N° 291
du 06/04/2004



Afrique du Sud

Mandela, Desmond Tutu, Frederik de Klerk
Les « vieux « Sud-Africains, toujours en forme et actifs

Ils ont guidé, en partenaires ou adversaires, la transition sud-africaine et les débuts en démocratie. Retraités, vieillis, les géants d’il y a 10 ans, Nelson Mandela, Desmond Tutu, Frederik de Klerk, ont gardé leur liberté d’expression et restent source d’inspiration.
Rattrapés par les ans, Mandela (85 ans), Tutu (72) et De Klerk (68) sont aussi les derniers survivants d’une «galerie des ancêtres» amputée récemment de Govan Mbeki (mort en 2001 à 91 ans) et Walter Sisulu (2003 à 90 ans), deux des plus influents piliers de la lutte anti-apartheid.
Nelson Mandela, quittant en 1999 la présidence, répétait qu’il se délecterait d’une retraite paisible, à cultiver ses légumes et faire sauter ses nombreux arrière petits-enfants sur ses genoux. Il n’en fut rien, comme l’avait prédit Graça Machel, qu’il épousa en 3èmes noces à 80 ans: «c’est un animal politique. Il ne se reposera jamais».
L’aura sans égale de l’homme d’Etat, «icône mondiale de la réconciliation», selon le mot de Tutu, lui valut d’être happé, accaparé, par d’innombrables demandes de médiations, d’intercessions impossibles, du Proche Orient au Burundi, de l’Irak au Cachemire.
Un cancer de la prostate traité en 2001 le força à ralentir ses activités. Sauf envers les enfants, dont il fut privé pendant 27 ans de prison, et qui constituent l’essentiel de ses engagements aujourd’hui, avec l’écriture du 2ème tome de ses mémoires.
D’une irréprochable loyauté envers le Congrès National Africain (ANC), Mandela ne sacrifia pourtant pas sa liberté. Et sur les atermoiements du gouvernement contre le sida, comme sur la corruption tentant la nouvelle élite noire, il ne s’est pas privé de sorties mordantes.
La guerre en Irak, et «l’unitaléralisme» d’un George W. Bush qui «ne pense pas correctement» déclenchèrent sa plus grosse colère pendant les 10 ans écoulés, un terrain sur lequel il retrouva un autre Prix Nobel de la Paix, Desmond Tutu, déchaîné lui aussi contre un conflit «immoral».
L’ancien archevêque anglican du Cap, considéré comme la «conscience» de la lutte contre l’apartheid, fut de 1996 à 2003 l’âme et le guide de la Commission Vérité et Réconciliation (TRC), un processus cathartique douloureux, aussi controversé en Afrique du Sud qu’il est aujourd’hui copié ailleurs.
Tutu a gardé foi engagée et irrévérence intactes. Comme il tenait tête jadis au régime blanc en menant des marches non-violentes, tout en dénonçant les excès des mouvements de libération, il n’épargne rien ni personne dans la Nouvelle Afrique du Sud. Un Dieu, mais toujours pas de maître.
Le gouvernement «qui joue de la lyre en regardant Rome brûler» (sida), l’ «inacceptable» dérive au Zimbabwe, ou les «opprimés d’hier qui pourraient devenir les oppresseurs de demain», tout le monde en prit pour son grade avec Tutu.
Enseignant à Cambridge après deux ans à Atlanta, Tutu a aussi connu la douleur. Son cancer de la prostate, opéré puis traité aux Etats-Unis, fit craindre sa mort. «(Au paradis) ils ont dit non, non, pas lui !», plaisanta-t-il.
Comme Mandela et Tutu, Frederik de Klerk a son Nobel de la Paix, sa Fondation caritative, ses sollicitations internationales, et ses épreuves. Son ex-épouse Marike dont il divorça en 1998 fut violée et assassinée en 2001 à son domicile du Cap. Le procès qui suivit donna la mesure de la dignité et de la sensibilité de l’homme.
Le dernier président de l’apartheid, celui qui libéra Mandela, ré-autorisa l’ANC, mais négocia âprement la transition, est devenu de plus en plus positif au fil des ans, invitant régulièrement les Blancs tentés par le «repli sur soi» à contribuer à la nouvelle Afrique du Sud.
Sans regret sur ses choix, De Klerk s’est aussi rapproché de Mandela, comme l’ANC se rapprochait de son ancien parti.
Mandela se délectant de l’adulation planétaire, Tutu jouissant de l’enseignement et de sa théologie, De Klerk cultivant ses conférences d’ex-homme d’Etat: les faiseurs du «miracle» sud-africain ont bien mérité de l’Histoire et gardent leur combativité.


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