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Zimbabwe
Extrait du livre : Mugabe, Robert Gabriel - "Souillure" or not "Souillure" ?
René-Jacques Lique - Edition L’Harmattan Avril 2010

Troisième partie : A chacun son histoire

« En voilà un beau rapport ! » (P. 179 à 201)

Laissons les bâtons de dynamite aux mains de l’armée britannique et retour aux années 1980 et à la période dite des "massacres du Matabeleland". En février 1982, ce fut la rupture avec Joshua Nkomo qui fut accusé de complot et limogé du gouvernement. Aussitôt, une dissidence armée, menée par des Ndébélés et d’anciens membres de l’armée de Nkomo, prend corps dans le Matabeleland. Impossible de lire la moindre biographie ou le moindre article concernant Mugabe sans que ces événements ne soient disséqués et relatés avec de bien belles variantes. Alors, parole aux historiens.

"Valeurs Actuelles1: « Entre 1981 et 1988, Mugabe s’attaque à ses opposants noirs, dont Joshua Nkomo, autre figure charismatique de la guerre de libération. D’origine Matabélé, une ethnie minoritaire mais guerrière, ancrée dans le sud-ouest du pays, autour de Bulawayo (notre carte), Nkomo est populaire. Il bénéficie alors d’un ancrage territorial et ethnique fort qui fait peur à Mugabe, un Shona. Son ethnie est majoritaire. Elle redoute depuis toujours la puissance des Matabélés.
La querelle sera vidée dans le sang. Mugabe lance une série de massacres de masse dans le Matabeleland. Nkomo perd ses meilleurs partisans. Assigné à résidence, il doit s’exiler. En moins de six ans, 3 000 Matabélés sont exterminés. L’Afrique et le monde regardent et se taisent. »
Précis, « 3 000 Matabélés sont exterminés », et avec une carte en plus.

Ce portrait de Mugabe dans L’Express : « Au milieu des années 1980, ce Shona (l’ethnie majoritaire) réduit la dissidence dans la province du Matabeleland et fait massacrer au moins 10 000 Ndébélé (l’ethnie minoritaire) par la terrible 5e brigade, formée à l’école nord-coréenne. Pendant deux ans, des escadrons de la mort écument des villages, torturent et assassinent ceux qui ont le tort de ne pas soutenir le parti de Mugabe, l’Union nationale zimbabwéenne africaine-Front patriotique. » 2 
3 000 morts dans Valeurs Actuelles, 10 000 dans L’Express, qui manie avec brio la parenthèse informative.

Jeune Afrique du 10 avril 2005. Ça enfle. 3 000 ? 10 000 ? Non, 20 000 morts, qui sont en plus "massacrés" : « Mais, à partir de 1983, l’homme montre une nouvelle facette de son personnage. Au Zimbabwe, 80 % des habitants, dont Mugabe, sont shonas, et 20 %, dont Nkomo, sont Ndébélés. Après leur défaite électorale de 1980, les Ndébélés entrent en résistance dans leur fief du Matabeleland, dans le Sud. La répression est terrible. La 5e Brigade, entraînée par des instructeurs nord-coréens, massacre vingt mille personnes. Des paysans sont brûlés vifs. Des enfants sont tués à l’arme blanche. La communauté internationale ferme les yeux. » 3

20 000 morts, confirmés par une spécialiste de l’Afrique, Colette Braeckman, qui travaille pour le journal belge Le Soir : « Au milieu des années 80, l’image de Mugabe est ternie par les 20.000 morts que fera la répression impitoyable de la révolte en pays matabele, qui a éclaté après que le vice-président Nkomo ait perdu son poste. Ces opérations menées par la 5e brigade, formée par les Nord Coréens, démontrent déjà la puissance et l’impunité des forces armées, véritable bastion du régime. » 4

Le souci du détail, dans Le Monde du 13 mars 2002 : « Mais les plus nombreuses victimes du despotisme de Robert Mugabe sont noires. Ce sont les morts – au moins 10 000 civils – de ce qui fut, entre 1983 et 1987, la "deuxième guerre civile" du Zimbabwe. La rancœur de Robert Mugabe envers Joshua Nkomo, chef de la Zapu et de la minorité Ndébélé, remontait aux années 1960. Le premier reprochait au second sa mollesse et son absence de stratégie. Après avoir vaincu son aîné aux élections de 1980, il l’humilia en le reléguant au fond des gradins officiels, lors de la cérémonie d’indépendance.
Puis il imposa à ses partisans une longue guerre sans merci dans la brousse du Matabeleland, en saisissant pour prétexte l’insécurité semée par d’anciens guérilleros devenus "dissidents". La tristement célèbre "cinquième brigade", formée par des instructeurs nord-coréens, multiplia les atrocités : des paysans brûlés vifs, des enfants embrochés sur le dos de leurs mères, des familles contraintes de chanter les chants de la Zanu-PF sur les tombes de leurs proches. » Là, en plus des chiffres, quelques « enfants embrochés sur le dos de leurs mères. » 5

Un site Internet, drapé de sobriété, "Biographie.net" : « En 1983, une rébellion ndébélé met fin à l’union Zanu-Zapu et une guerre civile ensanglante la province du Matabeleland. Robert Mugabe y déploie "sa" 5e brigade, une force spéciale formée par des instructeurs nord-coréens. Nkomo est démis de ses fonctions. La répression de l’armée est brutale contre les Ndébélés. On dénombrera 10 000 victimes. » 6
Ici, 10 000 morts, un juste milieu entre 3 000 et 20 000.

Ou un hésitant, dans Le point  du 3 juillet 2008 : « Au milieu des années 80, Mugabe, le représentant de l’ethnie Shona, orchestre un massacre de masse dans la province du Matabeleland. Bilan : entre 10 000 et 20 000 morts parmi les Ndebele, l’ethnie minoritaire. » 7

Ailleurs, repris sur de nombreux sites sur Internet, un article fort bien documenté par deux spécialistes de l’humanitaire et de la bonne gouvernance, pour nous expliquer ce qu’est une "dictature durable" : « Des tensions entre Shonas et Ndébélés, les deux principales ethnies du pays, ne tardèrent pas à se manifester dès l’indépendance. D’origine shona, Mugabe y répondit par une répression féroce dans les provinces à dominante ndébélée, restée célèbre dans l’histoire zimbabwéenne sous le nom de "Gukurahundi". Ces massacres, documentés à l’époque par l’Église catholique, firent environ 20 000 victimes dans les Midlands, le Manicaland et le Matabeleland. » 8
« Environ 20 000 victimes», certifiés conformes par l’Eglise catholique. Rien à redire quand il s’agit de la voix de l’Eglise, catholique, qui plus est.

