N° 238
du 31/10/2001

Afrique du Sud


La mort de Alliance démocratique
L'opposition à l'ANC éclate,
ouvrant la voie à une recomposition

Le paysage politique sud-africain semble promis à une importante recomposition, après l'éclatement du premier parti d'opposition, 15 mois après sa formation, annonçant la probable disparition du parti jadis au pouvoir sous l'apartheid.
Le leader du Nouveau Parti National (NNP, l'ancien Parti National au pouvoir de 1948 à 1994), Marthinus van Schalkwyk, a annoncé le 26 octobre que son parti "suspend sa participation à l'Alliance démocratique (DA), en vue de s'en retirer rapidement".
L'annonce du NNP est l'aboutissement de semaines de tensions, puis d'invectives, avec l'autre composante de la DA, le Parti Démocratique (DP) de Tony Leon, au sujet du controversé maire NNP du Cap, Peter Marais. Désavoué par la direction de la DA, Marais a été exclu de l'Alliance et démis de ses fonctions.
Mais l'éclatement de la DA traduit surtout l'union inconfortable, depuis juillet 2000, de deux courants et traditions politiques fort distincts: le NNP à l'électorat afrikaner (et métis autour du Cap), plutôt conservateur et rural, et le DP, anglophone, libéral et citadin. Les deux "tribus blanches" de l'Afrique du Sud, à l'histoire conflictuelle.
L'alliance a pourtant connu des succès, comme ses 22,12% aux municipales de décembre 2000, et des percées limitées dans l'électorat noir. Ce bond notable, par rapport aux 16,3% combinés du DP et du NNP aux élections générales de 1999, autorisait Tony Leon, opposant systématique sur le mode britannique, à espérer défier un jour l'hégémonie du Congrès National Africain (60% des voix en 2000).
"La DA ne va nulle part, et nous ne voulons pas y aller", a lancé Van Schalkwyk. "Nous croyons dans l'avenir de la Nouvelle Afrique du Sud, à l'inverse du DP. Nous ne prenons pas un plaisir pervers à voir le pays échouer".
Le NNP, a ajouté le successeur de Frederik de Klerk à la tête du parti, entend disparaître sous sa forme actuelle, se transformer radicalement "en un parti pour la nouvelle Afrique du Sud", processus incluant un (nouveau) changement d'appellation.
Car l'ex-NP s'était déjà rebaptisé NNP en 1999, un lifting qui, pas plus qu'un jeune leader (Van Schalkwyk a 41 ans), n'avait réussi à l'exonérer de son image de parti de l'apartheid.
Passé de 20% des voix en 1994 à 6,8% en 1999, le parti entamait un déclin inexorable aux yeux de la plupart des analystes, qui virent dans la création de la DA davantage une absorption du NNP par le DP qu'une réelle fusion.
Pire pour le NNP, la presse a révélé récemment l'étendue de ses soucis financiers, 5,2 millions de rands (550.000 USD) d'arriérés dus à la banque ABSA -qui a confirmé- pour des découverts remontant à la campagne 1999.
Reste au NNP son fief du Cap occidental, seule province échappant au contrôle de l'ANC, et gouvernée en tandem par NNP et DP, faute de majorité absolue au Parlement régional.
Van Schalkwyk a donné le feu vert à "des discussions avec d'autres partis en vue d'établir des gouvernements de coopération", et le NNP pourrait forger au Cap une coalition locale avec l'ANC, comme de 1994 à 1998.
Une coalition stable et fructueuse, s'est rappelé le chef de l'ANC au Cap, Ebrahim Rasool, où "chacun se concentrait sur son électorat, les pauvres métis pour l'un, les pauvres noirs pour l'autre, avec une sorte de compatibilité au sommet".
Tandis que Tony Leon fulminait contre la "capitulation méprisable", la "trahison" et le "sacrifice de 2,5 millions d'électeurs" par Van Schalkwyk, l'ANC s'est dit ouvert au dialogue avec le NNP pour coopérer "à tous niveaux de gouvernement", assurant "n'avoir jamais été à l'aise avec un camp (gouvernement) noir et un autre (opposition) blanc".
Le camp du parti au pouvoir connaît lui-même sa part de tensions: l'ANC a récemment dénoncé, visant apparemment le leadership syndical, un "assaut venu de la gauche". Et un collectif d'organisations civiles, cimentées par l'hostilité aux privatisations, a envisagé ouvertement la création d'un parti de gauche.


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