Pour l’opposition, à l’occasion
des troisièmes élections générales post-apartheid
qui auront lieu en avril, les ambitions seront réduites. Objectif
: conserver des fiefs provinciaux sans vraiment pouvoir espérer
inquiéter au niveau national le Congrès national africain
(ANC), au pouvoir depuis 1994.
Les deux premières élections démocratiques, en 1994
et 1999, ont été remportées à une large majorité
par l’ANC. En 1999, le parti au pouvoir, auxquels les récents
sondages prédisent une nouvelle victoire écrasante en 2004,
avait recueilli 66,3% des voix.
Une semaine après le lancement par le chef de l’Etat,
Thabo Mbeki, de la campagne de l’ANC à Pietermaritzburg,
au KwaZulu-Natal (est), le Parti de la Liberté Inkatha
(IFP, à dominante zouloue) a lancé, dans
la même province qui est son fief historique, son programme électoral,
et décoché ses premières flèches contre le
parti au pouvoir.
«En tant que ministre depuis 1994 d’un gouvernement dominé
par l’ANC, j’ai du mal à expliquer aux gens, particulièrement
dans les zones rurales, pourquoi les inégalités se sont
accrues et les pauvres sont devenus plus pauvres», a déclaré
le leader de l’IFP et ministre de l’Intérieur,
Mangosuthu Buthelezi.
Commentant les élections à venir au KwaZulu-Natal, dont
le Premier ministre est dirigeant de l’IFP, mais où l’ANC
vise une majorité absolue, Buthelezi a affirmé que son parti
était «prêt pour cette compétition démocratique».
«Je souhaite cependant dire à l’ANC que j’espère
qu’il mènera cette compétition au KwaZulu-Natal en
respectant les règles», a-t-il mis en garde devant 25.000
personnes, stigmatisant «la fraude électorale qui a entaché
les élections de 1994 et 1999».
Evoquant d’éventuels débordements dans cette province
où les violences entre partisans de l’IFP et de l’ANC
firent près de 12.000 morts entre 1980 et 1995, il a souligné
qu’ «aucun homme politique raisonnable» ne souhaitait
«revenir à la situation du passé».
Le leader de l’IFP a présenté un programme en douze
points visant notamment à transférer plus de pouvoir politique
aux niveaux provincial et local. A cette occasion, il a vivement dénoncé
la politique gouvernementale de lutte conte le sida, estimant qu’il
s’agissait du «plus grand échec» de l’ANC.
Dans la seule autre province où l’ANC ne dirige pas seul,
le Cap Occidental, le Nouveau Parti National (NNP,
héritier du parti au pouvoir sous l’apartheid), a lancé
sa campagne sur le terrain, en attendant la présentation officielle
de son programme électoral le 21 février.
Marthinus van Schalkwyk, Premier ministre de cette province
où le NNP et l’ANC gouvernent en coalition, a entamé
un porte à porte pour rallier des votes dans la communauté
métisse, où le NNP est solidement ancré.
«Le NNP est le seul parti qui représente les métis,
les noirs, les blancs et les Indiens, les autres n’en représentent
qu’un (groupe ethnique)», a-t-il déclaré lors
d’une visite dans la banlieue métisse et pauvre de Mitchells
Plain, au nord de la ville du Cap.
«Le NNP peut avoir des divergences avec l’ANC mais il souhaite
s’y associer parce que c’est la meilleure solution pour le
peuple», a-t-il ajouté.
Le maintien de Van Schalkwyk comme Premier ministre provincial est un
enjeu majeur du scrutin au Cap Occidental, où l’ANC vise,
là aussi, la majorité absolue.
«Le NNP aurait aimé une approche plus globale pour combattre
la criminalité, avec notamment des peines plus lourdes, l’augmentation
du nombre de tribunaux et la réintroduction de la peine de mort
pour certains crimes», a par ailleurs déclaré Marthinus
van Schalkwyk.
«Au cours des dix dernières années, l’ANC a
démontré qu’il était doué pour faire
des promesses mais très mauvais pour les tenir», a estimé
de son côté, Tony Leon, président de l’Alliance
démocratique (DA), le principal parti d’opposition.
«Le problème de l’ANC pour ces élections est
un problème de crédibilité», a-t-il ajouté.
Patricia De Lille, leader des Démocrates indépendants (ID),
a dénoncé elle un programme «vague et répétitif»,
affirmant que l’ANC n’avait, par le passé, «pas
respecté» les termes du contrat passé avec les Sud-Africains.
Thabo Mbeki « Nous avons tenus nos promesses... »
En lançant la campagne électorale de son parti, le président
Thabo Mbeki a mis l’accent sur l’espoir et les promesse tenues
: «Après 10 ans de démocratie (...), l’Afrique
du Sud a plus d’espoir de progrès qu’elle n’en
a eu pendant plusieurs siècles précédents»,
a-t-il déclaré dans un meeting, ajoutant : «Personne
d’autre» que l’ANC et l’Alliance (ANC-communistes-syndicats)
ne peut revendiquer «un bilan éprouvé» de réduction
de la pauvreté dans ce pays. «Personne d’autre ne peut
dire: nous avons tenus nos promesses» en termes d’équipement,
de logement, d’aide sociale à des millions de ménages
noirs, délaissés sous l’apartheid.
«Des problèmes demeurent (...) il reste beaucoup de travail»,
a reconnu M. Mbeki. «Beaucoup dans notre peuple n’ont toujours
pas de toit, d’emploi, n’ont pas accès à l’eau
potable ou à un équipement sanitaire», a rappelé
le président, martelant les maîtres-mots du programme électoral
de l’ANC pour les cinq ans à venir: création d’emploi
et lutte contre la pauvreté.
«Ce n’est que lorsque nous garantirons que notre peuple a
du travail (...) que nous pourrons briser l’échine de la
pauvreté, l’éradiquer dans ce pays», a-t-il
poursuivi.
Selon un récent rapport, 42% des Sud-Africains vivent sous le seuil
de pauvreté. Le chômage se situe entre 31% et 40%, suivant
la définition utilisée. Ces fléaux, avec la criminalité,
mais aussi le VIH-sida qui touche 5,3 millions de Sud-Africains, sont
considérés comme des ombres majeures au bilan des gouvernements
ANC depuis 1994.
Thabo Mbeki n’a pas mentionné une seule fois le VIH-sida
dans son discours d’ouverture de campagne, un «oubli»
- si tant est que cela en soit un - aussitôt déploré
par commentateurs et opposition.
Le manifeste électoral de l’ANC promet
de créer un million d’emploi sur cinq ans, notamment via
un énorme programme de modernisation d’infrastructures
publiques doté de 100 milliards de rands (15 millions USD), de
réduire la pauvreté de moitié d’ici 2014,
et d’accélérer la promotion économique des
Noirs.
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