Pourquoi pas l’expert des experts, Daniel Compagnon, dans "Zimbabwe, une tyrannie sans fin" : « Mais la priorité de celui qui n’était alors que Premier ministre, sous l’égide de la Constitution héritée des accords de Lancaster House de 1979, consistait à éliminer le mouvement rival (et plus ancien) de la Zimbabwe African People’s Union (Zapu) de Joshua Nkomo, pourtant allié à la Zanu-PF au gouvernement. Le but des massacres à grande échelle perpétrés au Matabeleland entre 1982 et 1987 – sous le prétexte de lutter contre une dissidence armée dont l’importance avait été délibérément grossie – était bien de détruire les soutiens tribaux de la Zapu et de contraindre ses dirigeants à se fondre dans un parti unique contrôlé par Mugabe.
À l’époque, la logique paradoxale de la "guerre froide" a permis à la 5e Brigade – une unité anti-guérilla constituée pour semer la terreur et entraînée par les Nord-Coréens – d’éventrer des femmes enceintes à la baïonnette et de massacrer des familles entières sans que l’ONU et les Occidentaux ne s’insurgent. » 9

Et enfin, le Guiness record, dans le Washington Times : « De 1983 à 1987, les troupes loyales à Mugabe ont commis ce que des activistes des droits de l’homme ont décrit comme un génocide, quand il fut rapporté que pas moins de 40 000 personnes ont été tuées dans la province du Matabeleland, qui s’est toujours réclamée hostile au gouvernement. » 10 Chapeau bas, on s’incline !
Après lecture de ces morceaux choisis, aucun doute : la guerre au Matabeleland fut lourde. Sanglante : 10 000, 20 000, 40 000 morts. Ethnique : les Shonas, majoritaires et dont fait partie Mugabe, s’en prennent aux Ndébélés, minoritaires. Le Rwanda tout craché : la majorité qui veut réduire à néant la minorité. Politique : l’ogre Zanu-PF qui veut avaler la Zapu pour créer de facto un parti unique, le rêve de tout communiste marxiste-léniniste de stricte obédience qui se respecte. C’est Valeurs Actuelles qui apporta cette judicieuse précision sur l’obédience.
Il y a eu un rapport sur ces horreurs, “Briser le silence”, publié en 1997 par la Commission catholique Justice et Paix du Zimbabwe (CCJPZ), une Commission où les catholiques croisent dans les couloirs défenseurs des droits de l’homme "patentés" et autres avocats. Daniel Compagnon le cite dans un renvoi en bas de page de son article : « La meilleure source reste le rapport publié par la Commission catholique justice et paix du Zimbabwe et la Legal Resources Foundation : Breaking the Silence, Building True Peace : A Report on the Disturbances in Matabeleland and the Midlands, 1980 to 1988, CCJP/LRF Printers, Harare, février 1997. » C’est sur ce rapport que s’est basée toute la presse pour relater ces faits puisque ces tueries furent supposées "cachées" pendant des années et que ce rapport, quand il est sorti, a été médiatisé à outrance. No comment ? Si, quand même un peu.

Voici le résumé des faits, tels qu’exposés dans ce rapport “Briser le silence”, publié par la CCJPZ. Ce rapport commence par une chronologie des événements dont voici l’essentiel.
En juillet 1980, l’état d’urgence en vigueur depuis 1965 est reconduit. Il le sera plusieurs fois jusqu’en juillet 1990. En octobre 1980, tout juste installé au pouvoir, Mugabe a conclu un accord avec la Corée du Nord pour la formation d’une brigade de la toute nouvelle armée zimbabwéenne. Le nouveau Zimbabwe, ses nouvelles instances politiques restent sous la menace de l’Afrique du Sud, encore dirigée par les tenants de l’apartheid qui acquiescent mal d’être maintenant cernés par deux pays ouvertement hostiles : le Zimbabwe de Mugabe et le Mozambique dirigé par le Frelimo pro-communiste.
Au mois de novembre, des affrontements ont lieu entre des éléments de la Zipra (l’ancienne armée de la Zapu de Joshua Nkomo) et des éléments de la Zanla (l’ancienne armée de la Zanu de Mugabe), dans des camps de rassemblements à Entumbane, à côté de Bulawayo.
Février 1981 : un nouvel accès de violence entre Zipra et Zanla à Entumbane qui s’étend à Ntabazinduna et Connemara dans les Midlands, fait plus de 300 morts. Les instructeurs nord-coréens commencent la formation de la 5e brigade en août. En ce même mois d’août, des agents sud-africains font sauter les casernes d’Inkomo, près d’Harare. Bilan : 50 millions de dollars de munitions et d’équipements détruits.
Toujours en août, un groupe de 17 agents sud-africains "blancs" pénètre au Zimbabwe pour faire sauter la ligne de chemin de fer reliant le Mozambique. Trois membres de ce groupe sont tués et l’on découvre que deux d’entre eux étaient d’anciens membres de l’armée Rhodésienne.
En décembre, des agents sud-africains tentent de liquider Mugabe et font sauter le quartier général de la Zanu-PF : sept morts, 124 blessés. Mugabe avait déjà échappé à un attentat pendant la campagne électorale de 1980 à Masvingo.
Février 1982 : la découverte de caches d’armes dans le Matabeleland entraîne l’arrestation de hauts commandants de la Zipra et l’expulsion des cadres de la Zapu de l’administration et du gouvernement. Joshua Nkomo, mais aussi les ministres Chinamano, Muchachi et Msika, sont limogés. Beaucoup d’anciens combattants de la Zipra désertent alors les camps de regroupements où ils attendaient d’être intégrés dans l’armée et, souligne le rapport, on note un accroissement du banditisme.
Le rapport “Briser le silence” précise : « Le résultat final de cette situation instable a été qu’au début de l’année 1982, le Zimbabwe eut à faire face à de sérieux problèmes de sécurité dans différentes parties de son territoire, particulièrement dans la moitié ouest. Des bandes de "dissidents" tuaient des civils et détruisaient les biens privés. »
En juin 1982, une nouvelle tentative d’attaque de la résidence de Mugabe échoue mais sont impliqués cette fois des anciens membres de la Zipra de Joshua Nkomo. Instauration du couvre-feu et recherche d’armes à Bulawayo.
En juillet six touristes étrangers sont kidnappés et tués. Le rapport affirme que l’on découvrira qu’ils ont été tués par huit anciens Selous Scout des forces armées rhodésiennes s’étant enrôlés en Afrique du Sud.
Le gouvernement instaure le couvre-feu dans le Matabeleland. Nombreuses arrestations. Toujours en juillet, la base aérienne de Thornhill, à côté de Gweru, est sabotée par des Sud-Africains : treize avions militaires sont détruits.

