Avant les législatives de juin 2000, tombe un sondage. Un vrai beau sondage comme on les aime : 63 % des Zimbabwéens souhaitent un changement de gouvernement et 65 % veulent la démission de Mugabe. Un sondage sérieux, qui entre dans le détail : même 57 % des paysans noirs, l’électorat traditionnel de la Zanu-PF, souhaitent un changement de gouvernement. Est-il bien nécessaire d’aller aux élections ? 1
Les médias hostiles à Mugabe s’en emparent, les résultats des élections semblent d’ores et déjà "pliés", tant l’institut sondeur est sérieux. C’est "Probe Market Research" qui est allé interviewer 1 900 électeurs pour le compte de la fondation sud-africaine Helen Suzman. Et les médias soulignent avec force que la Fondation Helen Suzman travaille « pour la promotion de la démocratie ».
Ça peut se voir comme ça. Sauf qu’avec l’âge, comme tant d’autres, la députée blanche rebelle qu’elle fut pendant le régime de l’apartheid sud-africain a mal vieilli. Avant de décéder en janvier 2009, Helen Suzman avait un peu changé son fusil d’épaule, et avait pour cibles favorites, Thabo Mbeki, l’ANC au pouvoir en Afrique du Sud, et … le Zimbabwe. Enfin, pas tout le Zimbabwe, juste le Zimbabwe de Mugabe.
Helen Suzman s’était déjà fait remarquée en soutenant vivement le Sud-Africain blanc Tony Leon, chef du Parti Démocratique, qui refusait toute alliance et toute gestion commune avec l’ANC, contrairement à l’autre leader blanc, Marthinus van Schalkwyk du Nouveau Parti National. Cette querelle entre les deux hommes fit exploser l’Alliance démocratique qui regroupait leurs deux partis blancs sud-africains. À l’époque, Van Schalkwyk déclara : « Nous croyons dans l’avenir de la nouvelle Afrique du Sud, à l’inverse du DP. Nous ne prenons pas un plaisir pervers à voir le pays échouer. » Tony Leon et Helen Suzman, apparemment si. Elle avait aussi créé une vive controverse en accusant l’ANC d’avoir minimisé le rôle des Blancs libéraux dont elle faisait partie dans la chute du régime de l’apartheid.
Autant dire que les sondages commandés par la Fondation Helen Suzman sur le Zimbabwe sont d’une crédibilité à toute épreuve, et sans aucun doute pas du tout "orientés". Mais ce n’est pas trop grave, les médias pourront titrer à la sortie de ce sondage : « Camouflet pour Mugabe à la veille des législatives ». 2
Mugabe toujours là, la Zanu-PF ayant remporté les législatives, le même institut de sondage travaillant toujours pour la même Fondation Helen Suzman remettra ça en octobre, avec cette fois des résultats qui poussent à la démission : pour 64 % des Zimbabwéens, « Mugabe est l’obstacle principal au changement et à l’amélioration de la situation au Zimbabwe. » 3 Pas encore parti Mugabe avec un tel rejet ? Alors le sondage va lui faire comprendre où est la porte : 74 % des sondés veulent qu’il se retire, 56 % veulent qu’il soit destitué et 56 % disent même que s’il démissionne, il devra être jugé pour les crimes dont il est accusé. Mais que fait l’ONU ?
Et il tombe bien ce sondage, il tombe juste la veille du jour où une demande de destitution de Mugabe va être déposée à l’Assemblée par le MDC de Morgan Tsvangirai. Ce n’est plus du hasard, c’est le ciel qui parle. Une telle conjonction d’opinion entre les Zimbabwéens et le MDC et qui tombe pile le même jour, ça tient du miracle.
Et Bill Johnson, le directeur de la fondation Helen Suzman, commente en conférence de presse : le sondage montre que Mugabe est rendu responsable de tous les problèmes du pays et qu’il a perdu du soutien, y compris au sein de la Zanu-PF.
La prochaine élection présidentielle n’est prévue qu’en 2002. Pas grave. Bill Johnson a déjà le résultat : « Même avec les hypothèses les plus favorables en faveur de la Zanu-PF, Tsvangirai remporterait l’élection présidentielle aujourd’hui par 62 % contre 38 % à Mugabe », déclare-t-il.
