N° 264
du 17/02/2003

Afrique du Sud


George Bizos
40 ans après la défense de Mandela,
l’avocat sud-africain toujours au prétoire

40 ans après avoir défendu Nelson Mandela qui risquait la peine de mort, l’avocat sud-africain des droits de l’Homme, George Bizos, continue, infatigable à 74 ans, de croiser le fer pour les opposants ou les opprimés, aujourd’hui en défendant le Zimbabwéen Morgan Tsvangirai.
De Mandela en 1963, à son ex-épouse Winnie qu’il défendit plus de 20 fois, des familles de détenus morts “accidentellement” en détention, comme Steve Biko (1977), aux victimes cherchant réparation à la Commission Vérité et Réconciliation, Bizos est devenu en Afrique du Sud un monument légal, synonyme de défense des Droits de l’homme.
“Aussi répressif un régime soit-il, le tribunal est le dernier forum dans lequel une personne opprimée à l’opportunité de s’exprimer”, est le credo de Bizos, qui utilisa redoutablement ces opportunités en plus de 30 ans de procès sous l’apartheid, devenant la bête noire juridique du régime.
Dans un livre, “La faute à personne ?” publié en 1998, Bizos se demande même si les embarras publics causés au régime lors de cas célèbres qu’il défendit dans les années 70, ne contribuèrent pas à un sinistre changement de tactique de l’Etat. “Plus d’enquêtes, de contre-interrogatoires à l’audience, de mauvaise publicité: les escadrons de la mort devinrent la réponse”, déplore-t-il.
Car Bizos, dont la rondeur et l’engageante chaleur trompèrent plus d’un adversaire, est un tacticien affûté des tribunaux, utilisant au mieux les armes à sa disposition. Comme en 1963 au célèbre procès, pour complot, de Mandela et d’une dizaine de co-accusés, tout le ban de l’ANC.
Bizos, alors jeune membre de l’équipe de défense, contribua à restreindre Mandela à une seule déclaration, en fait une retentissante profession de foi de quatre heures, “l’idéal pour lequel j’espère vivre (...) pour lequel je suis prêt à mourir”.
A l’inverse, il opta pour un long contre-interrogatoire pour Walter Sisulu, sachant que la tournure d’esprit du jeune dirigeant ANC mettrait en difficulté le procureur Percy Yutar, dont Bizos connaissait les faiblesses: dériver sur des questions politiques.
Les accusés échappèrent à la peine de mort, et furent condamnés à la perpétuité.
Bizos, membre de l’ANC, est depuis la libération de Mandela resté très proche de son illustre “client” - moins depuis l’arrivée de Graça Machel, plaisante-t-il - qu’il connut à Johannesburg dans les années 50, deux jeunes apprentis avocats révoltés par l’apartheid.
Bizos était arrivé dans le pays peu auparavant (1941), fils d’immigrés grecs fuyant l’occupation allemande de la Deuxième Guerre Mondiale, dans un petit bateau via la Crète, puis un camp de réfugiés en Egypte.
Les batailles de Bizos ne cessèrent pas avec la fin de l’apartheid. Conseiller de jeunes avocats à une ONG sud-africaine, le Centre de Ressources Légales, il a défendu régulièrement des causes lui tenant à cœur, en particulier les familles de victimes de l’apartheid demandant réparation.
Il est resté bouillant sur ce dossier, réclamant que le rapport final (attendu fin 2003) de la TRC débouche sur des poursuites judiciaires, et exprimant son opposition à une amnistie générale qui, selon lui, “nierait le travail de la Commission”.
En 2001, Bizos fit partie d’une équipe d’avocats et juristes internationaux reçus par Robert Mugabe. Le président zimbabwéen les assura de son attachement à une justice indépendante, mais leur dit refuser qu’elle se prononce sur les occupations de fermes, une question “politique”.
“Ce n’était pas une réponse acceptable, c’était une réserve qu’aucun démocrate au monde ne pourrait accepter”, avait rapporté, déçu, l’avocat des droits de l’Homme qui se retrouve aujourd’hui face au régime de Mugabe, cette fois sur son terrain d’excellence, le prétoire.


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