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40 ans après avoir défendu Nelson Mandela qui risquait la peine de mort, lavocat sud-africain des droits de lHomme, George Bizos, continue, infatigable à 74 ans, de croiser le fer pour les opposants ou les opprimés, aujourdhui en défendant le Zimbabwéen Morgan Tsvangirai.
De Mandela en 1963, à son ex-épouse Winnie quil défendit plus de 20 fois, des familles de détenus morts accidentellement en détention, comme Steve Biko (1977), aux victimes cherchant réparation à la Commission Vérité et Réconciliation, Bizos est devenu en Afrique du Sud un monument légal, synonyme de défense des Droits de lhomme.
Aussi répressif un régime soit-il, le tribunal est le dernier forum dans lequel une personne opprimée à lopportunité de sexprimer, est le credo de Bizos, qui utilisa redoutablement ces opportunités en plus de 30 ans de procès sous lapartheid, devenant la bête noire juridique du régime.
Dans un livre, La faute à personne ? publié en 1998, Bizos se demande même si les embarras publics causés au régime lors de cas célèbres quil défendit dans les années 70, ne contribuèrent pas à un sinistre changement de tactique de lEtat. Plus denquêtes, de contre-interrogatoires à laudience, de mauvaise publicité: les escadrons de la mort devinrent la réponse, déplore-t-il.
Car Bizos, dont la rondeur et lengageante chaleur trompèrent plus dun adversaire, est un tacticien affûté des tribunaux, utilisant au mieux les armes à sa disposition. Comme en 1963 au célèbre procès, pour complot, de Mandela et dune dizaine de co-accusés, tout le ban de lANC.
Bizos, alors jeune membre de léquipe de défense, contribua à restreindre Mandela à une seule déclaration, en fait une retentissante profession de foi de quatre heures, lidéal pour lequel jespère vivre (...) pour lequel je suis prêt à mourir.
A linverse, il opta pour un long contre-interrogatoire pour Walter Sisulu, sachant que la tournure desprit du jeune dirigeant ANC mettrait en difficulté le procureur Percy Yutar, dont Bizos connaissait les faiblesses: dériver sur des questions politiques.
Les accusés échappèrent à la peine de mort, et furent condamnés à la perpétuité.
Bizos, membre de lANC, est depuis la libération de Mandela resté très proche de son illustre client - moins depuis larrivée de Graça Machel, plaisante-t-il - quil connut à Johannesburg dans les années 50, deux jeunes apprentis avocats révoltés par lapartheid.
Bizos était arrivé dans le pays peu auparavant (1941), fils dimmigrés grecs fuyant loccupation allemande de la Deuxième Guerre Mondiale, dans un petit bateau via la Crète, puis un camp de réfugiés en Egypte.
Les batailles de Bizos ne cessèrent pas avec la fin de lapartheid. Conseiller de jeunes avocats à une ONG sud-africaine, le Centre de Ressources Légales, il a défendu régulièrement des causes lui tenant à cur, en particulier les familles de victimes de lapartheid demandant réparation.
Il est resté bouillant sur ce dossier, réclamant que le rapport final (attendu fin 2003) de la TRC débouche sur des poursuites judiciaires, et exprimant son opposition à une amnistie générale qui, selon lui, nierait le travail de la Commission.
En 2001, Bizos fit partie dune équipe davocats et juristes internationaux reçus par Robert Mugabe. Le président zimbabwéen les assura de son attachement à une justice indépendante, mais leur dit refuser quelle se prononce sur les occupations de fermes, une question politique.
Ce nétait pas une réponse acceptable, cétait une réserve quaucun démocrate au monde ne pourrait accepter, avait rapporté, déçu, lavocat des droits de lHomme qui se retrouve aujourdhui face au régime de Mugabe, cette fois sur son terrain dexcellence, le prétoire.
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