Soit, mais quand Bill Johnson expose ses fines analyses à la presse qui se fait un plaisir de les répercuter sans émettre aucune réserve, on est en l’an 2000 et la présidentielle n’aura lieu qu’en 2002.

D’ici là, d’autres sondages vont fleurir, comme celui publié en novembre 2001 par le Financial Gazette du Zimbabwe. 4
Cette fois, c’est l’Institut de sondage "Target Research" qui s’y colle. Incontestable, l’institut "Target Research", puisque reconnu par l’Université américaine du Michigan, comme « l’un des six meilleurs Instituts de sondage d’Afrique australe », précise le journal. Les agences de presse qui répercutent ce sondage soulignent donc le sérieux de "Target Research" et présentent le Financial Gazette comme « l’hebdomadaire considéré comme le plus sérieux des hebdos privés du pays. » 5 Pour mémoire, le Financial Gazette, c’est le journal qui avait annoncé le mariage de Mugabe avant qu’il n’ait eu lieu et dont les journalistes avaient reconnu que toute leur histoire était fausse et avaient plaidé coupable au tribunal. L’élite du sérieux en quelque sorte.
Cette fois c’est du lourd : ce sont 3 013 personnes qui ont été interrogées. Et pour qui voteraient-elles ? On vous le donne en mille : pour Morgan Tsvangirai à 52,9 %, Mugabe ne recueillant que 47,1 % d’intentions de vote. Ah, l’écart entre Mugabe et Tsvangirai se resserre un peu, mais, commente à son tour le politologue Brian Raftopoulos, professeur à l’université du Zimbabwe, « si l’état de l’économie ne s’améliore pas et s’il n’y a pas de fonds pour financer la réforme agraire, Mugabe pourrait perdre encore davantage de soutien. » 6
Les partisans de Mugabe sont interrogés pour expliquer leur choix : 35 % déclarent qu’ils voteront pour lui parce qu’il « a promis des terres au peuple. » Et aussitôt les médias en concluent que c’est bien la preuve que la réforme agraire est "démagogique" et "électoraliste". « Qu’une importante partie des sondés mette en avant la promesse de terres pour expliquer leur choix en faveur de M. Mugabe, alimente l’argumentation de ses opposants et des analystes politiques qui accusent le président d’utiliser la réforme agraire comme un instrument politique pour assurer sa réélection », écrira l’Agence France-Presse. Coincé le Mugabe ! Qu’il ne fasse rien, et on le taxe d’immobilisme, on souligne que la réforme agraire n’a guère avancé depuis l’indépendance, mais qu’il bouge les lignes et alors là, ce n’est que démagogie, chiffon électoral.
Février 2002, on s’approche de la présidentielle. Tsvangirai progresse dans l’opinion … des sondeurs et des médias qui titrent : « Morgan Tsvangirai peut l’emporter à la présidentielle. » 7
Il pourrait remporter l’élection avec … 19,8 % d’électeurs qui lui sont favorables. Qu’est-ce donc ? Un conseil de famille ? Une élection communale? Régionale ? Non, il s’agit bien de la présidentielle. Le sondage publié le 20 février dans le Daily News, journal dont la ligne éditoriale est encore un peu plus dans l’opposition que ne l’est l’opposition elle-même, a été réalisé par le Mass Public Opinion Institute, dirigé par un universitaire et analyste politique zimbabwéen, Masipula Sithole. Résultat : 59,7 % des personnes interrogées « ne veulent pas » révéler leur choix, 19,8 % déclarent qu’elles voteront pour Tsvangirai, 11,3 % pour Mugabe et 7,8% affirment ne pas s’être encore décidées. On frôle la précision au laser.
D’abord Masipula Sithole, qui dirigeait à l’époque le Mass Public Opinion Institute. Présenté dans les médias comme un modeste « universitaire et analyste politique zimbabwéen », en janvier 2003, trois mois avant de décéder, cet opposant affiché à Mugabe tenait des conférences devant le public esbaudi de l’United States Institute of Peace aux États-Unis, réclamant à grands cris le départ de Mugabe et le changement de régime. Un gage certain de la crédibilité et de l’impartialité de ses enquêtes d’opinion.
