afrique du sud
Accueil Photographies Liens Afrique Avertissement Vos communiqués Contact
blanc
 
Zimbabwe
Extrait du livre : Mugabe, Robert Gabriel - "Souillure" or not "Souillure" ?
René-Jacques Lique - Edition L’Harmattan Avril 2010

Avant-propos (P. 11 à 13)

Le Diable est parmi nous. Il est là, tout en bas de l’Afrique, au Zimbabwe. Au grand zoo médiatique, il attire les foules. Les gardiens du temple l’ont mis en cage, il ne peut plus guère bouger ni s’offrir de lointaines escapades. Il est sous surveillance, 24 heures sur 24.
Des milliers d’yeux l’observent jour et nuit. À la jumelle, au grand angle ou au zoom, Ong, diplomates, journalistes, le regard affûté, les petites mains de la défense des droits de l’homme sont aux aguets.
Et il vaut mieux, car la bête gronde parfois. Ses coups de pattes sont meurtriers. Il a déjà beaucoup mangé, mais il en veut encore. À peine rassasié des pauvres fermiers blancs qu’il croqua à pleines dents, il avale tout cru tout ce qui bouge autour de lui : des opposants à pleines poignées, des syndicalistes par fourgons entiers, des humanitaires de temps à autre. Il adore faire rôtir le journaliste. Surtout le journaliste indépendant, honnête et qui fait son travail. Son travail de journaliste. Il mâchouille occasionnellement du curé même si on le dit fort pieux. Son mets préféré ? Le Britannique. Il s’en lèche les babines.
Certes, de temps en temps, les gardiens du zoo le titillent et s’essaient à la corrida ou au jeu de fléchettes. Mais on a tout tenté : sangles aux pieds, asphyxie économique et financière, remontrance appropriée, puis modérée, puis sévère, puis au sabre, mais rien n’y fit. Le fauve bouge encore, il rugit toujours.
Aucun chef d’État au monde n’a cristallisé autant de haine sur lui, pas même Fidel Castro à qui les plus fervents détracteurs reconnaissent dans la douleur quelques succès. Robert Gabriel Mugabe, président du Zimbabwe depuis 1980, bat des records : record de critiques à son encontre, record de condamnations, record de voix qui s’élèvent dans le monde pour le clouer au pilori, car il ne suffit pas d’être condamnable, encore faut-il être condamné. Et il l’est, condamné, Mugabe ! Oh, pas depuis toujours, depuis le jour où il a commencé à reprendre les terres que les colons britanniques avaient confisquées un siècle plus tôt aux Africains qui peuplaient ce vaste territoire que l’on appela alors la Rhodésie. Depuis ce jour, le grand combat n’a eu de cesse. Il fut violent, de plus en plus sanglant, aucun des adversaires ne voulant abandonner la partie. Et des adversaires, il en eut Mugabe. Beaucoup, et même énormément, et même passionnément. Une « souillure », « rien qu’un escroc », les diplomates en perdirent l’usage des bonnes manières.
Traverser le miroir et s’en aller visiter de près ce pays de l’ignoble est l’objet de cette biographie. Et le voyage terminé, au lecteur de juger qui est la "souillure" de l’Histoire.

