Une nouvelle plainte collective contre des banques et des entreprises ayant entretenu des liens avec le régime sud-africain dapartheid a été déposée à New York, a annoncé le 11/11/02 la Campagne suisse dannulation des dettes de lapartheid (KEESA), une ONG soutenant cette plainte.
Cette nouvelle plainte, introduite par les avocats Charles Abrahams et Michael Hausfeld, sajoute à celle déposée le 19 juin par lavocat Ed Fagan en faveur des victimes de lapartheid.
La plainte a été déposée au nom de 85 individus et dune organisation, le Khulumani Support Group, qui dit représenter 32.000 personnes.
Dans un communiqué, KEESA, proche de la coalition sud-africaine Jubilee 2000 qui rassemble quelque 4.000 ONG demandant lindemnisation des victimes du régime dapartheid, affirme soutenir toutes les demandes de dédommagement.
Jubilee 2000, fondée en 1998, réclame également lannulation des dettes de lAfrique du Sud datant de lépoque de lapartheid. Elle dénonce laction des banques étrangères qui, par leurs prêts et investissements, ont financé le régime dapartheid, lui permettant de survivre malgré les sanctions de lONU. Des banques et des entreprises américaines, allemandes, britanniques, françaises, néerlandaises et suisses sont visées dans la plainte.
Les sociétés américaines visées sont: Citigroup, J.P. Morgan, ExxonMobil, Caltex Petroleum, Fluor Corporation, Ford Motor Corporation, General Motors et IBM. Les sociétés allemandes sont: Commerzbank, Deutsche Bank, Dresdner Bank, DaimlerChrysler et Rheinmetall.
Les banques suisses Crédit Suisse et lUnion de Banques Suisses (UBS) sont également visées, ainsi que les sociétés britanniques Barclays National Bank, British Petroleum (BP) et Fujitsu ICL, et les compagnies pétrolière française TotalFinaElf et anglo-néerlandaise Royal Dutch Shell.
Réactions
Pretoria prend ses distances avec cette affaire
Le gouvernement sud-africain a refusé dapporter son soutien à ces poursuites, jugeant quelles risquaient de décourager les investissements étrangers en Afrique du Sud. Notre intention est de faire que ces compagnies poursuivent leurs investissements en Afrique du Sud pour le bénéfice de la population dans son ensemble, a déclaré le ministre de la justice Penuell Maduna. Nous ne donnons pas notre soutien à ces demandes de réparations individuelles car nous sommes en pourparlers, en vue dinvestissements dans lAfrique du sud post-partheid, avec ces mêmes compagnies qui font lobjet des poursuites, a ajouté le ministre.
"LAfrique du Sud na pas besoin de ces poursuites, a déclaré pour sa part le ministre sud-africain des finances Trevor Manuel. Les activités des banques européennes ou américaines en Afrique du sud sont sans lien avec les souffrances de la population sous le régime de lapartheid. Il nest pas possible de faire porter à des investisseurs internationaux la responsabilité de lattitude des gouvernements concernés, a réagi la porte-parole de lUBS, Monika Dunant. DaimlerChrysler et Crédit Suisse, ont immédiatement rejeté ces accusations, les qualifiant dinjustifiées.
Le 8 novembre, lancien président Frederik de Klerk, artisan de la fin du régime de séparation des races en Afrique du Sud, sétait prononcé contre ces plaintes collectives, estimant quelles créeront des précédents qui paralyseront laptitude des banques et des entreprises de faire des affaires où que ce soit. Dautres groupes allemands ont souhaité attendre la réception de la plainte avant de la commenter.
Beate Schlosser, porte-parole de la banque Commerzbank, a ainsi indiqué: Je nai pas la plainte devant moi. Mais le président de notre conseil de surveillance Martin Kohlhaussen fait partie des conseillers du président sud-africain Thabo Mbeki, a-t-elle souligné.
M. Kohlhaussen a été remplacé à la présidence du directoire de Commerzbank par Klaus-Peter Mueller en mai 2001.
Je ne peux rien dire sur cette plainte car nous ne lavons pas encore reçue, a déclaré de son côté Ronald Weichert, du géant de la finance Deutsche Bank, aussi dans le collimateur des plaignants.
Quant à la Dresdner Bank et à Rheinmetall (armement), les deux autres compagnies allemandes concernées par cette plainte, elles nétaient pas joignables pour commentaire.
De son côté, le ministère suisse des Affaires étrangères a refusé de sexprimer sur le bien-fondé de cette action en justice. Lors du dépôt dune plainte par lavocat américain Ed Fagan en juin, le gouvernement suisse avait officiellement estimé que ce type de procédure nétait pas le bon moyen pour régler la question des relations économiques avec des pays violant les droits de lHomme. |
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