'opposition dont le PDS et le PADS, a rejeté sur le gouvernement la responsabilité des émeutes.
L'enquête a aussi permis d'établir que le mouvement de jeunes musulmans, Dahira Moustarchidine Wal Moustarchidate (hommes et femmes de la Vérité), a participé à la préparation de la marche et armé les jeunes qui, de sang-froid, ont tué cinq des six policiers.
Le mouvement qui a été interdit au lendemain des émeutes, a récusé ces accusations.
Leur "guide moral", Mustapha Sy, avait été condamné, en janvier, à un an de prison pour "troubles à l'ordre public et tentative de déstabiliser l'Etat".
Les enquêteurs ont également retenu "la préméditation" d'autres incidents ayant éclaté simultanément dans la périphérie de Dakar.

Le point de vue des enquêteurs

Les auteurs des violences auraient bénéficié de la complicité de membres de l'opposition. Selon le ministre de l'Intérieur Djibo Ka, les "incitations à la violence" étaient parties du meeting de la CFD. Il avait ajouté que l'interrogatoire des "plus de 30 manifestants" arrêtés avait donné des "indications à propos des instigateurs de ces actes criminels".
Les enquêteurs avaient déjà établi "la préméditation" en relevant que les manifestants avaient dressé des barrages, à l'aide de pneus enflammés, sur la route qui relie Dakar à Thiès, ville où sont cantonnées les forces de l'ordre habituellement appelées en renfort lors de troubles dans la capitale.
En outre, selon eux, la plupart des manifestants qui ont déferlé dans les rues, assistaient au meeting de la CFD. Ils ont également noté que les actes de violence ont éclaté simultanément à Dakar et plusieurs quartiers périphériques.
Les enquêteurs ont enfin établi que les manifestants ont délibérément tué les cinq policiers qui se trouvaient dans un car de police, sans armes. Les membres de forces de l'ordre, chargés de contrôler les manifestations, ne sont pas armés et disposent uniquement de grenades lacrymogènes.

La jeunesse et la tentation des groupes intégristes

Les violences ont confirmé qu'une partie de la jeunesse sénégalaise, abandonnée à elle-même, a été récupérée par un mouvement intégriste, et s'est livrée à tous les excès, n'hésitant pas à tuer, de sang-froid.
Dès le lendemain des émeutes, le gouvernement sénégalais a interdit de "toute activité", le mouvement des jeunes musulmans, Dahira Moustarchidine Wal Moustarchidate ("Hommes et femmes de la vérité") qui revendique 400.000 adhérents.
D'abord mouvement religieux musulman, qui avait reçu le soutien du président Abdou Diouf, les "Moustarchidines" se sont transformés en une "association", sans statut légal, qui, sous le prétexte d'actions sociales, exerce, depuis l'élection présidentielle de février 1993, une activité politique, selon les milieux officiels.
Le responsable moral du mouvement, Mustapha Sy, qui appartient à la confrérie des Tidianes, l'une des plus importantes du Sénégal, a pris position en faveur du principal opposant Abdoulaye Wade, secrétaire général du Parti démocratique sénégalais (PDS), et a maintes fois appelé au départ du chef de l'Etat, contestant sa légitimité.
Il a été condamné à un an de prison, en janvier, pour "manoeuvres et actes de nature à déstabiliser l'Etat", pour des propos tenus lors d'un meeting organisé par le PDS.
"Incontestablement, il y a des groupes qui se réclament de l'islam mais qui ont des arrières pensées politiques qui ne vont pas dans le sens des institutions démocratiques du Sénégal", a indiqué Abdoulaye Elimane Kane, ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement.
"Le Sénégal, de tradition islamiste, pratique un islam éclairé", a-t-il ajouté, écartant la possibilité d'une montée de l'intégrisme dans ce pays, musulman à plus de 90% mais où les autres religions sont autorisées et tolérées.
Si les fidèles sénégalais croient en Allah, ils vénèrent tout autant leur marabout ou khalife, particulièrement ceux des confréries les plus influentes, Mouride et Tidiane, la première implantée dans le monde rural, la deuxième dans les villes.
Moustapha Sy, petit-fils du khalife général des Tidianes, El Hadj Abdoul Aziz Sy, a pu ainsi "recruter" ses "adeptes" parmi les jeunes déshérités de la capitale.
"Jusqu'à présent, les confréries faisaient de la politique sans en faire car, uniquement au moment des échéances électorales, le khalife prononçait un "ndigel" (commandement), en faveur du président Diouf, scrupuleusement respecté par les fidèles", note un historien.
En contrepartie, cette attitude leur a permis d'obtenir le pouvoir économique. Les confréries, notamment celle des Mourides, ont des activités lucratives, parfois des monopoles, dans l'import-export, l'artisanat, les transports, l'arachide et sont, toutes, propriétaires terriens.
Au lendemain des émeutes, le khalife général des Tidianes, évoquant la "dangereuse évolution de la société", a déclaré qu'il ne pouvait rester "indifférent devant la tension qui couve au sein de la famille Sy, ni devant les déchirures sociales".
Le "guide suprême" des Tidianes reconnaît ainsi la division qui existe au sein de sa propre communauté religieuse sur le rôle de Mustapha Sy et des Moustarchidines.

Décès d'un sixième policier après les émeutes

Un policier , grièvement blessé le 16 février lors des émeutes, est décédé, portant à huit le nombre de victimes, dont six membres des forces de l'ordre,.
Les deux autres personnes qui ont trouvé la mort, sont des manifestants. Une vingtaine de policiers, blessés à l'arme blanche, sont toujours hospitalisés.
Les cinq policiers, tués sur le coup, avaient été abattus de sang-froid.
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Un an de divisions et de contestations

