N° 251
du 18/06/2002

Afrique du Sud


Une chanson accusant les Indiens d’exploiter les Noirs crée la controverse

afex
 
Une chanson composée par un Zoulou, accusant la population indienne d’Afrique du Sud d’exploiter les Noirs depuis la fin de l’apartheid, a créé la controverse et a été interdite sur les ondes jusqu’à nouvel ordre.
Intitulée “Amandiya” (“les Indiens” en Zoulou), cette chanson écrite par Mbongeni Ngema, est considérée par des représentants de la communauté indienne comme porteuse de haine. “Les Indiens refusent le changement, les Blancs étaient bien mieux que les Indiens”, assure l’auteur dans un couplet. “Les Indiens ont tout pris, c’est pourquoi nous (les Noirs) devons subir tant de souffrances à Durban (est). Ils nous exploitent”, poursuit la chanson.
L’Alliance démocratique (AD, opposition) a déposé le 27 mai une plainte devant la commission des Droits de l’Homme sud-africaine, qui a estimé deux jours plus tard que la chanson ne répondait pas aux critères de diffusion sur les ondes. “Nous pouvons considérer qu’elle véhicule un discours de haine”, a indiqué le vice-président de la commission, Jody Kollapen.
Tout en condamnant la chanson, Adam Habib, un sociologue de l’Université de Natal, admet qu’elle “se fait l’écho d’un sentiment de malaise croissant entre les deux groupes” (Indiens et Noirs) depuis la fin officielle de l’apartheid, en 1994.
Nelson Mandela, qui n’a pas écouté les paroles, estime que si ce qu’il a entendu dans les média est vrai, l’auteur “devrait présenter ses excuses à la communauté indienne”.
Mais M. Ngema refuse, estimant que sa chanson va permettre un débat sur les relations entre Indiens et Noirs, particulièrement les Zoulous, majoritaires dans le KwaZulu-Natal et à Durban, la plus grande ville de la région, où réside un nombre important de membres de la population d’origine indienne.
“La population africaine est très mécontente”, a expliqué l’auteur lors d’une interview à la radio sud-africaine SABC. “Ceux qui ont combattu lors de la lutte de libération dans les townships, notamment au KwaZulu-Natal, sont dans la même situation que sous l’apartheid”.
Les premiers membres de la communauté indienne sont arrivés en Afrique du Sud au milieu du 19ème siècle pour travailler dans les plantations de sucre du Natal.
Les Indiens, victimes de l’apartheid, ont lutté au côté des Noirs contre l’oppression coloniale et la ségrégation.
Depuis la fin de l’apartheid, de nombreux Indiens sont devenus des commerçants ou des hommes d’affaires prospères et à Durban, leurs enfants fréquentent les meilleures écoles, les quartiers et les boîtes huppées tandis que la majorité des Noirs continue à vivre dans la misère.
Une étude publiée par l’Institut sud-africain sur les Relations entre les communautés indique qu’en 2000, seuls 7,4% de la population indienne d’Afrique du Sud (1,1 million au total) vivait sous le seuil de pauvreté, contre 58,7% des 35,2 millions de Noirs. (avec AFP)
 

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