Le gouvernement réinstaure la loi "Indemnity and Compensation Bill", utilisée pour la première fois en 1975, garantissant l’immunité pour les agents gouvernementaux.
En novembre, la CCJPZ envoie un rapport confidentiel au Premier ministre, Robert Mugabe, concernant les excès de l’armée. En décembre, la 5e brigade formée par les instructeurs nord-coréens est prête à se déployer.
Le 6 janvier 1983, le gouvernement autorise les fermiers à se réarmer pour se protéger contre les dissidents, après une attaque ayant fait 6 morts dans une ferme commerciale. Entre novembre 1982 et décembre 1983, 33 personnes ont été tuées dans ce genre d’attaques par des dissidents.
Le 26 janvier, la 5e brigade se déploie dans le nord du Matabeleland.
En février, les atrocités continuent et un premier rapport est adressé au gouvernement.
Au mois de mars, Joshua Nkomo est placé en résidence surveillée mais il parvient à s’enfuir au Botswana. Un cordon militaire est déployé autour de Bulawayo : 1 000 arrestations s’en suivent.
En mars toujours, la conférence des évêques du Zimbabwe (ZCBC) et la Commission catholique Justice et Paix s’adressent à Robert Mugabe et lui présentent un rapport intitulé "La réconciliation est encore possible".
Le couvre-feu est levé le 5 avril dans le nord du Matabeleland.
En septembre, les autorités chargent Simplicius Chihambakwe de diriger une Commission d’enquête sur les atrocités au Matabeleland.
En janvier 1984, un bilan des violences est présenté au Parlement : depuis janvier 1983, les dissidents ont tué 120 personnes, en ont mutilé 25, violé 47 et commis 284 vols avec violence.
La commission d’enquête Chihambakwe collecte des témoignages sur les atrocités à Bulawayo.
Le 4 février, instauration d’un "embargo alimentaire" sur le sud du Matabeleland et déploiement de la 5e Brigade dans la région. Des milliers de civils sont incarcérés au camp de Bhalagwe dans le district de Matobo.
Le 7 avril, la ZCBC exprime sa profonde inquiétude sur la situation dans le sud du Matabeleland.
Le 10 avril, le couvre-feu et l’embargo alimentaire sont levés. En juillet, la 5e Brigade est retirée pour une nouvelle formation.
La période préélectorale est marquée par des violences attribuées aux brigades de la jeunesse de la Zanu-PF. Le rapport note que les saccages orchestrés par le mouvement de la jeunesse de la Zanu-PF continuent, avant et après les élections de juillet 1985.
En février 1985, le CIO, les services secrets zimbabwéens, opère une série d’arrestations d’officiels de la Zapu dans tout le pays. Beaucoup des personnes détenues ne réapparaîtront jamais.
En mars, la CCJPZ adresse un rapport confidentiel à Mugabe condamnant les mauvais traitements infligés aux membres de l’opposition.
En juillet, un nouveau bilan des violences est présenté au Parlement : depuis janvier 1985, les dissidents ont tué 45 personnes, en ont violé 40 et ont commis 215 vols avec violence.
Les secondes élections générales se déroulent en juillet de cette année 1985 : victoire de la Zanu-PF « de façon indiscutable », écrit le rapport “Briser le silence”. La Zapu a remporté 15 sièges dans le Matabeleland.
Passées les élections, les violences contre les supporters de la Zapu continuent et cinq hauts responsables, dont deux députés, sont détenus au motif de haute trahison.
Au mois d’août, les dissidents prennent clairement pour cible les civils parlant shona à Mwenezi : 22 morts. La CCJPZ indique qu’elle a condamné ces attaques.
En novembre, il est annoncé que le rapport de la commission d’enquête Chihambakwe ne sera pas rendu public.
Le 2 mars 1986, des commandants de la Zipra sont relâchés après quatre années de détention.
En décembre, un haut commandant de la Zipra est relâché pour faciliter des discussions sur l’unité.
En janvier 1987, nouveau bilan au Parlement : pendant l’année 1986, les dissidents ont tué 116 civils, violé 57 personnes, en ont enlevé 20 et commis 215 vols avec violence.
En avril, les discussions sur l’unité sont dans l’impasse et en septembre, la Zapu est "bannie", ses bureaux sont attaqués et certains de ses officiels placés en détention.
En octobre, les discussions sur l’unité reprennent.
En novembre, des dissidents tuent 16 personnes à la mission de Matobo.
Le 22 décembre de cette année 1987, un accord d’unité nationale est signé par Robert Mugabe et Joshua Nkomo.
En avril 1988, une amnistie pour tous les dissidents est annoncée mais seulement 122 personnes se rendent aux autorités. En juin, l’amnistie est étendue pour inclure tous les membres de l’armée qui ont commis des infractions avant la signature de l’accord d’Unité. En juillet 1990, l’état d’urgence n’est pas renouvelé

Dans son introduction, “Briser le silence” précise le contexte de ces violences en écrivant : « Le Zimbabwe était un pays sérieusement divisé en 1980. Dix ans de guerre n’ont pas seulement servi à libérer le pays, mais ont créé des divisions en son sein. L’Afrique du Sud était aussi un voisin hostile qui voulait affaiblir le Zimbabwe.
Il y eut des problèmes au sein des camps de regroupements des deux armées, la Zipra et la Zanla, et au début de 1982, des groupes de bandits sont apparus dans le Matabeleland. Des hommes armés ont commencé à tuer, voler et attaquer les propriétés privées. Le gouvernement a réagi en lançant une double attaque : la première contre les dissidents, par les 4e, 6 e brigades et les troupes de parachutistes, le Cio et des unités de soutien de la police. La seconde riposte a concerné la Zapu et ses supporters désarmés, par des opérations menées par la 5e brigade, le CIO, la PISI (Police Internal Security Intelligence Unit) et les brigades de la jeunesse de la Zanu-PF. Le gouvernement estimait que les deux conflits ne faisaient qu’un et que supporter la Zapu, c’était supporter les dissidents. »
Sur le rôle de l’Afrique du Sud, le rapport, note : « L’Afrique du Sud a essayé de faire se détester la Zapu et la Zanu en persuadant des membres du CIO d’être des agents doubles. Certaines des armes enterrées et découvertes dans les années 80 ont été placées par ces agents pour nuire à la Zapu. »
Plus loin, il évoque l’opération "Drama", nom de code donné par les Sud-Africains à une opération visant à former un groupe appelé "Super-Zapu", entraîné dans le nord du Transvaal, et qui a été actif au Zimbabwe dans le sud du Matabeleland, entre 1983 et 1984. Ce sont les colonels sud-africains Moeller et Jan Breytenbach qui pilotèrent l’opération. Les membres du "Super-Zapu" étaient « peu nombreux » estime le rapport, mais leur existence a fait empirer la situation dans le Matabeleland. Et “Briser le silence” ajoute sans se torturer l’esprit : « on ne connaît pas grand-chose de ce groupe. »
Puis le rapport se penche aussi sur une créature locale de Ian Smith et des Sud-africains, le MNR, un mouvement rebelle hostile aux indépendantistes zimbabwéens et au Frelimo mozambicain, soutenu par l’Afrique du Sud de l’apartheid : « À la fin des années 1980, des violations des droits de l’homme ont été commises dans les districts de l’Est du pays par les activistes du MNR, particulièrement dans les monts Darwin et à Chipinge, et ce jusqu’en 1988. Bien que ces abus eussent lieu dans des parties réduites du pays, ils eurent des effets cruels pour la population civile. Nombre de personnes ont été tuées et mutilées dans ces régions. »

À la question : « Pourquoi des gens sont devenus dissidents ? », le rapport estime que « le gouvernement a accusé les supporters de la Zapu d’être des dissidents, et, en retour, la Zapu accusa le gouvernement d’utiliser le problème des dissidents pour créer un parti unique. Les dissidents pensaient qu’ils n’avaient pas d’autres options que de quitter l’armée et d’aller dans le bush quand ils étaient persécutés au sein de l’armée. »
Mais “Briser le silence” admet : « En tout état de cause, au milieu de l’année 1982, il y eut un sérieux problème avec les bandits armés dans le Matabeleland. Des biens et des vies humaines ont été détruits quand des gangs cruels, incontrôlables et sans chef, ont commis des crimes dans cette région. »
Le rapport explique par ailleurs que ces « dissidents ont divisé » le Matabeleland et une partie des Midlands en « trois zones opérationnelles, conformément aux principes de la Zipra. »
Chaque zone avait son "commandant" : Tulane pour la zone de Tsholotsho et de Bulilimamangwe, les commandants Sitshela, puis Mdawini et Masikisela pour la zone Nord, et le commandant Brown pour la zone Sud. Des détails, mais qui auront de l’importance au regard de ce qui a pu être écrit à propos de ces événements.