La flambée de violence fait suite à des convulsions politiques et syndicales qui se succèdent depuis l'élection présidentielle contestée il y a un an.
En dépit de graves difficultés économiques qui touchent essentiellement les couches les plus défavorisées, le problème majeur est éminemment politique. La réélection du président Abdou Diouf, remise en cause par l'opposition, a accentué les antagonismes, amplifié les divisions et figé les positions des principaux partis.
Pour l'homme de la rue, rien n'a changé. Le gouvernement, remanié en juin 1993, n'a pris aucune mesure susceptible d'améliorer leur sort.
Il a, coup sur coup, imposé un plan d'austérité, caractérisé par une réduction des salaires, puis entériné la dévaluation du franc CFA, toujours démentie par les autorités quelques jours avant qu'elle ne soit officielle, le 11 janvier.
La réduction des salaires avait même été présentée comme l'unique alternative au licenciement de 13.200 fonctionnaires ou à la dévaluation.
Le PS divisé
Du côté du pouvoir, le président Diouf doit gérer des divisions au sein du Parti socialiste (PS), majoritaire au gouvernement et à l'Assemblée nationale, entre les caciques du régime, représentés par le ministre de l'Intérieur Djibo Ka, et les "rénovateurs" dont le chef de file est son homme de confiance, M. Tanor Dieng.
Pendant ce temps, l'érosion du PS se poursuit comme l'ont montré les dernières élections. Le président Diouf, au pouvoir depuis 1981 et réélu en 1993 avec 58,40% des suffrages, a perdu 15 points par rapport à 1988. Deux mois plus tard, aux législatives, le PS a conservé la majorité avec 84 députés sur 120, mais a perdu 19 sièges.
En revanche, l'opposition a amélioré ses scores, notamment Abdoulaye Wade, le principal rival d'Abdou Diouf, deuxième au scrutin présidentiel, qui a gagné six points, tandis que quatre partis d'opposition, outre le Parti démocratique sénégalais (PDS) de M. Wade, entraient pour la première fois à l'Assemblée.
Divisée et uniquement soucieuse d'obtenir le départ du président Diouf, l'opposition a oublié les préoccupations des populations défavorisées qui, peu à peu, se sont lassées, refusant de participer aussi bien aux grèves qu'aux manifestations publiques en septembre et en octobre pour s'opposer aux mesures d'austérité.
Le même constat vaut pour les syndicats dont la base conteste la façon de négocier avec le gouvernement, toutes leurs revendications ayant été rejetées.
Le climat politique a en outre été détérioré par l'assassinat, le 15 mai, du vice-président du Conseil constitutionnel, Me Babacar Seye, qui a notamment abouti à l'inculpation de M. Wade et de deux députés du PDS de "complicité d'assassinat et d'atteinte à la sûreté de l'Etat".
Cinq personnes, dont deux proches du secrétaire général du PDS, sont détenues. Trois d'entre elles, connues des services de police, ont avoué avoir été mandatées, d'abord par le PDS puis par le Premier ministre Habib Thiam, proche du président Diouf, pour "faire peur à Me Seye, et non pas pour le tuer".
Mais neuf mois après le meurtre, aucun mobile n'a été avancé par les enquêteurs qui n'ont pu répondre aux questions "Qui a tué Me Seye et pourquoi?". Le procès pourrait avoir lieu à la fin mars.
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Afrique-Express N° 40 Jeudi 24 mars 1994

Emeutes suites
Audition des deux principaux dirigeants de l'opposition

Les deux principaux dirigeants de l'opposition, MM. Abdoulaye Wade et Landing Savané, ont été entendus jeudi 17 à Dakar, dans le cadre des émeutes du 16 février qui ont coûté la vie à huit personnes, dont six policiers.
Rien n'a filtré des auditions conduites par trois juges d'instruction, les avocats se réfugiant derrière le secret de l'instruction.
MM. Abdoulaye Wade et Landing Savané, respectivement secrétaire général du Parti démocratique sénégalais (PDS) et du Parti africain pour la démocratie et le socialisme (PADS), ont été reconduits en prison où ils avaient été incarcérés, le 24 février, après avoir été inculpés d'"atteinte à la sûreté de l'Etat".
Quatre autres inculpés, dont MM. Bocar Kane, député du PDS, et Pape Malick Sy, le numéro deux du mouvement des jeunes musulmans Dahira Moustarchidine Wal Moustarchidate, désormais interdit, ont également été entendus et maintenus en détention. Les avocats des prévenus ont réitéré que les arrestations étaient illégales, MM. Wade, Savané et Kane disposant d'une immunité parlementaire. Ils ont refusé de déposer une demande de liberté provisoire pour leurs clients, sollicitant un "non lieu".
Le procureur de la République avait indiqué que "l'inculpation d'atteinte à la sûreté de l'Etat dans le cadre du flagrant délit" ne nécessitait pas la levée de l'immunité.

Afrique-Express N° 41 Jeudi 31 mars 1994

Opposition
Demande de soutien à la France et l'Union interparlementaire

L'opposition , dont les principaux leaders Abdoulaye Wade (PDS) et Landing Savané (PADS) sont inculpés d'"atteinte à la sûreté de l'Etat", a demandé le soutien de la France et de l'Union interparlementaire, réunie à l'UNESCO à Paris, pour obtenir leur libération.
"J'ai été auditionné pendant deux heures par le Comité des droits de l'Homme de l'Union interparlementaire et j'ai par ailleurs obtenu le soutien de Alain Madelin", ministre des Entreprises et du Développement économique, a déclaré M. Ousmane Ngom, président du groupe parlementaire du PDS et chargé des relations extérieures de ce parti.
M. Ngom a distribué une note d'information aux parlementaires pour souligner que trois députés, dont MM. Wade et Savané, ont été arrêtés "en violation de la Constitution et des lois, sans que leur immunité parlementaire n'ait été levée".
Il a indiqué que la "torture est appliquée sans que le gouvernement sénégalais n'intervienne". Il réclame la libération immédiate des détenus, seule mesure, selon lui, susceptible d'éviter l'éclatement de troubles violents.
RAPPEL : MM. Wade et Savané, respectivement secrétaire général du Parti démocratique sénégalais et du Parti africain pour la démocratie et le socialisme, ont été inculpés dans le cadre de l'enquête sur les émeutes de Dakar qui ont coûté la vie le 16 février à huit personnes, dont six policiers.
Deux autres dirigeants de l'opposition, Babacar Sané, l'un des responsables du Mouvement pour le socialisme unifié (MSU), et Bocar Kane, député du PDS, ont également été inculpés, de même que Pape Malick Sy, le numéro deux des Dahira Moustarchidine Wal Moustarchidate (hommes et femmes de la Vérité).