Mais le meilleur n’est jamais bien loin. Fort de ce retentissant et scientifique sondage qui prédisait que « Morgan Tsvangirai peut l’emporter à la présidentielle », le Times de Londres annonce le lendemain que Mugabe se prépare à quitter le Zimbabwe après qu’un sondage privé - celui des 19,8 % - lui eut prédit la possibilité d’une défaite à la présidentielle. Mugabe, écrit le Times, a demandé au président nigérian Olusegun Obasanjo de passer un accord avec Morgan Tsvangirai afin de pouvoir s’exiler en cas de défaite. 8
Et toujours précis, le Times ajoute : Tsvangirai a été convoqué à une réunion en janvier dans la résidence de Mugabe à Harare et, craignant pour sa sécurité, n’a accepté de s’y rendre qu’après avoir obtenu des garanties de la part d’Obasanjo. Des détails ? Les voici, toujours du Times : une fois sur place, à deux heures du matin, — bigre, dans la nuit noire — Morgan Tsvangirai a rencontré le président du Nigeria qui lui a demandé en lui montrant une photo de Mugabe : « Si vous l’emportez, qu’allez-vous faire de lui ? ». Mugabe aurait préféré ne pas assister à cette réunion, selon une source diplomatique citée par le Times sous couvert d’anonymat. Précis, le monsieur "sous couvert d’anonymat" !
Morgan Tsvangirai se serait alors engagé à ne pas faire arrêter Mugabe et à le « laisser quitter dignement le Zimbabwe. » Et Obasanjo lui aurait alors répondu : « Bien. Je crois que c’est la meilleure chose à faire », selon la même source, c’est-à-dire selon le Times, qui ajoute que l’accord conclu en ces heures sombres de la nuit noire autorisait aussi Grace Mugabe et ses trois enfants à quitter le pays.
Pas assez précis ? Demandez le Times : l’hélicoptère présidentiel serait en "stand-by" 24 heures sur 24 dans les jardins de la présidence, prêt à décoller avec toute la famille Mugabe, au cas où …
Eh bée ! Un petit sondage qui vous propulse Tsvangirai à une température de 19,8 et qui met en branle les rotatives des hélicos présidentiels dont le souffle se fait sentir jusqu’à Londres au point d’ébouriffer les pages du Times !
En avril 2008, un journaliste du Guardian, Seumas Milne, écrivit avec un peu de recul : « Les médias britanniques ont complètement abandonné depuis longtemps toute esquisse d’impartialité dans leurs reportages sur le Zimbabwe, l’assomption commune étant que Mugabe est un dictateur meurtrier à la tête d’un régime uniquement cruel. » 9
Un peu limite, le sondage de février 2002, même si les rotatives de l’hélicoptère de Mugabe brassaient de l’air 24 heures sur 24 ? Qu’à cela ne tienne. En voici un autre, de septembre 2002, toujours du même Mass Public Opinion Institute dirigé par le même Masipula Sithole, mais maintenant, Mugabe a déjà été réélu quatre mois plus tôt. Cette fois, 65,6 % des personnes interrogées souhaitent que Mugabe annonce immédiatement « quand » il envisage de prendre sa retraite. Pertinente question, il vient tout juste d’être réélu.