Ça chauffait dans ce Zimbabwe des années 80 et la réponse des autorités à tous ces mouvements insurrectionnels fut lourde : des villages furent incendiés, des milliers de personnes furent détenues sans jugements, l’armée, et plus particulièrement la 5e brigade, a commis de nombreuses exactions allant du viol à la torture. Des villageois ont été obligés de creuser leurs propres tombes.
Des citoyens furent tués à la baïonnette, dont des jeunes femmes enceintes. Le rapport recense ces victimes sous une rubrique spécifique codifiée "ASBy" et qui précise : « tués à la baïonnette ou par couteau ou par armes tranchantes ». Au total, 13 personnes ont été recensées sous le code "victimes ASBy". Un peu différent des centaines de personnes embrochées vivantes comme le laissent entendre certains articles. En rappelant les difficultés qu’ils ont eues à recueillir le récit de faits précis, les rapporteurs relèvent le cas de deux femmes enceintes qui auraient été tuées à la baïonnette en février 1983 dans la région de Tsholotsho par la 5e Brigade, mais ils précisent : sur la base de quatre témoignages, tous incapables de nommer la victime et pas plus capables de dire où aurait eu lieu exactement ce crime.
Si la 5e Brigade ne faisait pas dans la dentelle, les "dissidents" non plus, comme lors de cette attaque qui cibla des villageois parlant Shona. Dans le détail, au cas où cela aurait échappé à certains, ces "dissidents" mirent le feu aux huttes du village et tirèrent sur tous ceux qui tentaient de fuir les flammes. Dans le lot, se trouvaient deux enfants de deux ans. Cela eut lieu à Mwenezi. C’est aussi écrit dans “Briser le silence”, mais tout le monde n’a pas le temps de tout lire.
“Briser le silence” écrit par ailleurs que « tout le monde admet que tous les meurtres de fermiers blancs dans ces années 1980 furent commis par les dissidents ». 33 fermiers blancs furent ainsi tués. Cela fait un peu plus que de « baionnettés » mais cela ne se raconte pas. Et baïonnette pour baïonnette, les dissidents, eux aussi, ont fait passer de vie à trépas par cette arme délicate sept jeunes recrues de l’armée gouvernementale en août 1982, dans la région de Nyamandlovu.
“Briser le silence” dresse un bilan global des morts et des cas de tortures. Il dénombre 3 534 morts, et 7 246 victimes « d’offenses », qui très souvent sont des cas de tortures, de blessures, mais aussi parfois de violences psychologiques. Les victimes ne furent pas seulement des dissidents mais aussi de simples présumés "sympathisants" de la Zapu de Nkomo qui avaient le malheur d’habiter dans des zones de tensions. Tout cela et uniquement cela est écrit dans de ce rapport, “Briser le silence”, publié en 1997, avec forte médiatisation.

La surenchère n’a pas manqué quand il s’est agi d’interpréter ce rapport. Médias et diverses ONG s’en sont donné à cœur joie, multipliant les chiffres, ajoutant quelques zéros au nombre des victimes, effaçant d’un coup de gomme le contexte politique de l’époque, oubliant le voisin sud-africain, niant pour certains l’existence des "dissidents" et du banditisme, et décidant, une nouvelle fois à la place de Mugabe, que son objectif n’était autre que de créer un parti unique en éliminant la Zapu de Joshua Nkomo. Quelques questions s’imposent encore et une relecture au ralenti des quelques articles mentionnant ou s’appuyant sur ce rapport “Briser le silence” ne sera pas de trop.

"Valeurs Actuelles" : « Entre 1981 et 1988, Mugabe s’attaque à ses opposants noirs, dont Joshua Nkomo, autre figure charismatique de la guerre de libération. D’origine Matabélé, une ethnie minoritaire mais guerrière, ancrée dans le sud-ouest du pays, autour de Bulawayo (notre carte), Nkomo est populaire. (…) La querelle sera vidée dans le sang. Mugabe lance une série de massacres de masse dans le Matabeleland. Nkomo perd ses meilleurs partisans. Assigné à résidence, il doit s’exiler.».
Les causes réelles du conflit ? Les attentats à répétition contre Mugabe, le travail de sape de l’Afrique du Sud. Ses acteurs ? Tous ses acteurs : les dissidents, les agents sud-africains, les anciens "rhodies" de l’armée de Ian Smith ? On n’en parle pas. Ici, c’est Mugabe qui se lève un beau matin et qui « décide de s’attaquer à ses opposants noirs », pour réduire à néant son rival « populaire » Joshua Nkomo. Bienvenue aux cours d’histoire dispensés par Valeurs actuelles.
Un coup d’œil sur L’Express : « Au milieu des années 1980, ce Shona (l’ethnie majoritaire) réduit la dissidence dans la province du Matabeleland et fait massacrer au moins 10 000 Ndébélé (l’ethnie minoritaire) par la terrible 5e brigade, formée à l’école nord-coréenne. Pendant deux ans, des escadrons de la mort écument des villages, torturent et assassinent ceux qui ont le tort de ne pas soutenir le parti de Mugabe… »
Ici, on efface les 10 000 morts et on les remplace par 3 534 car même en lisant et en relisant “Briser le silence”, même en le scannant, même en tentant une lecture en arabe, de droite à gauche, rien n’y fait. C’est toujours le même nombre de morts qui en ressort : 3 534.
Le travail de sape de l’Afrique du Sud. Ses acteurs ? Tous ses acteurs : les dissidents, les agents sud-africains, les anciens "rhodies" de l’armée de Ian Smith ? L’Express n’en parle pas non plus. Deux acteurs seulement : la 5e brigade et les escadrons de la mort, face à ceux « qui ont le tort de ne pas soutenir le parti de Mugabe ». Autre cours, autre façon d’enseigner l’histoire.

Déplions Jeune Afrique : « Mais, à partir de 1983, l’homme montre une nouvelle facette de son personnage. Au Zimbabwe, 80 % des habitants, dont Mugabe, sont shonas, et 20 %, dont Nkomo, sont Ndébélés. Après leur défaite électorale de 1980, les Ndébélés entrent en résistance dans leur fief du Matabeleland, dans le Sud. La répression est terrible. La 5e Brigade, entraînée par des instructeurs nord-coréens, massacre vingt mille personnes.… »
Ici, ce ne sont pas 10 000 mais « vingt mille » personnes massacrées que l’on efface et que l’on remplace par 3 534. Quant aux acteurs, il y a bien l’arrivée des instructeurs nord-coréens, mais toujours pas un mot sur les dissidents, les agents sud-africains, les anciens "rhodies" de l’armée de Ian Smith.

