N° 219
du 15/12/2000

Afrique du Sud


Municipales:
ANC à 59%, opposition de droite à 22%

Le Congrès national africain (ANC, au pouvoir) a obtenu 59,38 % des voix aux élections municipales sud-africaines du 5 décembre. Avec 22,12 % des voix, l'Alliance démocratique (DA), considérée comme l'opposition de droite, effectue une percée significative.
L'ANC a remporté 170 municipalités (soit 70%) sur 237 où se déroulait le scrutin.
Mais avec 59,38 % des voix, l'ANC du président Thabo Mbeki, enregistre un net recul par rapport aux 66 % recueillis lors des élections générales de juin 1999.
La DA, coalition d'opposition de droite formée en juin par le Parti démocratique (DP, droite libérale) et le Nouveau Parti National (NNP, au pouvoir sous l'apartheid), réalise une forte percée, par rapport aux 16,3% combinés du DP et du NNP en 1999. La DA enlève 18 municipalités.
Le Parti de la Liberté Inkatha (IFP, à dominante zouloue) a obtenu 9,14% des voix, légèrement mieux que ses 8,50% de juin 1999. L'IFP a emporté 36 municipalités.
Le Mouvement démocratique Uni (UDM), parti créé en 1997, a recueilli 2,55% du vote (contre 3,4% en juin 1999), et a remporté une seule municipalité.
Des six "méga-municipalités" créées par un nouveau redécoupage municipal à l'occasion du scrutin, l'ANC en a enlevé quatre: Tshwane (incluant Pretoria), East Rand (grand est de Johannesburg), Johannesburg, ainsi que la "Mandela Metropolis" incluant Port Elizabeth dans le Cap Oriental (sud-est).
L'ANC est aussi arrivé en tête dans la grande municipalité de Durban avec 47% des voix, mais devra s'allier pour gouverner la métropole. Dans la métropole du Cap, la DA a maintenu sa domination.
Dans douze des municipalités ouvertes au vote, aucune majorité absolue de n'est dégagée, et des alliances devront être formées. Dans 47 autres districts, le scrutin avait été retardé et doit se tenir ultérieurement.
La participation à ces municipales, deuxième scrutin local depuis l'avènement de la démocratie en 1994, a été de 48,08 %, sur 18,4 millions d'électeurs inscrits.

Analyse : l'opposition sud-africaine regroupée dans l'Alliance démocratique (DA) a montré une capacité nouvelle à mordre sur une frange mécontente de l'électorat noir et à gagner de l'influence parmi la population d'origine indienne.
La DA a élargi son influence au-delà de sa base électorale traditionnelle: blanche dans le pays et métisse dans la région du Cap.
Dans la ville de Johannesburg, la DA fait des scores non négligeables dans les townships noires et pauvres de la périphérie de la ville, où elle a présenté des candidats locaux et mené une campagne très active: 8% à Diepsloot, 6% à Diepkloof, un secteur de Soweto, 8,3% dans un quartier d'Alexandra.
Les bons résultats de la DA dans la "megacity" de Durban (est), où elle est passée de 19,9% lors des élections générales de 1999 à 26,9% peuvent s'expliquer en grande partie par le vote de la population d'origine indienne.
La DA y a remporté une victoire spectaculaire dans les deux principales townships indiennes, en remportant cinq circonscriptions sur cinq à Phoenix et quatre sur cinq à Chatsworth.
La faible participation nationale (47%) a certes bénéficié à la DA car l'électorat blanc, ainsi que l'électorat métis dans la région du Cap, se sont plus mobilisés que l'électorat noir, impatient de la lenteur de l'amélioration de ses conditions de vie.
Mais pour passer de 16,4% en 1999 à 23% aux municipales, il a fallu ce début de franchissement des lignes de partage raciales.
La DA s'est constituée en juin dernier par la fusion du parti démocratique (DP), de tradition blanche libérale anglophone, et du Nouveau parti national (NNP), au pouvoir sous l'apartheid, dont la base électorale a longtemps été les Afrikaners, descendants des premiers colons hollandais et français du 17ème siècle, ainsi que parmi les métis de la région du Cap. Le NNP avait accepté, sans gaieté de c¦ur de fusionner avec le DP, après sa défaite cuisante aux élections générales de juin 99. Question de survie pure et simple. Car l'ancien parti de l'apartheid était tombé à moins de 7% en 1999 et avait subi l'humiliation de céder la place d'opposition officielle au petit DP de Tony Leon, devenu "opposition officielle".
Le pari de cet attelage quelque peu improbable a réussi au-delà de ses propres espérances.

Une circonscription s'est jouée à pile ou face

La circonscription de la ville d'East London (sud-est), où deux candidats avaient recueilli le même nombre de voix a été adjugée à pile ou face : l'ANC, qui avait choisi le côté "face", l'a emporté. En vertu de la législation électorale, les deux candidats ont dû se présenter devant l'officier électoral, en présence d'un auditeur indépendant, et par ordre alphabétique ont choisi chacun un côté d'une pièce de 2 rands.
La candidate de la DA siégera toutefois elle aussi au conseil municipal, en vertu du score obtenu par son parti dans la municipalité entière, le scrutin mêlant une dose de proportionnelle et de majoritaire.


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