- L'acquittement *
le 11 avril de Wouter Basson, l'ancien cerveau du
programme militaro-chimique de l'apartheid, et la
satisfaction affichée par certains dignitaires de
l'ancien régime ont laissé en Afrique du
Sud un goût amer, perceptible dans la presse et les
réactions.
- Le jugement a aussi fait réapparaître
une division, au nom de la "réconciliation
nationale", entre les tenants de la page tournée,
du pardon et de l'oubli, et ceux de la justice rendue,
des responsabilités élucidées et
jugées: division présente dans
l'immédiat post-apartheid, lors des travaux de
la Commission Vérité et
Réconciliation (TRC), et toujours affleurante
dans le pays.
- Des accusations de "chasse aux sorcières" ont
été de nouveau lancées par les
mêmes généraux et anciens ministres,
contre les mêmes instances, l'Etat (ou l'ANC, au
pouvoir) ou la Commission Vérité qui, la
première, mit au jour les sombres recherches et
les terribles exécutions perpétrées
autour du programme militaro-chimique.
- "Ce qui s'est passé à la Cour vient une
nouvelle fois de prouver que l'ancienne SADF
(armée de l'apartheid) et ses membres (en
l'occurrence Basson) ne furent coupables ni de meurtres
ni d'autres actes criminels", s'est
félicité Magnus Malan, ancien
ministre de la Défense et l'un des cinq
généraux présents au verdict. Ce
procès relevait de la "propagande", de la "guerre
psychologique (...) pour essayer de casser le
passé, l'ancienne armée, et un homme comme
Basson", estimait pour sa part Constand Viljoen,
ancien chef d'état-major (reconverti
parlementaire après 1994), sur l'air de la
persécution et de l'acharnement repris avant lui
par d'autres dignitaires de l'ancien régime et
d'autres leaders de la minorité afrikaner.
- Basson, comme Malan (acquitté lors d'un
procès de généraux en 1996), comme
l'ancien président Pieter W. Botha, jamais
jugé, ont contribué à l'impression
d'impunité à l'égard de la direction
du régime d'apartheid, à l'inverse d'agents
exécutants ou de "tueurs d'Etat" jugés et
emprisonnés, comme Eugene de Kock et
Ferdi Barnard.
- Jamais apparus pour certains (Botha) devant la TRC,
ni demandeurs d'amnistie, ces ex-dirigeants ne sont
qu'hypothétiquement menacés de poursuites,
après la prochaine publication du rapport final de
la TRC. Le procureur de l'Etat, Bulelani Ngcuka,
avait averti dès le rapport intérimaire en
1998 que l'intérêt général,
"la construction de la nation et la
réconciliation" seraient pris en compte à
l'heure de décider de poursuites.
-
- Pour le Congrès National Africain (ANC)
au pouvoir, l'acquittement de Basson, "scandaleux",
est précisément "un revers pour la
réconciliation". Une indignation reprise par
l'autre mouvement noir de libération aujourd'hui
au pouvoir en Namibie voisine. "Une parodie de justice",
a déclaré le chef de la diplomatie
namibienne, qui n'a pas exclu un procès Basson
à Windhoek.
- L'Association sud-africaine des Avocats Noirs
s'est dite "éc¦urée" par le verdict. Et
l'organisation tiers-mondiste Jubilée 2000
a noté que "les victimes de l'apartheid continuent
de souffrir de pauvreté, de chômage,
d'absence de compensation (...) tandis le puissant
appareil de l'armée et des services secrets de
l'apartheid (...) a les moyens d'entraver la justice".
- "Et maintenant, le Docteur la mort va organiser une
fête !", titrait le quotidien The Star de
Johannesburg au lendemain du verdict. "Et il l'avait
planifiée une semaine avant son acquittement",
ironisait le journal, reflétant les
soupçons, évoqués par l'accusation
pendant le procès, et partagés par
beaucoup, sur une issue déjà vue,
déjà jouée.
-
- * Wouter Basson, cerveau du programme
militaire chimique de l'apartheid, a été
acquitté de 46 chefs d'accusation dont meurtre
et complicité de meurtre, au terme d'un
procès de trente mois, sans doute le dernier
grand procès éclairant les
activités occultes du régime de
ségrégation raciale.
- Le cardiologue et biochimiste de 51 ans, qui
comparaissait libre, a souri et enlacé ses
avocats à l'énoncé du verdict,
puis quitté la Haute Cour de Pretoria sans
s'adresser aux médias, tandis que d'anciens
dignitaires militaires saluaient le verdict et que
l'accusation enrageait.
- L'accusation, qui au cours du procès avait
accusé le juge-président Willie
Hartzenberg d'avoir préjugé l'innocence
du docteur Basson, a immédiatement
indiqué qu'elle ferait appel du jugement. Une
audience sur cette requête a été
fixée au 29 avril.
- M. Basson, surnommé par les médias
le "docteur la mort", plaidait non coupable de toutes
les charges contre lui, au cours d'un des plus
volumineux procès de l'histoire juridique du
pays. Lors du procès, des témoins,
ex-agents des Forces spéciales, ont fait des
récits terrifiants d'opposants
anesthésiés ou empoisonnés et
jetés d'avion en pleine mer. Avec des produits
ou en suivant des méthodes, selon eux, fournies
par M. Basson.
- D'autres l'ont accusé d'avoir fourni des
poisons pour usage dans du thé, des
bières, du jus d'orange, ou encore un gel
"asphyxiant" musculaire, pour tuer des prisonniers,
ennemis ou agents devenus gênants. Un
scientifique a évoqué l'ordre de stocker
du sang lyophilisé infecté du VIH comme
éventuelle arme. M. Basson a démenti.
- Il a par contre reconnu avoir travaillé sur
des gadgets mortels pour l'armée, comme des
tournevis et parapluies empoisonnés, mais a dit
ignorer tout des opérations auxquelles ils
étaient destinés. Pour lui, le programme
chimique était un "défi intellectuel".
Il fut aussi disert sur ses dizaines de voyages et
transactions à l'étranger, avec
crédits illimités, pour acquérir
expertises et matériel, dans les années
80.
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