Afrique-Express N° 43 Jeudi 14 avril 1994

Le président Abdou Diouf à Paris
Pour chercher le soutien de la France

Le président Abdou Diouf dont le pays tente de sortir de la crise économique après la dévaluation du franc CFA en janvier dernier est arrivé jeudi 7 à Paris pour une visite officielle de six jours, au cours de laquelle il devait avoir des entretiens avec les principaux dirigeants français.
Premier partenaire du Sénégal qui a été un précurseur en Afrique francophone en ce qui concerne la démocratie pluraliste, la France a décidé d'accorder à ce pays d'Afrique occidentale qui a conclu avec le Fonds monétaire international (FMI) un accord d'ajustement structurel une aide de 100 millions de francs français pour lui permettre de payer les arriérés de l'Etat et de couvrir en partie les budgets de la santé et de l'éducation.
Elle a aussi débloqué 25 millions de francs qui seront également consacrés à ces deux secteurs prioritaires après le rééchelonnement de la dette publique du Sénégal au sein du Club de Paris en mars.
Le Sénégal qui a bénéficié en 1994 d'un crédit stand by de 66,7 millions de dollars (47,5 millions de Madia) de la part du FMI, a commencé à recevoir une première tranche de 25 millions de dollars de la Banque mondiale.
"Le Sénégal est en bonne voie", souligne-t-on au ministère français de la Coopération en faisant valoir que ce pays a entrepris des réformes difficiles "mais nécessaires".
Les relations bilatérales, la situation politique au Sénégal où les principaux dirigeants de l'opposition ont été arrêtés pour "atteinte à la sûreté de l'Etat" ainsi que la situation politique du continent devraient également être au menu de entretiens.
Quelque 170 entreprises françaises sont implantées au Sénégal où travaillent environ 700 coopérants français.

Afrique-Express N° 44 Jeudi 21 avril 1994

Paris-Dakar
Solidarité face à la crise

La France et le Sénégal ont réaffirmé, à l'occasion de la visite officielle de travail du président Abdou Diouf, leur solidarité en particulier après la dévaluation du franc CFA et le cap difficile que doit franchir ce pays.
La dévaluation  "doit se gérer solidairement", a estimé le président Diouf, à l'issue d'un déjeuner avec le président François Mitterrand au palais de l'Elysée.
"Cette dévaluation, a déclaré M. Diouf, doit se gérer non seulement sur le plan de chaque pays pris individuellement mais doit se gérer solidairement. Nous avons une monnaie commune. Il faut que les pays de la zone franc réussissent ensemble ou échouent ensemble."
"Nous allons voir comment mieux pouvoir gérer ensemble les suites de cette dévaluation compte tenu des efforts entrepris par le Sénégal", a déclaré de son côté le ministre français de la Coopération Michel Roussin.

Diouf confiant

"En voyant la rapidité avec laquelle les mesures d'accompagnement françaises et les incitations multilatérales (...) sont venues au secours du Sénégal et des autres pays africains, nous sommes confiants pour l'avenir." a ajouté le président sénégalais.
Il a déclaré avoir évoqué avec le président Mitterrand, les "problèmes juridico-politiques du Sénégal" dont le sort des responsables de l'opposition emprisonnés. Ils "ne sont pas emprisonnés pour délit d'opinion", a-t-il insisté, "donc ils ne sont pas emprisonnés en tant que leaders de l'opposition".

Coopération

M. Diouf a également rencontré vendredi le ministre de l'Intérieur Charles Pasqua avec qui il a évoqué les questions de coopération en cours. Celle ci comporte deux volets: celui de la coopération continue entre la France et le Sénégal en matière de sécurité qui se poursuit depuis 1963, et celle, décentralisée, entre le département des Hauts-de-Seine que préside M. Pasqua et le Sénégal. Le conseil général des Hauts-de-Seine, dans la région parisienne, participe à la modernisation de la collecte des ordures ménagères de la ville de Dakar.

Afrique-Express N° 49 Jeudi 26 mai 1994

Assassinat de Babacar Seye
Le mystère reste entier

Qui a tué Me Babacar Seye ? Pourquoi ? Un an après la mort, le 15 mai 1993, du vice-président du Conseil constitutionnel du Sénégal, le mystère reste entier sur les mobiles d'un meurtre qui a abouti à l'inculpation de "complicité d'assassinat" d'Abdoulaye Wade.
La chambre d'accusation de la Cour d'appel de Dakar, chargée de se prononcer sur le renvoi en Cour d'assises des personnes inculpées vient seulement de mettre l'affaire en délibéré au 11 juin.
La chambre d'accusation qui a siégé à huis clos mardi 17, n'a pas rendu publiques les motivations de sa décision.
M. Abdoulaye Wade, le principal opposant à Abdou Diouf, son épouse, Viviane Wade, et deux députés du Parti démocratique sénégalais (PDS) sont inculpés de "complicité d'assassinat" dans cette affaire, mais ont été laissés en liberté.
Un autre député, M. Mody Sy, ancien représentant du PDS en France, et M. Samuel Sarr, conseiller financier de M. Wade, également inculpés de "complicité d'assassinat", sont incarcérés.
A ce jour, trois Sénégalais, connus des services de police, ont avoué leur participation à l'assassinat, mais nient avoir tiré sur Me Seye.

Le meurtre de Me Seye était intervenu au moment où le Conseil constitutionnel venait d'entériner la réélection du président Diouf à la tête de l'Etat -- avec 58,40 % des suffrages contre 32,03 % à M. Wade -- élection contestée par l'opposition qui réclamait un second tour.
Le Conseil constitutionnel devait aussi, au moment des faits, se prononcer sur les résultats des législatives du 9 mai, également remis en question par l'opposition qui accusait, comme pour le scrutin présidentiel, le Parti socialiste (PS - au pouvoir) d'avoir fraudé.
Il les avait entérinés quelques jours après le meurtre, confirmant le succès du PS avec 84 des 120 sièges de députés et 27 au PDS.

M. Wade, ministre d'Etat d'avril 1991 à août 1992, interpellé puis relâché le lendemain de l'assassinat, n'a cessé de protester de son innocence, accusant le pouvoir de vouloir "éliminer un adversaire politique". Il avait mis publiquement en cause la "probité" des membres du Conseil constitutionnel.
Cledor Sene a, dans un premier temps, accusé M. Wade d'être le commanditaire du crime avant de se rétracter et de désigner un responsable du PS qui, selon lui, était mandaté par le Premier ministre Habib Thiam.
Ce dernier avait affirmé un mois après le meurtre que la justice avait les preuves de la culpabilité de M. Wade, mais il n'a pas été interrogé par les enquêteurs et les magistrats chargés d'instruire l'affaire Seye.
Quel aurait pu être le rôle de M. Wade, de son épouse et des autres députés PDS ? "Il y a des éléments positifs contre eux. Ils ne pouvaient pas ignorer qu'un attentat se préparait", disent les enquêteurs.
"Faux. Le dossier est vide", rétorquent leurs avocats en soulignant que leur inculpation résulte de la requête en annulation de la procédure qu'ils ont engagée. Leurs défenseurs font également valoir que M. Wade et sa femme ne sont pas incarcérés, contrairement à MM. Sy et Saar, alors que tous ont été accusés par Cledor Sene.