Titre de la presse : « Une majorité de gens veut le départ de Mugabe », même si le sondage indique que seulement 44,9 % des sondés souhaitent l’organisation d’un nouveau scrutin. 10

Après le meilleur, le pire est toujours à craindre. Le voici. Août 2004 : l’institut de recherche Afrobarometer se lance dans l’analyse affinée. 11 Pas de chance : Mugabe est largement plus populaire que Tsvangirai, avec 46 % d’opinion favorable contre seulement 18 % pour le leader du MDC. Pas de chance mais pas grave. Affinons, affinons : si Mugabe est si populaire, explique Afrobarometer, c’est parce que « 83 % des Zimbabwéens disent qu’ils doivent souvent ou toujours faire attention à ce qu’ils disent concernant la politique. » Formidable pays où les sondeurs expliquent que ce qu’ils vont tirer de leurs enquêtes est complètement faux puisque les sondés mentent. Mais on est au Zimbabwe, alors ce n’est pas grave. Ça s’écrit, ça se publie, ça se reprend de médias en médias. Si tout ce que racontent les Zimbabwéens sondés est forcément mensonge, émettons une solution : la fermeture définitive de tous les instituts de sondage …
Mais Afrobarometer ne s’en laisse pas conter. Mugabe populaire, cherchons la faille. Et voici la question qui tue : « Avez-vous pas eu de quoi vous nourrir, au moins "une fois" dans l’année 2003 ? » Aïe aïe, aïe ! Raymond la science n’est pas loin ! Réponse : 82 % des Zimbabwéens interrogés n’ont pas eu de quoi se nourrir « au moins une fois » en 2003. Si seulement Afrobarometer avait demandé aux Zimbabwéens si c’était le matin ou le soir qu’ils avaient sauté un repas, on aurait pu atteindre les 100 %.
Afrobarometer qui a pu trouver tout seul cette lumineuse question - « au moins une fois dans l’année » - est un institut de sondage des plus sérieux. Créé en 1999, par l’Institut pour la démocratie en Afrique du Sud (Idasa), le Centre pour le développement démocratique basé au Ghana et l’Université de l’État du Michigan aux États-Unis, il est entièrement financé par l’USAID, l’organisme américain d’aide au développement, la Suède et les Pays-Bas.
Afrobarometer opère dans douze pays africains anglophones, plus le Mali, pour "mesurer" ce que pensent les Africains de la démocratie et du développement. Et il fait œuvre utile car il trouve des réponses formidables qui sont mises en exergue dans sa brochure de présentation. 12
À la question « Savez-vous que ? » — non, on ne sait pas — la réponse est : « Pour les Africains, la démocratie veut dire liberté ». Merci Afrobarometer … et il y a même un graphique "camembert" pour prouver cette formidable découverte. 40 % des Africains sondés par Afrobarometer ont répondu que le mot "démocratie" évoquait pour eux les "libertés civiles". Encore bravo Afrobarometer ! 36 % ont malgré tout répondu que ça ne leur évoquait rien du tout ou « autre chose ». Il y a encore du travail, Cecil Rhodes pourrait peut-être sortir de sa tombe, la civilisation n’est pas encore tout à fait achevée du côté de l’Afrique.
Et s’il "mesure", il sait surtout "affiner" Afrobarometer, comme on l’a vu pour le Zimbabwe, poussant dans ses derniers retranchements cérébraux l’Africain qu’il sonde. Il a ainsi pu déterminer que pour 89 % des Africains, les caractéristiques importantes de la démocratie sont, et là, mieux vaut rafraîchir son ordinateur avec un peu d’eau froide : avoir à manger, avoir des soins et avoir un toit ! Où vont-ils chercher tout ça ces coquins d’Africains ? Et après avoir "affiné", il "classe" Afrobarometer, et il classe bien : sur les douze pays où il opère, c’est au … Zimbabwe que les gens sont le moins satisfaits des performances de la démocratie. Cecil Rhodes, un geste …
Et quand on a l’affinement dans le sang, ça permet la libre expression. Ainsi, toujours dans ce même sondage diffusé en août 2004, Afrobarometer a bien dû admettre que Mugabe était largement plus populaire que Morgan Tsvangirai. Mugabe obtenait 46 % d’opinion favorable et Tsvangirai seulement 18 %. La Zanu-PF, le parti de Mugabe, était même créditée dans ce sondage de 44 % d’opinion favorable.
Mais un petit coup d’affinage et Afrobarometer nota que « les Zimbabwéens sont en train de perdre foi en la démocratie » parce qu’il leur avait demandé judicieusement s’ils croyaient en cette forme de gouvernement et que 71 % avaient répondu "non". Bien triste quand même, Afrobarometer, qui commenta à l’époque : « Alors que l’économie est en récession et que la faim est devenue répandue », le soutien à Mugabe « a apparemment augmenté ». Et s’il y a quelque chose qui cloche, retournons-y immédiatement. Une explication, Afrobarometer ? La voici : ce "paradoxe" est en partie dû à « la propagande politique » menée de manière intensive depuis 2000 par les médias d’État pour « redonner vie à la ferveur nationaliste de la guerre de libération. » Honteuse, la propagande politique dans une démocratie !
