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Ils ont guidé, en partenaires
ou adversaires, la transition sud-africaine et les débuts en démocratie.
Retraités, vieillis, les géants d’il y a 10 ans, Nelson
Mandela, Desmond Tutu, Frederik de Klerk,
ont gardé leur liberté d’expression et restent source
d’inspiration.
Rattrapés par les ans, Mandela (85 ans), Tutu (72) et De Klerk
(68) sont aussi les derniers survivants d’une «galerie des
ancêtres» amputée récemment de Govan
Mbeki (mort en 2001 à 91 ans) et Walter Sisulu
(2003 à 90 ans), deux des plus influents piliers de la lutte anti-apartheid.
Nelson Mandela, quittant en 1999 la présidence, répétait
qu’il se délecterait d’une retraite paisible, à
cultiver ses légumes et faire sauter ses nombreux arrière
petits-enfants sur ses genoux. Il n’en fut rien, comme l’avait
prédit Graça Machel, qu’il épousa en 3èmes
noces à 80 ans: «c’est un animal politique. Il ne se
reposera jamais».
L’aura sans égale de l’homme d’Etat, «icône
mondiale de la réconciliation», selon le mot de Tutu, lui
valut d’être happé, accaparé, par d’innombrables
demandes de médiations, d’intercessions impossibles, du Proche
Orient au Burundi, de l’Irak au Cachemire.
Un cancer de la prostate traité en 2001 le força à
ralentir ses activités. Sauf envers les enfants, dont il fut privé
pendant 27 ans de prison, et qui constituent l’essentiel de ses
engagements aujourd’hui, avec l’écriture du 2ème
tome de ses mémoires.
D’une irréprochable loyauté envers le Congrès
National Africain (ANC), Mandela ne sacrifia pourtant pas sa
liberté. Et sur les atermoiements du gouvernement contre le sida,
comme sur la corruption tentant la nouvelle élite noire, il ne
s’est pas privé de sorties mordantes.
La guerre en Irak, et «l’unitaléralisme» d’un
George W. Bush qui «ne pense pas correctement» déclenchèrent
sa plus grosse colère pendant les 10 ans écoulés,
un terrain sur lequel il retrouva un autre Prix Nobel de la Paix, Desmond
Tutu, déchaîné lui aussi contre un conflit «immoral».
L’ancien archevêque anglican du Cap, considéré
comme la «conscience» de la lutte contre l’apartheid,
fut de 1996 à 2003 l’âme et le guide de la
Commission Vérité et Réconciliation (TRC),
un processus cathartique douloureux, aussi controversé en Afrique
du Sud qu’il est aujourd’hui copié ailleurs.
Tutu a gardé foi engagée et irrévérence intactes.
Comme il tenait tête jadis au régime blanc en menant des
marches non-violentes, tout en dénonçant les excès
des mouvements de libération, il n’épargne rien ni
personne dans la Nouvelle Afrique du Sud. Un Dieu, mais toujours pas de
maître.
Le gouvernement «qui joue de la lyre en regardant Rome brûler»
(sida), l’ «inacceptable» dérive au Zimbabwe,
ou les «opprimés d’hier qui pourraient devenir les
oppresseurs de demain», tout le monde en prit pour son grade avec
Tutu.
Enseignant à Cambridge après deux ans à Atlanta,
Tutu a aussi connu la douleur. Son cancer de la prostate, opéré
puis traité aux Etats-Unis, fit craindre sa mort. «(Au paradis)
ils ont dit non, non, pas lui !», plaisanta-t-il.
Comme Mandela et Tutu, Frederik de Klerk a son Nobel de la Paix, sa Fondation
caritative, ses sollicitations internationales, et ses épreuves.
Son ex-épouse Marike dont il divorça en 1998 fut violée
et assassinée en 2001 à son domicile du Cap. Le procès
qui suivit donna la mesure de la dignité et de la sensibilité
de l’homme.
Le dernier président de l’apartheid, celui qui libéra
Mandela, ré-autorisa l’ANC, mais négocia âprement
la transition, est devenu de plus en plus positif au fil des ans, invitant
régulièrement les Blancs tentés par le «repli
sur soi» à contribuer à la nouvelle Afrique du Sud.
Sans regret sur ses choix, De Klerk s’est aussi rapproché
de Mandela, comme l’ANC se rapprochait de son ancien parti.
Mandela se délectant de l’adulation planétaire, Tutu
jouissant de l’enseignement et de sa théologie, De Klerk
cultivant ses conférences d’ex-homme d’Etat: les faiseurs
du «miracle» sud-africain ont bien mérité de
l’Histoire et gardent leur combativité.
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