Le Monde est-il encore là ? Le voici : « Mais les plus nombreuses victimes du despotisme de Robert Mugabe sont noires. Ce sont les morts – au moins 10 000 civils – de ce qui fut, entre 1983 et 1987, la "deuxième guerre civile" du Zimbabwe. La rancœur de Robert Mugabe envers Joshua Nkomo, chef de la Zapu et de la minorité Ndébélé, remontait aux années 1960. Le premier reprochait au second sa mollesse et son absence de stratégie. (…)
Puis il imposa à ses partisans une longue guerre sans merci dans la brousse du Matabeleland, en saisissant pour prétexte l’insécurité semée par d’anciens guérilleros devenus "dissidents". La tristement célèbre "cinquième brigade", formée par des instructeurs nord-coréens, multiplia les atrocités … »
À nouveau la gomme pour corriger les « au moins 10 000 civils » morts et les remplacer par 3 534. La cause de ce conflit ? Ici, enseigner l’histoire frise la simplicité : la « rancœur » de Mugabe vis-à-vis de Nkomo qu’il aurait jugé trop mou pendant la guerre de libération dans les années 60.
Bien sûr, il y a bien « l’insécurité semée par d’anciens guérilleros devenus dissidents », mais tout ceci n’est qu’un « prétexte » utilisé par Mugabe, le despote. Le coup du prétexte reste un argument de poids pour accabler Mugabe. On connaissait le « fond de vérité » dont il faut quand même parler comme le fit, avec douleur sans doute, Daniel Compagnon, à propos de la répartition des terres en Rhodésie, voici venu le temps du « prétexte ». Les dissidents, les agents sud-africains, les anciens "rhodies" de l’armée de Ian Smith, et même la guérilla du MNR mozambicain, devenue la Renamo, tous ces braves gens ne sont que des « prétextes » attrapés au vol par Mugabe pour lancer sa 5e brigade dans le Matabeleland.
Autre article, autre média. Le site Internet de Radio France Internationale, un article rédigé en 2002, titré "Les médias indépendants font de la résistance", et qui traite des rapports tendus de la presse privée avec le pouvoir. Au passage, l’article dévie sur les événements du Matabeleland : « Parce que la presse libre n’avait pas encore émergé, les massacres perpétrés en 1985 par une brigade spéciale dépêchée par Robert Mugabe pour étouffer une opposition potentielle dans le Matabeleland, au sud-ouest du pays, sont passés quasiment inaperçus. Personne n’a voulu croire à la mort de 20 000 victimes, jusqu’à la publication, en 1996, d’un rapport intitulé “Briser le silence”, compilé par des organisations non-gouvernementales sur les faits. »
20 000 victimes, mais c’est une litanie. La cause du conflit ? Toute simple : « étouffer une opposition potentielle dans le Matabeleland ».
Et comme d’habitude, la tentation du Guiness Record aidant, on peut toujours faire mieux. Le quotidien Libération du 8 avril 2008. Un portrait de Mugabe titré "L’instinct de conservation", avec bien évidemment le post-it collé dans le dos : « Personne ne proteste lorsque le président écrase dans le sang un soulèvement dans le Matabeleland, en réaction à l’expulsion de l’enfant du pays, le vice-président Joshua Nkomo, un Ndébélé issu d’un mouvement rival. La répression aurait causé 20 000 à 30 000 morts. » 11

N’ouvrez pas encore en grand la porte de l’asile pour chevaliers blancs, ou alors entrouvrez-en les deux battants car nous n’irons pas seul. La recherche fut longue mais nous y sommes parvenu. Nous n’en avons trouvé qu’un. Un seul article dans lequel le bilan humain de cette guerre était relaté honnêtement. C’est dans le Daily Telegraph londonien qu’il nous a fallu aller puiser. Un article publié lui aussi en avril 2008, exactement au même moment que celui de Libération, dans lequel le Daily Telegraph, rappelant ces mêmes événements, écrit : « Le bilan des morts dans ce massacre au Matabeleland n’a jamais été établi. “Briser le silence” recense 3 750 meurtres mais indique que le chiffre réel est sans doute deux fois plus élevé ». 12
Il n’est pas ici question de nier les atrocités commises pendant cette période par l’armée de Mugabe ou par ses sympathisants, qu’ils fassent partie du mouvement de la jeunesse ou des agences de sécurité, mais il s’agit d’exposer comment une telle affaire est présentée par les médias. Le Daily Telegraph expose d’ailleurs avec moult détails quelques atrocités commises à cette période.
Mais la même semaine, 30 000 morts dans Libération, 3 750 dans le Daily Telegraph. Comment peut-on s’ériger en juge, en accusateur, si l’on occulte ou si l’on manipule des faits ? Comment vouloir prétendre à l’impartialité si l’on rapporte que ces massacres ont été dus, soit à une lubie de Mugabe, qui un beau matin aurait décidé d’en finir avec Joshua Nkomo - un Joshua Nkomo, soit dit en passant, qui n’aurait jamais eu la moindre chance d’être majoritaire avec son parti à n’importe quelle élection - soit, et c’est ce qui transpire essentiellement dans ces articles, à une sourde haine ethnique.
Sur cette importante question ethnique, le rapport “Briser le silence” a beau écrire noir sur blanc qu’il « est important de se rappeler que ce conflit fut réellement plus une question politique qu’ethnique », rien n’y fait. Diaboliser Mugabe en saupoudrant sur l’histoire du Zimbabwe quelques grains de haine ethnique est toujours du meilleur effet.
L’étonnante précision des journalistes s’arrête aux statistiques ethniques : « 80 % des habitants, dont Mugabe, sont shonas, et 20 %, dont Nkomo, sont ndébélés » ; « Joshua Nkomo, chef de la Zapu et de la minorité Ndébélé » ; « D’origine matabélé, une ethnie minoritaire mais guerrière, ancrée dans le sud-ouest du pays, autour de Bulawayo, Nkomo est populaire. Il bénéficie alors d’un ancrage territorial et ethnique fort qui fait peur à Mugabe, un Shona ».
La donne est claire pour le lecteur à qui l’on mâche un peu le travail : une minorité et une majorité. Une majorité qui extermine la minorité. Alors, si d’aventure passe devant la porte quelque démarcheur pour Tribunal pénal international, faites lui signe, il aura matière à enquêter. Enfin … à enquêter uniquement sur ces faits-là. Les autres, ceux d’avant 1980, ceux d’avant Mugabe, ceux commis par le régime raciste rhodésien ? Ces faits étant, comme l’a écrit “Briser le silence”, tellement connus, tellement mis à disposition de la jeunesse dans les bibliothèques du monde entier que ce n’est pas même la peine d’en chercher les auteurs, ni même de les rappeler. Tout le monde les connaît. Que des résidus de l’histoire, nostalgiques de l’apartheid, aient voulu déstabiliser le régime naissant dans le Zimbabwe des années 80, est-ce bien utile d’en faire cas ? Est-ce bien utile de rappeler les intentions déstabilisatrices de l’Afrique du Sud ? Est-ce bien utile de parler des agents sud-africains ? Est-ce bien utile de parler des atrocités commises par la Renamo ? Est-ce bien utile de détailler les « prétextes » attrapés au vol par Mugabe pour lancer son armée sur le terrain ?

Autre question. Si l’on se penche un peu sur les auteurs de ce rapport “Briser le silence”, on ne s’étonnera guère que tous ces braves gens n’aient pas eu beaucoup envie de briser un silence un peu plus lointain, celui du régime de Ian Smith. Miss Shari Eppel, actuellement, directrice exécutive de l’association Amani (qui signifie "la paix" en swahili, la langue de l’Afrique de l’Est), était directrice d’enquête pour ce rapport. Rhodésienne blanche - on le précise et sans ambages - née en 1961 : elle n’a jamais eu l’idée de quitter son pays qui était sous la coupe du régime ignoble de Ian Smith. Étonnant pour une spécialiste des droits de l’homme en herbe. Elle a tout juste eu l’idée d’aller faire ses études de psychologie à l’université de la province du Natal, en Afrique du Sud, à l’époque où ce pays était lui aussi sous la coupe des adeptes de l’apartheid. La jeunesse en Rhodésie, les études en Afrique du Sud raciste, ça charpente la réflexion. Les événements du Matabeleland sont devenus le fonds de commerce de miss Shari Eppel. Elle colloquise par-ci, réédite par-là, et au fil du temps grossit les chiffres qu’elle a pourtant avalisés en 1997 en cosignant “Briser le silence”.
En 2008, dans une contribution à la revue "Perspectives" publiée en Afrique du Sud, Shari Eppel écrit sans aucun scrupule qu’il y eut « 20 000 civils » massacrés et que « des dizaines de milliers ont été torturés par la 5e Brigade ». Pourquoi se gêner ! On est en pleine campagne électorale au Zimbabwe, alors une petite louche de morts supplémentaires sur le dos Mugabe ne fera de mal à personne. Mrs Shari Eppel écrit aussi dans cet article que Mugabe utilisera les actions de quelques anciens membres de l’armée de Nkomo devenus « bandits » comme un « parfait prétexte » pour lancer une opération « massive contre les dissidents dans le Matabeleland ». Vu comme cela, « prétexte » il y a. 13