Et puisque l’on en est aux problèmes de la démocratie, en novembre 2000, alors que les États-Unis s’empêtrent dans l’interminable décompte des résultats de la présidentielle qui oppose Bush à Al Gore, le ministre zimbabwéen de l’Information Jonathan Moyo, suggère l’envoi d’observateurs africains : « Sans doute sommes-nous arrivés au moment où ils peuvent apprendre beaucoup de nous. Peut-être les Africains et d’autres devraient-ils envoyer des observateurs pour aider les Américains à gérer leur démocratie », déclare-t-il, tout en s’étonnant que le futur président américain puisse être élu sans être le candidat qui aura réuni le plus de suffrages sur son nom. Pourrions-nous « faire quelque chose de la sorte au Zimbabwe sans nous exposer à des sanctions ? » s’interrogea encore et bien innocemment Jonathan Moyo. 13 Moyo n’était pas le seul à ironiser sur cette élection américaine. Le rédacteur en chef du service étranger du journal kenyan le Daily Nation suggéra, lui, que l’ancien président américain Jimmy Carter s’y prenne à deux fois « avant d’envoyer sa Fondation en Afrique pour y superviser des élections. » 14
Le rédacteur en chef du Monitor d’Ouganda se prit à rêver, imaginant des observateurs africains qui, après avoir supervisé le scrutin américain, auraient conclu que l’élection « a connu sa juste part de bourrage d’urnes, de bagarres, de pots de vins et ainsi de suite, mais que, toutes choses étant égales par ailleurs, elle représente, d’une manière générale, la volonté démocratique du peuple. »
Pour en rester aux questions que soulève la "démocratie", en octobre 2005, le quotidien Die Zeit interrogea le président allemand Horst Köhler sur la façon de faire progresser la démocratie en Afrique et l’interviewer lui posa une question toute en retenue sur le Zimbabwe : « Et si un dictateur comme Robert Mugabe au Zimbabwe, quelqu’un qui a systématiquement détruit son propre pays, n’est pas mis hors d’état de nuire ! » Horst Köhler répondit sobrement : « Un facteur doit toujours être pris en compte: les choses mettent du temps à évoluer. Il y a quarante ou cinquante ans seulement que les États africains se sont formés, au sortir d’une histoire terrible, de l’esclavage et du colonialisme. Une grande partie de ce qui faisait leurs racines culturelles a été détruite dans ce processus. Ces pays émergent aujourd’hui dans notre univers mondialisé et ils n’ont plus de racines. Il ne faut pas attendre d’eux l’impossible. Et il ne faut pas oublier non plus combien de siècles nous avons mis, nous en Europe, pour enraciner solidement la démocratie et l’État de droit dans nos sociétés. » 15
À propos de la réforme agraire ? Le président Köhler rappela tout d’abord que « lorsque la Rhodésie, sous Ian Smith, a accédé à l'indépendance, la réforme agraire faisait partie intégrante du traité (de Lancaster), l'objectif étant de parvenir à un meilleur équilibre entre les fermiers blancs et la majorité noire. ». Et il ajouta sur la responsabilité des uns et des autres : « Quand j'ai parlé en 2000 à Mugabe, j'ai eu l'impression qu'il était prêt à accepter des pourparlers sur la base des propositions du PNUD, le Programme des Nations unies pour le développement. Peut-être n'a-t-on pas été alors suffisamment attentif à Pretoria, à Londres et à New York. »
Horst Köhler, qui fut directeur général du FMI en 2000 et qui connaît donc bien les deux côtés de la barrière, poursuivit : « Durant les années que j’ai passées à l’étranger, en particulier au FMI, je n’ai pas seulement été confronté aux problèmes existant sur le continent africain; j’ai été aussi confronté à diverses formes d’hypocrisie dans les pays industrialisés. »

