N° 286
du 20/01/2004

Afrique du Sud

Les partis entrent en campagne électorale

Pour l’opposition, à l’occasion des troisièmes élections générales post-apartheid qui auront lieu en avril, les ambitions seront réduites. Objectif : conserver des fiefs provinciaux sans vraiment pouvoir espérer inquiéter au niveau national le Congrès national africain (ANC), au pouvoir depuis 1994.
Les deux premières élections démocratiques, en 1994 et 1999, ont été remportées à une large majorité par l’ANC. En 1999, le parti au pouvoir, auxquels les récents sondages prédisent une nouvelle victoire écrasante en 2004, avait recueilli 66,3% des voix.


Une semaine après le lancement par le chef de l’Etat, Thabo Mbeki, de la campagne de l’ANC à Pietermaritzburg, au KwaZulu-Natal (est), le Parti de la Liberté Inkatha (IFP, à dominante zouloue) a lancé, dans la même province qui est son fief historique, son programme électoral, et décoché ses premières flèches contre le parti au pouvoir.
«En tant que ministre depuis 1994 d’un gouvernement dominé par l’ANC, j’ai du mal à expliquer aux gens, particulièrement dans les zones rurales, pourquoi les inégalités se sont accrues et les pauvres sont devenus plus pauvres», a déclaré le leader de l’IFP et ministre de l’Intérieur, Mangosuthu Buthelezi.
Commentant les élections à venir au KwaZulu-Natal, dont le Premier ministre est dirigeant de l’IFP, mais où l’ANC vise une majorité absolue, Buthelezi a affirmé que son parti était «prêt pour cette compétition démocratique». «Je souhaite cependant dire à l’ANC que j’espère qu’il mènera cette compétition au KwaZulu-Natal en respectant les règles», a-t-il mis en garde devant 25.000 personnes, stigmatisant «la fraude électorale qui a entaché les élections de 1994 et 1999».
Evoquant d’éventuels débordements dans cette province où les violences entre partisans de l’IFP et de l’ANC firent près de 12.000 morts entre 1980 et 1995, il a souligné qu’ «aucun homme politique raisonnable» ne souhaitait «revenir à la situation du passé».
Le leader de l’IFP a présenté un programme en douze points visant notamment à transférer plus de pouvoir politique aux niveaux provincial et local. A cette occasion, il a vivement dénoncé la politique gouvernementale de lutte conte le sida, estimant qu’il s’agissait du «plus grand échec» de l’ANC.
Dans la seule autre province où l’ANC ne dirige pas seul, le Cap Occidental, le Nouveau Parti National (NNP, héritier du parti au pouvoir sous l’apartheid), a lancé sa campagne sur le terrain, en attendant la présentation officielle de son programme électoral le 21 février.
Marthinus van Schalkwyk, Premier ministre de cette province où le NNP et l’ANC gouvernent en coalition, a entamé un porte à porte pour rallier des votes dans la communauté métisse, où le NNP est solidement ancré.
«Le NNP est le seul parti qui représente les métis, les noirs, les blancs et les Indiens, les autres n’en représentent qu’un (groupe ethnique)», a-t-il déclaré lors d’une visite dans la banlieue métisse et pauvre de Mitchells Plain, au nord de la ville du Cap.
«Le NNP peut avoir des divergences avec l’ANC mais il souhaite s’y associer parce que c’est la meilleure solution pour le peuple», a-t-il ajouté.
Le maintien de Van Schalkwyk comme Premier ministre provincial est un enjeu majeur du scrutin au Cap Occidental, où l’ANC vise, là aussi, la majorité absolue.
«Le NNP aurait aimé une approche plus globale pour combattre la criminalité, avec notamment des peines plus lourdes, l’augmentation du nombre de tribunaux et la réintroduction de la peine de mort pour certains crimes», a par ailleurs déclaré Marthinus van Schalkwyk.
«Au cours des dix dernières années, l’ANC a démontré qu’il était doué pour faire des promesses mais très mauvais pour les tenir», a estimé de son côté, Tony Leon, président de l’Alliance démocratique (DA), le principal parti d’opposition. «Le problème de l’ANC pour ces élections est un problème de crédibilité», a-t-il ajouté.
Patricia De Lille, leader des Démocrates indépendants (ID), a dénoncé elle un programme «vague et répétitif», affirmant que l’ANC n’avait, par le passé, «pas respecté» les termes du contrat passé avec les Sud-Africains.

Thabo Mbeki  « Nous avons tenus nos promesses... »

En lançant la campagne électorale de son parti, le président Thabo Mbeki a mis l’accent sur l’espoir et les promesse tenues : «Après 10 ans de démocratie (...), l’Afrique du Sud a plus d’espoir de progrès qu’elle n’en a eu pendant plusieurs siècles précédents», a-t-il déclaré dans un meeting, ajoutant : «Personne d’autre» que l’ANC et l’Alliance (ANC-communistes-syndicats) ne peut revendiquer «un bilan éprouvé» de réduction de la pauvreté dans ce pays. «Personne d’autre ne peut dire: nous avons tenus nos promesses» en termes d’équipement, de logement, d’aide sociale à des millions de ménages noirs, délaissés sous l’apartheid.
«Des problèmes demeurent (...) il reste beaucoup de travail», a reconnu M. Mbeki. «Beaucoup dans notre peuple n’ont toujours pas de toit, d’emploi, n’ont pas accès à l’eau potable ou à un équipement sanitaire», a rappelé le président, martelant les maîtres-mots du programme électoral de l’ANC pour les cinq ans à venir: création d’emploi et lutte contre la pauvreté.
«Ce n’est que lorsque nous garantirons que notre peuple a du travail (...) que nous pourrons briser l’échine de la pauvreté, l’éradiquer dans ce pays», a-t-il poursuivi.
Selon un récent rapport, 42% des Sud-Africains vivent sous le seuil de pauvreté. Le chômage se situe entre 31% et 40%, suivant la définition utilisée. Ces fléaux, avec la criminalité, mais aussi le VIH-sida qui touche 5,3 millions de Sud-Africains, sont considérés comme des ombres majeures au bilan des gouvernements ANC depuis 1994.
Thabo Mbeki n’a pas mentionné une seule fois le VIH-sida dans son discours d’ouverture de campagne, un «oubli» - si tant est que cela en soit un - aussitôt déploré par commentateurs et opposition.

Le manifeste électoral de l’ANC promet de créer un million d’emploi sur cinq ans, notamment via un énorme programme de modernisation d’infrastructures publiques doté de 100 milliards de rands (15 millions USD), de réduire la pauvreté de moitié d’ici 2014, et d’accélérer la promotion économique des Noirs.

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