Mugabe et ses prétextes, parlons-en. Pendant la campagne électorale de 1980, il échappe à un attentat à Masvingo. En décembre 1981, des agents sud-africains tentent de l’éliminer en faisant sauter le quartier général de la Zanu-PF. En juillet 1982, nouvel attentat contre sa vie impliquant cette fois des anciens membres de la Zipra de Joshua Nkomo, avec notamment des tirs contre sa résidence à Harare. Tout ceci est écrit noir sur blanc dans le rapport “Briser le silence”. Des broutilles inutiles à rappeler. Pas de quoi s’énerver ni réagir.
C’est bien connu, tout chef d’État ou tout Premier ministre qui se respecte sait bien qu’il en faut davantage avant de déclencher les hostilités. Tentative de meurtre pendant la campagne électorale, plasticage du siège de son parti au cœur de la capitale où il était censé se trouver, tirs sur son domicile, toujours dans la capitale, pas de quoi fouetter un chat. Aucun Premier ministre digne de cette fonction n’aurait lancé ses forces de sécurité pour mettre le holà à ces petits jeux bien innocents. Il n’y a qu’un despote comme Mugabe pour s’énerver ainsi. A-t-on déjà vu ailleurs qu’au Zimbabwe un chef du gouvernement réagir après quelques tentatives d’assassinat sur sa personne ? Jamais. Il est d’ailleurs bien connu qu’il n’y a aucun présumé putschiste dans les prisons africaines.
C’est aussi sans doute parce que ces faits sont tellement mineurs que les médias n’en parlent pas. Tentatives d’assassinat, plasticage du siège du parti, dynamitage de casernes, caches d’armes … qu’est-ce donc ? Les médias vont à l’essentiel et ne s’arrêtent pas à l’anodin. Même Amnesty International se laisse prendre au jeu. 14 Dans un rapport publié en 2002 et intitulé "Le prix de l’impunité", l’Ong de défense des droits de l’homme évoque ainsi ces événements : « Au début des années 1980, l’apparition d’une prétendue menace émanant d’anciens guérilleros “dissidents” dans les provinces du Matabeleland et des Midlands a entraîné une guerre contre-insurrectionnelle au cours de laquelle plusieurs milliers de civils ont été tués ou ont “disparu” (2). Certaines estimations situent le nombre de morts à un chiffre atteignant 10 000 civils. » Le renvoi (2) de cet extrait fait mention du rapport “Briser le silence”. Faut-il réapprendre à lire ? Une version de ce rapport nous a-t-elle échappé ? Quels sont les faits qui font qu’Amnesty International a pu conclure à « une prétendue menace émanant d’anciens guérilleros dissidents » ? On ne sait. De sacrés « prétendus dissidents » qui fonctionnaient toutefois comme une armée avec des « commandants de zones » comme cela est précisé dans “Briser le silence”.

Si l’on a cité à l’envi ce rapport, c’est tout simplement parce qu’il a été initié et rédigé par les plus farouches adversaires de Mugabe dont certains feront plus tard partie du MDC de Morgan Tsvangirai. Autant dire que ces rapporteurs ont eu la main leste quand il s’est agi de rapporter des faits à charge. En aucune manière, on ne peut les soupçonner d’avoir voulu dissimuler la vérité. Eux-mêmes, catholiques bon teint, avocats de renom, ont bien dû admettre et écrire qu’il y avait dans ce Zimbabwe du début des années 80 de « sérieux problèmes de sécurité ». Qu’André Gide pardonne notre insistance : « Le résultat final de cette situation instable a été qu’au début de l’année 1982, le Zimbabwe eut à faire face à de sérieux problèmes de sécurité dans différentes parties de son territoire, particulièrement dans la moitié ouest. Des bandes de "dissidents" tuaient des civils et détruisaient les biens privés. »
C’est écrit, dans l’introduction de “Briser le silence”. Ce n’est pas Mugabe qui a écrit ces lignes, ce sont ses plus farouches adversaires, qui, eux-mêmes, reconnaissent et écrivent qu’il y avait « de sérieux problèmes de sécurité » dans le pays, que « des bandes de dissidents tuaient des civils et détruisaient les biens privés. » Des bandes de dissidents qui tuent des civils et attaquent des fermes, et qui deviennent sous d’autres plumes « une prétendue menace ». Les mots n’ont plus d’importance, plus de sens quand il s’agit du Zimbabwe. Si Mugabe a déployé la 5e Brigade, c’était pour en finir avec la Zapu. Point à la ligne. Non, pas point à la ligne. C’était aussi pour éliminer une ethnie frondeuse, les Ndébélés. Quand les artistes peintres de la presse montent le portrait du dictateur, c’est au couteau, et si d’aventure on tâte du pinceau, ce sera à la brosse, jamais au délicat petit-gris, celui qui vous impose la finesse du trait.

