N° 270
du 20/05/2003

Afrique du Sud


Décès de Walter Sisulu,
figure historique de la lutte anti-apartheid

Walter Sisulu, un vétéran du Congrés National Africain (ANC) et l’une des figures historiques de la lutte de libération noire en Afrique du Sud, est mort lundi 5 mai à 90 ans. Sa disparition a suscité une avalanche d’hommages, dont celui ému de son plus proche ami, Nelson Mandela.

Son fils, Max Sisulu, a indiqué que son père était décédé à son domicile de Johannesburg dans les bras de son épouse, Albertina “Ma” Sisulu, elle-même une militante célèbre.

Sisulu, secrétaire général de l’ANC de 1949 à 1954 avant l’interdiction du parti, fut pendant près de 25 ans (de 1964 à sa libération en 1989) un compagnon de détention de Nelson Mandela, avec qui il déjeunait encore régulièrement jusqu’à ces derniers mois, a exprimé son immense tristesse dans un communiqué lundi soir:
“Une partie de moi s’en est allée”, a réagi Mandela en apprenant le décès de son ami. “Nous avons partagé la joie de vivre, et la souffrance. Ensemble nous avons partagé des idées, scellé des engagements communs. Nous avons marché côte à côte dans la vallée de la mort, soignant les blessures de l’autre, nous soutenant l’un l’autre quand nos jambes flanchaient. Ensemble nous avons savouré le goût de la liberté”, a encore indiqué Nelson Mandela, qui décrivit un jour Sisulu comme l’homme “qui le connaissait le mieux”.
“Son amitié et ses avis me manqueront. Jusqu’à notre prochaine rencontre, Hamba kahle, Xhamela. Qhawe la ma Qhawe” (en xhosa: Bon voyage, Xhamela —nom de clan de Sisulu— Héro parmi les héros). “Je sais que quand mon heure viendra, Walter sera la pour m’accueillir, et je suis presque sûr qu’il me tendra une feuille d’inscription à l’ANC dans ce monde-là”, a plaisanté Mandela.
Sisulu était l’un des leaders de la Ligue des Jeunes de l’ANC dans les années 40-50, qui devaient former la future direction du parti, puis prendre les leviers de la lutte de libération avec les Mandela, Oliver Tambo, futur président de l’ANC en exil, et le théoricien Govan Mbeki, père de l’actuel président.
Aprés le décés de Tambo en 1993 à l’âge de 75 ans, de Govan Mbeki, un autre ancien détenu de Robben Island, en 2001 à 91 ans, la mort de Sisulu marque la disparition progressive —laissant Mandela “orphelin”— d’une génération qui guida les Noirs sud-africains pendant 40 ans à travers les pires heures de l’apartheid jusqu’à la libération.

Ce hérault de la lutte anti-apartheid a été inhumé le 17 mai, à Soweto, lors de “funérailles officielles spéciales”, le plus grand honneur accordé à des Sud-Africains non-chefs d’Etat, devant plusieurs dizaines de milliers de personnes. Ces funérailles officielles spéciales ont été autorisées par le Cabinet à titre exceptionnel à la demande du président Thabo Mbeki.

Une pluie d’hommages

Les hommages sud-africains qui ont salué Walter Sisulu l’ont dépeint à la fois comme un cerveau et un inspirateur de la lutte de libération, dont l’influence sur les hommes et le pays aura été sans commune mesure avec sa notoriété.
“Certains d’entre nous sont devenus présidents, ont été honorés dans tous les continents, y compris par un Prix Nobel de la Paix. Voilà un homme qui n’a rien reçu de cela, mais qui nous dépasse de la tête et des épaules, d’une stature bien supérieure à celle de nous tous”, a résumé Nelson Mandela
Sisulu, a déclaré le président Thabo Mbeki, était “l’un des plus grands fils de ce pays, l’un des plus grands architectes de notre ordre démocratique (...) Parce qu’il était très humble, peu de gens réalisent sa contribution à l’Afrique du Sud que nous avons aujourd’hui. C’était un géant parmi nous”.

Ces hommages, de tous bords, ont salué l’intégrité, la douceur personnelle de Sisulu, mais aussi sa détermination, et son immense influence sur la lutte de libération. Le Mouvement démocratique Uni (UDM) a rappelé que son plus grand apport était peut-être d’avoir eu la vision et le savoir-faire de recruter en 1941, puis de former Mandela.

L’ANC a exprimé “son cœur lourd et son sentiment profond de perte à l’annonce de la mort de Walter Max Ulyate Sisulu, un géant de la lutte de libération et l’un des pères-fondateurs de la démocratie d’Afrique du Sud”.

Le Nouveau Parti National (NNP) l’ancien Parti National afrikaner au pouvoir sous l’apartheid qui s’est aujourd’hui rapproché de l’ANC, a salué un “formidable leader” qui a lutté toute sa vie pour un ordre politique démocratique et juste.
“On se souviendra toujours de lui comme un des grands fils de ce pays. Il était parvenu a combiner l’intellect avec une touche populaire”, a déclaré Marthinus van Schalkwyk, leader du NNP à la tête duquel il succéda à Frederik de Klerk, le dernier président de l’apartheid, qui libéra Sisulu en 1989.

“Son humilité, son intégrité, sa pensée et sa vision l’ont fait connaître et aimer bien au-delà des frontières de l’Afrique du sud”, a aussi déclaré, Kofi Annan.


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