Hypocrisie ? Voici un bel exemple de l’hypocrisie des pays industrialisés, et pas de chance, il tombe sur la Grande-Bretagne. Quand la Namibie a commencé à relancer sa réforme agraire en mars 2004 — bien lire "Namibie" et non "Zimbabwe" — estimant qu’il lui en coûterait au départ quelque 122 millions d’euros, trois mois après, la Commission européenne octroyait à ce pays un don de 91 millions d’euros l’autorisant à utiliser une partie de cette somme pour l’acquisition de terres. Un "don" un peu provocateur vis-à-vis du Zimbabwe ? Un peu seulement, car l’on peut aussi faire des dons "très" provocateurs, comme celui que fit la Grande-Bretagne, toujours à la Namibie, et un mois après celui de l’Union européenne, un don bilatéral de 147 000 euros, spécifiquement attribué dans le cadre de la réforme agraire. La Grande-Bretagne, qui venait déjà de contribuer au don de l’Union européenne, crut bon d’apporter sa petite touche personnelle à la réforme en Namibie. L’ambassadeur britannique à Windhoek se fendit même d’un communiqué - ironique, cynique ou hypocrite, on ne sait - pour clamer son enthousiasme : « Mon gouvernement a remarqué les communiqués clairs et réguliers du gouvernement namibien selon lesquels la réforme en Namibie serait menée en accord avec les lois du pays et avec sa Constitution. » Et puis, cette fois tout à fait hypocrite, il conclut : « Mon gouvernement est également conscient de l’urgence d’avancer à ce sujet. » 16 Monsieur l’ambassadeur avait sans doute bien compris le message du président Sam Nujoma qui venait de mettre en garde les fermiers « racistes » en déclarant : « Je veux dire très clairement (...) à la minorité de fermiers racistes, dont l'objectif est de déformer les faits concernant la réforme agraire du gouvernement et la politique d'expropriation, que la question de la terre en Namibie est une question sensible ». 17
1/ AFP : "La majorité des Zimbabwéens veulent la démission de Robert Mugabe (sondage)", Harare, 10 mars 2000
2/ AFP : "Camouflet pour Mugabe à la veille des législatives", Harare, 10 mars 2000
3/ AFP : "Sondage: 74% des Zimbabwéens veulent que le président Mugabe se retire", Harare, 25 octobre 2000
4/ The Financial Gazette : "Tsvangirai leads Mugabe", 8 November 2001
Source : le site Zimbabwe Information Centre
http://www.zic.com.au/updates/2001/8november2001.htm
5/ AFP : "Présidentielle : un sondage donne l'opposant Morgan Tsvangirai vainqueur", Harare, 8 nov 2001
6/ AFP : "Camouflet pour Mugabe à la veille des législatives", Harare, 10 mars 2000
7/ AFP : "Morgan Tsvangirai peut l'emporter à la présidentielle" (sondage), Harare, 20 fév 2002
8/ Daniel McGrory: "Mugabe ready to flee Zimbabwe" ;The Times - Monday, 25 February, 2002 (www.thetimes.co.uk)
9/ Seumas Milne : "How come Zimbabwe and Tibet get all the attention? " ; The Guardian, Thursday 17 April 2008
10/ AFP : "Une majorité de gens veulent le départ de Mugabe (sondage) ", Harare, 16 sept 2002
11/ AFP : "Mugabe largement plus populaire que son opposant Tsvangirai (sondage)", Harare, 18 août 2004
12/ http://www.afrobarometer.org/papers/AfrobriefNo1.pdf
13/ AFP : "Un ministre de Mugabe donne une leçon de démocratie aux Américains", Londres, 10 nov 2000
14/ AFP : "Ironie acerbe de la presse africaine sur le fiasco électoral américain", Nairobi, 13 novembre 2000
15/ Bartholomäus Grill et Matthias Naß : "Interview de Monsieur Horst Köhler". 13.10.2005 Hamburg
http://www.bundespraesident.de/fr
16/ AFP : "La Grande-Bretagne soutient financièrement la réforme agraire", Windhoek, 29 septembre 2004
17/ AFP : "Nujoma dénonce une "minorité raciste" qui remet en cause la réforme agraire", Windhoek, 17 juin 2004
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