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Zimbabwe
Maudit

Maudit fut le jour où Lobengula, le roi des populations Ndébélés qui contrôlait le pays à partir de Bulawayo signa une convention avec des émissaires de l’homme d’affaires et politicien britannique Cecile Rhodes, concédant à sa compagnie privée, la British South Africa Company (BSAC) de simples droits de prospections minières.
Ce fut en 1888, et depuis ce jour, le Zimbabwe connut l’enfer d’une colonisation des plus ignobles qui soient.
Cecile Rhodes, les poches déjà bien pleines avec sa compagnie minière la "de Beers" qui contrôlait toute l’exploitation de diamants dans la région de Kimberley en Afrique du Sud, ambitionnait d’étendre l’empire britannique de la ville du Cap au Caire en Egypte. Grandeur, quand tu nous tiens …
L’aventure coloniale de Rhodes et de sa compagnie privée fut entretenue et encouragée par le Royaume-Uni.
En 1889, une Charte royale octroya la gestion de tous les territoires situés au-dessus et au-dessous du fleuve Zambèze à la BSAC. Ces territoires furent alors appelés Zambézie du Nord (l’actuel Zambie) et Zambézie du Sud (l’actuel Zimbabwe).
Le 6 mai 1890, une colonne de pionniers partit de la ville de Kimberley en Afrique du sud, direction le Nord, la concession accordée par le roi Lobengula en main : 180 colons et 500 hommes, policiers et missionnaires compris. Ce fut le début d’une histoire tragique. En 1891, la Grande-Bretagne fait de la région du Mashonaland un protectorat puis autorise les colons de la BSAC à envahir le Matabeleland en 1893.
En quelques années, après avoir écrasé dans le sang deux rébellions des populations noires locales, celle des Ndébélés en 1893, puis celle de l’ensemble de la population africaine, Ndébélés et Shonas, en 1896, la BSAC mit la main sur tout le territoire qui englobait alors le Mashonaland et le Matabeleland et lui donna le nom de Rhodésie, le 23 avril 1895, en hommage à Cecil Rhodes, qui décédera en 1902.
La révolte de 1896, baptisée Chimurenga ("guerre de libération") est gravée à tout jamais dans la mémoire des Zimbabwéens.
L’armée impériale britannique, venue en renfort des colons de la BSAC, joua du canon Maxim, de la mitrailleuse Armstrong, et finit le travail à la dynamite pour déloger - tuer quand ils ne se rendaient pas - les derniers résistants shonas, réfugiés avec femmes et enfants dans des "kopjes", des amas granitiques empilés, dans leur fief des Matopos-Hills.

Maudite colonisation qui se poursuivit ensuite méthodiquement en découpant le territoire conquis en trois zones : celle réservée aux Blancs, celle réservée aux braves missionnaires qui accompagnaient l’œuvre civilisatrice, et celle réservée aux Noirs.
En 1926, la concession de gestion accordée à la compagnie privée de Rhodes ayant pris fin, ce territoire devient officiellement une colonie britannique et prit le nom de Rhodésie du Sud. Les territoires situés au-dessus du fleuve Zambèze prirent l’appellation de Rhodésie du Nord.
En 1953, la Grande-Bretagne créa une Fédération qui englobe la Rhodésie du Sud (le Zimbabwe), la Rhodésie du Nord (la Zambie) et le Nyassaland (l’actuel Malawi). Cette fédération ne vivra que dix années et en septembre 1964, le Malawi obtient son indépendance, suivi de la Zambie.
Mais la Rhodésie du Sud, elle, resta sous la coupe britannique et conserva la seule appellation de Rhodésie. Les mouvements africains qui s’étaient créés dès le début des années 50 pour réclamer l’indépendance de leur pays et la restitution du pouvoir à la majorité noire comprirent alors que Londres ne ferait pas grand-chose pour les sortir du joug colonial.
Du côté des Blancs, en portant au pouvoir le parti le plus raciste du pays, le Front rhodésien, un parti fondé en 1962 et fondamentalement hostile à tout partage du pouvoir avec les Noirs, la donne était aussi claire. Ne jamais rien céder aux Africains. Aussi, le 11 novembre 1965, le Premier ministre blanc Ian Smith, un des fondateurs du Front rhodésien, proclama unilatéralement l’indépendance de la Rhodésie, une indépendance aussitôt rejetée par le Royaume-Uni, l’ONU et l’Organisation de l’Unité africaine qui regroupait alors les Etats africains fraîchement indépendants.
La communauté internationale décréta un bien timide embargo économique contre cette Rhodésie indépendante, embargo qui s’avérera être une véritable passoire. Londres se refusera à toute intervention armée.
La Rhodésie sous embargo fut soutenue et épaulée par le Mozambique qui était encore une colonie du régime fasciste portugais de Salazar, et l’Afrique du Sud, encore dirigée par les adeptes de l’apartheid.
Il ne restait plus aux indépendantistes africains zimbabwéens que le choix des armes. Les deux principaux mouvements en lutte contre le régime de Ian Smith étaient la Zanu de Robert Mugabe et la Zapu de Joshua Nkomo.
Malgré une répression féroce et des pratiques militaires et sécuritaires pour le moins ignobles, incapable de venir à bout de la guérilla conjointe de la Zanu et de la Zapu, en 1979, Ian Smith fit adopter une nouvelle constitution qui instaura un régime multiracial bien peu convaincant. Seuls des mouvements africains dits "modérés" acceptèrent de jouer le jeu, et l'évêque méthodiste africain Abel Muzorewa devint Premier ministre. Mais Zanu et Zapu continuèrent la lutte armée et Ian Smith dut se résoudre à participer à des pourparlers sous l’égide du Royaume-Uni, et avec à sa table cette fois, Mugabe et Nkomo.
Ces négociations aboutirent à des accords dits "Accords de Lancaster House" fixant les modalités pour conduire à l’indépendance du pays, avec à la clef des élections authentiquement multiraciales.
Véritable clef de voûte de l’histoire du Zimbabwe, ces Accords de Lancaster House sont aussi une des causes majeures de la crise qui a secoué le Zimbabwe depuis l’arrivée au pouvoir de Mugabe. Ils contenaient deux clauses essentielles pour les Blancs rhodésiens : pas question de toucher avant dix ans aux terres qu’ils détenaient, et maintien d’un quota de 20 députés blancs pendant sept ans. S’il n’y a pas eu de problèmes majeurs pour maintenir ce quota de parlementaires blancs, quand Mugabe a voulu toucher à la terre …

R-j Lique
 
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Des extraits de
Mugabe, Robert Gabriel
"Souillure" or not "Souillure" ?

1) Avant-propos
2) Et si on allait le visiter, ce fameux grenier à blé …

Première partie : 1924-1980 : années noires
3) La jeunesse dans un pays raciste
4) Les accords de Lancaster, clef de voûte mortelle pour le Zimbabwe

Deuxième partie : Ah, ce mirifique grenier à blé ! Quel joyau !
5) Ce petit fond de vérité
6) Quand le son du mbira égaie la mémoire de Doris Lessing

Troisième partie : A chacun son histoire
7) En voilà un beau rapport !
8) Décapitée, elle se bat pour la liberté de la presse …

Quatrième partie : remue-ménage à tous les étages
9) Morgan Tsvangirai fait de la politique, les Blancs aussi …

Cinquième partie : Rien ne va plus, faites vos jeux
10) Sondage par-ci, sondage par-là

11) Un extrait sur l'anxiété britannique quand il s'agit de "génocides à venir".
Extrait est tiré du dernier chapitre intitulé "Promis, c’est fini …"