- Le paysage politique
sud-africain semble promis à une importante
recomposition, après l'éclatement du
premier parti d'opposition, 15 mois après sa
formation, annonçant la probable disparition du
parti jadis au pouvoir sous l'apartheid.
- Le leader du Nouveau Parti National
(NNP, l'ancien Parti National au pouvoir de 1948
à 1994), Marthinus van Schalkwyk, a
annoncé le 26 octobre que son parti "suspend sa
participation à l'Alliance démocratique
(DA), en vue de s'en retirer rapidement".
- L'annonce du NNP est l'aboutissement de semaines de
tensions, puis d'invectives, avec l'autre composante de
la DA, le Parti Démocratique (DP) de
Tony Leon, au sujet du controversé maire
NNP du Cap, Peter Marais.
Désavoué par la direction de la DA, Marais
a été exclu de l'Alliance et démis
de ses fonctions.
- Mais l'éclatement de la DA traduit surtout
l'union inconfortable, depuis juillet 2000, de deux
courants et traditions politiques fort distincts: le NNP
à l'électorat afrikaner (et métis
autour du Cap), plutôt conservateur et rural, et le
DP, anglophone, libéral et citadin. Les deux
"tribus blanches" de l'Afrique du Sud, à
l'histoire conflictuelle.
- L'alliance a pourtant connu des succès, comme
ses 22,12% aux municipales de décembre 2000, et
des percées limitées dans
l'électorat noir. Ce bond notable, par rapport aux
16,3% combinés du DP et du NNP aux
élections générales de 1999,
autorisait Tony Leon, opposant systématique sur le
mode britannique, à espérer défier
un jour l'hégémonie du Congrès
National Africain (60% des voix en 2000).
- "La DA ne va nulle part, et nous ne voulons pas y
aller", a lancé Van Schalkwyk. "Nous croyons dans
l'avenir de la Nouvelle Afrique du Sud, à
l'inverse du DP. Nous ne prenons pas un plaisir pervers
à voir le pays échouer".
- Le NNP, a ajouté le successeur de Frederik
de Klerk à la tête du parti, entend
disparaître sous sa forme actuelle, se transformer
radicalement "en un parti pour la nouvelle Afrique du
Sud", processus incluant un (nouveau) changement
d'appellation.
- Car l'ex-NP s'était déjà
rebaptisé NNP en 1999, un lifting qui, pas plus
qu'un jeune leader (Van Schalkwyk a 41 ans), n'avait
réussi à l'exonérer de son image de
parti de l'apartheid.
- Passé de 20% des voix en 1994 à 6,8% en
1999, le parti entamait un déclin inexorable aux
yeux de la plupart des analystes, qui virent dans la
création de la DA davantage une absorption du NNP
par le DP qu'une réelle fusion.
- Pire pour le NNP, la presse a
révélé récemment
l'étendue de ses soucis financiers, 5,2 millions
de rands (550.000 USD) d'arriérés dus
à la banque ABSA -qui a confirmé- pour des
découverts remontant à la campagne 1999.
- Reste au NNP son fief du Cap occidental, seule
province échappant au contrôle de l'ANC, et
gouvernée en tandem par NNP et DP, faute de
majorité absolue au Parlement régional.
- Van Schalkwyk a donné le feu vert à
"des discussions avec d'autres partis en vue
d'établir des gouvernements de
coopération", et le NNP pourrait forger au Cap une
coalition locale avec l'ANC, comme de 1994 à 1998.
- Une coalition stable et fructueuse, s'est
rappelé le chef de l'ANC au Cap, Ebrahim
Rasool, où "chacun se concentrait sur son
électorat, les pauvres métis pour l'un, les
pauvres noirs pour l'autre, avec une sorte de
compatibilité au sommet".
- Tandis que Tony Leon fulminait contre la
"capitulation méprisable", la "trahison" et le
"sacrifice de 2,5 millions d'électeurs" par Van
Schalkwyk, l'ANC s'est dit ouvert au dialogue avec le NNP
pour coopérer "à tous niveaux de
gouvernement", assurant "n'avoir jamais été
à l'aise avec un camp (gouvernement) noir et un
autre (opposition) blanc".
- Le camp du parti au pouvoir connaît
lui-même sa part de tensions: l'ANC a
récemment dénoncé, visant
apparemment le leadership syndical, un "assaut venu de la
gauche". Et un collectif d'organisations civiles,
cimentées par l'hostilité aux
privatisations, a envisagé ouvertement la
création d'un parti de gauche.
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