Mugabe le méchant dictateur, son principal opposant, Morgan Tsvangirai, le gentil démocrate ? Pas si simple.
Mugabe qui casse une économie florissante, les pays occidentaux, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale qui font tout pour l’aider à sortir de l’ornière ? Pas vraiment.
Mugabe qui lance une réforme agraire contre vents et marées, la Grande-Bretagne responsable de rien ? Pas tout à fait.
La réforme agraire, cause de tous les malheurs ? Oui, mais laquelle ? Celle de 1930 ? Celle de 1970 ? Celle de 2000 ?
Mugabe raciste ! Des pauvres Blancs expropriés et maltraités ? À chacun son histoire.
Quand le monde entier s’est lavé les mains des ignominies du régime rhodésien, on n’invente pas. Ça a duré près d’un siècle et ça a commencé en 1890.
Quand l’un des fondateurs du Labour Party britannique, secrétaire d’État aux Colonies, applaudissait des deux mains le dépeçage de la Rhodésie au profit des Blancs puisque c’était pour « améliorer le sort des indigènes », on n’invente pas. On ouvre les livres d’histoire à la page "Lord Passfield".
Quand la reine d’Angleterre, Elizabeth II, faisait l’éloge de Mugabe, on n’invente pas. C’était en 1994, lors d’un banquet très haut de gamme, avec du beau monde à table.
Quand la communauté internationale décide, avant même le début de la réforme agraire de Mugabe, qu’elle est "démagogique", on n’invente pas. C’est écrit noir sur blanc dans des rapports datant de 1992.
Quand la même communauté internationale daigne se pencher sur cette réforme et lance à Mugabe en 1998 qu’il « ne serait pas sage de vouloir tout obtenir trop vite », 18 ans après l’indépendance, on n’invente pas. C’est le représentant de la Banque mondiale qui s’en charge.
Quand le pape conseille lui aussi, mais en 2003, 23 ans après l’indépendance du Zimbabwe, de prendre un peu son temps avant de redistribuer les terres à la population noire qui en fut expropriée un siècle plus tôt, on n’invente pas. Il s’agit de Jean Paul II pour ne pas le nommer.
Quand un ponte de l’opposition, bien blanc de peau, a fait son apprentissage de défenseur des droits de l’homme dans l’effroyable police politique du régime raciste rhodésien, on n’invente pas. Il l’admet lui-même, et tête basse.
Quand Morgan Tsvangirai, l’opposant vénéré par le monde entier, a des "copains" qui font honte à toute l’Afrique australe, on n’invente pas. On jette un œil sur Afonso Dhlakama, pure création des régimes racistes de la belle époque et premier utilisateur d’enfants soldats.
Quand l’adulée Doris Lessing, une locale du jeu de fléchettes, a la mémoire qui flanche, ce n’est pas bien grave. On va l’aider un peu.
Quand les médias mentent un peu, beaucoup, passionnément. On n’invente pas. Il suffit de relire.
Quand…, quand…, quand…, on arrête là, sinon vous allez tout savoir.
Bienvenue au pays du sang et des larmes. Âmes sensibles, s’abstenir.

Cette biographie de Mugabe, qui se mêle avec l’histoire de son pays, le Zimbabwe, est rédigée selon les périodes, parfois de manière purement chronologique, parfois de manière thématique lorsqu’il s’est agi d’aborder des événements qui ont duré sur un laps de temps assez long.
Tous les faits et les dires rapportés dans cette biographie sont vérifiables, tant dans la presse que dans les dépêches d’Agences ou des archives historiques. Tous les propos rapportés, qui ont été tenus par les différents acteurs cités, n’ont jamais été contestés par les intéressés.

 
haut © Copyright afrique-express.com
 
 
rechercher
 
 
 
Liens zimbabwe
Politique
Partis politiques
Gouvernement
 
 
 
 
 
 

D'autres extraits de
Mugabe, Robert Gabriel
"Souillure" or not "Souillure" ?

1) Avant-propos
2) Et si on allait le visiter, ce fameux grenier à blé …

Première partie : 1924-1980 : années noires
3) La jeunesse dans un pays raciste
4) Les accords de Lancaster, clef de voûte mortelle pour le Zimbabwe

Deuxième partie : Ah, ce mirifique grenier à blé ! Quel joyau !
5) Ce petit fond de vérité
6) Quand le son du mbira égaie la mémoire de Doris Lessing

Troisième partie : A chacun son histoire
7) En voilà un beau rapport !
8) Décapitée, elle se bat pour la liberté de la presse …

Quatrième partie : remue-ménage à tous les étages
9) Morgan Tsvangirai fait de la politique, les Blancs aussi …

Cinquième partie : Rien ne va plus, faites vos jeux
10) Sondage par-ci, sondage par-là

11) Un extrait sur l'anxiété britannique quand il s'agit de "génocides à venir".
Extrait est tiré du dernier chapitre intitulé "Promis, c’est fini …"