Autre question soulevée par ce rapport, sa date de publication et son titre “Briser le silence”. Il a été publié conjointement par la Catholic Commission for Justice and Peace in Zimbabwe (CCJPZ) et par la Legal Resources Foundation (LRF) en mars 1997. La LRF fut créée en 1984. Une autre officine, le Bulawayo Legal Project Centre (BLPC), a participé à la collecte des témoignages. Un des principaux responsables de ce bureau fut l’avocat blanc David Coltart, qui en fut directeur dès 1987. Son portrait viendra quand sera abordée la création du MDC en 1999.
Mais “Briser le silence” ? Quel silence ? Ces faits étaient-ils inconnus, cachés par les autorités, ignorés des Zimbabwéens et du monde entier ? En 1997 ?
C’est “Briser le silence” qui apporte lui-même la réponse en recensant toutes les publications qui étaient déjà sorties sur le sujet. "Zimbabwe : Wages of War", un rapport sur les droits de l’homme, publié par le Lawyers Committee for Human Rights, à New York en 1986. Un autre, "Zimbabwe - A Break With the Past ?", publié en 1989 par Richard Carver en octobre 1989. Une pointure, Richard Carver : il a travaillé pour Article 19, Amnesty International et Human Rights Watch. Amnesty International, justement et tous ces rapports annuels qui ont largement traité du Matabeleland. Et la CCJP elle-même, qui avait publié à destination des évêques un rapport sur la torture au Zimbabwe en janvier 1987.
Enfin, le gouvernement du Zimbabwe s’était engagé, avant même la publication de ce rapport, à indemniser les victimes de ces événements devant l’ONU. Que l’on sache, l’ONU n’est pas une officine clandestine d’où rien de transpire.
Alors ce rapport “Briser le silence”, sorti avec fracas en 1997, n’avait-il pas un arrière-goût "politique" ? Que nenni, répondent les auteurs. Leur but ? Apaiser les consciences, tracer le chemin de la réconciliation nationale, ouvrir la voie à réparation. Et le fameux « pour que plus jamais … ». Une bonne chose assurément. Quand la bonne intention va, tout va. Même quinze années après les faits, il n’est jamais trop tard.
Mais puisque l’on parle d’horloge, pourquoi ne pas avoir mené une telle enquête sur les atrocités commises par le régime blanc rhodésien de Ian Smith, et même sur celles du régime colonial britannique ? Les enfants du bon Dieu de la CCJPZ y ont bien évidemment pensé et ont répondu par avance à cette interrogation. Leur réponse est dans la préface, et ils sont fermes, les bougres, sans mâcher leurs mots quand il s’agit de l’avant 1980, de l’avant Mugabe.
“Briser le silence” rappelle les « crimes » commis pendant la guerre de libération par les forces de sécurité rhodésiennes : « La plupart des victimes se trouvaient dans les régions du nord et de l’est du Zimbabwe, ou dans les camps d’entraînements et de réfugiés au Mozambique et en Zambie, bien qu’aucune région n’ait pas été affectée par la guerre de libération. »
Et le rapport cite en exemple l’instauration des "villages protégés" pour extraire la population de l’emprise des indépendantistes africains, une forme de « violence d’État organisée contre la population civile ». « Des milliers de civils ont été détenus sans jugement pendant les années 1970, y compris ceux qui furent les leaders des mouvements de libération que furent la Zanu et la Zapu, comme le président Mugabe et le vice-président Joshua Nkomo. Des milliers de jeunes gens et de jeunes files ont quitté leur pays pour aller s’entraîner et devenir des combattants de la liberté, sacrifiant leur éducation, accumulant souffrances et déstabilisation mentale. »
C’est gentil, mais un peu court pour 80 ans de dictature, et ça n’explique toujours pas pourquoi la CCJPZ n’a pas publié pas un rapport aussi exhaustif que “Briser le silence” sur la longue période de la Rhodésie "blanche".
On y vient : « Ces injustices qui ont eu lieu pendant les 80 ans du régime colonial, et particulièrement pendant les dix ans de la guerre civile, ont été bien décrites. La CCJPZ a joué un rôle important dans ce processus. En tant qu’une des rares organisations de défense des droits de l’homme dans le pays, la CCJP a joué un rôle important, politiquement impartial dans les années 1970 : il s’agissait de collecter l’évidence des violations des droits de l’homme commises par les Forces de défense de Rhodésie, et d’être capable de donner une publicité internationale à ces abus. »
Et l’excuse majeure : « La CCJP a facilité la publication internationale de plusieurs rapports, et notamment "The Man in the Middle" en mai 1975 et "The Civil War in Rhodesia" en août 1976, publiés tous deux par l’Institut catholique de relations internationales en Angleterre. (…) En dehors de la CCJP, beaucoup d’autres organisations ont aussi produit de la documentation sur la période pré-indépendance. »
Et enfin conclusion : « Toute cette documentation signifie que cette période cruciale pour l’histoire du Zimbabwe est à disposition des générations futures. (…) Alors que les souffrances causées par le régime colonial sont largement décrites, documentées et internationalement reconnues, les souffrances au Matabeleland et dans les Midlands pendant les années 1980, demeurent une histoire qui reste ignorée, exceptée par ceux qui en ont fait l’expérience. »

Doit-on en rire ou en pleurer ? "The Man in the Middle", publié en mai 1975 ! À Londres ! "The Civil War in Rhodesia", publié en août 1976 ! À Londres ! En plein régime de Ian Smith, à l’époque où la censure battait son plein, où n’importe quel bureau était couvert d’affiches incitant la population à dénoncer les terroristes, invitant à « se taire » et à se méfier de tout le monde, à une époque où le ministère de l’Intérieur faisait réécrire l’histoire pour être sûr que les petits écoliers ne pensent pas que les ruines du Grand Zimbabwe étaient l’œuvre d’Africains, aucun doute que ces deux rapports "The Man in the Middle" et "The Civil War in Rhodesia" furent largement diffusés dans le pays.
De qui se moquent les auteurs de “Briser le silence” en osant écrire que leurs rapports de 1975 et 1976 ont été largement diffusés et que ce n’est plus la peine de se pencher sur cette période de l’histoire ? Rafraîchissons-leur la mémoire, à propos de la liberté d’expression en Rhodésie.

Antoon De Baets a publié en 2002 "Censorship of Historical Thought", un tour du monde de la censure de la pensée historique courant la période 1945-2000. 15 Cet ouvrage rappelle que bon nombre d’historiens n’ont pu exercer leur simple activité à partir de l’arrivée au pouvoir du Front rhodésien de Ian Smith en 1962. Le chapitre sur la Rhodésie commence ainsi : « A l’arrivée du Front rhodésien de Ian Smith au gouvernement, plusieurs historiens partirent en exil, d’autres furent déportés ou emprisonnés ». Et ce guide rappelle que « les publications de l’Association historique d’Afrique centrale ont été exposées à la censure », et que « les livres d’histoire provenant de l’étranger furent interdits. »
« Beaucoup de documents relatifs à l’histoire de l’Afrique et aux activités des Africains furent retirés des rayons ouverts au public aux Archives nationales », poursuit ce rapport qui ajoute, à propos de l’histoire des ruines du Grand Zimbabwe : « Le travail de terrain devint clairement impossible. Les archéologues qui supportaient la thèse selon laquelle les ruines du Grand Zimbabwe étaient d’origine africaine courraient des risques. »
Et que faisaient ces chercheurs et historiens qui ne pouvaient plus travailler en Rhodésie ? Ils s’exilaient ou "on" les exilait. Comme Terence Ranger, historien britannique, qui participa aux campagnes des Freedom Sitters, la campagne de désobéissance civile au cours de laquelle les Noirs s’invitaient dans les bars qui leur étaient interdits. Déporté en mars 1963, Terence Ranger ! Il continua sa carrière à Dar es Salaam dans la Tanzanie indépendante. Son livre-phare "Revolt in Southern Rhodesia 1896-1897 - A study in african resistance" fut bien sûr interdit dès sa publication et ce ne fut qu’en 1980 que Terence Ranger put de nouveau se rendre au Zimbabwe.
Dès l’arrivée de Ian Smith au pouvoir, d’autres quittèrent d’eux-mêmes ce cher et beau pays ravagé par la liberté d’expression : Lewis Gann, qui est devenu professeur à l’Institut Hoover de l’Université de Standford en 1978. Ian Henderson qui a fini maître de conférence en histoire et politique à l’École polytechnique de Lancaster en 1978. Ou encore Robin Palmer, parti en exil en Zambie, où il fut professeur d’Université.
Dès que le "Censorship and Entertainments Control Act" fut pris en 1965, beaucoup d’ouvrages passèrent à la trappe de la censure comme tous les travaux de Walter Rodney, un sociologue et chercheur sur l’histoire de la sexualité. Comme ceux de Stanlake Samkange, journaliste nouvelliste, auteur des "Origines de la Rhodésie". Stanlake Samkange alla exercer ses talents à l’Université Northeastern de Boston, où il devint professeur d’Études afro-américaines.
Pour que tout Zimbabwéen sache précisément ce qui s’est passé dans les années 80, sous Mugabe, la CCJPZ a fait traduire la version allégée de “Briser le silence” en langue Ndébélé et Shona. Une évidence. Nul doute que si Ian Smith y eût pensé en 1976, il eut aussi fait traduire en Ndébélé et en Shona "The Man in the Middle" et "The Civil War in Rhodesia".
Certains des auteurs de ce rapport “Briser le silence” ont été partie prenante et membres actifs de la répression politique sous le régime de Ian Smith. Eux doivent bien connaître ce passé que la CCJPZ n’estima plus nécessaire de faire remonter à la surface des eaux. Alors comme d’habitude, l’histoire du Zimbabwe ne commence qu’en 1980, avec l’arrivée de Mugabe au pouvoir. Avant ? De l’inutile, du "déjà dit" ou …du "trop connu" !

