"Nous nous efforçons
d'accélérer le processus permettant aux Noirs de
combler le retard vis-à-vis des Blancs sans compromettre
l'objectif de réconciliation et d'unité nationales",
déclarait au mois de mars dernier, le futur président
sud-africain Thabo Mbeki, devant le Parlement. Thabo Mbeki a donc
sans doute tiré un bénéficie électoral de
son ambition affichée d'accélérer les
réformes.
Ses atouts ? Une compétence économique et une
rigueur certaine, reconnues par le monde des affaires.
Ses défauts ? Une apparente froideur qui frise parfois
l'indifférence. Un vernis glacé qu'il a toutefois
spontanément rompu en dansant allègrement à
l'annonce de l'écrasante victoire de son parti.
Thabo Mbeki, né le 18 juin 1942 à
Idutywa, dans le Transkei, est de l'ethnie Xhosa. Son père,
Govan, communiste, membre fondateur de l'ANC, a occupé des
fonctions dirigeantes dans l'aile armée de l'ANC, Umkhonto we
Sizwe (MK), avant d'être emprisonné à Robben
Island aux côtés de Mandela en 1963 où il purgea
plus de 20 ans en prison.
Comme celle de tous les combattants anti-apartheid, sa vie sera
marquée par les blessures infligées par les souffrances
de ses proches : l'emprisonnement de son père, la disparition
de son premier fils et de son frère.
Marié depuis 1974 à une militante anti-apartheid,
Zanele Dlamini, aujourd'hui femme d'affaires et féministe
engagée, il est père de deux grands enfants.
Un enfant de la lutte
Son parcours politique commence à
l'âge de 14 ans, quand il adhère à la Ligue des
Jeunes de l'ANC avant d'être exfiltré du pays (l'ANC
était alors interdit) pour mener à bien ses
études à l'étranger. Il quitte l'Afrique du Sud
en 1962 et passera 28 ans en exil. En Angleterre, il décroche
un diplômé en économie à
l'université du Sussex, avant de partir pour Moscou où
il suit pendant trois ans l'école du parti communiste et une
formation militaire à l'institut Lénine de Moscou.
Vers 1970, à Londres, il est secrétaire d'Oliver
Tambo, le vieux président en exil de l'ANC puis devient le
chef des services d'information et de propagande du mouvement
anti-apartheid. Il est ensuite représentant de l'ANC en Zambie
et au Nigeria puis chef du département international, sorte de
ministre des Affaires étrangères de l'ANC.
A son retour d'exil, il participe activement aux négociations
avec le pouvoir blanc.
Lorsque l'ANC accède au pouvoir, il est nommé
vice-président par Mandela en 1994 et il devient
progressivement son dauphin "obligé", après avoir
écarté méthodiquement bon nombre d'autres
prétendants à la succession de Mandela, comme Cyril
Ramaphosa, ancien leader syndical très populaire reconverti
dans le privé, ou encore Matthews Phosa, juriste
récemment mis au pilori pour "factionnisme".
Pour parachever cette ascension, Thabo Mbeki a été
élu président de l'ANC lors de son dernier
congrès, en décembre 1997.
Parallèlement sa prise de contrôle de
l'ANC, il a placé des fidèles dans tous les
secteurs-clefs du gouvernement et l'Etat - à la Banque
centrale, aux services fiscaux, aux Affaires
étrangères, à la télévision
nationale ou à la tête de l'état-major de
l'armée. Et il n'a jamais caché son intention de
concentrer les pouvoirs exécutifs de la présidence que
M. Mandela avait quant à lui largement
délégués. |