Si M. Wade est en prison depuis le 24 février, ce n’est qu’en raison son inculpation pour "atteinte à la sûreté de l'Etat" dans le cadre des émeutes qui avaient entraîné la mort de huit personnes, dont sept policiers, dans les rues de Dakar.
A ce jour donc, seul trois Sénégalais, connus des services de police, ont avoué leur participation à l'assassinat, mais nient avoir tiré sur Me Seye. L'un d'eux, Cledor Sene, ancien garde du corps d'un dirigeant du PDS, avait été condamné pour incendies volontaires en 1988, au lendemain des résultats de la précédente élection présidentielle qui avait déjà entraîné l'arrestation de dirigeants de l'opposition, dont M. Wade.
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L'opposition décapitée

Le maintien en prison d’Abdoulaye Wade et de Landing Savané, a décapité l'opposition qui n'a pas trouvé dans la population le soutien espéré pour obtenir leur libération.
Toutes les demandes de l'opposition d'organiser des manifestations pour réclamer leur mise en liberté ont été refusées par le gouvernement en raison de "risques d'atteinte à l'ordre public".
Au plan international, les arrestations de MM. Wade et Savané n'ont pas eu l'écho souhaité par l'opposition, le président Diouf ayant insisté, notamment lors d'un voyage officiel en France en avril, sur la séparation au Sénégal, "un Etat de droit", entre le politique et le judiciaire. "Les leaders de l'opposition ne sont pas emprisonnés pour délit politique ou d'opinion mais pour crimes de sang", avait-il affirmé.

Afrique-Express N° 50 Jeudi 02 juin 1994

Assassinat de Me Babacar Seye
Non lieu pour M. Wade

Abdoulaye Wade, son épouse, Viviane Wade, et des responsables du Parti démocratique sénégalais (PDS) ont bénéficié jeudi 26 d'un non lieu dans l'assassinat, le 15 mai 1993, du vice-président du Conseil constitutionnel, Me Babacar Seye.

M. Wade, secrétaire général du PDS, restera cependant en prison en raison de son inculpation pour "atteinte à la sûreté de l'Etat" après les émeutes qui, le 16 février dernier à Dakar, avaient entraîné la mort de huit personnes, dont six policiers(Afrique express N°49).
La Chambre d'accusation de la Cour d'appel de Dakar, chargée de statuer sur l'assassinat de Me Seye, a prononcé un non lieu en faveur du couple Wade, de trois députés du PDS, Ousmane Ngom, Abdoulaye Faye et Mody Sy, et de Samuel Saar, conseiller financier de M. Wade.
Tous avaient été inculpés de "complicité d'assassinat" mais seuls MM. Sy et Saar avaient été incarcérés peu après le meurtre dont les mobiles n'ont toujours pas été révélés.
La Chambre d'accusation a également émis un non lieu en faveur de Moustapha Sy, guide moral du mouvement religieux Dahira Moustarchidine Wal Moustarchidate ("hommes et femmes de la vérité"), qui était poursuivi pour avoir affirmé, en public, qu'il "savait où, quand, comment et par qui" Me Seye avait été tué.
Ce mouvement a été interdit au lendemain des émeutes du 16 février.
L'arrêt de la Chambre d'accusation indique que les inculpés ont bénéficié d'un non lieu en raison de "l'absence de charges suffisantes".

Un procès quand même

En revanche, Clédor Sène, Ibrahima Diakhaté et Assane Diop, les trois hommes qui ont reconnu avoir ouvert le feu sur la voiture de Me Seye, sont renvoyés devant la Cour d'assises.
Clédor Sène, ancien garde du corps d'un dirigeant du PDS, avait, dans un premier temps, accusé M. Wade d'être le commanditaire du crime, avant de se rétracter et de désigner un responsable du Parti socialiste (PS, au pouvoir) qui, selon lui, était mandaté par le Premier ministre Habib Thiam.
Le meurtre de Me Seye était intervenu au moment où le Conseil constitutionnel venait d'entériner la réélection, contestée par l'opposition.
Le Conseil devait, au moment des faits, se prononcer sur les résultats des législatives du 9 mai, également remis en question par l'opposition.
M. Wade avait mis publiquement en cause la "probité" des membres du Conseil.

Le Parquet s'est pourvu en cassation

Le Parquet général a annoncé son pourvoi en cassation après cette décision de non lieu.
"Ce pourvoi suspend tous les effets de l'arrêt de la Chambre d'accusation", a indiqué dans un communiqué le procureur général près de la Cour d'appel.

Afrique-Express N° 51 Jeudi 09 juin 1994

Non-lieu pour Wade 
L'abcès politique se vide

Le non lieu en faveur d'Abdoulaye Wade, de son épouse et de responsables du Parti démocratique sénégalais (PDS), dans l'assassinat du vice-président du Conseil constitutionnel, Me Babacar Seye, est la première étape pour un retour à une vie politique normale, quinze mois après l'élection contestée du Président Abdou Diouf.
M. Wade, secrétaire général du PDS et principal opposant, reste cependant en prison. Il est inculpé d'"atteinte à la sûreté de l'Etat" depuis les émeutes du 16 février à Dakar qui avaient entraîné la mort de huit personnes, dont six policiers.
Le meurtre de Me Seye demeure inexpliqué.

Arrestation d'un quatrième meurtrier présumé

L'un des quatre assassins présumés de Me Babacar Seye, a été arrêté par la police.
Modou Kâ qui a été interpellé dans un quartier de la capitale sénégalaise, avait été renvoyé en cour d'assises par la chambre d'accusation de la cour d'appel de Dakar, chargée de statuer sur l'assassinat de Me Seye, dont les mobiles ne sont toujours pas connus.
Les trois autres assassins présumés, Clédor Sène, Ibrahima Diakhaté et Assane Diop, qui ont reconnu avoir ouvert le feu sur le véhicule, ont également été renvoyés en cour d'assises.

