N° 238
du 31/10/2001

Afrique du Sud


Winnie Madikizela-Mandela,
à nouveau dans la tourmente
Démolition de ses commerces à Soweto
Inculpée pour fraude et vol

Des démolisseurs mandatés par la ville de Johannesburg, ont rasé le 24 octobre un café-restaurant et un petit magasin appartenant à Winnie Madikizela-Mandela à Soweto, pour infraction aux réglementations de construction et de vente de boissons.
Des représentants du Conseil du Grand Johannesburg, assistés de policiers, ont démoli le bâtiment, situé juste en face du "Musée Familial Mandela", dans la maison que Winnie et son ex-époux Nelson Mandela occupèrent brièvement en 1958-59, puis en 1990-91.
La démolition est le résultat d'un différend de plusieurs années avec le conseil, pour la construction "sauvage" du bâtiment en face du musée, inauguré en 1997, et devenu un passage obligé pour les touristes dans la township de Soweto (sud-ouest de Johannesburg).
En septembre, la police avait en outre perquisitionné les lieux et saisi des quantités d'alcool, que le café-restaurant et le magasin n'étaient pas habilités à vendre.
 
Ca, c'est encore le moins grave. Winnie, 65 ans, traverse actuellement une phase difficile de démêlés avec la loi. La présidente de la Ligue des Femmes et député de l'ANC a été inculpée le 18 octobre de fraude et vol dans une affaire de prêts bancaires frauduleusement obtenus. Elle a été laissée en liberté sous caution. Elle s'est vue notifier 60 chefs d'inculpation pour fraude et 25 autres pour vol, portant sur un montant global d'environ 1 million de rands (110.000 USD). L'inculpation de Winnie est le résultat d'une enquête sur des prêts bancaires d'un montant total de 932.000 rands, obtenus l'an dernier auprès de la banque afrikaner Saambou, pour des membres fictifs de la Ligue des Femmes de l'ANC, au moyen de lettres à en-tête et signature de Winnie.
Dans les mois suivants, et depuis le début de l'année, les comptes bancaires de Winnie ont reçu divers virements équivalant à 550.000 rands, selon les investigations présentées en audience.
Un courtier et agent bancaire principal intermédiaire de ces prêts, Addy Moolman, 46 ans, a déjà été inculpé en juin et se trouve en détention provisoire dans le cadre de la même affaire.
L'ancienne "Mère de la Nation", icône de la lutte contre l'apartheid, continue malgré à se mobiliser de temps à autre pour la cause de déshérités, comme cette visite dans un bidonville de Zandspruit pour tenter d'apaiser des violences xénophobes à l'encontre d'immigrés zimbabwéens.
 
Rappel : cette inculpation marque un énième avatar dans la vie de Winnie Madikizela-Mandela depuis une demi-douzaine d'années. Depuis la fin de la lutte de libération, Winnie a subi maints revers personnels et politiques: évincée du gouvernement (1995), divorcée de Nelson Mandela (1996), gravement mise en cause par la Commission Vérité et Réconciliation (TRC), mise à l'index pour absentéisme au Parlement, et rappelée à l'ordre par le fisc.
Souvent critique vis-à-vis du gouvernement et de la lenteur des transformations au profit de la majorité noire, Winnie a entretenu des relations progressivement de plus en plus difficiles avec la direction de l'ANC. Elle avait déclenché une polémique l'an dernier en écrivant une lettre au vice-président Jacob Zuma, dans laquelle elle dénonçait l'hostilité du président Thabo Mbeki à son égard.


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