À la suite de la publication du rapport “Briser le silence”, Eddison Zvobgo, alors ministre sans portefeuille, présenta les premières excuses officielles pour cette répression sanglante. « Laissez-moi vous dire que personne ne peut être fier de ce qui s’est passé et, pour me mettre en paix avec ma conscience, laissez-moi vous dire que je regrette infiniment ce qui s’est passé », déclara-t-il. 16
En 2000, alors que son parti, la Zanu-PF, venait de perdre 21 des 23 sièges de députés du Matabeleland, Mugabe reconnut comme un « acte de folie » les atrocités commises dans cette région. « C’était un acte de folie, nous nous sommes entre-tués et avons détruit nos biens respectifs », déclara-t-il à Bulawayo, au cours d’une cérémonie organisée à la mémoire de Joshua Nkomo, décédé un an plus tôt. Il pressa aussi ses compatriotes du Matabeleland de s’en tenir au pacte d’unité nationale, signé par lui et Nkomo en 1987. Il déclara qu’il était nécessaire d’examiner les conséquences négatives de cette guerre et de tâcher de les corriger : « C’est la raison pour laquelle il y a maintenant une commission formée de chefs coutumiers chargée d’examiner les injustices contre ceux qui ont souffert pour que le gouvernement puisse y remédier. »
En novembre 2003, la Cour suprême du Zimbabwe a refusé d’obliger Mugabe à rendre publics les résultats d’une enquête de l’État sur cette période, rejetant une demande en ce sens formulée par des organisations de défense des droits de l’Homme. La Cour estima alors qu’au nom de « l’intérêt de l’État et de la sécurité », elle ne pouvait le contraindre à rendre publics les résultats du travail de la commission qu’il avait désignée en 1983 alors qu’il était Premier ministre.
En octobre 1999, la Commission Justice et Paix a commencé à exhumer les restes des victimes avec l’aide d’une équipe d’experts argentins dans le but de les identifier et de les enterrer décemment, après accord du gouvernement. Cinq experts argentins exhumèrent neuf corps dans un charnier dans le Matabeleland. Sept de ces neuf corps furent considérés comme des victimes des massacres commis par l’armée dans les années 80 et deux autres comme victimes de la guerre d’indépendance.
A l’époque, Tarcisius Zimbiti, directeur adjoint de la CCJP, déclara que l’exhumation avait pour but d’établir si les victimes étaient mortes des suites des atrocités ou pendant la guerre d’indépendance, car, ajouta-t-il, en lançant ces fouilles, les experts trouvèrent aussi « des tombes creusées à la hâte sous Ian Smith ». Ainsi, en juillet 2004, plusieurs fosses communes contenant les restes de nombreuses victimes présumées de la guerre d’indépendance des années 70 ont été découvertes dans le nord-est du pays. 19 charniers furent mis au jour dans la région isolée du mont Darwin avec l’aide de proches des victimes. Le journal The Herald affirma que plus de 1 900 corps  y furent trouvés. La région du mont Darwin fut le lieu de violentes batailles durant la guerre d’indépendance et les corps furent ensuite été ensevelis dans des puits de mine ou des fosses communes. Leur mise au jour avait fait suite à la découverte de cadavres par des mineurs, dans un puits désaffecté. À chacun son histoire …

1/ Frédéric Pons : "Mugabe, bourreau du Zimbabwe", Valeurs Actuelles, 3 juillet 2008

2/ Axel Gyldén : "Mugabe - Le saigneur du Zimbabwe",  L'Express, daté du 2 mai 2007

3/ Christophe Boisbouvier : "Le cas Mugabe", Jeune Afrique - 10 avril 2005

4/ Colette Braeckman : "Mugabe, un homme façonné par l'histoire", sur son blog - 2 juillet 2008
(http://blogs.lesoir.be/colette-braeckman/2008/07/02/mugabe-un-homme-faconne-par-l’histoire)

5/ J-P Langellier : "Mugabe, le diplômé en violence" ; Le Monde du 09.03.02

6/ http://www.biographie.net/Robert-Mugabe

7/ Marc Nexon, avec Adrien de Mun à Harare : "Mugabe, Le fossoyeur du Zimbabwe", Le Point N°1868 du 3 juillet 2008

8/ Marc-André Lagrange et Thierry Vircoulon : "Le Zimbabwe de Robert Mugabe :réflexions sur la dictature durable", que l'on peut lire sur le site du ROP (Réseau d'opération de paix) (http://doc.operationspaix.net) dont les membres d'honneur forment une belle brochette de généraux et d'anciens secrétaires adjoints de l'ONU.

9/ Daniel Compagnon : "Zimbabwe, une tyrannie sans fin",  Politique internationale, n° 107, printemps 2005

10/ Geoff Hill : "Mugabe amnesty outrages exiles", The Washington Times - May 5, 2007 ; repris sur le site "freeafrica.org"

11/ Christophe Ayad : "Robert Mugabe - L'instinct de conservation", Libération 08/04/2008

12/ "Robert Mugabe 'unlikely to flee Zimbabwe'", The Telegraph 04 Apr 2008 article non signé)

13/ Shari Eppel : "Matabeleland:its struggle for national legitimacy, and the relevance of this in the 2008 election"
source : http://ibt.afrihost.com/boellor/files/zim_dossier_shari.pdf
ou
http://ibt.afrihost.com/boellor/files/hbs_perspectives_02.08.pdf

14/ Amnesty International : "Le Prix de l'Impunité"
AFR 46/034/2002 -  SF 02 CO 315

15/ Antoon De Baets : "Censorship of Historical Thought" ; Ed. Westport and London ; Greenwood Press 2002

16/ AFP : "Premières excuses officielles pour les atrocités des années 80 dans le Matabeland", Harare, 8 mars 1998

 
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D'autres extraits de
Mugabe, Robert Gabriel
"Souillure" or not "Souillure" ?

1) Avant-propos
2) Et si on allait le visiter, ce fameux grenier à blé …

Première partie : 1924-1980 : années noires
3) La jeunesse dans un pays raciste
4) Les accords de Lancaster, clef de voûte mortelle pour le Zimbabwe

Deuxième partie : Ah, ce mirifique grenier à blé ! Quel joyau !
5) Ce petit fond de vérité
6) Quand le son du mbira égaie la mémoire de Doris Lessing

Troisième partie : A chacun son histoire
7) En voilà un beau rapport !
8) Décapitée, elle se bat pour la liberté de la presse …

Quatrième partie : remue-ménage à tous les étages
9) Morgan Tsvangirai fait de la politique, les Blancs aussi …

Cinquième partie : Rien ne va plus, faites vos jeux
10) Sondage par-ci, sondage par-là

11) Un extrait sur l'anxiété britannique quand il s'agit de "génocides à venir".
Extrait est tiré du dernier chapitre intitulé "Promis, c’est fini …"