Allégations de torture
Amnesty international demande une enquête

Amnesty International a demandé au gouvernement sénégalais d'ouvrir des "enquêtes complètes et indépendantes", notamment sur des allégations de torture contre des "prisonniers d'opinion" arrêtés en février à Dakar.
L'organisation de défense des droits de l'homme estime que les quelque 150 personnes arrêtées en février après une manifestation violente à Dakar sont pour la plupart, "sinon toutes, des prisonniers d'opinion détenus uniquement en raison de leur appartenance à un mouvement politique ou religieux".
Amnesty se déclare "très préoccupée par les nombreuses allégations de torture et de mauvais traitements dont auraient été victimes certains prisonniers durant la période de garde à vue. L'un deux, Lamine Samb, serait mort des suites de la torture subie pendant cette période".
L'organisation demande aux autorités sénégalaises "de s'engager à procéder à des enquêtes complètes et indépendantes chaque fois qu'il y a des motifs raisonnables de croire qu'un acte de torture a été commis ou que des "disparitions" ou des exécutions extrajudiciaires ont eu lieu, afin que les responsables soient traduits en justice".
Amnesty a également rendu public un mémorandum adressé en novembre dernier au ministre sénégalais de la Justice, dans lequel l'organisation exprime son "inquiétude persistante face à l'absence d'enquête sur des allégations concernant l'usage de la torture et un certain nombre de "disparitions" qui auraient eu lieu en 1992 et 1993".
Amnesty a décidé de rendre public ce document "en l'absence de réponse officielle" des autorités sénégalaises.
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Afrique-Express N° 58 Jeudi 28 juillet 1994

Justice
Deuxième non lieu pour Me Wade
Vers une décrispation de la vie politique ?

Le non lieu prononcé en faveur de Me Abdoulaye Wade, principal dirigeant de l'opposition et de 141 personnes dont cinq autres dirigeants de l'opposition, dans les événements du 16 février, devrait décrisper la vie politique.
Cette mesure qui suit la mise hors de cause de Me Wade et des responsables de son parti dans l'assassinat du vice-président du Conseil constitutionnel du Sénégal en mai 1993, lève la dernière hypothèque politico-judiciaire qui réduisait les possibilités de dialogue entre le pouvoir et l'opposition.

Après les élections présidentielles et législatives de 1993, remportées par le président Abdou Diouf et son parti, et dont les résultats étaient contestés par l'opposition, il était difficile d'envisager la constitution d'un gouvernement de large union nationale tant que ces deux affaires étaient pendantes devant la justice et tant que certains dirigeants étaient inculpés.
Ainsi, si le gouvernement formé après les élections intégrait plusieurs personnalités de l'opposition, aucun membre du parti de Me Wade n'avait été appelé pour tenter à nouveau une expérience de cohabitation avec le pouvoir comme ce fut en cas d'avril 1991 à août 1992.
L'éventualité d'une nouvelle expérience de ce genre est évoquée par la presse sénégalaise depuis la mise en liberté le 28 juin dernier de Me Wade et cinq dirigeants de l'opposition dont le député Landing Savané, après trois jours de grève de la faim pour demander leur libération ou leur jugement immédiat.
Après le non lieu prononcé en faveur de Me Wade et les dirigeants de son, parti, le mystère continue de planer sur l'assassinat de Me Sèye, intervenu alors que le conseil constitutionnel venait d'annoncer la victoire du président Diouf à l'élection présidentielle.
Trois hommes, Clédor Sène, Ibrahima Diakhaté et Assane Diop ont reconnu avoir ouvert le feu sur la voiture de Me Seye et ont été renvoyés devant la Cour d'assises. Mais on ignore toujours tout des commanditaires du meurtre.
A propos des événements sanglants du 16 février, qui avaient fait six morts parmi les forces de l'ordre, 142 personnes ont bénéficié d'un non lieu alors que 34 autres ont été renvoyées devant la Chambre d'accusation. Elles appartiennent pour la plupart à un mouvement islamique de jeunesse, les Moustarchidines, qui a été interdit au lendemain de ces événements.
Le dirigeant de ce mouvement, Moustapha Sy, arrêté en octobre et condamné à un an de prison pour "actes et propos de nature à troubler l'ordre public", avait apporté son soutien à Mme Wade et à son parti aux dernières élections présidentielles et législatives. 
Les événements du 16 février étaient survenus à la suite d'une réunion publique organisée par l'opposition pour dénoncer les effets de la dévaluation du franc CFA. Des centaines de personnes, munies d'armes blanches et de gourdins, avaient défilé dans les rues de Dakar, brisant des magasins, incendiant des voitures et tuant six policiers et en blessant plusieurs autres.
La libération de plus d'une centaine de Moustarchidines est considérée comme une mesure d'apaisement, par un de leurs avocats.

Afrique-Express N° 59 Jeudi 15 septembre 1994

Case départ ?
L'opposant Abdoulaye Wade n'exclut pas des discussions avec le président Diouf 

Le principal dirigeant de l'opposition, Abdoulaye Wade, a déclaré qu'il n'excluait pas la possibilité d'engager des discussions avec le président Abdou Diouf comme avec tous les partis politiques du pays.
"Nous avons maintenant l'esprit plus libre pour discuter avec toutes les forces vives du pays pour trouver des solutions à la crise économique du Sénégal et nous n'excluons pas également la possibilité de le faire avec le président Abdou Diouf, mais ce n'est pas un désir de ma part", a-t-il dit, dans un entretien à Radio Sénégal.
Il a fait remarquer que les affaires concernant l'assassinat de Me Babacar Sèye, ancien vice-président du Conseil constitutionnel tué par balles le 15 mai 1993 à Dakar, et l'émeute du 16 février dernier (qui a fait sept morts, dont six policiers, ainsi que d'importants dégâts matériels à Dakar) constituaient des blocages à toute discussion et que son parti s'était jusqu'ici refusé à tout dialogue avec le président Diouf et le Parti socialiste (du président Diouf) tant que ces dossiers ne seront pas réglés.
Abdoulaye Wade et trois de ses partisans avaient occupé des fonctions ministérielles d'avril 1991 à août 1992 dans un gouvernement de majorité présidentielle élargie formé par le président Diouf, mais cette expérience n'avait pu être renouvelée après les élections générales de février et mai 1993 (remportées par M. Diouf et le Parti socialiste) en raison de sa mise en cause dans l'assassinat de Me Babacar Sèye.
Le dirigeant du Parti démocratique sénégalais (PDS - principal parti d'opposition) a par ailleurs souligné la nécessité d'une concertation nationale pour trouver une solution à la crise que traverse le Sénégal, ajoutant que "le problème sénégalais ne sera jamais résolu par Abdoulaye Wade ou par Abdou Diouf tout seul".
Commentant la décision, mardi soir, de la chambre pénale de la Cour de cassation confirmant le non-lieu prononcé en leur faveur en mai dernier par la Cour d'appel et qui l'a définitivement blanchi avec son épouse ainsi que plusieurs responsables de son parti dans l'affaire Babacar Sèye, M. Wade s'est déclaré réconforté.
"Cette mesure montre qu'en dépit des vicissitudes et des difficultés que la justice existe au Sénégal", a-t-il affirmé avant d'ajouter en conclusion: "Il n'y a pas de justice indépendante, il y a des magistrats indépendants".
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Opposition
Création d'une nouvelle coalition politique 

