N° 253
du 30/07/2002

Afrique du Sud


Mandela, 84 ans,
enterre le procureur qui l’avait condamné à la perpétuité

Une pluie d’hommages et de messages de vœux en Afrique du sud ont salué Nelson Mandela, qui a fêté le 18 juillet ses 84 ans dans le calme et l’intimité, invité d’un ami en Grande-Bretagne, avant de revenir dans son pays pour une fête-anniversaire avec des enfants et athlètes handicapés.
Le 84e anniversaire de Mandela est aussi son deuxième anniversaire de mariage avec Graça Machel, veuve de l’ancien président mozambicain.
A Londres, il en a profité pour rencontrer des familles des victimes de l’attentat de Lockerbie, dans le cadre d’une médiation, pour un éventuel transfèrement vers un pays musulman du Libyen qui purge une peine de prison à vie en Ecosse pour l’attentat. Il avait rencontré le détenu le 10 juin.
Ce type de médiation ponctuelle dans des “impasses” diplomatiques, ou d’intervention pour des causes ou projets caritatifs lui tenant particulièrement à cœur, constituent aujourd’hui l’essentiel des engagements publics de Nelson Mandela qui a graduellement réduit ses activités depuis son départ de la présidence en 1999, et encore plus depuis la fin de sa médiation au Burundi en novembre 2001, année d’un cancer de la prostate traité par radiothérapie et qu’il affirme aujourd’hui “disparu”, sur la base d’examens médicaux de suivi.

Ironie de l’histoire, quelques jours avant cet anniversaire, le 13 juillet pour être précis, Percy Yutar, le procureur du procès de Rivonia en 1963-64, qui vit Nelson Mandela et d’autres dirigeants de l’ANC condamnés à la prison à perpétuité, est décédé à l’âge de 90 ans.
Yutar était le procureur du procès d’une dizaine de militants, dont Mandela, Govan Mbeki, Walter Sisulu et Ahmed Kathrada, pour sabotage et complot visant à déclencher une révolution violente. Il intervenait après un coup de filet de la police qui avait décapité l’ANC clandestin.
Les principaux accusés avaient été condamnés à la prison à vie et envoyés sur Robben Island, mais le verdict était une forme de victoire car ils risquaient la peine de mort.
Dans son autobiographie, Mandela a rappelé comment le juge-président cingla Yutar, en lui faisant admettre qu’il n’avait pu prouver des préparatifs et plans avérés d’actes de guérilla au moment de l’arrestation des accusés.
Il a narré aussi comment il déjoua les plans du procureur, qui misait beaucoup sur le contre-interrogatoire de l’accusé No 1, Mandela, en décidant qu’il s’en tiendrait à une seule déclaration, une profession de foi de quatre heures, entrée dans l’histoire par ses derniers mots: “...un idéal pour lequel je suis prêt à mourir”.
Yutar était à l’époque du procès un ambitieux procureur-général adjoint de la province du Transvaal, résolu à devenir le premier procureur-général juif du pays, après avoir expérimenté l’antisémitisme du régime afrikaner de l’apartheid, comme il le raconta plus tard.
Elu président sud-africain quatre ans après sa libération en 1990, Nelson Mandela avait en 1995 eu un déjeuner avec Yutar, dans un des gestes symboliques de réconciliation dont il était devenu coutumier, avec des figures ou personnalités de l’apartheid.


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