N° 272
du 17/06/2003

Afrique du Sud


Le «Docteur de la mort» du régime
de l’apartheid ne sera pas rejugé

Une interjection en appel pour rouvrir le procès de Wouter Basson, le «Docteur de la mort» chargé du programme militaire chimique de l’apartheid et acquitté l’an dernier, a été rejetée le 3 juin par la Cour suprême, mettant un terme au dernier grand procès sur les activités occultes du régime pré-1994.
Wouter Basson avait été acquitté à la mi-avril 2002 de 46 chefs d’accusation, dont meurtre et complicité de meurtre, au terme d’un procès dont le juge, Willie Hartzenberg, avait refusé de se dessaisir malgré les requêtes du parquet.
Dans son arrêté, la Cour suprême a refusé de considérer un appel contre la décision du juge Hartzenberg de rester en charge du dossier, mettant ainsi un point final à la procédure contre Wouter Basson.
L’accusation avait, au cours du procès, accusé le juge-président Willie Hartzenberg, un magistrat qui officiait déjà sous le régime de l’apartheid, d’avoir préjugé de l’innocence de Wouter Basson.
Ce dernier, surnommé «Docteur la Mort» par les médias locaux, cardiologue et biochimiste, avait plaidé non coupable de toutes les charges contre lui au cours d’un des plus volumineux procès de l’histoire juridique du pays, où entre 40 et 50.000 pages de documents avaient été présentées.
Plusieurs figures militaires de l’apartheid avaient apporté leur soutien à Wouter Basson en cours de procès, dont le général Constand Viljoen, ancien chef d’état-major reconverti après 1994 dans la politique nationaliste afrikaner, et Magnus Malan, ministre de la Défense à l’époque des faits, dans les années 80. Le Congrès national africain (ANC - au pouvoir) avait qualifié à l’époque le jugement de «complètement scandaleux».
Le procès avait permis un dernier coup de projecteur sur des pans d’activité secrète du régime d’apartheid, entre espionnage chimique et laboratoire de mort. Des témoins, ex-agents des Forces spéciales, y avaient fait des récits terrifiants d’opposants anesthésiés ou empoisonnés et jetés d’avion en pleine mer. Les faits remontant à vingt ans ou plus, la Cour ne pouvait que soupeser leur parole contre celle du docteur.
D’autres ont accusé Wouter Basson d’avoir fourni des poisons pour usage dans du thé, des bières, du jus d’orange, ou encore un gel «asphyxiant» musculaire pour tuer des prisonniers, ennemis, ou agents devenus gênants. Un scientifique avait évoqué l’ordre de stocker du sang lyophilisé infecté du virus du VIH comme éventuelle arme.
Wouter Basson avait bien reconnu avoir travaillé sur des gadgets mortels pour l’armée, comme des tournevis ou des parapluies empoisonnés, mais il avait dit tout ignorer des opérations auxquelles ils étaient destinés.
L’ensemble de la procédure contre Wouter basson a coûté, selon des estimations, l’équivalent de près de 5 millions de dollars. (afp)


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