Une nouvelle coalition dénommée "Bokk Sopi Sénégal" (S'unir pour changer le Sénégal, en langue ouolof), par trois partis  : le Parti démocratique sénégalais (PDS) d'Abdoulaye Wade, And-jef/Parti africain pour la démocratie et le socialisme (AJ-PADS) de Landing Savané et le Mouvement pour le socialisme et l'unité (MSU) de l'ancien président du Conseil du Sénégal, Mamadou Dia.
Au cours d'une conférence de presse conjointe, les fondateurs de "Bokk Sopi Sénégal" ont annoncé que la nouvelle coalition se propose de mettre en place au Sénégal un régime parlementaire, d'y instituer un Etat de droit garanti par la séparation effective des pouvoirs, d'instaurer une démocratie moderne respectueuse des droits de l'homme, d'édifier une économie auto-entretenue dynamique, et d'engager les Sénégalais dans la construction des Etats-Unis de l'Afrique de l'ouest.
La nouvelle coalition est ouverte à tous les autres partis politiques. Elle est présidée pour trois ans par Abdoulaye Wade.

Afrique-Express N° 60 Jeudi 22 septembre 1994

Justice-Politique
Amnistie pour Moustapha Sy, dirigeant d'un mouvement musulman de jeunes

Moustapha Sy, guide du Dahiratoul Moustarchidine wal mourtachidate (mouvement musulman de jeunes, interdit après les manifestations sanglantes du 16 février), a été amnistié par le président de la République du Sénégal. 
M. Sy avait été condamné par défaut à un an de prison ferme en janvier pour "manoeuvre et actes de nature à compromettre la sécurité publique ou à occasionner des troubles politiques graves, à jeter le discrédit sur les institutions ou leur fonctionnement".
Il avait été arrêté en octobre 1993 et inculpé à la suite de propos tenus au cours d'une réunion publique organisée à Dakar en septembre 1993 par le Parti démocratique Sénégal (PDS de Me Abdoulaye Wade), principale formation de l'opposition que M. Sy avait soutenu lors des dernières élections présidentielles et législatives (février et mai 1993). 
Plusieurs des membres de son mouvement avaient été arrêtés après les émeutes du 16 février qui avaient fait huit morts, dont sept policiers, et doivent être jugés prochainement devant la cour d'assises.

Afrique-Express N° 62 Jeudi 06 octobre 1994

Verdict de clémence pour les auteurs des émeutes du 16 février 

Des peines allant de six mois à deux ans de prison ont été prononcées par la Cour d'assises de Dakar à l'encontre des vingt-quatre personnes reconnues coupables d'avoir participé aux émeutes qui, le 16 février, avaient coûté la vie à six policiers dans la capitale sénégalaise.
La veille, dans un réquisitoire de plus de trois heures, l'avocat général Malick Diouf avait réclamé la peine de mort contre les accusés, estimant qu'ils avaient participé "en toute connaissance de cause à un complot et à des manifestations visant à déstabiliser les autorités légitimes" du Sénégal.
Les jurés n'ont pas retenu l'accusation d'"attentat et complot contre l'Etat". Ils ont reconnu les prévenus, tous membres du mouvement religieux musulman des Moustarchidines, coupables d'"avoir participé à une marche non autorisée et de violence ayant entraîné une effusion de sang".
Habib Sy, frère du guide moral des Moustarchidines, en fuite, a été jugé par contumace et condamné à cinq ans de prison.
Les émeutes du 16 février s'étaient produites à l'issue d'une réunion publique de cinq partis d'opposition. Des centaines de manifestants, essentiellement membres des Moustarchidines, armés de couteaux, gourdins et barres de fer, le visage masqué, avaient déferlé sur le centre ville jusqu'aux abords de la présidence, mettant à sac magasins et bureaux, incendiant voitures et tuant à l'arme blanche les policiers.
Les accusés, dont deux femmes, devaient répondre de cinq chefs d'inculpation: complot contre les institutions, attentat contre des autorités établies constitutionnellement, violences et voies de faits contre des agents de la force publique dans l'exercice de leurs fonctions, manifestations publiques sans déclaration préalable, violences contre des personnes assorties de destruction de biens. 
Les deux principaux dirigeants de l'opposition sénégalaise, Abdoulaye Wade et Landing Savané, qui avaient été arrêtés et incarcérés pendant six mois pour "atteinte à la sûreté de l'Etat" dans le cadre de cette affaire, avaient bénéficié d'un non lieu en août.
M. Wade, secrétaire général du Parti démocratique sénégalais (PDS), son épouse et trois députés de ce parti, ont également bénéficié, début septembre, d'un non lieu dans une autre affaire, celle de l'assassinat à Dakar, le 15 mai 1993, du vice-président du Conseil constitutionnel, Me Babacar Seye.
M. Wade avait été inculpé de "complicité d'assassinat" mais laissé en liberté.
Le procès des quatre auteurs présumés de l'assassinat de Me Seye, dont certains sont des repris de justice, doit s'ouvrir bientôt devant la Cour d'assises de Dakar.

Afrique-Express N° 63 Vendredi 14 octobre 1994

Assassinat Me Babacar Seye
La peine de mort requise contre trois des assassins présumés du vice-président du Conseil constitutionnel

