N°257
du 17/10/2002

Afrique du Sud


Industrie et syndicats
accueillent favorablement une nouvelle charte minière

Une nouvelle charte minière sud-africaine prévoyant de céder 26% de participation à des compagnies noires d’ici 10 ans a été généralement bien accueillie dans un secteur où elle est qualifiée de compromis pragmatique entre considérations politiques et impératifs pour un développement durable de l’industrie.
“La nouvelle législation sera l’outil idoine pour transformer l’extraordinaire héritage en minéraux de notre pays en richesse réelle au bénéfice de tous les Sud-africains, à condition qu’elle soit appliquée dans le même esprit qui a prévalu lors de son élaboration”, a déclaré Bobby Godsell, président du géant de l’or AngloGold.
De son côté, le plus grand syndicat minier, le Syndicat National des Mineurs (NUM), s’est félicité de la charte, exprimant l’espoir qu’elle permettrait “la création de nombreux nouveaux emplois”.
Par contre, pour l’analyste économique Mike Shuessler, la charte revient “simplement à transférer des participations de l’élite blanche à l’élite noire (...) et cela n’aidera en rien les 30% de la population sud-africaine au chômage”.

La charte, approuvée en conseil des ministres, prévoit une prise de participation de 15% dans l’industrie minière par des intérêts noirs d’ici 5 ans, le pourcentage devant passer à 26% d’ici 10 ans.
La charte prévoit aussi la création d’un fonds de près de 10 milliards de dollars (107 milliards de rands) par l’industrie afin d’aider les “sud-africains historiquement désavantagés” à faire leur entrée dans le secteur. La valeur totale de l’industrie minière sud-africaine est évaluée à environ 75 milliards de dollars.

Traduisant la réaction positive du secteur et des investisseurs, les cours des principaux groupes miniers sont restés pratiquement inchangés sur la bourse de Johannesburg, certaines valeurs, telles qu’AngloGold, enregistrant même un léger gain.
Un premier projet de loi dévoilé à la mi-juillet et portant sur une participation noire à hauteur de 51% avait à l’inverse provoqué un mouvement de panique immédiat et des pertes sur les valeurs minières de quelque 100 milliards de rands (9,37 milliards de dollars).
En juin, l’Assemblée nationale sud-africaine avait déjà voté une loi controversée qui avait provoqué les protestations des grandes compagnies, transférant à l’Etat la tutelle de tous les droits miniers, en accord avec le principe reconnu de la souveraineté des Etats sur leur sous-sol.
Cette redistribution partielle à terme de la plus grande richesse du pays, contrôlée jusqu’à présent par des intérêts blancs ou occidentaux, pourrait selon le Dr Iraj Abedian, marquer un “pas important vers une normalisation de l’environnement socio-économique en Afrique du Sud” et “servir de base à d’autres chartes similaires pour d’autres secteurs d’activités.
Le président sud-africain Thabo Mbeki a placé la nouvelle charte minière sur le même plan, estimant que son adoption représentait “probablement l’un des jours les plus glorieux de l’histoire de notre transformation (nationale)”.

L’industrie minière représente la principale richesse économique de l’Afrique du Sud -or, diamants, platine, pétrole, charbon, uranium, gaz naturel- et emploie plus d’un demi-million d’ouvriers, soit 4,3% de la population active. Elle compte pour un tiers dans la valeur des exportations sud-africaines.


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