N° 251
du 18/06/2002

Afrique du Sud


Thabo Mbeki a entrouvert
la porte à une amnistie des crimes politiques
Grâce au cas par cas mais pas d’amnistie générale

La décision prise par le président Thabo Mbeki de gracier 33 condamnés, anciens membres de mouvements anti-apartheid, a entrouvert la porte à une amnistie générale des crimes politiques en Afrique du Sud.
La plupart des activistes graciés par M. Mbeki, membres du Congrès national africain et du Congrès panafricain (PAC, noirs radicaux), étaient restés en prison après le refus de leur amnistie par la défunte Commission Vérité et Réconciliation (TRC).
L’ancienne TRC, mise en place en 1996 par l’ancien président sud-africain Nelson Mandela, avait le pouvoir d’amnistier les personnes dont les actes avaient des motivations politiques et à condition qu’ils fassent des aveux complets.
Mais la plupart des demandes d’amnisties reçues par la TRC ont été refusées. La Commission a accordé, en six ans d’existence, 1.200 amnisties et en a refusées 5.500.
Après la décision de M. Mbeki, on s’attend maintenant à ce que d’autres condamnés, y compris ceux qui étaient de l’autre côté de la barrière du temps de l’apartheid, demandent la clémence.
Parmi eux, Eugene de Kock, le dirigeant d’un commando de choc de la police d’apartheid qui avait reconnu de nombreux assassinats politiques devant la TRC et qui purge une peine de 212 ans de prison. Son avocat a annoncé qu’une demande de grâce sera déposée la semaine prochaine.
Parmi les autres demandes de grâce prévisibles, celle des assassins en 1993 du dirigeant communiste Chris Hani, Janus Waluz et Clive Derby-Lewis.
M. Mbeki n’a jamais caché ses critiques envers la TRC et le ministre sud-africain de la Justice, Penuell Maduna, a laissé entendre que des mesures plus larges pourraient être prises, étant donné que la TRC n’avait pas, selon lui, atteint ses objectifs.
“Le principal but de la TRC était d’amener la réconciliation, mais elle y a échoué”, a déclaré M. Maduna, après l’annonce des mesures de grâce présidentielle. “Mon impression, c’est que le gouvernement est maintenant en position de remettre les choses en ordre”, a-t-il ajouté.
Penuell Maduna a conseillé à l’ancien dirigeant militaire du temps de l’apartheid et ex-leader du petit parti afrikaner Front de la liberté (FF), Constand Viljoen de faire le point avec ses combattants de base pour qu’ils déposent une demande en ce sens.
Le parti nationaliste zoulou Inkatha (IFP), dont les affrontements avec l’ANC avaient fait des milliers de morts du temps de l’apartheid, a indiqué qu’il conseillerait à des centaines de ses membres de demander la grâce présidentielle.
Une organisation de défense des prisonniers politiques afrikaners, qui milite pour la libération de quelque 80 prisonniers politiques de droite, a indiqué qu’elle avait l’intention d’effectuer la même démarche.

Toutefois le gouvernement a exclu une amnistie générale des crimes politiques. “Chaque cas sera considéré sur la base du mérite”, a affirmé le porte-parole du ministère de la Justice, Paul Setsetse. Enfin, le ministère de la Justice a aussi démenti avoir discuté avec des partis d’opposition la question de la grâce de Clive Derby-Lewis et Janusz Walus, les assassins en 1993 du dirigeant communiste Chris Hani.
L’ancien archevêque anglican sud-africain et Prix Nobel de la Paix a estimé de son côté qu’une amnistie générale “saperait” le travail effectué par la TRC.


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