La peine de mort a été requise jeudi 6 contre trois des quatre assassins présumés du vice-président du Conseil constitutionnel du Sénégal, Me Babacar Seye, qui comparaissent devant la cour d'assises de Dakar depuis le 30 septembre.
L'avocat général a reconnu coupables Clédor Sène, Ibrahima Diakhaté et Assane Diop du meurtre de Me Babacar Seye, et a requis la peine capitale. Il a, en revanche, sollicité l'acquittement de Modou Kâ, le quatrième prévenu.
Me Seye avait été assassiné le 15 mai 1993 dans sa voiture au moment où le Conseil constitutionnel venait d'entériner la réélection du président Abdou Diouf, contestée par l'opposition.
Clédor Sène, 33 ans, présenté comme le "cerveau" de l'assassinat, a réitéré lors du procès ses accusations contre l'un des responsables du parti socialiste (PS, au pouvoir), M. Amath Diène, affirmant qu'il avait agi pour son compte, sans jamais cependant en apporter les preuves. Selon lui, M. Diène qui a réfuté ses allégations, était mandaté par le Premier ministre, Habib Thiam.
Peu après son arrestation, Clédor Sène, condamné en 1988 à trois ans de prison pour incendies volontaires, avait accusé le principal opposant Abdoulaye Wade, secrétaire général du Parti démocratique sénégalais (PDS) d'être le mandataire de l'assassinat. M. Wade, son épouse, son conseiller fiscal et trois députés du PDS, avaient été inculpés de "complicité d'assassinat" avant de bénéficier d'un non lieu en mai, un an plus tard.
Clédor Sène, Ibrahima Diakhaté et Assane Diop ont reconnu devant la cour d'assises avoir ouvert le feu sur la voiture de Me Seye mais pour une "simulation d'assassinat", en affirmant que le vice-président du Conseil constitutionnel ne se trouvait pas à l'intérieur.
Cités à comparaître par la défense, le chauffeur et le garde du corps de Me Seye, présents dans le véhicule au moment du meurtre, ont rejeté cette thèse.
Un magistrat, Me Amadou So, conseiller au Conseil constitutionnel, a affirmé devant la cour que Me Seye avait quitté son bureau et pris place dans sa voiture de fonction, quelques minutes avant d'être assassiné.
Me Seye avait été abattu au moment où le Conseil venait d'entériner la réélection du président Abdou Diouf avec 58,40 % des suffrages contre 32,03 % à M. Wade. Ce dernier avait mis publiquement en cause la "probité" de plusieurs membres du Conseil et l'opposition qui contestait les résultats, réclamait un second tour.
Le Conseil constitutionnel devait aussi se prononcer sur les résultats des législatives du 9 mai, remis en question par l'opposition qui accusait le Parti socialiste d'avoir fraudé.
Qui a tué Me Babacar Seye? Pourquoi ? La cour d'assises de Dakar n’a guère mis en évidence les mobiles de cet assassinat aux contours politiques.
Le président de la cour d'assises a refusé la comparution du Premier ministre réclamée par les défenseurs des prévenus car "non nécessaire à la manifestation de la vérité". Il s'est également opposé à une reconstitution de l'assassinat et à une nouvelle expertise balistique, sollicitées par les avocats de la famille de Me Seye et les défenseurs des quatre prévenus.
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Afrique-Express N° 64 Vendredi 21 octobre 1994

Affaire Babacar Seye
De 18 à 20 ans de travaux forcés pour les assassins du vice-président du Conseil constitutionnel
Sans mobil apparent…

Clédor Sène, Ibrahima Diakhaté et Assane Diop ont été condamnés vendredi 7 octobre à des peines de dix-huit à vingt ans de travaux forcés par la cour d'assises de Dakar pour l'assassinat, le 15 mai 1993, du vice-président du Conseil constitutionnel, Me Babacar Seye.
Le quatrième inculpé, Modou Kâ, a été acquitté.
Le procès n'a pas permis cependant d'établir pourquoi Me Seye a été assassiné, ni d'établir qui étaient les commanditaires du meurtre.
Clédor Sène, qualifié de "cerveau de l'opération", a été condamné à 20 ans de travaux forcés et ses deux complices, qui ont reconnu avoir ouvert le feu sur la voiture dans laquelle se trouvait Me Seye, à 18 ans de la même peine.
L'avocat général avait requis la peine capitale pour Clédor Sène, Ibrahima Diakhaté et Assane Diop et l'acquittement pour Modou Kâ.
Le magistrat avait été tué dans sa voiture de fonction au moment où le Conseil constitutionnel venait d'entériner la réélection du président Abdou Diouf et devait se prononcer sur les résultats des législatives de mai, tous deux contestés par l'opposition.
Clédor Sène, 33 ans, avait réaffirmé devant la cour d'assises qu'il avait agi pour le compte d'un des responsables du parti socialiste (PS, au pouvoir), Amath Diène, sans jamais cependant en apporter les preuves.
Selon lui, M. Diène -- qui a réfuté ses allégations -- était mandaté par le Premier ministre sénégalais, Habib Thiam. En contre partie, les trois inculpés devaient obtenir chacun un visa pour les Etats-Unis et la somme de 1.500.000 dollars.
Peu après son arrestation, Clédor Sène, condamné en 1988 à trois ans de prison pour incendies volontaires, avait accusé le principal opposant Abdoulaye Wade, secrétaire général du Parti démocratique sénégalais (PDS) d'être le  commanditaire de l'assassinat. M. Wade, son épouse, son conseiller fiscal et trois députés du PDS, avaient été inculpés de "complicité d'assassinat" avant de bénéficier d'un non lieu, un an plus tard.
Clédor Sène, Ibrahima Diakhaté et Assane Diop ont reconnu devant la cour avoir ouvert le feu sur la voiture de Me Seye mais pour une "simulation d'assassinat", affirmant que le vice-président du Conseil constitutionnel ne se trouvait pas à l'intérieur.
Le chauffeur et le garde du corps de Me Seye, présents dans le véhicule au moment du meurtre, ont rejeté cette thèse.
Le meurtre était intervenu dans une période politique tendue alors que le Conseil venait d'entériner la réélection du président Abdou Diouf et devait aussi se prononcer sur les résultats des législatives du 9 mai remportées par le PS, accusé par l'opposition d'avoir fraudé.
La partie civile, représentant la famille de Me Seye, a déploré que "les commanditaires du meurtre n'aient pas comparu". Elle réclamait une nouvelle expertise balistique et une reconstitution des faits.
Les avocats de la défense, qui ont dénoncé le "contour politique" du dossier, n'ont pas obtenu la comparution du Premier ministre, le président de la cour ne l'ayant pas jugé nécessaire pour "la manifestation de la vérité".
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Afrique-Express N° 67 Vendredi 11 novembre 1994

Cohabitation-bis
Le président Diouf favorable à l'entrée au gouvernement de représentants de partis d'opposition

Le Président Abdou Diouf s'est déclaré favorable à nouvel l'élargissement du gouvernement à des représentants de d'opposition, tout en rejetant les conditions posées par certains d'entre eux quant à leur participation à un gouvernement.
Dans une déclaration faite à la presse à son retour de Ouagadougou, M. Diouf a souligné qu'il lui appartient, en tant que président démocratiquement élu, de définir la place et le rôle de chacun dans le gouvernement et qu'il ne s'agit pas d'un partage du pouvoir.
Le principal opposant, Me Abdoulaye Wade avait posé trois conditions à sa participation un gouvernement : que le président Diouf le lui demande; qu'il accepte l'organisation d'une concertation nationale sur les problèmes du pays; que la future équipe gouvernementale ne compte pas plus de 50 % de ministres appartenant au parti socialiste (au pouvoir).
L'actuel gouvernement compte six représentants de trois partis d'opposition.

Afrique-Express N° 72 Vendredi 16 décembre 1994

Le PDS à nouveau au gouvernement ?

Plusieurs partis politiques ont modifié leur position habituelle lors de la révision du Code du travail à l'Assemblée nationale, laissant entrevoir une modification de l'échiquier politique et une éventuelle entrée du Parti démocratique sénégalais (PDS) au gouvernement.
Les députés du PDS, principal parti de l'opposition, se sont abstenus alors que l'Union nationale des travailleurs sénégalais (UNSAS) et l'Union démocratique des travailleurs sénégalais (UDTS), deux syndicats de sa mouvance, étaient hostiles à la révision de l'article 47 qui permet désormais aux entreprises de licencier sans autorisation de l'administration.
Le PDS a justifié son attitude en affirmant que les syndicats avaient refusé, en septembre 1993, le soutien des partis d'opposition dans le bras de fer qui les opposait au gouvernement sur une baisse des salaires et qu'ils devaient, par conséquent, "assumer seuls leurs responsabilités".
Mais l'abstention du PDS s’expliquerait davantage par son éventuel retour au gouvernement, une hypothèse que son secrétaire général, Abdoulaye Wade, n'a pas démenti, la liant à plusieurs conditions, dont la mise en place d'un autre programme économique.
A l'occasion de la révision du Code du travail, la discipline politique n'a pas joué. Des députés socialistes, membres de la Confédération nationale des travailleurs sénégalais (CNTS), affiliée au PS, ont voté contre la révision de l'article 47.
Les deux députés du Parti africain de l'Indépendance et du travail (PIT), au gouvernement depuis avril 1991, ont, eux aussi, voté contre. Cette attitude pourrait entraîner le départ de ce parti proche de la Coordination des syndicats autonomes (CSA), hostile à la révision du Code et à un retour du PDS au gouvernement.
Plus problématique apparaît la situation de la Ligue démocratique (LD), dont deux députés ont voté en faveur de la modification du Code du travail alors que le troisième s'est prononcé contre. Abdoulaye Bathily, secrétaire général de la LD, entré au gouvernement en juin 1992, après avoir été l'un des opposants au président Diouf, est ouvertement favorable au retour du PDS au gouvernement.
En outre, les changements de ligne politique au sein de l'opposition ont provoqué la fin de la Coordination des forces démocratiques (CFD), qui regroupait cinq partis, et la création d'une nouvelle alliance, "Bokk Sopi Sénégal", avec trois partis seulement, dont le PDS.

Rappel : le PDS était au gouvernement d'avril 1991 à août 1992. Il s'agissait de la première participation d'un parti d'opposition aux affaires, jusque-là dirigées par le Parti socialiste (PS), au pouvoir depuis l'Indépendance.
Le PDS avait quitté le gouvernement pour permettre à Abdoulaye Wade, alors ministre d'Etat sans portefeuille, d'être candidat à la présidence de la République pour la troisième fois.
Au lendemain des résultats contestés de la réélection du président Abdou Diouf et des élections législatives qui avaient confirmé le PDS comme premier parti de l'opposition, celui-ci semblait assuré de revenir au gouvernement. Mais l'inculpation de M. Wade et de plusieurs députés du PDS de complicité dans l'assassinat, en mai 1993, du vice-président du Conseil constitutionnel, Babacar Seye, avait écarté cette possibilité.
Depuis M. Wade et les responsables du PDS ont bénéficié d'un non-lieu.

Afrique-Express N° 73 Vendredi 23 décembre 1994

Manœuvres politiques
Le PDS n’est pas suivi dans sa proposition de "concertation nationale"

La proposition d'une "concertation nationale"  lancée par trois partis d'opposition, a été rejetée par la plupart des formations politiques et syndicats qui soupçonnent le Parti démocratique sénégalais (PDS) de préparer son retour au gouvernement.
La concertation doit déboucher sur "un programme national d'actions, précis et cohérent, confié à un gouvernement de consensus pour une durée à convenir". "L'ensemble des partis et des syndicats sont conviés, sans exclusive, à y prendre part", à une date indéterminée. "Au-delà, c'est le peuple qui sera notre interlocuteur", avait annoncé Abdoulaye Wade, secrétaire général du PDS.
La concertation est proposée par la nouvelle alliance "Bokk Sopi Sénégaal" (Changer ensemble le Sénégal) qui réunit, outre le PDS, le Parti africain pour la démocratie et le socialisme (PADS) et le Mouvement pour le socialisme unifié (MSU), eux aussi membres de l'opposition.
"On peut se demander légitimement s'il ne s'agit pas d'un gadget pour masquer l'entrée au gouvernement d'une fraction de l'opposition", s'est interrogé Iba Der Thiam, président de la Convention des démocrates et des patriotes (CDP), également membre de l'opposition.
"Nous ne cautionnerons pas une concertation qui donne seulement bonne conscience pour aller au gouvernement", a affirmé Madior Diouf, secrétaire général du Rassemblement national démocratique (RND), allié du PDS.
Pour l'ensemble de la classe politique, et notamment pour le Parti socialiste (PS, au pouvoir), il ne fait aucun doute que M. Wade, désormais blanchi dans les émeutes du 16 février et l'assassinat, en mai 1993, du vice-président du Conseil constitutionnel, Me Babacar Seye, veut retourner au gouvernement.
Abdoulaye Wade n'a ni confirmé, ni démenti, liant laconiquement une nouvelle participation du PDS au gouvernement à "plusieurs conditions, dont la mise en place d'un autre programme économique".
M. Wade et quatre membres du PDS ont siégé au gouvernement d'avril 1991 à août 1992. Il s'agissait de la première participation d'un parti de l'opposition aux affaires.

Les syndicats ont eux aussi rejeté cette concertation. "Les institutions existent. Cette idée n'a donc aucune légitimité", a-t-on indiqué à l'Union nationale des travailleurs sénégalais (UNSAS), pourtant le syndicat le plus virulent à l'égard du pouvoir.
"Notre objectif ne peut pas être de changer le gouvernement même si nous sommes pour la tenue des états généraux de l'économie", a-t-on affirmé à la Confédération nationale des travailleurs sénégalais (CNTS), le plus important syndicat au Sénégal, affilié au PS.

 
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